«Séville, le 2 juillet 1811.
«Il était très-urgent que j'arrivasse à Séville; les corps espagnols,
commandés par Blake et par Balleysteros, qui sont descendus de
l'Estramadure, menaçaient déjà cette ville, où on n'était point en
mesure de se défendre. D'autre part, j'ai ma gauche extrêmement engagée;
l'ennemi y fait des progrès, et peut-être en ce montent ai-je des corps
compromis, tandis que, sur mon centre, l'ennemi devient de jour en jour
plus entreprenant et augmente le corps qui agit dans les montagnes entre
Ronda, Algesiras et Gibraltar.
«Cette situation, qui est la conséquence naturelle des détachements que
j'ai dû faire pour secourir Badajoz, me force à presser la marche des
troupes que je fais venir de l'Estramadure, pour les mettre aussitôt en
campagne et tâcher de rétablir les affaires. Pour le moment, je n'en
retire cependant que celles dont j'ai eu l'honneur de faire part à Votre
Excellence; mais je dois la prévenir que, si elles étaient
insuffisantes, mon devoir m'obligerait à avoir recours au cinquième
corps et à la cavalerie commandée par M. le général Latour-Maubourg.
Alors Votre Excellence serait sans doute disposée à mettre l'armée de
Portugal en position de secourir au besoin Badajoz et d'empêcher les
ennemis de faire de nouvelles incursions en Estramadure.
«C'est au nom du service de l'Empereur que j'ai l'honneur de vous faire
cette proposition, en attendant que Sa Majesté ait déterminé
l'arrondissement de l'armée de Portugal, et que celle du Midi puisse se
renfermer dans ses limites, ou au moins que j'aie été renforcé par les
troupes de cette même armée que le général Belliard retient à Madrid
malgré les ordres exprès de l'Empereur.
«A ce sujet, je renouvelle à Votre Excellence la demande de vouloir bien
tenir une division d'avant-garde et de la cavalerie à Merida, afin que
nos communications soient bien établies, au moins jusqu'à ce que l'armée
anglaise ait pris un parti et que la place de Badajoz soit
réapprovisionnée.
«Je laisse, le cinquième corps et la cavalerie du général
Latour-Maubourg en Estramadure; je ne changerai la destination de cette
troupe qu'à la dernière extrémité; et, dans ce cas, Votre Excellence en
sera toujours prévenue à l'avance. Mais, je le répète, il n'est pas en
mon pouvoir de me défaire des ennemis que j'ai en ce moment à combattre
sans le concours de ces troupes; et, pour cela, il vous paraîtra sans
doute raisonnable, monsieur le maréchal, que l'armée de Portugal
contribue, par sa présence sur la Guadiana, à les rendre en partie
disponibles et à contenir les ennemis, d'autant plus que je prends
l'engagement de remarcher moi-même avec vingt mille hommes en
Estramadure si les ennemis cherchaient de nouveau à y pénétrer en armes,
afin d'y seconder les opérations de Votre Excellence, et même d'y
rétablir auparavant un gros corps d'observation sitôt que j'aurai
terminé les affaires de l'Andalousie.
«L'intérêt que vous portez au service de l'Empereur et l'empressement
que vous avez mis, monsieur le maréchal, à venir au secours de l'armée
du Midi, lorsque, par suite de la diversion qu'elle avait faite en
faveur de l'armée de Portugal, sa droite s'est trouvée engagée, me
donnent l'assurance que vous accueillerez ma proposition et que même
vous jugerez devoir prendre des dispositions en conséquence, en
appréciant l'urgence des motifs qui me portent à renouveler ma demande.»