«Séville, le 3 juillet 1811.
«J'ai l'honneur de vous adresser duplicata de la lettre qu'hier j'ai
écrite à Votre Excellence.
«L'état des affaires devenant de jour en jour plus embarrassant en
Andalousie, et me trouvant pressé sur tous les points par les ennemis,
je suis dans l'impérieuse nécessité d'appeler encore une division du
cinquième corps et la division de dragons commandée par le général
Latour-Maubourg. Je ne puis pour le moment laisser en Estramadure qu'une
division d'infanterie et quatre régiments de cavalerie légère aux ordres
de M. le général comte d'Erlon. Lorsque je me serai débarrassé des
ennemis qui m'accablent, je rétablirai en Estramadure le corps
d'observation dont nous sommes convenus.
«Plusieurs convois de subsistances et de poudre de guerre sont en route
pour Badajoz. Je donne l'ordre a M. le général comte d'Erlon de les y
faire entrer avant d'opérer son mouvement. Je pense aussi que, de son
côté, il aura pu faire rentrer quelque chose. Ainsi il devra y avoir à
Badajoz un approvisionnement de quelques mois.
«Ces considérations me portent à vous demander expressément, monsieur le
maréchal, de vouloir bien, jusqu'à ce que l'Empereur ait fait connaître
ses intentions, tenir l'armée de Portugal entre le Tage et la Guadiana,
ayant son avant-garde à Merida, afin de pouvoir, au besoin, secourir
Badajoz, et d'empêcher que l'armée anglaise pénètre de nouveau en
Estramadure, et compromette ainsi la droite de l'armée du Midi.
«Je fonde ma proposition sur une instruction du prince major général que
j'ai retrouvée à Séville, laquelle dit expressément que l'armée
impériale de Portugal est chargée d'observer l'armée anglaise et de
l'empêcher de faire des progrès en Espagne. Je m'appuie aussi de la
considération que j'ai déjà exposée de la nécessité de rendre les
troupes de l'armée du Midi disponibles pour agir contre les corps
ennemis qui, en ce moment, l'attaquent de toute part.
«J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de vouloir bien me communiquer
les dispositions qu'en conséquence elle jugera à propos de prendre.
«J'ai l'honneur de lui faire part que, depuis quelques jours, on
remarque de très-grands mouvements dans l'escadre anglaise qui est en
baie de Cadix. Le 30, on a vu paraître, à la hauteur de Rota, une flotte
ennemie de quarante et une voiles, dont quinze vaisseaux de haut bord,
plusieurs à trois ponts, venant de l'ouest et faisant voile pour le
détroit. On disait à Cadix que l'escadre impériale de Toulon était
sortie.»