«Paris, le 17 juin 1811.
«J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, monsieur le duc, votre lettre
chiffrée du 31 mai.
«Sa Majesté a vu avec peine que vous ayez gardé une grande quantité
d'hommes à pied du train d'artillerie, Sa Majesté ayant fait diriger sur
Bayonne beaucoup de chevaux d'artillerie. Je vous prescris qu'aussitôt
la réception du présent ordre vous ayez à faire partir tous les hommes à
pied du train d'artillerie, que vous avez gardés, et que vous les
dirigiez sur Bayonne.
«Sa Majesté a vu aussi avec peine que vous n'ayez mené que trente-six
pièces de canon. Il vous en eût fallu soixante, ce qu'elle croyait
possible, avec les cinq cents chevaux que vous avez dû recevoir de la
garde, et qui lui sont remplacés par cinq cents autres. A la fin de
juillet, mille chevaux d'artillerie, avec les munitions qui vous sont
nécessaires, passeront la Bidassoa; mais, je vous le répète, l'Empereur
ordonne que tous les hommes à pied du train, que vous avez conservés,
soient envoyés tout de suite à Bayonne. Quand vous serez sur le Tage,
l'intention de l'Empereur est que vous frappiez des réquisitions dans
les provinces d'Avila, de Talavera et de Truxillo, même dans la Manche,
pour former vos magasins. Vous ne devez pas employer l'argent de la
solde à acheter des vivres. Si Alcantara est susceptible d'être mis en
état de défense, cela serait avantageux.
«Madrid étant abondamment pourvu d'approvisionnements de guerre, vous
pourriez de là compléter l'approvisionnement de vos munitions, à raison
de douze pièces par division et de douze obusiers en réserve. Tout est
en mouvement pour diriger de grandes forces en Espagne. Sa Majesté
attend avec la plus grande impatience l'état de situation de votre
armée.
«A Saintes est établi un dépôt pour les dragons; à Niort, un pour la
cavalerie légère; à Auch, pour le train d'artillerie; à Pau, pour les
équipages militaires; il arrive dans ces dépôts des chevaux, des selles,
des harnais et tout ce qu'il faut pour remonter les hommes à pied; à
mesure que vous en aurez de démontés, renvoyez-les à Bayonne, d'où ils
seront dirigés sur les dépôts.»