LA PUCE,

_Traduite du latin de Nicolas_ MERCIER _de Poissy_[14].

AH! te voilà donc enfin prise!

Maudite puce, je te tiens,

Pour te perdre dans ma chemise

Tu prends d'inutiles moyens.

De mon repos vile adversaire,

Depuis assez longtemps ton dard,

Sur ma peau se donnant carrière,

Rend vains ma recherche et mon art.

O bonheur! viens donc, scélérate,

Il faut, puisque je suis vainqueur,

Que ma juste vengeance éclate

Et punisse enfin ta noirceur.

Oh! comme elle fait l'hypocrite!

Lorsque sur elle l'ongle pend,

Voyez comme, sans mouvement,

Du châtiment qu'elle mérite

Elle espère éloigner l'instant,

Me tromper et prendre la fuite.

Ton espoir est vain, tu mourras,

Perfide! rien de ma colère

Ne peut suspendre les éclats.

Mais avant tout, il faut me faire

L'aveu de tous tes attentats.

Dis, combien de fois tes morsures,

Le jour, la nuit, à tout propos,

Ont troublé par mille blessures,

Mes études et mon repos.

Tu ne dis rien, mais le silence

Me prouve encore ton offense.

Monstre! allons, donnez-moi de l'eau,

Du fer, du feu; que son supplice,

Sous cent formes toujours nouveau,

Bien lentement l'anéantisse.

Ces pattes, il faut les trancher;

Bon! noyons maintenant la tête,

Et livrons son corps au bûcher

Que j'ai construit d'une allumette.

Ensuite, oubliant le délit,

D'un grain de millet je vais faire

La petite urne funéraire,

Dont le socle est le pied du lit.

Par cette succinte épitaphe,

Dans le style élégiographe,

Avertissons toutes ses sœurs

De mettre un terme à leurs noirceurs.

Je veux que leur troupe éperdue,

Tremble enfin et fuie à la vue

De ces épouvantables mots:

»Ci-gît, après de longs supplices,

»Une puce auteur de mes maux;

»Ainsi périront ses complices,

»Qui pourraient troubler mes travaux».

Éloge du pet · 第 32 / 40 题