_Traduite du latin d'Ovide_,
Insecte imperceptible et pourtant redoutable,
Dont le dard importun plonge avec volupté
Sur la peau de satin qui couvre un sexe aimable,
Quels termes employer contre ta cruauté?
De son sang le plus pur je te vois altérée,
Nuancer de son corps les roses et les lys,
D'un ébène inégal, d'une tache pourprée
Qui déparent l'éclat de ses membres polis.
Lorsque d'une beauté qui doucement sommeille,
Tu ne respectes point les plus parfaits contours,
Je la vois tressaillir; elle bondit, s'éveille,
Et perd un songe heureux qu'inspiraient les amours.
Errant impunément sur deux sphères de neige,
Tu parcours en tyran les états de Cypris,
Rien n'est inaccessible à ton cours sacrilège,
Par-tout tu fais du mal et te crois tout permis.
Je souffre, j'en conviens, des mortelles blessures
Dont tu couvres les flancs de la beauté qui dort;
Sur ses appas secrets tes nombreuses morsures
Outragent un réduit fait pour un plus beau sort.
Ah! pour te pardonner, il faut être toi-même,
Déjà ton ennemi, que ne suis-je le mien!
Que je meure, jaloux de ton pouvoir suprême,
Si bientôt je n'acquiers un sort égal au tien.
Signalant sa bonté par un charmant prodige,
Si la nature en toi voulait me transformer!
Et puis me rendre moi: quels plaisirs! mais que dis-je?
Puce, je jouirais: mais, qu'est-ce sans aimer?
N'importe, il faut calmer le feu qui me dévore,
Ne pourrai-je devoir à quelqu'enchantement,
Aux talens précieux du serpent d'Epidaure
L'ivresse que promet un si doux changement?
Des philtres de Circé, des charmes de Médée
Le pouvoir est connu dans le vaste univers,
Je devrais à leur gloire, alors bien décidée,
Changeant d'être à mon gré, mes plaisirs les plus chers.
Oh! comme profitant de la métamorphose,
Et sous son dernier voile adroitement caché,
Je serais à Cloé, quand sa paupière est close,
Sans lui faire de mal, fortement attaché!
Ensuite, parcourant un plus sombre parage,
Je glisserais sans bruit vers le temple sacré,
Où nul autre avant moi n'a porté son hommage,
Où le trait de l'amour n'a jamais pénétré.
Jusqu'à l'aube du jour poursuivant ma victoire,
Je redeviendrais homme, afin de mieux sentir;
J'appaiserais ma belle, en me couvrant de gloire,
En la persuadant de tout mon repentir.
Mais, si de ce miracle effrayée et surprise,
Mon amante à mes feux opposant son courroux,
Appellait ses valets: alors, sans lâcher prise,
Je redeviendrais puce et les braverais tous.
Ensuite avec Cloé, libre par leur absence,
De ma première forme empruntant le moyen,
Je prendrais à témoins les dieux, de ma constance,
Je saurais la réduire à ne refuser rien.
Moitié gré, moitié force, enfin Cloé vaincue,
De ses trésors secrets me faisant l'abandon,
Dirait, en soupirant, languissante, abattue,
Ah! ne me quitte plus, et reçois ton pardon.