DES SIGNES ET DES EFFETS PROCHAINS DU PET.

On en compte de trois sortes; les _apodictiques_, les _nécessaires_ et

les _probables_.

Les _apodictiques_ sont ceux dont la cause étant présente, annonce que

l'effet ne tardera pas à se manifester. Ainsi un homme qui aura mangé

des pois et d'autres légumes, des raisins, des figues nouvelles, qui

aura bu du vin doux, caressé sa femme ou sa maîtresse, peut s'attendre

à un signe prochain d'explosion.

Les _nécessaires_ sont ceux où un second effet résulte du premier,

comme le tintamarre, la mauvaise odeur, etc.

Enfin, les _probables_ sont ceux qui ne se rencontrent pas toujours, et

n'accompagnent pas ordinairement toutes les espèces de PETS, comme la

contraction, le bruit ou l'aboiement du ventre, la toux et les petites

ruses de chaises, d'éternuement ou de trépignements de pieds, pour ne

pas être reconnu péteur. A ce propos je citerai pour exemple le moine

dont il est question dans la pièce suivante:

_Inter erat rasos abdomine venter anhelo

Forte olim ludi pars, Grobiane, tui.

Semper erat victu que satur potu que refertus,

Thura dabat mensis non adolenda diis.

Postici edebant male olentia sibila folles,

Multa quid? hic monachus nil nisi flatus erat.

Forsitan ad mensam cum Coenobiarcha sederet,

Atque unâ monachus carperet iste cibos;

Ecce velut displosa sonat vesica, decori

Oblitus, laxo podice grande crepat:

Tum crepitus fratrum bibulas ut transvolet aures,

Et strepitum pedibus dat, gravitur que screat.

Hic abbas, bone frater, ait, hoc transeat iste.

Et strepuere pedes et crepuere nates._

et cette épigramme citée par Rodolphe Gochlenius, sur quelqu'un qui

employait la même ruse.

_Rasus erat, memini, cujus postica pet anum,_

_Fistula spirabat semper odore gravi.

Forsan ut accubuit sumpturus prandia, ventris

Mittebat crassum crassa sabura sonum,

Atne quis missum posseœœt deprehendere bombum,

En strepitum moto concitat ipse pede.

Tunc strepitus non est crepitus, ridente sub ore,

Increpitans ventos, Coenobiarcha refert._

Il est donc important de prévenir les jeunes gens et les vieillards, de

s'accoutumer à ne point rougir, lorsqu'ils péteront, mais d'en rire les

premiers, pour égayer la conversation.

On n'a point encore décidé si péter en pissant est un effet malin, ou

bénin. Moi je le crois bénin, et je me fonde sur l'axiôme assez vrai

qui dit:

_Mingere cum bombis res est gratissima lumbis._

En effet, pisser sans péter, c'est aller à Dieppe sans voir la mer.

Cependant, il est ordinaire de pisser avant que de péter, parce que les

vents aident à la première opération en comprimant la vessie; ils se

manifestent ensuite.

Comme il est des privations de tout genre, et qu'un assez grand nombre

de personnes ne pètent que rarement et très-difficilement, que par

conséquent il leur arrive une infinité d'accidents et de maladies, j'ai

pensé que je devais écrire pour eux, et placer ici les remèdes et les

moyens qui peuvent les exciter à rendre les vents qui les tourmentent.

Je dirai donc en deux mots, qu'il y a deux espèces de remèdes, pour

provoquer les vents, les _internes_ et les _externes_.

Les _internes_ sont l'anis, le fenouil, les zédoaires, enfin tous

les carminatifs et les échauffans. Les _externes_ sont les clystères

et les suppositoires. Si l'on fait usage de tous les deux, on sera

certainement soulagé.

On demande s'il y a analogie entre les sons, si on peut les marier

et en faire un ensemble de musique pétifique? On demande aussi

combien il y a de genres de pets, par rapport à la différence du

son? Quant à la première question, un musicien très-célèbre répond

du succès de la musique demandée, et promet incessamment un concert

de ce genre. A l'égard de la seconde question, on répond qu'il y a

soixante-deux sortes de sons parmi les PETS. Car, selon Cardan, le

podex peut produire et former quatre modes simples de pets, l'_aigu_,

le _grave_, le _réfléchi_, et le _libre_. De ces modes, il s'en forme

cinquante-huit, qui avec l'addition des quatre premiers, donne dans la

prononciation 62 sons, ou espèces différentes de _pets_. Les compte qui

voudra. _Qui potest capere, capiat._

Il y a trois causes principales de la variété de ces sons, savoir: la

_matière du vent_, la _nature du canal_ et la _force du sujet_. Si

la matière du vent est sèche, le son du PET est clair. Plus elle est

humide, plus il est obscur; plus elle est égale et de même nature, plus

il est simple; plus elle est hétérogène, plus il est multisonore.

Si le canal est étroit, le son sera aigu; s'il est large, le son sera

grave. La preuve résulte de la grosseur ou de la délicatesse des

intestins, dont l'inanition ou la plénitude influe beaucoup sur le son,

car on sait que ce qui est vuide est plus sonore que ce qui est plein.

La troisième cause de la différence du son, consiste dans la vigueur du

sujet. Plus la nature pousse fortement et vigoureusement, plus le bruit

du pet est grand, plus il est étoffé.

Il est donc clair que la différence des sons naît de la différence

des causes. On le prouve facilement par l'exemple des flûtes, des

trompettes et des flageolets. Une flûte à parois épaisses et larges,

donne son son obscur. Une flûte étroite et mince en rend un clair;

enfin, une flûte dont les parois tiennent le milieu entre l'épais et

le mince en rend un mitoyen. La constitution de l'agent est encore une

cause qui prouve cette assertion. Que quelqu'un, par exemple, qui a

le vent bon, embouche une trompette, il en tirera infailliblement des

sons très-forts, et le contraire arrivera, s'il a l'haleine faible

et courte. Disons donc que les instrumens à vent sont bien inventés

et bien utiles pour l'appréciation des pets. Par eux, on tire des

conjectures très-certaines. O admirables flûtes, tendres flageolets!

graves cors de chasse! etc. Vous êtes bien faits pour être cités dans

l'art de péter, quand on vous embouche mal; mais vous savez rendre une

raison juste d'un son perçant ou grave, quand une bouche habile vous

fait résonner. Soufflez donc habilement, musiciens.

L'estime que m'inspire un confrère laborieux me fait une loi de citer

la nouvelle machine que vient d'inventer le cit. Regnier, membre du

Lycée des Arts, auteur d'une foule de découvertes utiles à l'humanité.

Son aëromètre, servant à fixer la durée et la force de l'air, peut

être employé, avec succès pour déterminer la nature et la force du PET,

et je n'ai pas dû le passer sous le silence. (Voyez l'annuaire du Lycée

des Arts, où l'on trouve tout, excepté mon nom, et je vous dirai un

autre jour le POURQUOI.)

QUESTION MUSICALE. DUO SINGULIER. BELLE INVENTION POUR FAIRE ENTENDRE

UN CONCERT A UN SOURD.

Un savant allemand a proposé ici une question très-difficile à

résoudre; savoir s'il y a de la musique dans les PETS? _distinguo._

Il y a de la musique dans les pets diphtongués, _concedo_: dans les

autres, _nego_.

La musique que produisent les pets diphtongues, n'est pas de celle

qui s'exprime par la voix, ou par l'impulsion de quelque chose de

sonore, comme d'un violon, d'une guitarre, d'un clavecin, etc. Elle ne

dépend que du mécanisme du sphincter de l'anus, qui se resserrant ou

s'élargissant, forme des sons graves, ou aigus. Les pets diphtongues

font seuls de la musique.

Deux petits garçons, mes compagnons d'école, avaient chacun un talent

qui nous amusait tous trois. L'un rotait tant qu'il voulait sur

différens tons, l'autre pétait de même. Le dernier, pour y mettre

plus d'élégance et de raffinement, se servait d'un petit clayon à

égouter les fromages, sur lequel il ajustait une feuille de papier;

puis s'asseyant dessus à nud, et tortillant les fesses, il rendait des

sons organiques et flûtés de toute espèce. La musique n'était pas à la

vérité très-harmonieuse, ni les modulations fort savantes; il serait

même difficile d'imaginer des règles de chant pour un pareil concert,

et de faire aller ensemble, comme il faut, les bas et haut-dessus, les

tailles et basses-tailles, les hautes et basses-contres, mais un habile

compositeur pourrait en tirer un système musical digne d'être transmis

à la postérité, dans le poëme de l'espagnol _Yriarte_, sur cet art.

C'est une diatonique distribuée à la Pythagoricienne, dont on trouvera

les _chroma_, en serrant les dents, on réussirait certainement. Veut-on

obtenir des sons aigus? choisissez un corps rempli de fumées subtiles

et un anus étroit. Voulez-vous des sons deux fois plus graves? faites

jouer un ventre plein de fumées épaisses et un canal large. Le sac

à vents secs rendra les sons clairs, et le sac à vents humides, des

sons obscurs. Le bas ventre est une orgue polyphtongue, d'où l'on peut

tirer, comme d'un magasin, au moins douze tropes ou modes de sons,

dont on choisira seulement ceux consacrés à l'agrément, tels que le

_lyxoleidien_, l'_hypolyxoleidien_, le _dorique_ et l'_hypadorique_.

Ce qui est trop sensible détruit le sentiment. _A sensibili in supremo

gradu destruitur sensibile_, c'est un axiôme de philosophie. On ne

fera donc rien que de modéré, et l'on sera sûr de plaire. Autrement,

on épouvanterait, en imitant les sons bruyants des cataractes de

Schaffouse, des montagnes d'Espagne, des sauts de Niagara ou de

Montmorency dans le Canada, qui rendent les hommes sourds et font

avorter les femelles, avant qu'elles soient grosses.

Avant de finir ce chapitre, je ne puis, en bon citoyen, me dispenser

de dédommager des torts de la nature ceux de mes amis envers lesquels

elle a usé de rigueur. Il s'agit de faire participer un sourd à cette

musique.

Il prendra donc une pipe à fumer, en appliquera la tête à l'_anus_ d'un

concertant, et tiendra l'extrémité du tuyau entre les dents, comme

on tient une montre par le bouton pour en observer le battement. Par

le bénéfice de la contingence, il saisira tous les intervalles des

sons dans toute leur étendue et leur douceur. Nous en avons plusieurs

exemples dans _Cardan_ et _Baptiste Porta_, de Naples. Si quelqu'autre

personne qu'un sourd, veut avoir ce plaisir et participer au goût, il

pourra, comme le sourd, tirer fortement son vent. Alors, il recevra

toutes les sensations et toute la volupté qu'il en pourra prétendre.

Éloge du pet · 第 18 / 40 题