Au café, de grands politiques,
Parlaient entr'eux des affaires publiques;
Tel à la guerre et tel à paix croyait.
Toutefois chacun convenait
Que la guerre serait certaine
Dès le premier coup de canon.
De la triste réflexion
Les pauvres gens très-fort en peine,
Pour mieux penser à cet objet,
Gardaient le plus profond silence.
Un d'eux qui, par ennui, de bien bon cœur dormoit,
Se retourne, s'agite, et lance un ferme pet.
Oh! parbleu, de ce coup je déserte de France,
Dit un milord, qui là pour lors était;
Vous l'avez entendu? l'hostilité commence.
Non-seulement le Pet est le père de la gaîté, mais ce qui doit encore
le rendre recommandable aux républicains, il est celui de l'égalité.
Il rapproche les distances que l'orgueil a mises entre le maître et le
valet. Il rend le premier affable et donne de l'esprit au second.
Un noble voulant s'amuser aux dépens de son laquais et l'embarrasser,
leva la cuisse et donna l'essor à un gros PET; puis s'adressant à
son domestique qui était présent: Cours après ce fuyard, dit-il, et
rapporte-le moi, mort ou vif. Vite, dépêche-toi, il me le faut. Le
valet, d'abord embarrassé, prend enfin son parti; il sort et rentre un
moment après.—Je l'ai trouvé, not' maître. En même-tems s'approchant
de lui, lâche un pet qui valait bien le premier, et lui dit: Le voilà!
le gentilhomme fronce le sourcil d'abord, et finit par rire à gorge
déployée. Je n'en finirais pas, et je ferais un volume _in-folio_, si,
nouveau _Calmet_, ou _Montfaucon_, je me livrais aux recherches des
traits historiques anciens et modernes, sur le pet. En voici un assez
piquant.
Un jour, entre la poire et le fromage, des citoyens qui ne comptaient
des jours de leur vie que ceux qu'ils passaient à rire, proposaient
diverses questions à résoudre. Un prêtre de Louvain, nommé Antoine, et
un autre aussi plaisant que lui, agitaient la question de savoir quelle
est la plus noble partie du corps humain. Celui-ci nomme les yeux.
Celui-là le cœur. L'un dit que c'est le cerveau, tel autre dit autre
chose, et chacun motive son opinion du mieux qu'il peut. Antoine, quand
ce fut son tour, dit que c'est la bouche, et se fonde sur d'excellentes
raisons. Son adversaire lui répond que c'est la partie sur laquelle
nous nous asseyons. On réfute son avis, il persiste et le prouve en
disant que d'ordinaire c'est toujours l'homme le plus distingué de la
compagnie, qui s'assied le premier, que par conséquent c'est le cul
qui jouit exclusivement de ce privilège. Les convives applaudirent par
de grands éclats de rire à la justesse de son avis. Antoine vaincu
dissimule son humeur; mais quelques jours après, rencontrant au même
endroit, son adversaire, qui causait, tandis que l'on dressait le
couvert, il s'approche de lui et lui lance le pet le plus vigoureux.
Celui-ci se fâche. Va-t'en plus loin, vilain puant, lui dit-il, où
diable as-tu appris à vivre?...—Chez toi, répond Antoine, en riant.
Tu te fâches! eh pourquoi? si je t'avais salué de la bouche, tu me
l'aurais rendu bien poliment; et parce que je te salue, avec la partie
que toi-même as dit être la plus noble du corps humain, tu me traites
de cochon! je suis plus poli que toi qui ne me le rends pas. Ainsi,
Antoine, qui avait été vaincu dans la première occasion, eut cette fois
tous les rieurs de son côté.
L'ingénieux St.-Evremont, ayant eu le malheur de faire un PET, en
présence de sa maîtresse, obtint son pardon, en lui envoyant les
stances suivantes.
Unique objet de mes désirs,
Philis, faut-il que mes plaisirs
Pour rien se changent en supplices,
Et qu'au mépris de votre foi
Un pet efface les services
Que vous avez reçus de moi?
Je sais bien, ô charmant objet,
Que vous avez quelque sujet
D'être pour moi toute de glace;
Et je confesse ingénument,
Puisque mon cul fait ma disgrace,
Qu'elle n'est pas sans fondement.
Si pourtant cette extrême amour,
Dont j'eus des preuves chaque jour,
Pour un pet s'est changée en haine,
Vous ne pouviez jamais songer
A rompre une aussi forte chaîne,
Pour un objet aussi léger.
S'il est vrai qu'on n'ose nier
La porte à chaque prisonnier,
Alors que la princesse passe:
Ce pet pouvait avec raison,
Vous demander la même grâce,
Puisqu'il se voyait en prison.
S'il ne s'est pas fort bien conduit,
S'il a fait quelque peu de bruit,
Lorsqu'il se fraya cette voie,
C'est qu'il était si transporté
Qu'il fit en l'air un cri de joie,
En recouvrant sa liberté.
Hélas! quand je viens à songer
A ce sujet faible et léger
Qui cause mon malheur extrême,
Je m'écrie en ma vive ardeur:
Fallait-il me mettre moi-même,
Près de vous en mauvaise odeur?
Si pour un _pet_ fait au hasard
Votre cœur où j'ai tant de part,
Pour jamais de moi se retire,
Voulez-vous que dorénavant
Vous me donniez sujet de dire
Que vous changez au moindre vent?
A ces jolis vers du délicat St.-Evremond, nous pouvons ajouter la
réponse du célèbre cardinal du Perron, à Henri IV, dans une semblable
circonstance. Ce prélat jouant aux échecs avec le monarque, lâcha un
_pet_ en même-tems qu'il plaçait un cavalier; il fit pardonner cette
liberté, en disant avec esprit: au moins, sire, ce cavalier n'est pas
parti sans trompette.
C'est ainsi que le comte de Cantagnède, de la maison de Menesès en
Portugal, répara par un bon mot, une liberté pareille qu'il prit un
jour avec le roi Don Jean IV. Ce roi, dont il était le favori, lui
donnant un coup sur la fesse, il lui péta dans la main, et le roi
restant confus et piqué de ce manque de respect: Sire, répond le
favori, votre majesté peut-elle frapper jamais à une porte, qu'on ne la
lui ouvre incontinent? Ce mot plut autant au roi que l'action l'avait
offensé.
Buchanan avait été précepteur des enfans de M. de Brassac; comme
il était un jour à sa table, il lui arriva, en mangeant un potage
bien chaud, de laisser aller un vent qui fit du bruit. Mais sans se
déconcerter, il dit à ce vent qui était sorti malgré lui: Tu as bien
fait de sortir, car j'allais te brûler tout vif.
Un abbé italien, très-sujet à lâcher des vents, se trouvant en
compagnie, en fit un très-intelligible, et jouant la surprise, se
retourna en parlant à son derrière.—Che impertinente, lui dit-il,
che indiscreto, parler cosi alto innanzi le Donne, è interrompere
scioccamente una bella conversazione. «Vous êtes un impertinent,
un indiscret, de parler si haut devant des dames, et d'interrompre
insolemment une belle conversation».
Un consul à qui le même accident arriva, tandis qu'il haranguait Henri
le Grand, se tira aussi d'affaire avec esprit. Dès que le PET lui
fut échappé, il se retourna vers son derrière: Taisez-vous, dit-il,
sot que vous êtes, attendez du moins que j'aie fini. Le Prince, qui
aimait la plaisanterie, trouva celle-ci fort bonne, et fut content dit
harangueur.
Tous les péteurs n'ont pas eu l'avantage de donner impunément l'essor à
mon héros; l'aventure que je vais raconter prouve qu'il en est qui ont
trouvé des gens grossiers, qui n'étaient pas disposés à en rire comme
nous.
Un homme obligé, dans un cabaret, de partager son lit avec un voyageur,
l'avertit qu'il avait le ventre du monde le plus bruyant, et qu'il
faisait un tintamarre épouvantable. Vous serez, dit-il, canonné toute
là nuit par des vents horribles qui s'ouvrent le passage malgré
moi. L'autre lui répond: mon ventre est plus modeste que le vôtre,
mais il est plus traître. Vous serez incommodé toute la nuit par
des vents discrets qui ne feront à la vérité aucun bruit, mais qui
feront acheter chèrement leur discrétion à votre odorat. _Passe-moi
l'émétique, je te passe la saignée._ Les deux coucheurs convinrent donc
de se faire grâce mutuellement de leurs infirmités, mais le dernier
se proposait de se mettre à l'abri de la canonnade par un stratagème.
En effet, il prit un soufflet qu'il se mit entre les jambes, et dès
que le premier fit jouer son artillerie, il souffla tellement le
canonnier, que celui-ci fut obligé de quitter le lit, et d'aller porter
sa batterie ailleurs. «O ciel, dit-il, quels vents glacés! je crois que
cet homme a l'hiver dans le corps, je n'y puis plus tenir».
Un homme dans une compagnie de gens de distinction, fut
très-déconcerté, lorsqu'un vent coulis éclatant, forçant la prison,
publia sa honte. Au moins, dit-il, vous ne direz pas que j'ai fait un
coup de ma tête.
Un autre se trouvant dans un cercle nombreux, fit la même chose, et
s'écria: oh! pour celui-là, il est authentique, car c'est un pet passé
par-devant notaires. En effet on remarqua, en riant beaucoup, qu'il y
avait deux notaires dans la compagnie.
Une jeune et belle héritière d'une des premières maisons d'Angleterre,
dansant à un bal de la cour un menuet avec un jeune officier
très-pauvre, lâcha un pet, et devint très-confuse. Le jeune militaire,
pour tirer la princesse d'embarras, joua la honte et parut si confus,
que toute la cour fut persuadée qu'il était le coupable. Il sortit donc
au milieu des ris et des huées, qu'il souffrit avec un courage digne
de Curtius. Ce généreux dévouement ne resta point sans récompense. La
riche héritière en fut si reconnaissante, qu'elle offrit ses attraits,
ses biens immenses et son amour à ce jeune héros, qui jamais n'eût osé
prétendre à ce degré? d'éclat, si un _pet_ ne lui eût fourni une si
favorable occasion.