LE PET FRANÇAIS.

Deux anglais arrivant dans un village en France,

Etaient de fatigue harrassés,

En outre fort embarassés,

Pour trouver un lieu de pitance;

Car tous les deux, ignorant le français,

Aux paysans parlaient anglais;

Les manans ne surent jamais

Aucun autre langage,

Que celui qu'on parle au village;

Cependant le curé plus sage,

Reconnoissant à leur baragouinage

Qu'ils avaient besoin de manger,

Et qu'ils cherchaient à se loger,

Lors par le bras vous les prend et les mène

A l'auberge la plus prochaine.

L'hôte les voyant arriver,

Et désirant chez lui les conserver,

Les saluant, en suivant sa marotte,

Il leur fait signe de s'asseoir,

Puis bientôt appelant Javotte:

Allons, dit-il, tire-moi cette botte;

Près d'eux on s'empressait, oh! dame! il fallait voir:

Chacun était jaloux de bien remplir sa tâche;

Mais en voulant tirer trop fort,

La Javotte fait un effort,

Et devant tout le monde, avec grand fracas, lâche

Ce qu'ordinairement avec soin chacun cache.

Le pauvre maître consterné,

En cas se trouvant très-peiné,

Lui dit: «Puante, eh bien! que veux-tu que l'on dise

»De notre honnêteté chez messieurs les Anglais?

—Mais qu'est-ce que ça fait, dit-elle avec franchise,

Ces deux messieurs n'savont pas le français.

L'abbé de Marigny, a oublié dans son poëme sur le _pain béni_, dont

j'ai donné une édition, de nous raconter l'anecdote suivante. Elle

prouve que non-seulement _le Pet_ a le privilège d'égayer les sociétés,

mais que les plus augustes mystères de la religion ne sont pas à l'abri

de son humeur joviale et libre.

Éloge du pet · 第 15 / 40 题