CONTE.

Tant s'en faut que toujours la fin d'une aventure

Réponde à son commencement;

Telle promet d'abord une volupté pure,

Qui se termine en un tourment.

Bien l'éprouva Damon, français et gentilhomme;

Car tout français se dit comte ou marquis,

Ou gentilhomme au moins en quittant son pays,

Et celui-ci se disait tel à Rome.

Or, comme bien savez, un français n'est pas homme

A se laisser ronger d'ennuis;

Il choisit donc une Laïs,

Qui, moyennant certaine somme,

L'admit au rang des favoris.

A Rome comme ailleurs, femme qui sait son prix,

Ne livre rien sans savoir comme.

À demain, lui dit-elle, et selon vos désirs,

Je vous préparerai la voie

Qui conduit aux plus grands plaisirs;

Apportez seulement argent, vigueur et joie;

Et vous verrez beau jeu si la corde ne rompt.

Croyez que le galant ne manqua d'être prompt.

Au rendez-vous il la trouve parée,

De la façon que Cithérée

Reçoit le Dieu Mars dans ses bras,

Une moitié de ses appas

Se trouvait assez éclairée,

Pour que l'autre qu'on ne voit pas,

Par le galant fut désirée.

Un souper fin, tel qu'il le faut

Dans les plaisirs d'un tête à tête,

Fut le prélude de la fête

Que payait bien notre ribaud.

Ils mangèrent assez, mais ils ne burent guère,

Longue nuitée et court repas,

C'est ainsi qu'on fait à Cithère,

Lorsqu'on s'y prépare aux ébats;

Enfin notre bonne commère,

Reçut Damon entre les draps.

Ah! quelle volupté s'emparant du compère,

Le défrayait de ses ducats!

Tous ses sens occupés de l'amoureuse affaire,

A de si grands transports livraient son ame entière,

Qu'il paraissoit devenu fou.

Les amours libertins, regardant son derrière,

En un coin riaient tout leur saoul.

Cependant la Laïs romaine,

Gagne son argent de son mieux,

Et d'un mouvement gracieux

Aide l'agent qui se démène,

Lorsque du souterrain tout d'un coup part un bruit

Qui de Damon l'oreille blesse.

Redoutant les effets de quelque odeur traîtresse,

Il allait quitter le déduit.

«Quoi! ce bruit vous fait peur, dit-elle,

«Sachez qu'on aime ici les plaisirs réunis.

»Continuez Damon: c'est un régal exquis,

»Que pour votre odorat a préparé mon zèle,

»Mettez sans crainte votre nez

»Dans les draps parfumés d'une essence nouvelle,

»Et ce bruit que vous soupçonnez,

«Est l'heureux signal qui l'appelle».

Il la croit, et fait bien alors de s'y fier.

Une délicate vessie,

Pleine de parfums d'Arabie,

Qu'avait pressée à propos son fessier,

Avait causé le bruit qui venait d'effrayer

Damon, dans le moment le plus doux de sa vie.

On appelle cela PET ARTIFICIEL,

Ordinaire galanterie

De toute femme d'Italie,

Qui fait un trafic corporel.

Cette volupté réunie,

Mit le comble au plaisir de l'amant sensuel;

Après un petit intervalle,

Notre brave et vigoureux mâle,

Se met à reprendre le jeu,

Qui, par malheur, dure si peu.

Un second bruit vient frapper son ouie;

Nez aussi-tôt de plonger dans le lit,

Pour cueillir à point tout le fruit

De la précieuse ambroisie.

Mais pour le coup ce fut un PET au naturel;

Qui, sortant chaudement de la région sale, Fit un atmosphère mortel

D'atômes imprégnés de matière fécale:

Pour surcroît de malheur encore plus cruel,

Un humide substanciel,

S'attachant à l'engin trop voisin de la source,

Abbattit sa vigueur et laissa sans ressource

L'amoureux qui maudit l'air pestilenciel,

Et dit en s'enfuyant. «Ah! de cette chrétienne

»Devais-je pas me défier?

»Et prévoir que le trou culier

»D'une femelle italienne,

»Ne pouvait être qu'un évier.»

C'est à regret que j'obéis à la nécessité d'être historien fidèle, en

rapportant un conte aussi graveleux,[13] mais, ne devant passer sous

silence rien de ce qui a rapport à mon sujet, j'aime mieux encourir

le risque d'une imprudence, que de passer pour ignorant, dans une

matière où toute mon érudition doit être déployée. Au reste, _Bayle et

Brantôme_ en ont fait autant. D'ailleurs ce conte me donne occasion

d'apprendre aux lecteurs qu'il est du fameux abbé _Sabathier_ de

Castres, auteur des _Trois Siècles de Littérature_, des _Siècles

Payens_, des Mémoires de _miladi Kilmar_, et du _journal Politique

National_, en 1789. Aujourd'hui à Vienne. Tandis que j'y suis, je

citerai le trait suivant, cité par Nicodême Frischlin, (édit. de

_Strasbourg_. 1525. _in-16_.)

Quelqu'un ayant lâché un vent au milieu d'une nombreuse société, un

de ses amis lui en fit reproche. Par Jupiter, répondit le péteur, il

y a longtems que mon derrière désire parler, il ne lui manque que ta

langue. Veux-tu la lui donner?

Le trait de naïveté suivant, dans une fille d'auberge, plaira sans

doute aux plus graves personnages.

Éloge du pet · 第 14 / 40 题