Gilles li Muisis, 17e abbé du monastère bénédictin de Saint-Martin de
Tournai, a laissé, entre autres ouvrages, un «registre» de ses pensers
sur les mœurs de son temps.
Ce fils d’une excellente famille tournaisienne avait dix-huit ans
lorsqu’il fit profession dans le monastère où devait s’écouler sa vie,
le jour de la Toussaint 1289. Avant ou après cette date, peut-être avant
et après, il compléta ses études à l’Université de Paris[739]. En 1300,
il accompagna à Rome l’abbé Gilles de Warnave, à l’occasion du grand
pardon institué par Boniface VIII. Une trentaine d’années plus tard, il
était élu abbé de Saint-Martin (30 avril 1331); mais Jean XXII ne
ratifia son élection, contestée par un concurrent et par l’évêque de
Tournai, qu’après de longues procédures en cour de Rome. Il s’employa,
par la suite, avec beaucoup d’activité et de soin, à restaurer les
finances très compromises de sa maison.--Tels sont les principaux
incidents d’une carrière tout unie.
Il approchait de sa quatre-vingtième année lorsqu’il devint aveugle.
C’est alors, pour occuper ses loisirs forcés, qu’il écrivit ou plutôt
dicta sa «Chronique», ses «Annales» et finalement son «registre».
L’auteur déclare lui-même qu’il commença ce registre vers Pâques 1350.
Le manuscrit de la «Chronique» de Gilles li Muisis qui est à la
Bibliothèque de Courtrai le représente assis dans une stalle surmontée
d’un dais, les mains sur les bras du siège, en train de dicter à un
moine.
Vers la Saint-Rémi de l’année 1351, il fut opéré avec succès de la
cataracte. Il mourut l’année suivante (15 octobre 1352)[740].
* * * * *
Son «registre», qui faisait naguère partie de la Collection de lord
Ashburnham et qui a passé de là, en 1901, dans une autre collection
privée de Londres[741], a été publié par M. Kervyn de Lettenhove:
_Poésies de Gilles li Muisis_ (Louvain, 1882, 2 vol. in-8)[742].
Les pensées de l’abbé Gilles y sont disposées, à ce qu’il semble,
suivant l’ordre chronologique de la rédaction. Après deux espèces de
préfaces (_Lamentations_, _Méditations_) en vers octosyllabiques, sont
transcrites des pièces en alexandrins groupés par quatrains monorimes.
Ces pièces, de longueur très inégale, forment plusieurs séries. La
première concerne la science et les étudiants, les moines de saint
Benoit, les nonnains, les béguines et les Ordres mendiants. La seconde,
après une courte introduction qui semble annoncer une revue générale des
conditions sociales, comprend des morceaux détachés sur les princes, les
prélats et le reste du clergé, avec, en appendice, quelques fragments
sur les mêmes sujets. La troisième série se compose d’un essai sur les
«gens seculers», c’est-à-dire sur le monde laïque, qui s’achève par des
considérations sur les vices de «tous en général»; en appendice,
fragments sur les mêmes sujets. Une quatrième série remet en scène, en
une suite de courtes pièces, les diverses catégories de gens d’Église et
les séculiers. La collection s’achève par trois complaintes dialoguées
entre l’auteur, les femmes et les hommes qu’il a blâmés, et ses amis
personnels[743].--On serait assez disposé à croire que les pièces du
même mètre sur le même sujet (il y en a jusqu’à trois ou quatre sur
certains sujets, qui font triple ou quadruple emploi), étaient destinées
à être ultérieurement revisées et fondues, si le bon abbé avait trahi
quelque part le moindre souci de la composition littéraire. Mais il
n’était pas écrivain, quoiqu’il ait beaucoup écrit. Il admirait
infiniment le _Roman de la Rose_, le Reclus de Molliens, un certain
Jacques Bochet, Frère Mineur, son contemporain, qui avait rimé sur des
questions de morale en langue vulgaire[744], et d’autres bons trouvères
et «faiseurs» de son temps; mais lui-même se rendait justice:
Je ne suy mie digne de ramoner leur aistre; (II, 114)[745]
Trop petis oisons sui pour mener aues paistre.
La composition n’était pour lui, homme «de petit sens», qu’un
passe-temps:
Se je di pau, ne trop, il ne doit anuyer, (I, 357)
Car chou que je di c’est pour tout bien employer
Le temps que par se grasce Dieus me voelt envoyer.
Il craignait sincèrement ce que l’on pourrait penser de ses informes
productions:
Mais je redoubte trop chou k’on en pora dire (II, 251)
Que ch’ est presomptions et rien ne doit suffire.
Le fait est que peu de clercs du moyen âge ont écrit d’une manière aussi
lourde et rabâché au même degré. Le lecteur n’en pourra guère juger par
ce qui suit, où l’on a rassemblé en gerbe tout ce que le bon abbé a dit
d’intéressant; mais il est positivement écœurant de le lire d’un bout
à l’autre.--Rappelons à sa décharge qu’il était octogénaire et atteint
de cécité[746].
Écrivain détestable, qui perd continuellement le fil de ses idées,
intarissable en lieux communs, plat et radoteur[747], l’abbé apparaît,
personnellement, dans son œuvre, comme un homme assez remarquable:
d’abord un bon vivant, grand amateur, à la flamande, de vins et de
mangeaille; et aussi, sous l’habit ecclésiastique, un bon bourgeois
prudent, très soucieux des apparences, plein des préjugés qui ont été,
en tout temps, ceux des classes moyennes, rentées. _Laudator temporis
acti_ jusqu’au comble du ridicule, mais autant à cause de sa prudence
naturelle que par l’effet naturel de l’âge. C’est systématiquement qu’il
a préféré tracer le tableau idéal de ce qui devrait être, sous couleur
de ce qui fut, plutôt que de s’attirer des animadversions en vitupérant
le présent avec trop de précision. Il cite bien le proverbe: _A tous put
qui veut a chascun plaire_ (II, 251), et il annonce çà et là qu’il est
prêt à user d’une sainte audace; mais, d’autre part, il appuie cent fois
sur l’inutilité de la prédication morale et sur les dangers qu’elle
présente pour qui s’y livre:
Qui dou siecle present registres volroit faire, (I, 344)
Il seroit hors dou sens; nuls ne voelt sen afaire
Ne cangier ne muer. Pour chou s’en doit on taire.
S’on les blame de riens, a tous yra desplaire.
Malgré tout, l’abbé Gilles a des titres certains à figurer dans la
galerie des moralistes du moyen âge. Le bonhomme n’était pas bête; et,
quel qu’ait été son parti pris de parler pour ne pas dire grand’chose,
il n’a pas pu, en parlant si longtemps, ne pas ouvrir quelques échappées
sur les êtres et les choses du milieu où il vécut.
* * * * *
C’est en 1350, au temps de Pâques, que l’abbé Gilles, empêché de sa vue
«si que vir les gens ne pooit, ne lire, ne escrire, et ne veoit fors
clartés et lumieres, et grossement», résolut de considérer sa vie:
«quels je suis et quels j’ai esté». Il était vieux:
S’ay des ans grant plenté[748] passés
Et de pekiés[749] moult amassés;
Pau fait de bien; dont ge fremis.
Quel âge avait-il, d’abord? Il «s’avisa» comment il pourrait le savoir.
Or, il avait huit ans ou environ quand il fut mis à l’école. Il y resta
dix ans «aprendans, contans et lisans», non sans travail et sans
«paour». Puis son père, sa mère et ses amis pensèrent à la «mettre en
religion». Il y consentit volontiers, car c’était son goût. Il fut donc
reçu dans ce noble monastère de Saint-Martin, avec deux autres jeunes
gens. Voilà un peu plus de soixante ans qu’il y sert Dieu à son pouvoir.
A l’époque de sa profession, il y avait à Saint-Martin soixante-et-un
moines et cinq convers; tous sont morts maintenant, à la date où il
entreprend le présent «registre»... Les jeunes gens ne croient pas à la
vieillesse et à la mort; cependant, tous y passent.
Saint Paul dit en ses Épîtres: _Habentes victum et vestitum, hiis
contenti sumus_. Le vivre et le vêtement ne suffisent point à tout le
monde; d’aucuns désirent les richesses, les honneurs. «On le voit bien,
comment il est». L’auteur s’en taira pour le moment, «car a plusieurs
poroit desplaire»; mais il y reviendra plus tard.
Il remercie Dieu des épreuves qu’il lui envoie; car il a fort à expier.
Comblé de biens, il en a peu profité. Comment a-t-il osé si longtemps
être prélat, et reprendre autrui en cette qualité, lui sur qui l’on
pouvait tant dire? Lui qui a si souvent «quis grans delisces en mangier
et en boire»?[750] Maintenant, il n’y voit plus; il ne peut plus voir
les oiseaux voler, courir les bêtes. Mais il faut faire de nécessité
vertu...
Vous ne m’avés pas oblyet[751],
Biaus sires Diex, car envoyet
M’avés de vo castiement.
Car j’avoie trop longhement
En pais et en santé estet:
S’en gracie vo majestet.
Pendant les dix-huit ans qu’il est resté dans sa famille, il peut se
rendre cette justice qu’il hantait volontiers l’église et les bonnes
gens; il n’avait pas beaucoup d’argent, mais on ne le laissait manquer
de rien. Lorsqu’il entra à Saint-Martin, le bon abbé de ce temps-là
entendit sa confession générale, et le sous-prieur, «dans Gilles de
Braffe», lui enseigna les devoirs des moines.
Après avoir laissé le siècle, il fut près de sept ans «en custode».
Hélas! si les cloistriers y pensaient bien: comme leur vie est agréable!
ils ont du vin aux repas et toutes leurs nécessités; la plupart du temps
ils regrettent, cependant, la liberté; ils dédaignent les études et la
provende du couvent[752]. Mais l’auteur ne veut s’occuper ici que de son
propre cas; il reparlera des autres en temps et lieu.
La jeunesse est un âge très dangereux: chacun doit être bien aise de
l’avoir dépassé. Durant l’âge mûr, on amasse, avoirs ou savoirs; et l’on
dit communément: «Vivre convient». Quand on est vieux, il fait bon avoir
fait ses provisions d’hiver, car personne ne jette son lard aux chiens;
ne pas compter sur la charité d’autrui, en ce siècle perverti. Et,
d’ailleurs, il est assez raisonnable que charité bien ordonnée commence
par soi-même.
Pour chou faut on a karitet (23)
Que nuls n’a de l’autre pitet.
Et ce est bien voirs, je le grée,
Que karités soit ordenée,
Que cascuns ayme sen pourfit
Plus que l’autrui, et jou pour fit
Le tieng bien; car chou est raisons
Que cescuns no pourfit faisons.
Tant qu’il est siecles et sera
Sages est qui se pourvera[753].
Gilles a péché en tous les temps de sa vie; il a longtemps «entendu» aux
choses mondaines, à ses aises, aux besognes séculières. Mais il a toute
confiance en la valeur de la contrition.--Il juge bon d’insérer ici, à
ce propos, un petit manuel du confesseur: «Comment priestres doit
pekeurs absorre». Questions qu’il doit adresser. Conduite à tenir dans
le cas où les pénitents lui disent, comme font plusieurs:
«Je ne sai voir dire mon iestre (29)
Ne mes peckiés, ce poise my.
Et si a bien an et demy
Que je ne fui, voir, confiessés...
Pour Dieu, sire, voillés me aidier.»
Liste des sept péchés mortels et des dix commandements de Dieu. Il croit
rendre service en enregistrant ainsi «de quoy on puet administrer salut
d’ame» à ses bons amis. Trop de gens, parmi les lettrés, tiennent closes
leurs mains pleines d’utiles enseignements.
L’auteur est couché dans son lit; la vieillesse l’empêche de vaquer aux
devoirs des moines, comme il en avait l’habitude, quand sonne la cloche
commune. Alors, il pense à ses fautes. Tant de mauvais exemples donnés!
Tant de sottises commises, «en pensers, en dis et en fais»!--Longue
prière à la Vierge[754].
Il pense sans cesse aux péchés qu’il a faits et à ceux qu’on peut faire.
Gourmandise: chacun veut nourrir bien ce corps, qui pourrira dans la
terre. Luxure; il y a des gens qui, sur ce chapitre, refusent d’en
croire les prêtres, et qui disent:
«De contrester a se nature (58)
Che seroit, voir, chose trop dure.
Diex est misericors assés...
En jovenaice[755] on le fera,
En se viellaice on le laira[756]».
Mais comment qualifier ceux qui, prêchant le bien, sont les plus ardents
au mal, dont la vie se passe à «prechier, dormir, querre leur aises,
faire tout chou k’est deffendut»?--Orgueil, envie («qui a esté forte en
mi»), Gilles espère qu’il en est guéri.--Convoitise, avarice, paresse,
vices ordinaires des vieilles gens, colère...; défendez m’en, Seigneur!
Des venieuls[757] qui sont sans nombre, (67)
Dous Diex! donnés que ne m’encombre.
Pour tous pekiés, je reng me coupe
Le main au pis, de cuer, de bouque[758].
* * * * *
Après la _Lamentation_ qui précède, faite par dévotion pour exhorter les
pécheurs à la pénitence, l’abbé Gilles se demande, dans une pièce
intitulée: _Meditations_, à quoi il pourrait bien «employer son temps».
Il traitera, pour l’instruction des gens, du siècle qui court maintenant
et du siècle qui fut jadis (un paradis, en comparaison)[759].
* * * * *
De nos jours, les hommes et les femmes de bien sont en proie à la
malveillance et à la médisance publiques.
Si un prud’homme va à l’église:
«Ves ke vela grant ypocrite; (82)
Es loenges molt se delite!»
Si sa femme l’accompagne:
«Or se va me dame monstrer.
Chiertes, mieuls li varoit brouster
Ses porées et ses colles[760]
Que porter si fais varcolles;[761]
Il font tout par ypocresie.
Chiertes, moult fols est qui se fie
En gens qui font le papelart;
Il ne querent voir fors que lart.»
Voici ce qu’on dit des prêtres:
«Chil priestre si dient leurs messes; (83)
C’est drois, car c’est par leurs promesses.
Ensi vaignent[762] il bien leur vivre
Et sont de labourer delivre[763].
Se chou qu’il dient, il fasoient,
Les gens trop plus les hone[r]roient...
Diex scet qui est boins pelerins,
Car il voit les coers enterins.»
Le service divin est souvent empêché par les assistants qui ne font qu’y
«bourder», et les curés ne les en reprennent pas assez[764]. Les femmes
agissent de même; c’est à l’église qu’elles tiennent leurs parlements:
de leurs voisins, de leurs voisines, de leurs valets, de leurs
servantes. Quand l’une d’elles va à l’offrande, écoutez-les:
«Qui est la dame la passée? (83)
Diex, com or est bien acesmée!
Elle montre bien ses denrées
Et s’a ciertes moult de pensées.
Moult est lie k’on le rewarde;
Or rewardés comment se farde.»
Il n’y a, du reste, qu’à dédaigner ces rumeurs. «On a parlé et parlera»,
nul ne peut faire qu’on ne bavarde sur son compte; il n’en est pas
davantage.
* * * * *
Par tous pays, on sert de beaux dits les seigneurs, et les gens de
toutes manières, pour égayer les assemblées, dîners et soupers. Mieux
vaut, effectivement, en écouter que de boire, de se quereller et de se
battre. L’abbé Gilles voudrait bien occuper ses loisirs à en composer, à
l’exemple des bons diseurs du temps passé, comme l’auteur du Roman de la
Rose, le Renclus [de Molliens], et Jakes Bochet, le Frère Mineur,
excellent prédicateur, trouvère habile, qui, au moment de mourir, remit
à un de ses amis un bel ouvrage intitulé «Tiaudelait».
Jakes Cent Mars le doit avoir... (88)
Je sui ciertains, qui le vera
Au lire grant joye avera.
Ne sai que nuls en ait coppie....
On peut encore citer, parmi les vivants, le bon Guillaume de Machaut,
Philippe de Vitri et son frère, et deux «faiseurs» du Hainaut: Jehans de
le Mote, Colart Aubert. Ceux-là savent faire pleurer et rire.
D’autres faiseurs sont il assés (89)
Qui leur biaus dis ont amassés
Et mis en escrit et en lettre...
L’abbé Gilles fait un retour sur lui-même: il va mourir; il est vieux;
lui qui aimait les joyaux, les chevaux et toutes les belles choses qui
se voient, il est à peu près aveugle; mais il a encore sens et mémoire.
Il est trop tard, cependant, pour qu’il se mette à l’école des «bons
faiseurs». Il s’en tiendra à ce qu’il sait et apprendra par la pratique.
Chou que j’ai penset, partirai. (99)
Des anchienes choses dirai,
De chou k’ai veüt et sceüt.
Il parlera aussi du temps présent, que la grande épimédie récente n’a
pas du tout corrigé. On n’ose pas, généralement, dire leur fait aux
contemporains: il se permettra des remarques.--Il revient brusquement,
en terminant, à l’habitude de médire qu’il a déjà blâmée plus haut. Nul
n’en est quitte. Ni les riches ni les pauvres. Du riche
On dist: «Ces gens sont accroissant (102)
Leurs tresors et leurs grans rikeces...»
Et du pauvre:
«Chis mechans a le sien perdut.
En quoy, biaus Diex? en gloutrenie
Ou par mener malveise vie...
Pour chou ne l’en doit nuls complaindre.»
* * * * *
Il convient de commencer par la science et les étudiants[765].
Jadis, les écoles regorgeaient d’écoliers pleins de zèle, que leurs
parents, «gens de plusieurs estats», y mettaient pour venir à honneur;
les prélats en avaient la liste «en leur rôles». Aujourd’hui, comme les
bénéfices sont conférés, non pas aux bons clercs, mais à des
gentilshommes chasseurs, à des quémandeurs, à des intrigants, les
écoliers se découragent et se font rares. De là, la prospérité des
écoles qui appartiennent aux Ordres mendiants, où la science, soutien de
la foi catholique, trouve asile; les autres «religions»[766] devraient
bien en faire autant, conformément aux constitutions du pape Benoit
[XII], cet ami éclairé des études[767]. Tout dépend donc de ceux qui ont
à distribuer les bénéfices; qu’ils les donnent, non pas à la
recommandation de leurs amis ou de leurs amies, mais aux plus méritants.
Le clergé serait plus respecté, s’il était plus respectable. On ne
verrait plus de ces bénéficiers qui savent surtout vider les pots et
dont les additions s’enflent chez les taverniers.
De nos jours, les clercs sont attirés surtout par les sciences
lucratives, comme le droit, la médecine. Avocats, physiciens (médecins);
ils sont sûrs, en exerçant ces professions, d’avoir de l’argent; et,
avec de l’argent, d’être bientôt curés, doyens. On sait assez ce que
l’on gagne à soigner les intérêts et la santé des gens. Le physicien, en
particulier, qui se fait appeler «mestre»,
S’on li promet argent, il vos visitera. (112)
A l’apoticarie connoistre vous fera;
Par sen valet boistes assés envoiera;
Se bien ne li payés, de tout il ciessera.
Les moines noirs ou de saint Benoit.
Jadis on enrichissait à l’envi les fils de saint Benoit. Pourquoi? Parce
que l’on s’émerveillait à bon droit de leur vie âpre et dévote.
Maintenant, tout est changé. Les hoirs des donateurs ne songent plus
qu’à nous dépouiller; c’est que les mœurs ne sont plus les mêmes: