Le magnifique recueil des œuvres de Robert de Blois, exécuté dans
l’Est de la France pendant le dernier tiers du XIIIe siècle pour
quelque riche amateur et qui, après avoir appartenu à Guichart Dauphin,
seigneur de Jaligny (tué en 1415 à Azincourt), porte aujourd’hui le nº
5201 des manuscrits de l’Arsenal, contient (p. 3) une sorte de dédicace,
en ces termes:
A.ij. de mes moillors amis 171
Qui bien sont andui de tel pris
C’on doit mout bien por aus rimer
Vuil je cest livre presanter...
Lor nons ne vuil je pas celer...
Li uns HUES TYREAUS DE POIS,
Uns chastelains prouz et cortois,
Li autres GUILLAMES ses fiz
Qui est saiges, prouz et soutis,
Gentis, bien parlant, qui mout vaut,
C’on ne porroit, se Dex me saut,
Jusque a Londres trover moillor.
Suit un copieux éloge de ces deux personnages, qui sont connus par
ailleurs. Hue Tyrel fut seigneur de Poix de 1230 à 1260; son fils
Guillaume, qui lui succéda, mourut en 1302.--Robert de Blois fait du
«bon Huon» le portrait le plus flatteur; il sait très bien servir,
«honorer et conjoïr» les prud’hommes; il est courtois de cœur; il
déteste les «boiseors» (traîtres) et les «mausparliers», les
orgueilleux, les filous, les méchants; il aime, il craint Dieu; il hante
volontiers l’église; il est impassible:
Ne set pour perte trop doloir 229
Ne por gaaing trop joie avoir.
Nul ne tire si bon parti de sa terre; il sait dépenser comme il faut:
Mout tient bel ostel et sovant; 235
A grant honor le suen despant[463].
Large, franc, bien fait de corps, grand, vigoureux, débonnaire dans les
relations mondaines, avisé quand il doit juger. «Et que dirai je de ma
dame?» Ses vertus sont dignes de sa haute naissance:
Li bons Jofrois de la Chapele 253
Par cui sens douce France bele
Est tonsée et mantenue
Et de grant richece acreüe,
L’engendra, c’est la veritez.
Dex li accroisse ses bontez!
Quant à Guillaume, c’est un modèle de chevalerie:
Car dedanz lui sont hebergié 192
Honors, cortoisie et largece,
Hardemanz, savoirs et prouesce.
Bien set ses amis consoillier
Ses henemis desavancier...
En plusors leus est esprovée
Sa valors et sa renonmée...
Il n’ai en Vimeu n’en Pontis[464]
N’en Aminois n’en Belvesis,[465]
Conte de si trés grant hautesce
Ne prince de si grant noblece.
Le «bon Jofroi de la Chapele», dont il est dit ici qu’il exerçait une si
puissante action sur le gouvernement de la France, est le pannetier de
France qui fut en effet un des conseillers les plus affidés du roi Louis
IX; il paraît dès 1224[466]; il figure comme arbitre pour le roi Louis
dans un accord avec Thibaut, roi de Navarre et comte de Champagne en
1243[467]; il est cité à plusieurs reprises, au cours des années
suivantes, comme membre de la Cour judiciaire du roi[468]; dans un acte
de «paix» conclu vers 1251 entre Hue Tyrel et les bourgeois de Poix (qui
ne paraît pas avoir été remarqué jusqu’à présent), «mesire Huon, sire de
Poiz», retient formellement «le consel monseigneur Gefroi de la Chapele,
panetier de France»[469]; le 24 février 1253, il exerça la haute
fonction de «celui qui rend les arrêts», c’est-à-dire de président au
parlement[470].
De ces détails, il ressort que Robert de Blois écrivit la dédicace
insérée dans le ms. de l’Arsenal avant la mort de Hue Tyrel et de Jofroi
de la Chapelle; or Jofroi est mort avant 1260 et Hue cette année-là.
Il est à remarquer, du reste, que cette même pièce se trouve, sous
d’autres formes, dans d’autres recueils des œuvres de Robert.
Elle figure, par exemple, dans le ms. fr. 2236 de la Bibliothèque
nationale (XVe siècle), qui dérive d’un manuscrit plus ancien où les
noms du seigneur de Poix et de sa famille avaient été remplacés par ceux
d’un certain «Jehans de Bruges»; de «Tierri», le franc comte de Forbach;
et des «dames du parage d’Aspremont»[471].--Elle figure aussi, mais fort
abrégée, dans le m. fr. 24301 de la Bibliothèque nationale; là, le poète
ne s’adresse plus qu’à «_un_ de ses meilleurs amis» et il s’abstient de
le nommer; il annonce qu’il le nommera plus loin:
En la fin del livre savrez
Par kel nom il est apelez[472].
Mais, comme le ms. fr. 24301 est incomplet à la fin, on n’en sait pas
davantage.
Faut-il croire que Robert de Blois avait composé une dédicace
passe-partout, où il se contentait de changer ou de supprimer, suivant
les circonstances, les noms propres? Peut-être[473]. Il n’en reste pas
moins que l’auteur de la dédicace aux Tyrel était un contemporain de
saint Louis. C’est tout ce que l’on peut dire sur son compte.
* * * * *
La nomenclature de ses écrits est un des problèmes compliqués de
l’histoire littéraire du XIIIe siècle, parce que les recueils que
l’on en a diffèrent beaucoup entre eux, et parce que Robert avait
l’habitude d’encastrer industrieusement, en les modifiant plus ou moins,
ses petits dans ses grands poèmes. Il semble qu’il ait donné, lui-même,
plusieurs éditions (deux au moins) de ses poèmes divers, ajoutant ici,
retranchant là, bouleversant l’ordre adopté d’abord; mais la chronologie
de ces remaniements n’est pas établie, et il est peut-être impossible de
l’établir. D’autre part, Robert a farci son roman de _Beaudous_ de
plusieurs de ses pièces didactiques ou édifiantes qui avaient été faites
pour être et qui ont été, effectivement, plusieurs fois publiées à part.
Les rédacteurs de l’_Histoire littéraire_ n’ont pas résolu, ni même
soupçonné--ils ne connaissaient pas l’édition représentée par le ms. de
l’Arsenal, qui contient la dédicace aux Tyrel--la plupart des
difficultés que soulève l’historique des œuvres de Robert.--Un essai
de nomenclature des poèmes divers, avec un «tableau de concordance dont
l’objet est d’indiquer à quelle place se trouvent dans les [autres]
manuscrits chacune des pièces de Robert de Blois que contient le ms. de
l’Arsenal» a été dressé par M. P. Meyer (_Romania_, 1887, pp. 25-43).
M. P. Meyer a posé là les questions que le futur éditeur des poèmes
devrait élucider, si c’est possible[474]. Depuis, il n’a rien été fait
qui vaille dans cette direction. La soi-disant édition «diplomatique» de
M. Jacob Ulrich (_Robert von Blois sämmtliche Werke_. Berlin, 1889-1895,
3 vol. in-8), outre qu’elle est incorrecte, n’est qu’un recueil de
matériaux bruts.
* * * * *
Peu de poèmes sont aussi «curieux», au sentiment de M. P. Meyer, que
ceux de Robert de Blois, «pour l’histoire des mœurs et de la
courtoisie au XIIIe siècle»[475]. Et «il est parmi nos anciens
auteurs un de ceux qui ont le mieux réussi à rédiger les règles du
savoir-vivre et des bonnes manières». Plusieurs de ses petits poèmes,
«_l’Onor es dames_, _le Chastoiement des dames_, _l’Enseignement des
princes_ forment un véritable code de la courtoisie telle qu’on
l’entendait au moyen âge».
_Le Chastoiement des dames_, ou traité de civilité à l’usage des dames,
qui était encore populaire à la fin du XVe siècle[476], est depuis
longtemps connu des érudits, parce qu’il a été publié de bonne heure
dans le recueil de Barbazan-Méon (_Fabliaux et Contes_, II, 184-219;
d’après le ms. fr. 837). Il a été analysé, d’après l’édition de Méon,
dans l’_Histoire littéraire_ (XIX, 833). Nouvelle édition, par J.
Ulrich, dans les _Sämmtliche Werke_, III, 57. Nouvelles analyses dans
l’_Histoire de la langue et de la littérature françaises_ publiée sous
la direction de L. Petit de Julleville, II, p. 185[477], et par Alice
A. Hentsch, _De la littérature didactique du moyen âge s’adressant...
aux femmes_ (Halle a. S., 1903), pp. 75-80.
De _l’Enseignement des princes_, on a plusieurs manuscrits: mss. 3516 et
5201 de l’Arsenal, mss. fr. 2236 et 24301 de la Bibliothèque nationale
(ce dernier avec une entrée en matière un peu différente). Imprimé par
J. Ulrich, _l. c._, III, p. 2-54, avec _l’Onor es Dames_, qui en forme,
dans l’édition, le premier paragraphe. Analyse très sommaire par P.
Paris dans l’_Histoire littéraire_, XXIII, p. 735 (où l’_Enseignement_
est considéré comme un épisode du roman de _Beaudous_).
Les petits poèmes édifiants (notamment sur la Trinité et la Confession)
qui se trouvent dispersés dans la collection des œuvres de Robert de
Blois (_Romania_, XVI, p. 40, nº 16), et qui sont réunis pour la plupart
au t. III (pp. 81-129) des _Sämmtliche Werke_ d’Ulrich, sous le titre
général de «Poésies religieuses» ont, pour nous, beaucoup moins de
valeur, à cause de leur banalité. Les deux romans de Robert de Blois,
_Beaudous_, _Floris et Liriopé_ (ce dernier manifestement imité du
_Cligès_ de Chrétien de Troyes) sont prolixes et sans relief. C’est
pourquoi nous ne présenterons au lecteur que les deux principales des
pièces didactiques précitées, _Chastoiement_ et _Enseignement_[478].
Nous les présentons sous le bénéfice des observations suivantes.
1º Il n’existe pas de texte critique du _Chastoiement_ ni de
l’_Enseignement_, purgé des formes dialectales (de l’Est) qu’offrent les
meilleurs manuscrits, et ramené à la graphie probable de l’auteur[479].
On a donc dû se résigner à se servir des textes très imparfaits
d’Ulrich, en collationnant les mss. chaque fois que le sens était
intéressé.
2º Les écrits didactiques de Robert de Blois doivent être, à notre avis,
interprétés avec précaution. Les anciens érudits ont pris au sérieux, et
pour argent comptant, tous les conseil donnés aux dames de son temps par
Robert dans le _Chastoiement_. D’où leur surprise en les lisant, qu’ils
n’ont pas dissimulée: «Comment était-il nécessaire au XIIIe siècle,
dit M. Amaury Duval, d’avertir les femmes de ne pas permettre une
liberté du genre de celle qui est indiquée dans ces vers: _Gardez que
par nus hom sa main Ne laissiez mettre en votre sein?_» A. Duval
s’étonne encore de trouver dans le _Chastoiement_ certains préceptes de
propreté et de convenance élémentaires qu’il peut sembler fort inutile
de donner à des dames que l’on ne doit pas supposer dépourvues
d’éducation[480]. «N’essuyez pas, dit, par exemple, le poète, vos yeux à
la nappe, ni votre nez; ne buvez pas trop.» De pareils conseils font
sourire aujourd’hui. Mais la question se pose de savoir si ce sont là
des indices de la grossièreté foncière de l’ancienne société courtoise,
ou si l’auteur ne les a pas formulés, justement, pour provoquer le
sourire, et si les hommes du XIIIe siècle n’en souriaient pas comme
nous[481]. En ce cas, qui n’a rien d’improbable, supposé que certains
préceptes de Robert de Blois doivent être entendus _cum grano salis_,
une foule de conclusions tirées, pour l’histoire des mœurs, des
œuvres de notre auteur (et de bien d’autres) tomberaient, tout d’un
coup, à plat[482].
_L’ENSEIGNEMENT DES PRINCES_
Ce n’est pas sans raison que Robert de Blois, qui avait «laissé le
rimer», l’a recommencé[483]. Ce siècle est corrompu. Il craint fort de
perdre sa peine en dénonçant les abus. De plus sages que lui n’ont pas
été écoutés. Il essaiera, pourtant.
Les anciens seigneurs avaient coutume de tenir cour richement; ils
distribuaient pailes et cendaux[484], or et argent, vair et gris,
destriers[485]. Les lieux où ils séjournaient en valaient mieux
longtemps après. Ceux d’aujourd’hui sont autrement endoctrinés: au lieu
de donner, ils prennent; les pauvres gens fuient sur leur passage; ils
dépouillent les saints eux-mêmes et se font excommunier; mais cela leur
est égal.
Qui porroit sans plainte soffrir 67
C’om voit aucune gent tollir[486]
As genz lor femmes et lor terre?
On en devroit vengance querre
As Sarrasins outre la mer
S’on nes pooit[487] plus prés trover[488].
Qui le croirait sans l’avoir vu? Les princes de nos jours font fermer
les portes des salles où ils mangent [au lieu de les laisser ouvertes à
tout venant, comme c’était jadis l’usage]. Robert de Blois ne s’en peut
taire, quand il entend le cri des huissiers:
«Or fors[489]! Messires vuet maingier!»
Les prélats, de même, bestournent et déshonorent leur ordre. Ceux
d’autrefois étaient des saints; ceux d’aujourd’hui «saintiront» quand
les poissons haïront l’eau. Ils sont riches; ce sont des commerçants
experts: personne ne s’entend mieux qu’eux à vendre, à acheter, à
prêter...
C’est ainsi que parlent les fous. Robert en a le cœur dolent. Il a
souvent défendu les grands seigneurs «par paroles» et il le fera encore.
Car il ne faut pas médire d’eux:
Est cil fous qui nul mal en dist; 118
Car cil qui tot lo voir vuet dire
Son affaire sovent empire.
Puisse le présent ouvrage, grâce à sa modération, convenir à tous les
prud’hommes![490]
I.--Premièrement je vous enseigne de ne pas être si vilain ni si
«estout» (téméraire) que de dire du mal des dames, à tort ou à droit.
Car, d’abord, c’est le sexe auquel vous devez votre mère:
Tuit li oiseaul soient honi 339
Qui suelent[491] conchier lor ni.
Et puis, la plus grande joie de l’homme, c’est que les femmes lui
fassent «beau semblant». Certes, il est des déloyaux qui n’ont pas souci
des dames; mais ceux-là sont justement suspects de vices contre nature.
Por dames done l’on maint don 377
Et contrueve[492] mainte chançon.
Maint fol an sont devenu saige,
Home bas monté en paraige.
Hardis en devient maint coarz
Et larges qui sot estre eschars[493]...
Dieu, d’ailleurs, nous a fait voir qu’il aime plus la femme que l’homme.
Car il l’a créée dans le paradis (et l’homme avant le paradis). Car il a
voulu naître d’une femme. Car c’est à des femmes qu’il s’est montré en
premier lieu après la résurrection.--Robert de Blois est persuadé que le
présent petit poème, qu’il baptise _l’Onor es dames_, aura près d’elles
du succès. Elles diront en l’entendant:
«Deus por sa pitié merci ait 463
De l’arme[494] celui qui t’a fait[495]».
II[496].--Aimez Sainte Église; c’est le moyen d’être invincible, comme
le bon roi Charlemagne.
Quand Dieu institua Sainte Église, il lui donna deux bonnes gardes: les
clercs et les chevaliers; les clercs pour enseigner la loi; les
chevaliers pour la défendre.--Suit la description allégorique de
l’armement du chevalier, un des lieux communs préférés de la littérature
du moyen âge. L’épée est claire, à double tranchant et pointue: cela
signifie que le chevalier doit être pur, tenant de l’une et l’autre loi,
prêt à crever les ennemis de l’Église. La garde en croix, c’est
«l’enseigne Jésus-Christ»; le nom qui est gravé dedans veut dire que le
chevalier doit toujours avoir Jésus-Christ en mémoire. Le pommeau, gros
et rond, signifie que le monde entier honore l’état chevaleresque, car
«chevalier» est synonyme de «sire». Ainsi de suite pour l’écu, peint et
doré; la lance; le heaume, lié de fortes courroies et peint à fleurs; le
cimier; la coiffe; le haubert de mailles; la couleur rouge de la cotte
armée; le hoqueton; les chausses; les éperons; la selle, etc. Les quatre
pieds du cheval d’armes symbolisent «les quatre principales vertus»:
justice, sagesse, force (surtout la force morale), modération.
Li chevaliers doit estre fors 711
Assez plus dedanz que defors...
Qu’il n’ait le cuer desesperé
Por maul[497] ne por adversitez...
En ses plus granz prosperitez
Doit il estre plus atamprez.[498]
Que por beauté ne por proesce,
Por paraige ne por richesce,
Ne doit il autrui mesprisier.
III[499].--Gardez-vous de vilain «gas». Plus d’un a perdu la vie pour
avoir médit. Quand on a pris l’habitude de blâmer, on blâme tout le
monde, bons et méchants. Mais l’auteur ne veut pas plus longtemps salir
sa bouche en parlant d’un si triste défaut, particulièrement déplaisant
chez les grands seigneurs[500].
IV[501].--L’envie est une maladie qui fait souffrir sans relâche. Tous
les envieux sont maigres et pâles; la prospérité d’autrui les torture.
Un couteau fiché dans la chair, ils n’ont de pensée que pour leur
douleur.
V.--L’orgueil est le premier en date des péchés, et celui que Dieu hait
le plus. C’est par orgueil qu’ont désobéi Adam et Ève, et c’est en
punition de cette faute que les femmes se couvrent la tête, jusqu’à nos
jours:
Dous em prist vanjance si grief 905
Qu’encor porte covert le chief
Fome por la honte qu’ale ot...
Histoire de Jonas. Après sa délivrance hors de la baleine, un ange
conduit le prophète à la cité de Ninive. Ils pénètrent dans la ville par
le quartier où l’on tuait les bêtes et où s’amassaient les ordures.
Jonas se bouche le nez et s’étonne que l’ange n’en fasse pas autant:
«Estoupez vos por la puor[502]! 1033
Onques mais ne senti piior[503]».
--«Ne sai», fait il, «que puors soit!»
Ils arrivent dans la grand’rue, richement parée, encourtinée de draps
magnifiques, où l’on vendait les épices: poivre, cumin, cannelle, encens
alexandrin, anis, grenades, figues, dattes, etc. Le prophète crut être
passé de l’enfer en paradis. Mais ce fut au tour de l’ange à se boucher
le nez des deux mains: il venait d’apercevoir un beau damoiseau de
quinze ans, monté sur un superbe cheval, qui valait bien vingt marcs,
avec des éperons dorés, «haligoté» (couvert d’ornements tailladés)
jusqu’aux genoux, un chapel de roses sur la tête. L’ange s’écrie:
«Etoupe-toi!» «Et por quoi?», demande Jonas. «Le grand orgueil que ce
chétif a dans son cœur dégage plus de puanteur que je n’en saurais
supporter», répond l’ange. Le prophète fut très étonné:
Li prophetes merveilleux fut. 1073
N’est donc orgueil pechiez vilains
Qui put[504] es saintes et es sains?
VI[505].--Sur toutes choses gardez-vous d’avoir confiance en un
serf[506]. Maints prud’hommes en ont été confondus. C’est aller contre
la nature que d’exalter ceux qu’elle a voulu abaisser.