Grant merveille a ici entur. 568

Le cas des clercs est le plus surprenant de tous. Car ils entendent «la

glose et tout le texte de la lettre», et ils ne sont pas plus empressés

que les autres aux Noces du Seigneur. L’auteur s’abstient toutefois de

généraliser:

De tuz clers ne parroc jeo mie[284]. 584

Plusors demainent povre vie

Por bien faire e por bien aprendre...

Il ne doute pas qu’il y ait de bons reclus et de bons chanoines. Mais il

voit aussi des clercs bien rentés qui emploient l’argent à tort et à

travers.--Lorsque quelqu’un s’est haussé «par symonie ou par peché»

jusqu’à avoir un évêché en garde, il ne songe plus qu’à thésauriser; il

abuse du droit qu’il a de se faire héberger gratis:

A grant borse faire entendi 640

E manga en ses priories

E en ses povres abeies

E od cels qui ostels li durent[285]...

E donc mena sa roncinaille[286]

E trestote sa garçonaille

Qui as ostels firent dangier[287].

Et quant vint apres le mangier

Si volt chescun d’els aveir don,

Neis[288] le plus petit garçon:

L’evesque coupe ou palefrei

E chascun clerc anel en dei[289].

Alors que, s’il voyageait à ses frais, il se serait contenté de deux

«somiers» (bêtes de charge) et de quelques serviteurs[290].

Les subordonnés des évêques ne valent pas mieux qu’eux, d’habitude:

juges concussionnaires; collectionneurs de bénéfices, qui font servir le

patrimoine du Crucifix à l’entretien de leurs familles; prêtres avides,

pour qui la cure des âmes n’est qu’une métairie à exploiter:

Arcediacres e diens[291] 674

E officiaus les maiens[292]

Qui as chapitres sont les sires,

Qui consentent les avoltires[293]

Les causes jugent e terminent

E as loiers[294] prendre s’enclinent,

Les fornicacions cunsentent,

Les povres chapeleins tormentent,

Justice vendent e dreiture[295].

* * * * *

E les persones que feront[296]

Qui les riches iglises ont

Treis ou quatre en une province?

Que diront il devant le prince

Qui lor femmes avront peues[297]

Des granz rentes qu’il ont eues,

E marié filles e fiz

Del patrimoine au Crucefiz?

* * * * *

E les prestres parroisserez

Qui au prendre sont tut dis prez,

Qui les confessions receivent

Des doloros que il deceivent,

E lor enjoingnent les anuels,

Et des messes et des trentels[298]

Pernent les deniers avant main,

E lor pramettent que demain

Le servise comenceront...

A ferme pernent les autels

Plus por les morz que pur les vis.

Les rois, ducs, comtes et autres grands seigneurs sont à peine moins

aveugles. Leur grand défaut est d’aimer trop la guerre, sans avoir égard

aux misères qu’elle entraîne pour les petits. Il n’est, du reste, de

guerres légitimes que les défensives où l’on combat «pour son pays» (v.

815), et celles contre les Sarrasins.--Ce qui manque aux princes, c’est

la pitié. La plupart sont des tyrans pour les peuples, qu’ils font

écorcher vifs par leurs baillis.--Aussi bien, ils sont riches, et la

convoitise est le vice naturel des riches:

La vie en France au moyen âge d'après quelques moralistes du temps · 第 15 / 69 题