NOTES AJOUTÉES.

Page 100, ligne 10. «Et changèrent des Polybes, etc., en antiphonaires

et en recueils d'homélies».--C'est ainsi qu'en 1772, Paul-Jacques Bruns,

Anglais, examinant dans la Bibliothèque du Vatican un beau manuscrit,

timbré 24, qui paraît du huitième siècle, contenant les livres de Tobie,

de Job et d'Esther, s'aperçut que le texte en avait été écrit par-dessus

une écriture plus ancienne. Il reconnut que le vélin avait été arraché

de différents manuscrits, et qu'on trouvait dans ce livre des fragments

de plusieurs autres livres. Quelques feuillets contenaient autrefois des

Oraisons de Cicéron, mais rien qui n'ait été publié. Quatre autres

feuillets lui offrirent un fragment de l'un des livres de Tite-Live qui

nous manquent (le quatre-vingt-onzième). Il est clair que ces quatre

feuillets ont été arrachés d'un ancien manuscrit de Tite-Live, comme les

autres l'ont été d'un manuscrit de Cicéron, par un copiste du huitième

siècle qui manquait de vélin, ou pour qui il eût été trop cher. Ce

fragment fut imprimé à Paris en 1773, et réimprimé chez M.P. Didot

l'aîné, avec une traduction française, en 1794, in-12. Ajoutez ce trait

à tant d'autres semblables, vous verrez à qui est due l'entière

destruction d'une bonne partie des chefs-d'oeuvre que nous regrettons.

Notre Bibliothèque impériale possède aussi plusieurs manuscrits grattés,

et sur lesquels des auteurs du moyen âge ont mis visiblement à la place

d'ouvrages des anciens, des vies de saints et autres productions de même

espèce.

Page 121, ligne 4. «Mais c'est un ou deux ans que dit Gui d'Arezzo

lui-même dans une lettre qui nous est restée de lui». Cette lettre est

imprimée dans le recueil publié par Martin Gerbert, et cité deux pages

après ceci, p. 137, note 1. Voici le passage de la lettre: _Nam si illi

pro suis apud Deum devotissime intercedunt magistris, qui hactenus ab

eis vix decennio cantandi imperfectam scientiam consequi potuerunt, quid

putas pro nobis nostrisque adjutoribus fiet, qui annali spatio, aut si

multum biennio, perfectum cantorem efficimus?_ (_Epistola_ GUIDONIS

_Michaeli Monaco De ignoto cantu directa_.)

Page 238, ligne 7.--«Dans les poëtes Latins du meilleur temps, on trouve

des vers dont le milieu forme consonnance avec la fin, ou deux vers de

suite dont les derniers mots ont le même son». J'ai surtout invoqué pour

preuves les vers élégiaques de Tibulle, de Properce et d'Ovide, qu'il

suffit en effet d'ouvrir pour en trouver. Je pouvais citer une autorité

plus forte encore, celle de Virgile. Comme cela est moins reconnu dans

les vers, et que ceux qui riment de cette manière sont épars dans ses

différents poëmes, j'en citerai ici quelques exemples, qui ne peuvent

laisser aucun doute.

Vers de Virgile, dans lesquels le milieu rime avec la fin.

_Poculaque inventis acheloïa miscuit uvis.

Totaque thuriferis Panchaïa pinguis arenis.

Hic vero subitum, ac dictu mirabile monstrum,

Confluere et lentis uvam demittere ramis.

Et premere et laxas sciret dare jussus habenas.

Atque rotis summas levibus perlabitur undas.

Nudus in ignotâ, Palinure, jacebis arenâ.

O nimium coelo et pelago confise serena_; etc.

Rimes plus riches:

_I nunc et verbis virtutem illude superbis.

Cornua velatarum obvertimus antennarum_.

On ne trouve pas moins de rimes de cette espèce dans les vers lyriques.

En voici quelques exemples tirés d'Horace:

_Metaque fervidis

Evitata rotis, palmaque nobilis,

Terrarum dominos evehit ad Deos.

Hunc si mobilium turba quiritium.

Illum si proprio condidit horreo

Quicquid de Libycis verritur areis,

Stratus nunc ad aquæ lene caput sacræ_.

Observez que tous ces vers rimés sont dans une seule ode, la première.

_Nec venenatis gravida sagittis.

Pone me pigris ubi nulla campis

Arbor oestivâ recreatur aurâ,

Aut in umbrosis Heliconis oris

Aut super Pindo gelidove in Hæmo_, etc.

Je n'ai pas le faible mérite de rassembler ces exemples; je les ai

trouvés réunis dans la traduction d'une lettre anglaise _sur l'art des

vers_, imprimée en 1779, à Paris, dans un recueil intitulé: _Mélange de

traductions de différents Ouvrages grecs, latins et anglais_, etc., par

l'auteur de la traduction d'Eschyle (Lefranc de Pompignan). Je répéterai

ici que si l'on n'avait pas attaché à ces consonnances une certaine idée

de beauté, elles eussent été de véritables fautes.

Page 244, addition à la note[1].--On voit que ce que j'ai dit des

Troubadours provençaux, Fauchet le dit, dans ce passage, des Trouvères

français. La ressemblance est égale sur beaucoup d'autres points. Mais

les Troubadours et les Trouvères, s'élevèrent-ils en même temps? Si ce

fut à l'imitation les uns des autres, lesquels servirent aux autres de

modèles? Ce sont là des questions souvent débattues, du moins en France,

et qui le seront peut-être long-temps encore. Je les laisse entières, et

n'ai pas voulu même y entrer. Les rapports dont il s'agit ici entre les

Troubadours et les Arabes sont certains: il est certain aussi que les

Arabes ou Sarrazins d'Espagne, n'empruntèrent rien des Provençaux, mais

bien les Provençaux des Sarrazins. Les conséquences ultérieures ne sont

pas de mon sujet.

Page 395, ligne 2. «Des poëtes italiens s'étaient fait entendre à

Bologne, à Pérouse, etc.». L'ancien rimeur de Pérouse est _Cecco

Nuccoli_. L'Allacci a inséré vingt-neuf sonnets de lui dans son recueil.

La langue y est plus informe, plus mêlée de mots non encore assouplis au

nouvel idiôme, que dans la plupart des autres poésies de ce temps. Ils

sont d'ailleurs d'un genre tout particulier; c'est une espèce de

burlesque ou de plaisanterie satyrique; dont ce _Cecco_ paraît avoir

fait le premier essai. Il y en a d'amoureux, mais l'amour s'y exprime

plutôt avec originalité qu'avec tendresse. Par exemple, le poëte aime

une femme dont le nom commence par T. Il est plus amoureux de cette

lettre, qu'un enfant ne l'est des fruits: il veut la placer parmi les

lettres voyelles, et pour l'honorer davantage, l'entourer de perles; il

veut par-là plaire à l'amour dont il est l'esclave. Il ne lui demande

qu'une grâce, c'est de ne pas mourir des coups que ses traits lui

portent; de ne pas mourir surtout tandis qu'il gêle.

_Io son del T si forte innamorato

Perch'è principio di ligiadro nome.

Son ne più vagho ch'el fanciul di pome

Tra lettere vocali ch'o l'o chiosato.

E per più honor de perle fegurato

Per piagere o cholul de chui io fome

Suo servidor de quel ch'io posso, chome

Cholui ch'aspetta d'esser meritato.

Solo una gratia t'adomando, amore:

Fa ch'io non pera sotto'l tuo pennello,

Però che vi seria grane, disonore_,

Sed io morisse d'um picciol quadrello.

Da poi che tu m'ai messo in tanto errore,

Fa ch'io non mora nel tenpo ch'è giello.

Ce sonnet est celui de tous où la langue est le moins estropiée, et dont

le sens est le plus clair. D'autres ont trait à de petites circonstances

particulières à l'auteur; quelques-uns font allusion à des événements

publics; ce sont de vraies énigmes pour nous. Il y en a de si obscurs

qu'ils ressemblent à ces sonnets du _Burchiello_, inintelligibles à

dessein, et qui sont de vrais coq-à-l'âne. Comment, par exemple, trouver

un sens au sonnet suivant? On y voit bien que l'auteur est avec un

seigneur très-riche, très-généreux, qui fait une grande dépense, et chez

qui l'on fait très-bonne chère, mais ce ne sont que des à peu près, et

dans plusieurs endroits le sens précis des termes nous échappe.

_Saper ti fo' chucho ch'io mi godo

E trago vita chiara in alto monte

E sto con Bartoluccio chiara fonte

Che cortesia spande in ogni modo.

E se anguille, o tenche, o lucci, o pescie sodo

Si trova in Prosa gia non venne al ponte

Che'l sig. nostro spende più che conte

Che sia in crestentà perquel ch'io odo.

Et ode diletto ch'io per confortarme

Ch'andando io per mangiare a lucielerte

E lasciamo a la porta le greve arme.

Et ogni gitto fo poi le Incherte

Et tu al teber vai avisando e chupi.

Et io l'inglogliert fo come fan lupi.

Lesist ghut ghot meh nengherte,

Elgli e il mio buon singnor di cui io fame

Che spende e spande chome fronde in rame_.

Il y en a un autre, fait sans doute dans la première jeunesse de

l'auteur, dans lequel tout ce qu'on voit, c'est que son père

l'entretenait chichement, qu'il allait presque nu, qu'il avait perdu au

jeu une petite jument, que pour obtenir de ce père un habit, il avait

promis de ne plus jouer, et qu'il avait manqué à sa parole. C'est celui

qui commence par ce quatrain, page 220 du recueil.

_Nel tempo santo non vidd' io mai peira

Nuda e scoperta come e'l mio farsecto;

E porto una gonella senza ochiecto

Che chi la mira lem par cosa tetra_.

Mais en voici un pour lequel, du moins à ce qu'il me semble, il faudrait

être un OEdipe.

_Non morier tanti mai di calde febbre

Dal giorno in qua ch' el primo fanciul nacque

Quant' io o pention che del mi piacque

La scurità di quel che amar co l'ebbre.

Eccho l'alpino trasmutato in tebbre

Fu per fortuna de le soperchie acque

Chosi io sono poi che'llocho giacque

Ove assagiai del bem del dolce tebbre.

Che corre sempre chiaro chome tesino,

Questo fiume real sovr'ongne fiume

In fino al mare non perde il suo chamino.

Risplende in esso un si lucente lume

Che di lui mira di corraggio fino

Puo dir ch'amor lui reggie in bel chostume.

Si ch'io o lasciata l'aiera de le chiane

E voi la teverina per mio stallo,

Chambiando il visa adoro un chiar cristallo_.

On doit remarquer que ces deux derniers sonnets ont trois tercets à la

fin, au lieu de deux. C'est un reste des libertés qu'on se donnait à la

naissance de cette sorte de poésie, avant que la forme en fût

entièrement fixée; c'est d'un autre côté l'origine des sonnets avec une

queue, _colla coda_, qu'on employa quelques siècles après, surtout dans

le genre burlesque et satirique, et dont il paraîtrait que _Cecco

Nuccoli_ eût fourni le premier modèle.

Page 402, dernier alinéa.--«La première forme des odes ou _canzoni_,

était empruntée des Provençaux: à leur exemple, les poëtes italiens

avaient, des l'origine, donné aux strophes des entrelacements harmonieux

de rimes et de mesures de vers».

Une chose qui mérite d'être observée, c'est que de toutes les formes de

strophes que les Italiens pouvaient emprunter des Provençaux, ils ne

choisirent que les plus longues et les plus graves. N'ayant cependant à

chanter que l'amour, ils négligèrent toutes ces formes brèves et

légères, flatteuses pour l'oreille et favorables au chant, mais qui leur

parurent apparemment trop frivoles pour le caractère qu'ils voulurent

donner dans leurs vers à cette passion. Quelques-uns des premiers poëtes

siciliens essayèrent de ces rhythmes plus vifs de six, de sept et de

neuf vers; mais les meilleurs poëtes du continent, _Guinizzelli,

Guittone d'Arezzo_ et les autres, contents d'avoir le sonnet pour petite

ode, ne donnèrent à leurs grandes _canzoni_ que des strophes de douze,

treize, quinze, dix-huit et vingt-un vers, parmi lesquels encore ils en

mirent plus souvent de grands que de petits. Dans leurs strophes bien

arrondies, les rimes et les mesures de vers, quoique harmonieusement

entrelacées, ne résonnèrent point aussi sensiblement, ne vibrèrent point

avec autant de force, et n'eurent point de retours aussi sonores que

dans ces petits couplets qui pouvaient exprimer la joie comme la

tendresse, et qui devaient inspirer aux chanteurs des airs aussi variés

que les rhythmes. On ne trouve dans leurs poésies rien qui ressemble à

ces jolies coupes de strophes:

_Companho, te farai un vers covinen,

Et avray mais de fondatz n'oy a de sen;

Et er totz mesclatz d'amor

E de ioy el de ioven_.

GUILLAUME IX, comte de Poitou, mort en 1127.

_En Alvernhe part Lemozi

Men aniey totz sol a tapi,

Trobei la molher d'en Gari

E d'en Bernart,

Saluteron me francamen

Per san Launart_.

Le même.

_Be'm es plazen

E cossezen

Qui s'aysina de chantar,

Ab motz alqus

Serratz et clus

Qu'om temia de vergonhar_.

PEYRE d'Auvergne.

_Ben sai qu'asselh seria fer

Que'm blasmon quar tan soven chan,

Si lur costavon mei chantar

Mielhs m'estai

Plus li plai

Que'm ten lai

Qu'ieu non chan mia per aver

Qu'ieu m'enten en autre plazer_.

RAMBAUD, prince d'Orange.

_Dirai vos senes duplansa

D'aquest vers la comensansa

E'ls motz fan de ver sembumsa_

_Escoutatz:

Qui de proëzas balansa

Semblansa fay de malvatz_.

Histoire littéraire d'Italie (1/9) · 第 17 / 19 题