Jésus n'alla jamais à une telle précision. Quand on l'interrogeait sur

le temps de son avénement, il refusait toujours de répondre; une fois

même il déclare que la date de ce grand jour n'est connue que du Père,

qui ne l'a révélée ni aux anges ni au Fils[792]. Il disait que le moment

où l'on épiait le royaume de Dieu avec une curiosité inquiète était

justement celui où il ne viendrait pas[793]. Il répétait sans cesse que

ce serait une surprise comme du temps de Noé et de Lot; qu'il fallait se

tenir sur ses gardes, toujours prêt à partir; que chacun devait veiller

et tenir sa lampe allumée comme pour un cortège de noces, qui arrive à

l'improviste[794]; que le Fils de l'homme viendrait de la même façon

qu'un voleur, à l'heure où l'on ne s'y attendrait pas[795]; qu'il

apparaîtrait comme un éclair, courant d'un bout à l'autre de

l'horizon[796]. Mais ses déclarations sur la proximité de la catastrophe

ne laissent lieu à aucune équivoque[797]. «La génération présente,

disait-il, ne passera pas sans que tout cela s'accomplisse. Plusieurs de

ceux qui sont ici présents ne goûteront pas la mort sans avoir vu le

Fils de l'homme venir dans sa royauté[798].» Il reproche à ceux qui ne

croient pas en lui de ne pas savoir lire les pronostics du règne futur.

«Quand vous voyez le rouge du soir, disait-il, vous prévoyez qu'il fera

beau; quand vous voyez le rouge du matin, vous annoncez la tempête.

Comment, vous qui jugez la face du ciel, ne savez-vous pas reconnaître

les signes du temps[799]?» Par une illusion commune à tous les grands

réformateurs, Jésus se figurait le but beaucoup plus proche qu'il

n'était; il ne tenait pas compte de la lenteur des mouvements de

l'humanité; il s'imaginait réaliser en un jour ce qui, dix-huit cents

ans plus tard, ne devait pas encore être achevé.

Ces déclarations si formelles préoccupèrent la famille chrétienne

pendant près de soixante-dix ans. Il était admis que quelques-uns des

disciples verraient le jour de la révélation finale sans mourir

auparavant. Jean en particulier était considéré comme étant de ce

nombre[800]. Plusieurs croyaient qu'il ne mourrait jamais. Peut-être

était-ce là une opinion tardive, produite vers la fin du premier siècle

par l'âge avancé où Jean semble être parvenu, cet âge ayant donné

occasion de croire que Dieu voulait le garder indéfiniment jusqu'au

grand jour, afin de réaliser la parole de Jésus. Quoi qu'il en soit, à

sa mort, la foi de plusieurs fut ébranlée, et ses disciples donnèrent à

la prédiction du Christ un sens plus adouci[801].

En même temps que Jésus admettait pleinement les croyances

apocalyptiques, telles qu'on les trouve dans les livres juifs

apocryphes, il admettait le dogme qui en est le complément, ou plutôt la

condition, la résurrection des morts. Cette doctrine, comme nous l'avons

déjà dit[802], était encore assez neuve en Israël; une foule de gens ne

la connaissaient pas, ou n'y croyaient pas[803]. Elle était de foi pour

les pharisiens et pour les adeptes fervents des croyances

messianiques[804]. Jésus l'accepta sans réserve, mais toujours dans le

sens le plus idéaliste. Plusieurs se figuraient que, dans le monde des

ressuscites, on mangerait, on boirait, on se marierait. Jésus admet bien

dans son royaume une pâque nouvelle, une table et un vin nouveau[805];

mais il en exclut formellement le mariage. Les Sadducéens avaient à ce

sujet un argument grossier en apparence, mais dans le fond assez

conforme à la vieille théologie. On se souvient que, selon les anciens

sages, l'homme ne se survivait que dans ses enfants. Le code mosaïque

avait consacré cette théorie patriarcale par une institution bizarre, le

lévirat. Les Sadducéens tiraient de là des conséquences subtiles contre

la résurrection. Jésus y échappait en déclarant formellement que dans la

vie éternelle la différence de sexe n'existerait plus, et que l'homme

serait semblable aux anges[806]. Quelquefois il semble ne promettre la

résurrection qu'aux justes[807], le châtiment des impies consistant à

mourir tout entiers et à rester dans le néant[808]. Plus souvent,

cependant, Jésus veut que la résurrection s'applique aux méchants pour

leur éternelle confusion[809].

Rien, on le voit, dans toutes ces théories, n'était absolument nouveau.

Les évangiles et les écrits des apôtres ne contiennent guère, en fait de

doctrines apocalyptiques, que ce qui se trouve déjà dans «Daniel[810],»

«Hénoch[811],» les «Oracles Sibyllins[812]» d'origine juive. Jésus

accepta ces idées, généralement répandues chez ses contemporains. Il en

fit le point d'appui de son action, ou, pour mieux dire, l'un de ses

points d'appui; car il avait un sentiment trop profond de son oeuvre

véritable pour l'établir uniquement sur des principes aussi fragiles,

aussi exposés à recevoir des faits une foudroyante réfutation.

Il est évident, en effet, qu'une telle doctrine, prise en elle-même

d'une façon littérale, n'avait aucun avenir. Le monde, s'obstinant à

durer, la faisait crouler. Un âge d'homme tout au plus lui était

réservé. La foi de la première génération chrétienne s'explique; mais la

foi de la seconde génération ne s'explique plus. Après la mort de Jean,

ou du dernier survivant quel qu'il fût du groupe qui avait vu le maître,

la parole de celui-ci était convaincue de mensonge[813]. Si la doctrine

de Jésus n'avait été que la croyance à une prochaine fin du monde, elle

dormirait certainement aujourd'hui dans l'oubli. Qu'est-ce donc qui l'a

sauvée? La grande largeur des conceptions évangéliques, laquelle a

permis de trouver sous le même symbole des doctrines appropriées à des

états intellectuels très-divers. Le monde n'a point fini, comme Jésus

l'avait annoncé, comme ses disciples le croyaient. Mais il a été

renouvelé, et en un sens renouvelé comme Jésus le voulait. C'est parce

qu'elle était à double face que sa pensée a été féconde. Sa chimère n'a

pas eu le sort de tant d'autres qui ont traversé l'esprit humain, parce

qu'elle recelait un germe de vie qui, introduit, grâce à une enveloppe

fabuleuse, dans le sein de l'humanité, y a porté des fruits éternels.

Et ne dites pas que c'est là une interprétation bienveillante, imaginée

pour laver l'honneur de notre grand maître du cruel démenti infligé à

ses rêves par la réalité. Non, non. Ce vrai royaume de Dieu, ce royaume

de l'esprit, qui fait chacun roi et prêtre; ce royaume qui, comme le

grain de sénevé, est devenu un arbre qui ombrage le monde, et sous les

rameaux duquel les oiseaux ont leur nid, Jésus l'a compris, l'a voulu,

l'a fondé. A côté de l'idée fausse, froide, impossible d'un avènement de

parade, il a conçu la réelle cité de Dieu, la «palingénésie» véritable,

le Sermon sur la montagne, l'apothéose du faible, l'amour du peuple, le

goût du pauvre, la réhabilitation de tout ce qui est humble, vrai et

naïf. Cette réhabilitation, il l'a rendue en artiste incomparable par

des traits qui dureront éternellement. Chacun de nous lui doit ce qu'il

y a de meilleur en lui. Pardonnons-lui son espérance d'une apocalypse

vaine, d'une venue à grand triomphe sur les nuées du ciel. Peut-être

était-ce là l'erreur des autres plutôt que la sienne, et s'il est vrai

que lui-même ait partagé l'illusion de tous, qu'importe, puisque son

rêve l'a rendu fort contre la mort, et l'a soutenu dans une lutte à

laquelle sans cela peut-être il eût été inégal?

Il faut donc maintenir plusieurs sens à la cité divine conçue par Jésus.

Si son unique pensée eût été que la fin des temps était proche et qu'il

fallait s'y préparer, il n'eût pas dépassé Jean-Baptiste. Renoncer à un

monde près de crouler, se détacher peu à peu de la vie présente, aspirer

au règne qui allait venir, tel eût été le dernier mot de sa prédication.

L'enseignement de Jésus eut toujours une bien plus large portée. Il se

proposa de créer un état nouveau de l'humanité, et non pas seulement de

préparer la fin de celui qui existe. Élie ou Jérémie, reparaissant pour

disposer les hommes aux crises suprêmes, n'eussent point prêché comme

lui. Cela est si vrai que cette morale prétendue des derniers jours

s'est trouvée être la morale éternelle, celle qui a sauvé l'humanité.

Jésus lui-même, dans beaucoup de cas, se sert de manières de parler qui

ne rentrent pas du tout dans la théorie apocalyptique. Souvent il

déclare que le royaume de Dieu est déjà commencé, que tout homme le

porte en soi et peut, s'il en est digne, en jouir, que ce royaume chacun

le crée sans bruit par la vraie conversion du coeur[814]. Le royaume de

Dieu n'est alors que le bien[815], un ordre de choses meilleur que celui

qui existe, le règne de la justice, que le fidèle, selon sa mesure, doit

contribuer a fonder, ou encore la liberté de l'âme, quelque chose

d'analogue à la «délivrance» bouddhique, fruit du détachement. Ces

vérités, qui sont pour nous purement abstraites, étaient pour Jésus des

réalités vivantes. Tout est dans sa pensée concret et substantiel: Jésus

est l'homme qui a cru le plus énergiquement à la réalité de l'idéal.

En acceptant les utopies de son temps et de sa race, Jésus sut ainsi en

faire de hautes vérités, grâce à de féconds malentendus. Son royaume de

Dieu, c'était sans doute la prochaine apocalypse qui allait se dérouler

dans le ciel. Mais c'était encore, et probablement c'était surtout le

royaume de l'âme, créé par la liberté et par le sentiment filial que

l'homme vertueux ressent sur le sein de son Père. C'était la religion

pure, sans pratiques, sans temple, sans prêtre; c'était le jugement

moral du monde décerné à la conscience de l'homme juste et au bras du

peuple. Voilà ce qui était fait pour vivre, voilà ce qui a vécu. Quand,

au bout d'un siècle de vaine attente, l'espérance matérialiste d'une

prochaine fin du monde s'est épuisée, le vrai royaume de Dieu se dégage.

De complaisantes explications jettent un voile sur le règne réel qui ne

veut pas venir. L'Apocalypse de Jean, le premier livre canonique du

Nouveau Testament[816], étant trop formellement entachée de l'idée d'une

catastrophe immédiate, est rejetée sur un second plan, tenue pour

inintelligible, torturée de mille manières et presque repoussée. Au

moins, en ajourne-t-on l'accomplissement à un avenir indéfini. Quelques

pauvres attardés qui gardent encore, en pleine époque réfléchie, les

espérances des premiers disciples deviennent des hérétiques (Ébionites,

Millénaires), perdus dans les bas-fonds du christianisme. L'humanité

avait passé à un autre royaume de Dieu. La part de vérité contenue dans

la pensée de Jésus l'avait emporté sur la chimère qui l'obscurcissait.

Ne méprisons pas cependant cette chimère, qui a été l'écorce grossière

de la bulbe sacrée dont nous vivons. Ce fantastique royaume du ciel,

cette poursuite sans fin d'une cité de Dieu, qui a toujours préoccupé

le christianisme dans sa longue carrière, a été le principe du grand

instinct d'avenir qui a animé tous les réformateurs, disciples obstinés

de l'Apocalypse, depuis Joachim de Flore jusqu'au sectaire protestant de

nos jours. Cet effort impuissant pour fonder une société parfaite a été

la source de la tension extraordinaire qui a toujours fait du vrai

chrétien un athlète en lutte contre le présent. L'idée du «royaume de

Dieu» et l'Apocalypse, qui en est la complète image, sont ainsi, en un

sens, l'expression la plus élevée et la plus poétique du progrès humain.

Certes, il devait aussi en sortir de grands égarements. Suspendue comme

une menace permanente au-dessus de l'humanité, la fin du monde, par les

effrois périodiques qu'elle causa durant des siècles, nuisit beaucoup à

tout développement profane. La société n'étant plus sûre de son

existence, en contracta une sorte de tremblement et ces habitudes de

basse humilité, qui rendent le moyen âge si inférieur aux temps antiques

et aux temps modernes[817]. Un profond changement s'était, d'ailleurs,

opéré dans la manière d'envisager la venue du Christ. La première fois

qu'on annonça à l'humanité que sa planète allait finir, comme l'enfant

qui accueille la mort avec un sourire, elle éprouva le plus vif accès de

joie qu'elle eût jamais ressenti. En vieillissant, le monde s'était

attaché à la vie. Le jour de grâce, si longtemps attendu par les âmes

pures de Galilée, était devenu pour ces siècles de fer un jour de

colère: _Dies iræ, dies illa!_ Mais, au sein même de la barbarie, l'idée

du royaume de Dieu resta féconde. Malgré l'église féodale, des sectes,

des ordres religieux, de saints personnages continuèrent de protester,

au nom de l'Évangile, contre l'iniquité du monde. De nos jours même,

jours troublés où Jésus n'a pas de plus authentiques continuateurs que

ceux qui semblent le répudier, les rêves d'organisation idéale de la

société, qui ont tant d'analogie avec les aspirations des sectes

chrétiennes primitives, ne sont en un sens que l'épanouissement de la

même idée, une des branches de cet arbre immense où germe toute pensée

d'avenir, et dont le «royaume de Dieu» sera éternellement la tige et la

racine. Toutes les révolutions sociales de l'humanité seront entées sur

ce mot-là. Mais entachées d'un grossier matérialisme, aspirant à

l'impossible, c'est-à-dire à fonder l'universel bonheur sur des mesures

politiques et économiques, les tentatives «socialistes» de notre temps

resteront infécondes, jusqu'à ce qu'elles prennent pour règle le

véritable esprit de Jésus, je veux dire l'idéalisme absolu, ce principe

que pour posséder la terre il faut y renoncer.

Le mot de «royaume de Dieu» exprime, d'un autre côté, avec un rare

bonheur, le besoin qu'éprouve l'âme d'un supplément de destinée, d'une

compensation à la vie actuelle. Ceux qui ne se plient pas à concevoir

l'homme comme un composé de deux substances, et qui trouvent le dogme

déiste de l'immortalité de l'âme en contradiction avec la physiologie,

aiment à se reposer dans l'espérance d'une réparation finale, qui sous

une forme inconnue satisfera aux besoins du coeur de l'homme. Qui sait

si le dernier terme du progrès, dans des millions de siècles, n'amènera

pas la conscience absolue de l'univers, et dans cette conscience le

réveil de tout ce qui a vécu? Un sommeil d'un million d'années n'est pas

plus long qu'un sommeil d'une heure. Saint Paul, en cette hypothèse,

aurait encore eu raison de dire: _In ictu oculi[818]!_ Il est sûr que

l'humanité morale et vertueuse aura sa revanche, qu'un jour le sentiment

de l'honnête pauvre homme jugera le monde, et que ce jour-là la figure

idéale de Jésus sera la confusion de l'homme frivole qui n'a pas cru à

la vertu, de l'homme égoïste qui n'a pas su y atteindre. Le mot favori

de Jésus reste donc plein d'une éternelle beauté. Une sorte de

divination grandiose semble l'avoir tenu dans un vague sublime

embrassant à la fois divers ordres de vérités.

NOTES:

[769] Jean, V, 1; VII, 2. Nous suivons le système de Jean, d'après

lequel la vie publique de Jésus dura trois ans. Les synoptiques, au

contraire, groupent tous les faits dans un cadre d'un an.

[770] Luc, XII, 13-14.

[771] Matth., XIX, 28.

[772] Matth., XXIV, 3 et suiv.; Marc, XIII, 4 et suiv.; Luc, XVII, 22.

et suiv.; XXI, 7 et suiv. Il faut remarquer que la peinture de la fin

des temps prêtée ici à Jésus par les synoptiques renferme beaucoup de

traits qui se rapportent au siège de Jérusalem. Luc écrivait quelque

temps après ce siège (XXI, 9,20, 24). La rédaction de Matthieu au

contraire (XXVI, 15, 16, 22, 29) nous reporte exactement au moment du

siège ou très-peu après. Nul doute, cependant, que Jésus n'annonçât de

grandes terreurs comme devant précéder sa réapparition. Ces terreurs

étaient une partie intégrante de toutes les apocalypses juives.

_Hénoch_, XCIX-C, CII, CIII (division de Dillmann); _Carm. sibyll_.,

III, 334 et suiv.; 633 et suiv.; IV, 168 et suiv.; V, 511 et suiv. Dans

Daniel aussi, le règne des Saints ne viendra qu'après que la désolation

aura été à son comble (VII, 25 et suiv.; VIII, 23 et suiv.; IX, 26-27;

XII, 1).

[773] Matth., XVI, 27; XIX, 28; XX, 21; XXIV, 30 et suiv.; XXV, 31 et

suiv.; XXVI, 64; Marc, XIV, 62; Luc, XXII, 30; I Cor., XV, 52; I Thess.,

IV, 45 et suiv.

[774] Matth., XIII, 38 et suiv.; XXV, 33.

[775] Matth., XIII, 39, 41, 49.

[776] Matth., XXV, 34. Comp. Jean, XIV, 2.

[777] Matth., VIII, 11; XIII, 43; XXVI, 29; Luc, XIII, 28; XVI, 22;

XXII, 30.

[778] Luc, XIII, 23 et suiv.

[779] Matth., XXV, 41. L'idée de la chute des anges, si développée dans

le Livre d'Hénoch, était universellement admise dans le cercle de Jésus.

Épître de Jude, 6 et suiv.; IIe Ep. attribuée à saint Pierre, II, 4, 11;

_Apoc_., XII, 9; Évang. de Jean, VIII, 44.

[780] Matth., V, 22; VIII, 12; X, 28; XIII, 40, 42, 50; XVIII, 8; XXIV,

51; XXV, 30; Marc, IX, 43, etc.

[781] Matth., VIII, 12; XXII, 13; XXV, 30. Comp. Jos., _B.J._, III,

viii, 5.

[782] Luc, XVI, 28.

[783] Marc, III, 29; Luc, XXII, 69; _Act_., VII, 55.

[784] _Act_., II, 47; III, 49 et suiv.; I Cor., XV, 23-24, 52; I Thess.,

III, 13; IV, 14 et suiv.; V, 23; II Thess., II, 8; I Tim., VI, 14; II

Tim., IV, 1; Tit., II, 13; Épître de Jacques, V, 3, 8; Épître de Jude,

18; IIe de Pierre, III entier; l'Apocalypse tout entière, et en

particulier I, 1; II, 5, 16; III, 11; XI, 44; XXII, 6, 7,12, 20. Comp.

IVe livre d'Esdras, IV, 26.

[785] Luc, XVII, 30; I Cor., I, 7-8; II Thess., I, 7; I de saint Pierre,

I, 7, 13; _Apoc_., I, 1.

[786] _Apoc_., I, 3; XXII, 10.

[787] Matth., XI, 15; XIII, 9, 43; Marc, IV, 9, 23; VII, 16; Luc, VIII,

8; XIV, 35; _Apoc_., II, 7, 11, 27, 29; III, 6, 13, 22; XIII, 9.

[788] I Cor., XVI, 22.

[789] _Apoc_., XVII, 9 et suiv. Le sixième empereur que l'auteur donne

comme régnant est Galba. L'empereur mort qui doit revenir est Néron,

dont le nom est donné en chiffres (XIII, 18).

[790] _Apoc_., XI, 2, 3; XII, 14. Comp. Daniel, VII, 25; XII, 7.

[791] Chap. IV, v. 12 et 14. Comp. Cedrenus, p. 68 (Paris, 1647).

[792] Matth., XXIV, 36; Marc, XIII, 32.

[793] Luc, XVII, 20. Comp. Talmud de Babyl., _Sanhédrin_, 97 _a_.

[794] Matth., XXIV, 36 et suiv.; Marc, XIII, 32 et suiv.; Luc, XII, 35

et suiv.; XVII, 20 et suiv.

[795] Luc, XII, 40; II Petr., III, 10.

[796] Luc, XVII, 24.

[797] Matth., X, 23; XXIV-XXV entiers, et surtout XXIV, 29, 34; Marc,

XIII, 30; Luc, XIII, 35; XXI, 28 et suiv.

[798] Matth., XVI, 28; XXIII, 36, 39; XXIV, 34; Marc, VIII, 39; Luc, IX,

27; XXI, 32.

[799] Matth., XVI, 2-4; Luc, XII, 54-56.

[800] Jean, XXI, 22-23.

[801] Jean, XXI, 22-23. Le chapitre XXI du quatrième évangile est une

addition, comme le prouve la clausule finale de la rédaction primitive,

qui est au verset 31 du chapitre XX. Mais l'addition est presque

contemporaine de la publication même dudit évangile.

[802] Ci-dessus, p. 54-55.

[803] Marc, IX, 9; Luc, XX, 27 et suiv.

[804] Dan., XII, 2 et suiv.; II Macch., chap. VII, entier; XII, 45-46;

XIV, 46; _Act_., XXIII, 6, 8; Jos., _Ant_., XVIII, I, 3; _B. J_., II,

VIII, 14; III, viii, 5.

[805] Matth., XXVI, 29; Luc, XXII, 30.

[806] Matth., XXII, 24 et suiv.; Luc, XX, 34-38; Évangile ébionite dit

«des Égyptiens,» dans Clém. d'Alex., _Strom_., II, 9, 13; Clem. Rom.,

Epist. II, 12.

[807] Luc, XIV, 14; XX, 35-36. C'est aussi l'opinion de saint Paul: I

Cor., XV, 23 et suiv.; I Thess., IV, 12 et suiv. V. ci-dessus, p. 55.

[808] Comp. IVe livre d'Esdras, IX, 22.

[809] Matth., XXV, 32 et suiv.

[810] Voir surtout les chapitres II, VI-VIII, X-XIII.

[811] Ch. I, XLV-LII, LXII, XCIII, 9 et suiv.

[812] Liv. III, 573 et suiv.; 652 et suiv.; 766 et suiv.; 795 et suiv.

[813] Ces angoisses de la conscience chrétienne se traduisent avec

naïveté dans la IIe épître attribuée à saint Pierre III, 8 et suiv.

[814] Matth., VI, 40, 33; Marc, XII, 34; Luc, XI, 2; XII, 31; XVII, 20,

21 et suiv.

[815] Voir surtout Marc, XII, 34.

[816] Justin, _Dial. cum Tryph._, 81.

[817] Voir, pour exemples, le prologue de Grégoire de Tours à son

_Histoire ecclésiastique des Francs_, et les nombreux actes de la

première moitié du moyen âge commençant par la formule «A l'approche du

soir du monde...»

[818] I Cor., XV, 52.

CHAPITRE XVIII.

INSTITUTIONS DE JÉSUS.

Ce qui prouve bien, du reste, que Jésus ne s'absorba jamais entièrement

dans ses idées apocalyptiques, c'est qu'au temps même où il en était le

plus préoccupé, il jette avec une rare sûreté de vues les bases d'une

église destinée à durer. Il n'est guère possible de douter qu'il n'ait

lui-même choisi parmi ses disciples ceux qu'on appelait par excellence

les «apôtres» ou les «douze,» puisqu'au lendemain de sa mort on les

trouve formant un corps et remplissant par élection les vides qui se

produisaient dans leur sein[819]. C'étaient les deux fils de Jonas, les

deux fils de Zébédée, Jacques, fils de Cléophas, Philippe, Nathanaël

bar-Tolmaï, Thomas, Lévi, fils d'Alphée ou Matthieu, Simon le zélote,

Thaddée ou Lebbée, Juda de Kerioth[820]. Il est probable que l'idée des

douze tribus d'Israël ne fut pas étrangère au choix de ce nombre[821].

Les «douze,» en tout cas, formaient un groupe de disciples privilégiés,

où Pierre gardait sa primauté toute fraternelle[822], et auquel Jésus

confia le soin de propager son oeuvre. Rien qui sentît le collège

sacerdotal régulièrement organisé; les listes des «douze» qui nous ont

été conservées présentent beaucoup d'incertitudes et de contradictions;

deux ou trois de ceux qui y figurent restèrent complètement obscurs.

Deux au moins, Pierre et Philippe[823], étaient mariés et avaient des

enfants.

Jésus gardait évidemment pour les douze des secrets, qu'il leur

défendait de communiquer à tous[824]. Il semble parfois que son plan

était d'entourer sa personne de quelque mystère, de rejeter les grandes

preuves après sa mort, de ne se révéler complètement qu'à ses disciples,

confiant à ceux-ci le soin de le démontrer plus tard au monde[825]. «Ce

que je vous dis dans l'ombre, prêchez-le au grand jour; ce que je vous

dis à l'oreille, proclamez-le sur les toits.» Cela lui épargnait les

déclarations trop précises et créait une sorte d'intermédiaire entre

l'opinion et lui. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avait pour les

apôtres des enseignements réservés, et qu'il leur développait plusieurs

paraboles, dont il laissait le sens indécis pour le vulgaire[826]. Un

tour énigmatique et un peu de bizarrerie dans la liaison des idées

étaient à la mode dans l'enseignement des docteurs, comme on le voit par

les sentences du _Pirké Aboth_. Jésus expliquait à ses intimes ce que

ses apophthegmes ou ses apologues avaient de singulier, et dégageait

pour eux son enseignement du luxe de comparaisons qui parfois

l'obscurcissait[827]. Beaucoup de ces explications paraissent avoir été

soigneusement conservées[828].

Dès le vivant de Jésus, les apôtres prêchèrent[829], mais sans jamais

beaucoup s'écarter de lui. Leur prédication, du reste, se bornait à

annoncer la prochaine venue du royaume de Dieu[830]. Ils allaient de

ville en ville, recevant l'hospitalité, ou pour mieux dire la prenant

d'eux-mêmes selon l'usage. L'hôte, en Orient, a beaucoup d'autorité; il

est supérieur au maître de la maison; celui-ci a en lui la plus grande

confiance. Cette prédication du foyer est excellente pour la propagation

des doctrines nouvelles. On communique le trésor caché; on paye ainsi ce

que l'on reçoit; la politesse et les bons rapports y aidant, la maison

est touchée, convertie. Otez l'hospitalité orientale, la propagation du

christianisme serait impossible à expliquer. Jésus, qui tenait fort aux

bonnes vieilles moeurs, engageait les disciples à ne se faire aucun

scrupule de profiter de cet ancien droit public, probablement déjà aboli

dans les grandes villes où il y avait des hôtelleries[831]. «L'ouvrier,

disait-il, est digne de son salaire.» Une fois installés chez quelqu'un,

ils devaient y rester, mangeant et buvant ce qu'on leur offrait, tant

que durait leur mission.

Vie de Jésus · 第 18 / 27 段