Les ci-devant poissardes.--Inconvénients de l'égalité.--Du rôle de la
pipe dans les outrages au «beau sexe».--Nouvelle manière de réprimander
les acteurs coupables.--Procureuses, satyres et fruits verts.
Nous avons dit quelle merveilleuse source d'informations offraient les
rapports de police de la Terreur, au point de vue de l'étude de la rue
en 93 et 94. Grâce à ces observations, nous allons pouvoir reconstituer
cette physionomie si particulière de la voie publique envahie par les
prostituées. Dans cette comédie quotidienne, toujours diverse,
quelquefois tragique, souvent curieuse, les femmes de la halle et les
poissardes jouent un rôle actif. Elles ont toutes les roueries, les
roueries de la femme et de la femme du peuple. Lors des distributions de
vivres ordonnées par la municipalité dans les diverses sections, il en
est qui complotent ensemble de se porter en groupe dans plusieurs
endroits à la fois afin de profiter «de la distribution de porc salé qui
doit se faire toute (_sic_) les décades[66]». Le policier note par la
même occasion que ces «ci-devant poissardes» avaient en leur société «un
citoïen bien couvert et qui paroissoit leur faire la cour et les honorer
de ses airs». Reconnaissez que Rollin est un admirable observateur. Ce
«citoïen bien couvert» ne fait-il pas deviner un aristocrate qui pousse
les poissardes à ce mauvais tour d'accaparement du porc salé? Certes,
Rollin ne le dit pas ouvertement, parce qu'en bon observateur il ne note
que ce qu'il a entendu ou vu, mais le ministre, lui, devinera bien la
qualité de ce citoyen singulier. Cet individu fera bien de ne pas se
retrouver sur le chemin de l'observateur.
[66] Rapport de police du 21 ventôse an II; _Archives nationales_,
série W, carton 112.
Mais comploter ne saurait constituer une occupation absorbante, et les
poissardes ont d'autres distractions. C'est le temps où il ne fait guère
bon de sentir l'ancien régime. Le 5 germinal, une promeneuse élégante
s'en apercevra. «Je vous observe citoïen que beaucoup de citoïennes ce
plaigne de ce que quantité de femme vêtue sous un costume de marchande
de poisson se permette dinsulter les citoïennes qui sont vêtu proprement
une de cest femme hierre ses permie de dire à une de ces citoïenne
accausse quel avoit un pétie bouquet de fleurs sur son bonnet quel
étoient une de ces cidevant et quelle avoit toute lancollure dune
aristocrate insi que plusieurs autre terme dont je ne me rappel pas.»
Pauvre «pétie» bouquet de fleurs, cause de si sanglants reproches! C'est
pourtant germinal, et comment le tiède mars, lourd de parfums
printaniers, charriant l'odeur amère des sèves éclatant aux bourgeons,
n'a-t-il pas versé au coeur de la poissarde, animée d'un beau zèle
civique, la mansuétude de la clémente saison? Mais le même rapport
continue: «Une autre a pour suivie une citoienne lui disant milorreur de
ce quel ne vouloit pas lui donner un de ces juppon en lui dissant que
celui qui a deux juppon devoit en donner à celle qui nen avoit pas tous
ce ci fait bien crier a près la pollice que lon dit nestre pas bien
observé[67].» Egalité, on ne te croit donc pas un vain mot! Cette femme
qui demande un jupon en ton nom, ne nous en dit-elle pas plus que tous
les discours dont tu es le refrain des Cordeliers aux Jacobins, de la
Convention nationale au Tribunal révolutionnaire? Et cette même demande
n'est-elle pas bien caractéristique de l'esprit des femmes de l'époque?
N'est-il pas vrai qu'elles ont cru en la promesse de la formule
trinitaire, et qu'elles ne séparent pas dans leur pensée la politique de
leurs parures? L'égalité n'est certes pas une excuse suffisante pour
autoriser les libertés de langage et les «milorreur» dont la
demanderesse émailla son langage, qu'on présume pittoresque, mais ne
mérite-t-elle pas les circonstances atténuantes, cette femme assez
simple pour avoir la foi, la foi qui demande? Et ici encore, dans ce
rapport, le policier observe qu'il conviendrait peut-être à la Commune
d'intervenir, ici encore il se plaint de ce dérèglement. Un mois
auparavant, l'inspecteur Charmont a insisté, lui aussi, sur l'utilité
d'une répression et d'une protection. «Les moeurs souffrent encore,
disait-il, on voit partout des filles public dans la rue insulter à la
pudeur des honnêtes femmes. Il paroit certain disent les honnêtes
citoyens que les commissaires des sections ne font point leur devoir,
car les rues sont infectés et on ne nétoye nul part.» Et il concluait de
la manière habituelle: «Donc il est nécessaire de remédier très
promptement[68].» Il faut reconnaître, à la décharge des poissardes,
qu'elles ne sont pas seules à molester les _muscadines_.
[67] Rapport de police de l'observateur Mercier; _Archives
nationales_, série W, carton 174, pièce 3.
[68] Rapport de police du 6 ventôse an II; _Archives nationales_,
série W, carton 112.
Par une belle après-dînée, le sieur Chevalier se promène aux
Champs-Elysées. En bon observateur, il se préoccupe davantage des
groupes, des passants que de la clémence souriante du ciel léger, de la
fuite mollement rose des nuages au ras de l'horizon vers Chaillot.
Remontant vers la barrière, il fait la rencontre d'une troupe de
militaires. Ces guerriers en promenade semblaient se disputer. A peine
Chevalier a-t-il pris le temps d'étudier leurs physionomies, qu'apparaît
un nouveau groupe, composé cette fois de bourgeois et de militaires. De
ce groupe se détache un citoyen qui approche Chevalier et lui demande
s'il a vu passer des militaires.
--Oui, dit Chevalier, et il prend la peine d'indiquer à son
interlocuteur que lesdits militaires doivent à peine avoir atteint la
barrière.
L'homme s'apprête à regagner le groupe, mais Chevalier, estimant que
toute peine mérite salaire, désire connaître «la cause de lespèce de
fureur qui paroissoit dans ses gestes et dans ceux de ses camarades».
L'interpellé ne se fait pas prier et répond:
--Nous allons au Bois de Boulogne faire danser la carmagnole (Chevalier
écrit: carmagnolle) à des sacrés mâtins d'aristocrates déguisés qui ont
insulté nos femmes sur le boulevard des Italiens et nous ont insultés
nous-mêmes.
Au mot d'aristocrate, Chevalier dresse l'oreille:
--Comment ça? demande-t-il.
Et l'homme de continuer:
--Ces bougres-là se faisaient un plaisir de jeter une bouffée de fumée
de tabac au nez de nos femmes et les poursuivaient en leur fumant sous
le nez. Un de ceux qui est devant nous a secoué sa pipe dans la gorge de
mon épouse qui est enceinte. Foutre! si j'avais été là, je lui aurais
ouvert le crâne d'un coup de sabre et l'aurais tué sur la place; mais le
sacré mâtin ne l'échappera pas!
Ayant lancé ces derniers mots d'un ton lourd de menaces, l'individu se
hâte de rejoindre ses amis. Voici Chevalier fort intrigué. Suivra-t-il
ce groupe décidé aux bagarres sanglantes ou ira-t-il au boulevard des
Italiens vérifier le fait de ces pipes fumées sous le nez des
promeneuses? C'est à ce dernier projet, moins dangereux quant aux
conséquences, qu'il se décide. Il traverse la place de la Révolution,
jette un coup d'oeil à la guillotine en permanence dans l'ombre de la
colossale statue de plâtre de la Liberté, et par la rue Nationale,
ci-devant Royale, il gagne le boulevard. On ne l'a pas trompé et il a
tout le loisir de contempler un spectacle qui l'indigne profondément.
«Des individus couvert dun uniforme nationalle et traînant de grands
sabres armés d'une longue pipe affectoient de fumer dans l'enceinte ou
les citoyennes et citoyens étoient assis quand ils s'apersevoient quils
ne sen alloient pas ils alloient s'asseoir à coté d'eux les entouroient
et les obligeoient en fin à sen aller.» Chevalier laisse cette
singulière conduite à l'appréciation du ministre et conclut: «Je nai
rien appersu de plus[69].»
[69] _Archives nationales_, série W, carton 112.
Ce rapport de Chevalier débute par une note assez curieuse et qui
mérite d'être reproduite: «Un individu dont jygnore le nom se rend
presque tous les jours dans les auberges, caffés et autres situés
aux champs élisées, il y fait une assés grosse dépense et va souvent
à la porte Maillot avec des femmes où je crois il couche, car très
souvent les soirs une voiture de remise ou un fiacre se rend à cette
porte et revient le matin à Paris. Je n'ai pu avoir d'autres
renseignement sur cet homme sinon qu'il est assés souvent habillés
en carmagnolle et accompagné de deux autres assés bien couvert.»
Cette scène, s'il faut en croire les rapports de police, se renouvelait
assez fréquemment sur le boulevard.
«Sur le boullevart derrière le théatre de la rue favart[70], conte Le
Breton, la petite pluye qui est survenu en a chassé touttes nos
élégantes et nos petites maîtresses. Plusieurs déesses s'y plaignoient
entre elles d'être contrariées tantot par un autre. Elles disoient que
la dernière fois qu'elles y vinrent, elles furent empoisonnées par des
bouffées de tabac que des canoniers leur envoyoient exprés, en étant
venu s'asseoir auprés d'elles pour y fumer; ce qui a manqué
d'occasionner une rixe entre leurs maris et ces jeunes militaires[71].»
Les jeunes militaires semblent d'ailleurs en prendre souvent à leur aise
avec les promeneuses, et les insultent sous prétexte qu'elles sont
coiffées en muscadines[72].
[70] Le Théâtre Italien était situé entre la rue Favart et la rue
Marivaux. En 1793, il avait pris le titre d'Opéra-Comique national.
Les acteurs et les pièces, malgré le titre d'Italien, étaient
français. C'était l'époque où la voix de Mme Dugazon y faisait
fureur. La salle brûla le 25 mai 1887.
[71] _Archives nationales_, série W, carton 112.
[72] «Cette insulte a scandalisé singulièrement les personnes qui se
sont trouvées là.» Rapport de l'observateur Bacon, 18 ventôse an II;
_Archives nationales_, série W, carton 191.
[Illustration: Croquis de Benezech (1794).]
Ce ne sont pas toujours de vulgaires comparses qui se livrent à ces
plaisanteries. On signale l'acteur Baptiste cadet, du Théâtre de la
République[73], comme faisant partie de cette mauvaise troupe de
farceurs. C'est sur les tréteaux de la Montansier qu'il avait débuté,
non sans succès, assurent les contemporains. Il excellait dans ces rôles
de niais, de valets stupides et, en 1792, sa place se trouva toute
indiquée aux côtés de Baptiste aîné, au Théâtre de la République.
_Diafoirus_ du _Malade imaginaire_ était son triomphe, et si le bon goût
pouvait lui reprocher l'exagération de la charge, les applaudissements
n'en étaient pas moins unanimes. Sans doute, ces lauriers comiques ne
lui suffisaient pas, car voici le rapport qui le concerne, à la date du
21 ventôse (11 mars):
[73] C'est le 30 septembre 1792 que le Théâtre-Français de la rue
Richelieu avait changé son nom en celui de Théâtre de la République.
Baptiste aîné y tenait une des premières places, malgré un organe
défectueux.
On s'entretenoit ces jours derniers dans le même caffé des excès de
tout genre que de prétendus républicains ont osé commettre, ces jours
derniers, sur les boulevards des Italiens. On s'étonnoit surtout que
des citoyens revêtus de l'habit de cannoniers, au lieu de réprimer de
pareils désordres les eussent en quelque sorte autorisés, en y prenant
part, et en se distinguant même par les plus violentes provocations.
On appelloit toute la sévérité des loix contre ces perturbateurs de
l'ordre public et notamment contre bapthiste jeune, acteur du théâtre
de la République et canonnier, qui a joué un des premiers rôles dans
ces scènes scandaleuses. Quelqu'un ayant paru douter du fait,
demandés-le a répondu le citoyen qui en rendoit compte, au citoyen
Leroux, commissaire des guerres, témoin ainsi que moi de tout ce qui
s'est passé, et à qui j'ai fait particulièrement remarquer bapthiste
jeune. Hébien! a répliqué l'autre, il devroit être chassé du théâtre
et j'invite tout les bons républicains à le siffler comme il faut la
première fois qu'il paroitra sur la scène[74].
[74] Rapport de l'observateur Latour-Lamontagne; _Archives
nationales_, série W, carton 112.
Baptiste cadet ne fut point chassé du théâtre et nous ignorons s'il fut
sifflé à l'époque, mais pour attendre il ne perdit certes rien. Après la
chute de Maximilien de Robespierre, au lendemain du 9 thermidor, quand
la réaction traqua le jacobinisme en tous lieux, on se souvint de ses
exploits familiers au boulevard des Italiens, et les maris des femmes
outragées le lui firent bien voir, de leur fauteuil de parterre[75].
[75] «Baptiste cadet fut en butte au ressentiment que le parterre fit
éprouver à tous les comédiens qu'il crut attachés au parti
révolutionnaire; et il lui fut impossible, pendant plusieurs mois,
de reparaître sur la scène.» _Biographie des hommes vivants ou
histoire par ordre alphabétique de la vie publique de tous les
hommes qui se sont fait remarquer par leurs actions ou leurs
écrits_; Paris, Michaud, septembre 1816, tome I, art. _Baptiste_, p.
185.
[Illustration]
Ces exploits, quoique se rattachant étroitement à notre sujet, nous en
ont quelque peu écarté. Avec ce que la prostitution compte à la fois de
plus triste et de plus déconcertant, nous y voici revenus.
Il arrive que, de nos jours, les voies les plus élégantes de la capitale
voient circuler de ces étranges et équivoques petites jeunes filles,
paraissant quelque peu moins âgées qu'elles ne le sont réellement, et
dont la démarche, le sourire et le regard dénotent ce qu'elles sont en
vérité.
La Terreur, qui n'a pas ignoré ce que nous nommons un peu ironiquement
les _satyres_[76], n'a pas ignoré davantage ces dangereux fruits verts
de la prostitution.
[76] On lit dans un rapport de l'inspecteur Prévost, à la date du 3
ventôse: «Beaucoup de ces scélérats (_qui insultent les femmes_)
s'adressent à des enfants qu'ils cherchent à corrompre.» _Archives
nationales_, série W, carton 112.
[Illustration: La licence corrigée par la liberté. Gravure extraite de
la _Civilogie portative ou le Manuel des Citoyens_, almanach lyrique,
Paris, chez Janet, 1790.]
Pourtant, jamais époque ne se préoccupa davantage de l'enfance, de son
éducation et de sa protection. Cette République, qui voulait survivre au
temps où elle naquit, médita d'accaparer l'enfant et de le préparer à
son rôle de citoyen. N'est-ce pas par la question: «Qu'entend-on par le
mot citoyen?» que commence le catéchisme de la constitution française du
citoyen Richer? En préparant elle-même la société de demain, la
République prétend porter le dernier coup aux institutions périmées
auxquelles elle s'attaque sans les vaincre entièrement. Un fils n'est
plus au père, il est à la République, dit Danton[77]. Cette République,
au lieu de l'envoyer à la messe, le mènera à l'exercice; lui fera
oublier l'Evangile pour les droits de l'homme, cet évangile de la
Révolution; fera pour lui du confessionnal une guérite où, au lieu de
s'accuser de ses fautes, il veillera sur celles des autres[78]. N'est-il
pas prouvé que «tout se rétrécit dans l'éducation domestique, que tout
s'agrandit dans l'éducation commune[79]»? Ces enfants, il convient
désormais, dès leurs premières culottes, de les traiter en hommes, en
citoyens. C'est de cela que s'inspire la Commune dans son arrêté qui
défend aux maîtres d'école et aux parents de corriger leurs enfants
d'aucune manière corporelle. Cet arrêté, on le trouve étrange et
mauvais, car il est cause, dit-on, «que les enfants deviennent très
méchants et poussent l'audace et le vice jusqu'au dernier période[80]».
Ce vice, nous allons le voir à l'oeuvre. Trois jours après cette
observation sur l'arrêté de la Commune, on trouve signalé le fait
suivant: «On a arrêté hier au palais égalité, un enfant de 7 à 8 ans,
prévenu d'avoir dérobé un assignat de 50 livres, on a débité à ce sujet
qu'il s'est formé depuis quelque temps une bande de voleurs composée
d'enfants des deux sexes, et que les passants sont tout à la fois
provoqués au libertinage par les uns et dévalisés par les autres. Ce
désordre, s'il existe, appelle toute la surveillance de la police[81].»
Certes, il faut se défendre d'une facile exagération, mais, en la
circonstance, on doit reconnaître que ce fait est loin d'être une
exception. D'ailleurs, la République, qui veut assumer la charge de
l'éducation des citoyens de demain, semble en exclure les filles. On
n'en parle pas ou peu, si ce n'est pour les condamner sommairement aux
soins du foyer. Elle oublie de leur interdire le spectacle toujours
nouveau que leur offre la rue et les tentations auxquelles elle les
expose. D'autre part, et ne sera-ce pas le regret de l'Incorruptible? ce
peuple de 93 et de 94 ne sera guère plus vertueux que celui de 1780 et
de 1790; il aura plus de liberté, c'est tout, et ne sait-on pas que la
liberté fit toujours bon ménage avec la débauche?
[77] _Journal de Perlet_, août 1793.
[78] _Journal de Perlet_, frimaire an II (novembre 1793).
[79] _Ibid._, août 1793.
[80] Rapport de l'observateur Rollin, 18 pluviôse an II; _Archives
nationales_, série W, carton 191.
[81] Rapport de l'observateur Latour-Lamontagne, 21 pluviôse;
_Archives nationales_, série W, carton 191.
Il n'est point de quartier qui ne soit infesté de «jeunes filles de dix,
douze ou quatorze ans qui affichent la débauche la plus effrénée avec
des garçons du même âge et ce en pleine rue[82]». Plus tard, on observe
encore «beaucoup de jeunes filles de dix à douze ans, même au-dessous,
qui se prostituent avec des garçons du même âge. Hier le palais-égalité
en étoit rempli[83]». Sans doute, ces choses-là avaient déjà lieu en
1789, car Pierre Bérenger,--qui, lui aussi, s'élevait déjà contre la
licence des rues!--après les avoir signalées, ne trouvait d'autre remède
que celui de faire donner à ces «morveuses» le fouet par la femme du
bourreau[84]. En 93, le bourreau et sa femme ont d'autres besognes plus
pénibles à exécuter. Les «morveuses» peuvent donc aller bon train. Et
elles vont, non point toujours seules, et quelquefois, comme
aujourd'hui, accompagnées de leurs dignes mères,--c'est indignes qu'il
faudrait écrire.
[82] Rapport de l'observateur Rollin, 16 pluviôse an II; _Archives
nationales_, série W, carton 191.
[83] Rapport de l'observateur Rollin, 4 ventôse an II; _Archives
nationales_, série W, carton 112.
[84] Laurent-Pierre Bérenger, _De la prostitution, cahier et
doléances..._ déjà cit.
«On assure même que des mères ont l'infamie de livrer leurs filles à des
libertins pour de l'argent[85].» Le policier lui-même semble ne point y
pouvoir croire. Il se refuse à admettre, peut-être par défaut de
littérature, que, pour ce genre de femmes, la mère est une procureuse
donnée par la nature. Qu'ont-elles d'ailleurs à craindre? Le titre II de
la loi du 22 juillet 1792 ne les rend désormais justiciables que de la
police correctionnelle, et cela est moins fait pour les épouvanter que
la juridiction du lieutenant de police maintenant disparue. Cette molle
quiétude sera la leur jusqu'en l'an VIII, quand la Préfecture de police
sera créée. Ce n'est qu'alors que commencera pour la prostitution le
règne de la Terreur--de la salutaire Terreur.
[85] Rapport de Rollin, déjà cité, 4 ventôse.
Un autre rapport, de pluviôse, dit encore que l'on prétend, dans les
lieux publics, que l'augmentation du traitement des députés
profitera surtout aux tripots du Palais-Royal, et aux mères des
petites filles qui fréquentent ces endroits (_Archives nationales_,
série W, carton 191).
[Illustration]
[Illustration]