vers La Mecque. Tous les morts sont placés dans la même position. Une
grande plaque de marbre couvre horizontalement le tombeau. Deux pierres
posées verticalement indiquent l’une le côté de la tête, l’autre le
côté des pieds. Dans la plaque de pierre horizontale sont creusés deux
trous assez larges qui communiquent avec la terre; on y plante des
fleurs ou des rosiers. Au milieu de la pierre, une cavité ronde remplie
d’eau de pluie sert aux petits oiseaux et aux colombes. Du côté de la
tête s’élève une pierre commémorative, rappelant par une sculpture
la coiffure du défunt, avec son nom et la date de sa mort souvent
écrits en vers et sculptés en reliefs rehaussés d’or. La grandeur et
l’ornementation de cette pierre varient selon l’importance du défunt.
Les pierres sépulcrales des femmes ont une forme différente de celle
des hommes. Elles ne portent qu’une ornementation ou une fleur.
Du côté des pieds, la pierre a une ornementation, mais sans écriture.
Toutes les pierres tombales des personnes riches ou pauvres ont des
vers commémoratifs qui commencent par la formule:
هو الباقى
(Dieu seul est éternel.)
ou
كل نفس ذائقة الموت
(Chaque âme doit goûter la mort.)
Les souffrances du défunt, son emploi, son âge sont rappelés en
quelques lignes. Toutes ces inscriptions se terminent en demandant aux
visiteurs la prière de _Fatiha_, premier chapitre du Coran, pour la
tranquillité de l’âme du défunt.
IV.--LES BAINS TURCS (HAMAM)
Le bain étant aussi indispensable au musulman que la mosquée, la ville
possède plus de trois cents bains publics, sans compter les bains
particuliers.
Les bains turcs ne diffèrent en général que fort peu de ceux des
Byzantins. Les Turcs, qui utilisèrent après la conquête les bains
abandonnés par les Byzantins, construisirent les leurs à peu près
dans le même genre et souvent sur le même emplacement. D’ailleurs la
disposition des bains byzantins était celle déjà adoptée par les Turcs
pour les bains de Brousse, de Salonique et de Damas.
L’eau et le feu, auxquels les bains étaient exposés continuellement,
n’ont laissé subsister jusqu’à nos jours aucun bain datant de
l’époque byzantine, et qui n’ait subi soit des réparations, soit des
transformations.
[Illustration: Pl. 44.
MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED II LE CONQUÉRANT.]
Gyllius, qui visita Constantinople soixante-douze ans après l’entrée
des Turcs dans cette ville, nous donne la description d’un bain turc.
Cette description permet de se faire une idée de ce qu’étaient les
bains à cette époque où ils rappelaient encore de très près les thermes
byzantins, s’ils ne leur étaient tout à fait semblables. Elle montre
qu’ils avaient les mêmes dispositions que les bains turcs actuels.
«Ces thermes sont doubles ou jumeaux, dit-il, composés de deux parties
exactement semblables, adossées l’une contre l’autre et réservées l’une
aux hommes, l’autre aux femmes[83]. On entre d’abord dans l’apodyterium
d’où l’on passe par une porte au tepidarium et par une autre du
tepidarium au caldarium. Ces trois compartiments réunis par des portes
de communication constituent les thermes. Chacune de ces parties de
l’édifice a sa toiture et ses murailles.»
[83] Les bains qui n’ont qu’une seule division sont
ouverts jusqu’à midi aux hommes, qui l’abandonnent
ensuite pour laisser la place aux femmes.
«L’apodyterium est un édifice carré sur lequel s’appuie la rotonde en
briques de la voûte. Son intérieur a 240 pieds 8 pouces de pourtour.
Une estrade en pierre, ayant plus de six pieds de largeur et haute de
trois pieds, règne tout autour. La muraille de l’apodyterium, depuis
sa base jusqu’au sommet sur lequel la coupole prend naissance, a
trente-sept pieds de hauteur; le pavé est formé de dalles en marbre. En
son centre se trouve une vasque également en marbre.»
«Deux portes d’entrée conduisent de l’apodyterium au tepidarium dont
l’intérieur a cent pieds de circonférence. La voûte hémisphérique est
soutenue par quatre arcades, qui forment huit alcôves; une de ces
alcôves qui est plus petite de moitié que les autres est réservée aux
latrines. Six d’entre elles possèdent chacune une vasque munie d’une
fontaine à robinet, mais elles sont construites de manière qu’entre
chaque seconde arcade il en est une qui forme une chambre d’où l’on
passe à droite et à gauche dans une autre. Au centre du tepidarium est
une fontaine d’où jaillit un filet d’eau qui tombe dans un bassin de
marbre. Une seule porte sert de passage du tepidarium au caldarium.
Cette partie du bain présente huit arcades qui servent de soutien à
une coupole. Chacune des huit arcades ouvre sur une chambre. Au milieu
du pavé, qui est formé pareillement de dalles en marbre, s’élève
une estrade octogonale haute de deux pieds quatre pouces et ayant
cinquante-sept pieds un quart de circonférence. Elle est entourée par
une ruelle qui la sépare du pavé dont le niveau est le même que celui
de l’octogone.»
Dans ce passage de Gyllius, nous voyons que la disposition des premiers
bains turcs de Constantinople, provenant probablement des Byzantins, ne
différait presque pas des bains construits par les Turcs de l’époque
postérieure. Les bains turcs sont généralement construits sur un plan
rectangulaire. Chaque partie du bain est couverte d’un dôme, criblé de
petites ouvertures rondes garnies de clochetons en verre qui laissent
pénétrer la lumière à l’intérieur. Les murs latéraux sont dépourvus de
fenêtres. L’apodyterium est dallé de marbre, et possède au centre un
bassin sur lequel s’étagent de grandes cuvettes en marbre, à bordure
cannelée, de dimensions variables, se rapetissant de l’une à l’autre.
L’eau jaillissant de la cuvette placée au sommet le plus élevé fait
cascade sur les autres. Les mêmes eaux servent parfois à arroser des
fruits. Des canaris chantent continuellement dans des cages ornées de
perles bleues[84] (bondjouk).
[84] Les perles bleues sont considérées comme un
fétiche contre le mauvais œil.
Une colonnade en bois entoure la salle. De larges bancs en forme de
sofas y sont placés. C’est là que les gens de la classe pauvre se
déshabillent. Des morceaux de bois ronds, fixés entre les colonnes,
servent de portemanteaux. Au-dessus de cette première galerie, on en
voit une deuxième et souvent une troisième. Là aussi sont disposés de
larges sofas. Les galeries inférieures et supérieures sont séparées aux
angles par une cloison en bois. Ces pièces sont réservées aux riches et
aux grands personnages.
Sur une petite estrade près de la porte se tient le propriétaire, assis
sur un coussin (_minder_), devant une cassette en bois (_tchekmédjé_)
tout incrustée de nacre. Un miroir à main, d’une forme ogivale, reste
suspendu au mur près de cette cassette destinée à recevoir l’argent que
les baigneurs posent en quittant le bain.
A hauteur des galeries supérieures sont rangées des tiges en bois où
l’on étend les _pechtemal_ (essuie-corps) de couleurs éclatantes.
Une petite cheminée adossée au mur près de la porte intérieure sert
à préparer le café. Près de cette cheminée se trouvent des armoires
contenant des narguillés, des tasses à café, des savons parfumés de
musc, des vases en bronze doré, des fleurs artificielles.
Une porte étroite passe de l’apodyterium dans la pièce appelée
_soouklouk_ (tepidarium ou alipterium) dont la température est plus
élevée que dans la grande pièce, mais moins que dans la deuxième
appelée caldarium. Elle est surmontée d’une coupole percée de petites
ouvertures que recouvrent des cloches en verre. Une faible lumière
éclaire l’intérieur. Là, sur des bancs en bois, sont préparés des lits
à la disposition des baigneurs.
De petites portes ouvertes dans cette salle conduisent par des
galeries voûtées et obscures aux lieux d’aisance et à un cabinet
particulier, réservé aux toilettes intimes auxquelles chaque musulman
est religieusement astreint. Le baigneur pénètre dans cette dernière
pièce où un robinet d’eau chaude et un _kourna_ (récipient en marbre)
sont à sa disposition. Il couvre l’ouverture formée par la porte
d’un pechtemal et procède à ses ablutions. Une porte conduit du
tepidarium au caldarium où règne une très forte chaleur. Cette salle
est pareillement dallée de marbre et surmontée d’une coupole à petites
fenêtres rondes. A chaque coin de la salle, il y a de petites cabines
séparées par un mur bas, qui sont réservées à la classe riche. Toutes
ces cabines possèdent un ou deux _kournas_ avec deux robinets en bronze
dont l’un est à eau chaude et l’autre à eau froide.
La salle est également munie de _kournas_, au-dessus desquels sont
enfoncés dans le mur de grands et longs clous noirs qui servent à
suspendre les _pechtemals_.
Au milieu de la salle commune du caldarium, existe une estrade en forme
ronde ou octogonale et qui s’appelle _Gueubek-tachi_ (pierre-nombril)
où le baigneur s’allonge pour être massé.
Les bains turcs n’ont pas, comme on l’a dit à tort, un grand bassin où
le public va se baigner, car l’eau déjà touchée par un autre corps et
par le corps du baigneur même est considérée par les musulmans comme
rituellement impure. Toutefois le cas peut être exceptionnel dans les
bains thermaux où l’eau se renouvelle en coulant de source, comme à
Brousse par exemple. A Constantinople, il n’y a que les israélites qui,
fidèles aux prescriptions de la loi de Moïse, aient gardé la coutume de
se replonger dans une piscine d’eau froide après s’être lavé le corps.
Chaque bain possède un _kulhan_ (hypocauste). On y brûle
continuellement du bois. La chaleur et la fumée circulent sous le
dallage en marbre du bain, traversent les nombreuses conduites
maçonnées dans l’intérieur des murs, chauffent l’eau et l’air du bain
et ressortent par de petites cheminées en forme de tubes circulaires,
appliqués tout autour de la bâtisse au haut des coupoles couvertes de
plomb. Faut-il ajouter que ces bains sont constamment chauffés? Les
musulmans sont en effet astreints par leur religion à se laver le corps
en certaines circonstances.
[Illustration: Pl. 45.
TOMBEAU DE MEHMED II LE CONQUÉRANT.
Dans le Turbé devant sa mosquée.]
Le bain des dames diffère un peu de celui des hommes. D’abord les
accessoires comme essuie-corps, savon, sont apportés par les femmes
elles-mêmes dans de grands _bohdja_ (sortes de sacs en drap brodé).
Elles prennent même avec elles des vivres, car c’est pour elles un
grand plaisir que de passer toute la journée dans le bain en mangeant
sur le _gueubek-tachi_, en chantant et en s’amusant.
Au cours d’un ouvrage écrit sur les études de van Millingen, le Dr
Mavroyeni donne des détails très circonstanciés sur la façon compliquée
et pittoresque dont on prend le bain chez les Orientaux. Nous nous
permettrons de résumer cet intéressant travail.
«Dès l’entrée, on aperçoit les étuvistes, drapés à la romaine dans
des linges bleus rayés de rouge. Dans l’apodyterium, des baigneurs se
déshabillent, tandis que d’autres sortent du bain et viennent s’étendre
sur les lits de repos pour y goûter le _kieff_, mot intraduisible,
béatitude absolue que donnent à l’esprit et au corps des Orientaux le
tabac et le café unis au _dolce farniente_.
«Après s’être déshabillé, le baigneur s’enveloppe d’une sorte de
pagne, et, coiffé d’un large turban, les pieds dans des sandales de
bois qui rendent sa marche incertaine, il entre dans le tepidarium.
La température y est de 25° et c’est sur des couchettes garnies de
coussins que la pipe et le café sont présentés au baigneur. Dès qu’une
moiteur apparaît sur son corps, l’étuviste le fait passer au caldarium
où, sur une estrade située au centre, commence l’opération du massage
à laquelle une grande importance est attachée et qui est pratiquée par
des malaxeurs et des strigillaires modernes en qui se sont conservées
les traditions du passé.
«Après un massage complet de toutes les articulations, le masseur
mène son client près d’une des vasques qui entourent la rotonde et,
armé d’un gantelet en poils de chèvre, s’attaque au système cutané.
Les rinçages s’opèrent à l’eau tiède. Mais le baigneur est à bout
de forces: un verre d’eau froide lui redonne l’énergie nécessaire;
quelques écuellées d’eau froide versées sur la tête le remettent
complètement et le masseur en prend de nouveau possession, transformé
cette fois en alipte. Cataracte d’eau brûlante et vif savonnage, puis
rinçage de tout le corps: cette opération est répétée trois fois. Le
masseur fouette son savon à l’aide de longues fibres de palmier dans un
bassin de cuivre et ne l’applique que lorsqu’il est réduit à l’état de
mousse nuageuse et impalpable.
«C’est après une douche que le baigneur est aussitôt emmailloté de
serviettes chaudes, ses cheveux sont essuyés, et il vient goûter le
_kieff_ sur un lit de repos dans l’apodyterium.
«Nous avons vu le baigneur passer par trois salles: l’apodyterium, le
tepidarium et le caldarium; il n’y a en effet qu’un seul bain public
à Constantinople qui possède un frigidarium. C’est le bain de Djerrah
pacha, situé près d’Ak-Sérail.»
V.--LE GRAND BAZAR
Comme aux temps des Byzantins, la ville possède des bazars couverts. Le
plus grand de ces bazars est celui de Stamboul, dont une partie date
des Byzantins, véritable ville avec des rues couvertes d’arcades et
de coupoles. Des magasins étroits et souvent voûtés bordent ces rues.
Ses ruelles étroites, ses carrefours, ses bancs et dépendances, ses
passages sombres, font de ce bazar une sorte de labyrinthe compliqué à
tel point que les habitants de la ville eux-mêmes s’y perdent souvent
et sont obligés de demander leur chemin aux marchands.
Une lumière faible et blafarde, arrivant par de petites fenêtres
cintrées ouvertes au plafond des magasins, éclaire l’intérieur et les
marchandises sous un jour favorable aux boutiquiers. Le bazar est
divisé en quartiers dont chacun, réservé à un commerce spécial, porte
le nom du commerce qui y est pratiqué. C’est ainsi que _Kouyoumdji
Tcharchissi_ signifie bazar des bijoutiers. Il en est de même pour
les orfèvres, les fourreurs, les marchands d’étoffe, etc. La plupart
des magasins ne sont que de petites échoppes étroites. Devant chaque
magasin, un banc peu élevé sert de comptoir; le vendeur y est assis,
les jambes croisées. C’est là qu’il étale ses articles devant
l’acheteur qui prend souvent place à côté de lui.
Malheureusement, le bazar commence à perdre son caractère
d’originalité, les articles orientaux cédant peu à peu la place à ceux
provenant des manufactures européennes.
Le quartier du grand bazar qui a conservé son ancienne originalité
est le _Bedestén_ (le marché de ventes aux enchères). C’est une
grande bâtisse carrée, couverte de plusieurs coupoles, soutenues
par d’immenses piliers d’une très grande hauteur. Le _Bedestén_ est
situé au centre du bazar. Quatre portes de fer, ouvrant sur les côtés
communiquent avec l’intérieur du bazar. Quelques petites fenêtres à
volets de fer, percées à la hauteur des coupoles, éclairent faiblement
l’intérieur. Une lumière pâle tombe sur les objets anciens, suspendus
aux murs et noircis par la poussière des siècles.
Une balustrade en bois irrégulièrement construite et située à la
hauteur des fenêtres permet au gardien de nuit de circuler autour du
bâtiment et de fermer les volets de fer.
Le _Bedestén_ n’est pas ouvert à toute heure du jour. On l’ouvre plus
tard et on le ferme plus tôt que le reste du bazar. Il ne reste ainsi
accessible au public que pendant quelques heures. Les magasins ne
sont formés que d’estrades et de bancs en bois. Chaque marchand a son
_dolab_ (armoire) et une ou plusieurs vitrines plates où il expose ses
marchandises et devant lesquelles il est assis à la turque, les jambes
croisées, en attendant les clients.
Des _dellals_ ou courtiers privilégiés du _Bedestén_ font voir aux
marchands et aux amateurs les objets rares, et font la mise à prix.
C’est de ce célèbre bazar que sont sortis des objets antiques de la
plus haute valeur pour passer en Europe. Le Bazar égyptien, qui est
aussi un des plus grands de la ville, est formé d’une grande ruelle
voûtée en forme de berceau ayant au bas des voûtes des fenêtres
latérales qui éclairent faiblement l’intérieur. Les marchandises sont
exposées dans des sacs ouverts. Chaque magasin porte une arme ou un
objet particulier qui lui sert d’enseigne. On y vend des épices et
toutes sortes de drogues.
[Illustration: Pl. 46.
FONTAINE D’AHMED III OU D’AYA SOPHIA.]
VI.--LES PALAIS IMPÉRIAUX OTTOMANS
PALAIS DE TOP KAPOU
Le premier palais ottoman a été bâti par Mahomet II le Conquérant sur
la place de l’ancien forum Tauri (place de Bayazid). Ce palais, habité
d’abord par le Sultan, reçut plus tard, après la construction du
palais de Top Kapou serail, le nom d’_Eski-serail_ (vieux palais). Il
était gardé par 500 _baltadji_. Sur cet emplacement s’élève aujourd’hui
le ministère de la Guerre appelé aussi _Eski-serail_.
Le sultan Mahomet II fit construire plus tard un autre palais sur
l’acropole de l’ancienne Byzance, où s’élevait autrefois le palais de
l’impératrice Placidie. Ce palais, dit de _Top Kapou_, fut habité par
les successeurs du Conquérant jusqu’au sultan Mahmoud II, le grand
réformateur, qui l’abandonna. Depuis, et jusqu’à nos jours, il a été
affecté à la résidence des _Sérailis_ (femmes du palais et de la cour
impériale).
Le palais se compose de plusieurs bâtiments et de _kiosques_ qui
communiquent entre eux par des _mabeïns_, sortes de couloirs.
L’enceinte du palais est entourée d’une muraille flanquée de deux
tours; c’est à peu près la même enceinte qui entourait l’ancienne
acropole[85] de Byzance. La partie principale du palais est
magnifiquement située sur la pointe la plus élevée de la colline, d’où
l’on jouit d’une vue admirable sur le Bosphore, les Iles des Princes,
la Corne d’Or, la Propontide et sur les montagnes de la Bithynie et
de l’Olympe. On ne rencontre nulle part ailleurs un panorama aussi
grandiose et aussi majestueux. L’ensemble de ces monuments offre un
aspect très pittoresque. Une multitude de bâtiments, de coupoles
surgissent par endroits du milieu d’immenses cyprès.
[85] Il ne faut pas confondre l’emplacement du Top
Kapou serail avec celui du grand palais byzantin qui se
trouvait à l’est de l’hippodrome.
Outre l’enceinte principale, le palais en possède plusieurs autres à
l’extérieur. L’une des portes de l’enceinte principale se trouve près
de la mosquée Sainte-Sophie; elle s’appelle _Bab-i-Humayoun_ ou porte
impériale; on trouve ensuite la porte de _Soouk-Tchechmé_, une autre
près de l’École de médecine et une autre près de _Yali-Kiosque_.
La porte située près de Sainte-Sophie, en face de la fameuse fontaine
construite par le sultan Ahmed III, conduit à une grande esplanade
plantée de cyprès et de platanes. Cette cour rappelle la Chalké antique
des palais byzantins. En laissant à gauche l’église de Sainte-Irène
(actuellement le musée d’armes) et en suivant la grande allée, on
arrive devant la porte de l’enceinte intérieure du palais. La porte
est flanquée de deux tours aux toits coniques. Elle conduit à une cour
plantée de cyprès. A droite, sont les cuisines impériales, à gauche
le mur du harem et l’ancienne salle du _Divan_ où se tenait autrefois
le Conseil des ministres. Une tour carrée surmonte la salle. Mais
cette tour ne présente plus l’ancienne forme que nous lui voyons dans
l’ouvrage de Melling. De grandes fenêtres grillées éclairaient la salle
du _Divan_. En face, une galerie soutenue par une colonnade donne accès
et aboutit à une autre porte monumentale qui conduit à une troisième
cour réservée au Sultan et aux gens du palais.
Après avoir franchi cette porte, on se trouve en présence d’un pavillon
qui contient le _Divan_ ou salle du Trône, dans laquelle les Sultans
recevaient les ambassadeurs et les vizirs. Ce pavillon, d’un style
très original, est orné intérieurement de magnifiques faïences et de
vitraux. La cheminée est tout à fait remarquable.
Dans la même cour, tout près de la salle du Trône, se trouve la
bibliothèque du Sultan, qui contient de très beaux et très rares
manuscrits turcs et byzantins jusqu’ici inédits. Cette cour est
entourée d’une galerie à colonnades; à droite, une porte protégée par
un grillage donne accès au trésor impérial.
C’est un bâtiment formé de plusieurs pièces surmontées d’un grand toit
couvert de plaques en plomb. De petites fenêtres pratiquées aux murs
à une très grande hauteur du sol éclairent faiblement l’intérieur. Ce
trésor contient des objets extrêmement précieux ayant appartenu aux
Sultans; il forme le musée privé du palais. On y voit de nos jours tous
les costumes portés par les Sultans, leurs sabres, leurs coiffures,
etc. Dans des vitrines sont exposés des vases remplis de pierres
précieuses et de vieilles monnaies en or et en argent. Parmi les objets
de grande valeur, on peut citer le trône du chah Ismaël de Perse,
enlevé par Sélim en 1514. C’est un trône en or massif sculpté, garni
d’émeraudes et de brillants. Puis, le trône de Selim III, en ébène
sculpté et incrusté de nacre, d’argent et d’or, garni de rubis et de
pierres précieuses. Au centre du dais qui surmonte le trône et qui est
supporté par quatre colonnes est suspendue par une chaîne en or une des
plus grosses émeraudes du monde: elle a la grosseur du poignet.
[Illustration: Bibliothèque du Sultan au vieux Sérail.]
A gauche de la cour s’élève le pavillon sacré où toutes les reliques du
Prophète sont soigneusement conservées. L’intérieur de l’édifice est
des plus imposants. C’est un véritable chef-d’œuvre de l’art national.
Quelques fenêtres percées aux bases des coupoles laissent l’intérieur
dans un clair-obscur mystique. Les murs sont complètement recouverts
des plus belles faïences. Des versets du Coran écrits sur des tuiles
émaillées forment frise autour des salles. Les plus rares inscriptions,
en grandes lettres écrites de la main même des Sultans, sont suspendues
aux murs.
On rencontre au milieu de la première salle une petite fontaine en
marbre sculpté garnie de gobelets en or.
L’entrée de cette partie est absolument interdite au public, même
aux gens du palais. Une fois par an seulement, les hauts personnages
de l’Empire y sont reçus par le Sultan pour baiser, à travers une
couverture, la cassette qui renferme le manteau sacré du Prophète. Des
gardiens y veillent constamment en lisant des versets du Coran.
Par une porte ouvrant au nord-ouest de cette cour on descend à un
jardin en terrasses où sont construits des kiosques et des pavillons.
On y jouit d’une vue splendide.
Un ancien kiosque en bois, bâti par Mahomet II s’élevait sur une
terrasse à droite; sur cet emplacement, le sultan Medjid avait fait
construire Mermer kiosque.
A gauche, sur la colline, c’est le fameux Bagdad kiosque, si célèbre
par la magnificence de son architecture, par la beauté de ses faïences,
de ses cheminées, le dessin original de ses meubles, de ses divans et
de ses armoires incrustées de nacre.
Tout près de ce kiosque, on voit une autre terrasse dallée de
marbre avec, au milieu, un joli bassin. C’est un des coins les plus
pittoresques du palais. Dans l’enceinte du palais se trouvaient encore
d’autres kiosques actuellement disparus, tels que Indjili kiosque, Yali
kiosque, Harem kiosque, etc... Voici ce que nous lisons dans l’ouvrage
de Melling sur le kiosque appelé Indjili (aux perles); on voit encore
de nos jours les arcades de ses fondations. «Le Sultan s’y rendait
chaque année pour jouir du spectacle de l’ayasma (fontaine sacrée),
dont la source est dans l’enceinte du Seraï et qui jaillit, ce jour-là
seulement, sous l’arcade du pavillon où des tuyaux la conduisent.
Les Grecs attribuent à ses eaux une vertu miraculeuse... Le grand
seigneur prend plaisir à contempler leur empressement, leur extase, et
leurs ablutions; il leur jette quelques pièces de monnaie pour payer
l’amusement qu’ils lui donnent et jouit des combats qu’ils se livrent
dans leur activité à s’en saisir.»
Sur une des terrasses de l’enceinte moyenne du palais de _Top-Kapou_,
du côté de la ville se trouve _Tchinili kiosque_ (kiosque aux
faïences), ainsi nommé à cause des faïences qui décoraient jadis ses
murs anciens et dont une grande partie n’existe plus aujourd’hui.