Le corps du défunt est enseveli dans la terre, le côté droit tourné

vers La Mecque. Tous les morts sont placés dans la même position. Une

grande plaque de marbre couvre horizontalement le tombeau. Deux pierres

posées verticalement indiquent l’une le côté de la tête, l’autre le

côté des pieds. Dans la plaque de pierre horizontale sont creusés deux

trous assez larges qui communiquent avec la terre; on y plante des

fleurs ou des rosiers. Au milieu de la pierre, une cavité ronde remplie

d’eau de pluie sert aux petits oiseaux et aux colombes. Du côté de la

tête s’élève une pierre commémorative, rappelant par une sculpture

la coiffure du défunt, avec son nom et la date de sa mort souvent

écrits en vers et sculptés en reliefs rehaussés d’or. La grandeur et

l’ornementation de cette pierre varient selon l’importance du défunt.

Les pierres sépulcrales des femmes ont une forme différente de celle

des hommes. Elles ne portent qu’une ornementation ou une fleur.

Du côté des pieds, la pierre a une ornementation, mais sans écriture.

Toutes les pierres tombales des personnes riches ou pauvres ont des

vers commémoratifs qui commencent par la formule:

هو الباقى

(Dieu seul est éternel.)

ou

كل نفس ذائقة الموت

(Chaque âme doit goûter la mort.)

Les souffrances du défunt, son emploi, son âge sont rappelés en

quelques lignes. Toutes ces inscriptions se terminent en demandant aux

visiteurs la prière de _Fatiha_, premier chapitre du Coran, pour la

tranquillité de l’âme du défunt.

IV.--LES BAINS TURCS (HAMAM)

Le bain étant aussi indispensable au musulman que la mosquée, la ville

possède plus de trois cents bains publics, sans compter les bains

particuliers.

Les bains turcs ne diffèrent en général que fort peu de ceux des

Byzantins. Les Turcs, qui utilisèrent après la conquête les bains

abandonnés par les Byzantins, construisirent les leurs à peu près

dans le même genre et souvent sur le même emplacement. D’ailleurs la

disposition des bains byzantins était celle déjà adoptée par les Turcs

pour les bains de Brousse, de Salonique et de Damas.

L’eau et le feu, auxquels les bains étaient exposés continuellement,

n’ont laissé subsister jusqu’à nos jours aucun bain datant de

l’époque byzantine, et qui n’ait subi soit des réparations, soit des

transformations.

[Illustration: Pl. 44.

MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED II LE CONQUÉRANT.]

Gyllius, qui visita Constantinople soixante-douze ans après l’entrée

des Turcs dans cette ville, nous donne la description d’un bain turc.

Cette description permet de se faire une idée de ce qu’étaient les

bains à cette époque où ils rappelaient encore de très près les thermes

byzantins, s’ils ne leur étaient tout à fait semblables. Elle montre

qu’ils avaient les mêmes dispositions que les bains turcs actuels.

«Ces thermes sont doubles ou jumeaux, dit-il, composés de deux parties

exactement semblables, adossées l’une contre l’autre et réservées l’une

aux hommes, l’autre aux femmes[83]. On entre d’abord dans l’apodyterium

d’où l’on passe par une porte au tepidarium et par une autre du

tepidarium au caldarium. Ces trois compartiments réunis par des portes

de communication constituent les thermes. Chacune de ces parties de

l’édifice a sa toiture et ses murailles.»

[83] Les bains qui n’ont qu’une seule division sont

ouverts jusqu’à midi aux hommes, qui l’abandonnent

ensuite pour laisser la place aux femmes.

«L’apodyterium est un édifice carré sur lequel s’appuie la rotonde en

briques de la voûte. Son intérieur a 240 pieds 8 pouces de pourtour.

Une estrade en pierre, ayant plus de six pieds de largeur et haute de

trois pieds, règne tout autour. La muraille de l’apodyterium, depuis

sa base jusqu’au sommet sur lequel la coupole prend naissance, a

trente-sept pieds de hauteur; le pavé est formé de dalles en marbre. En

son centre se trouve une vasque également en marbre.»

«Deux portes d’entrée conduisent de l’apodyterium au tepidarium dont

l’intérieur a cent pieds de circonférence. La voûte hémisphérique est

soutenue par quatre arcades, qui forment huit alcôves; une de ces

alcôves qui est plus petite de moitié que les autres est réservée aux

latrines. Six d’entre elles possèdent chacune une vasque munie d’une

fontaine à robinet, mais elles sont construites de manière qu’entre

chaque seconde arcade il en est une qui forme une chambre d’où l’on

passe à droite et à gauche dans une autre. Au centre du tepidarium est

une fontaine d’où jaillit un filet d’eau qui tombe dans un bassin de

marbre. Une seule porte sert de passage du tepidarium au caldarium.

Cette partie du bain présente huit arcades qui servent de soutien à

une coupole. Chacune des huit arcades ouvre sur une chambre. Au milieu

du pavé, qui est formé pareillement de dalles en marbre, s’élève

une estrade octogonale haute de deux pieds quatre pouces et ayant

cinquante-sept pieds un quart de circonférence. Elle est entourée par

une ruelle qui la sépare du pavé dont le niveau est le même que celui

de l’octogone.»

Dans ce passage de Gyllius, nous voyons que la disposition des premiers

bains turcs de Constantinople, provenant probablement des Byzantins, ne

différait presque pas des bains construits par les Turcs de l’époque

postérieure. Les bains turcs sont généralement construits sur un plan

rectangulaire. Chaque partie du bain est couverte d’un dôme, criblé de

petites ouvertures rondes garnies de clochetons en verre qui laissent

pénétrer la lumière à l’intérieur. Les murs latéraux sont dépourvus de

fenêtres. L’apodyterium est dallé de marbre, et possède au centre un

bassin sur lequel s’étagent de grandes cuvettes en marbre, à bordure

cannelée, de dimensions variables, se rapetissant de l’une à l’autre.

L’eau jaillissant de la cuvette placée au sommet le plus élevé fait

cascade sur les autres. Les mêmes eaux servent parfois à arroser des

fruits. Des canaris chantent continuellement dans des cages ornées de

perles bleues[84] (bondjouk).

[84] Les perles bleues sont considérées comme un

fétiche contre le mauvais œil.

Une colonnade en bois entoure la salle. De larges bancs en forme de

sofas y sont placés. C’est là que les gens de la classe pauvre se

déshabillent. Des morceaux de bois ronds, fixés entre les colonnes,

servent de portemanteaux. Au-dessus de cette première galerie, on en

voit une deuxième et souvent une troisième. Là aussi sont disposés de

larges sofas. Les galeries inférieures et supérieures sont séparées aux

angles par une cloison en bois. Ces pièces sont réservées aux riches et

aux grands personnages.

Sur une petite estrade près de la porte se tient le propriétaire, assis

sur un coussin (_minder_), devant une cassette en bois (_tchekmédjé_)

tout incrustée de nacre. Un miroir à main, d’une forme ogivale, reste

suspendu au mur près de cette cassette destinée à recevoir l’argent que

les baigneurs posent en quittant le bain.

A hauteur des galeries supérieures sont rangées des tiges en bois où

l’on étend les _pechtemal_ (essuie-corps) de couleurs éclatantes.

Une petite cheminée adossée au mur près de la porte intérieure sert

à préparer le café. Près de cette cheminée se trouvent des armoires

contenant des narguillés, des tasses à café, des savons parfumés de

musc, des vases en bronze doré, des fleurs artificielles.

Une porte étroite passe de l’apodyterium dans la pièce appelée

_soouklouk_ (tepidarium ou alipterium) dont la température est plus

élevée que dans la grande pièce, mais moins que dans la deuxième

appelée caldarium. Elle est surmontée d’une coupole percée de petites

ouvertures que recouvrent des cloches en verre. Une faible lumière

éclaire l’intérieur. Là, sur des bancs en bois, sont préparés des lits

à la disposition des baigneurs.

De petites portes ouvertes dans cette salle conduisent par des

galeries voûtées et obscures aux lieux d’aisance et à un cabinet

particulier, réservé aux toilettes intimes auxquelles chaque musulman

est religieusement astreint. Le baigneur pénètre dans cette dernière

pièce où un robinet d’eau chaude et un _kourna_ (récipient en marbre)

sont à sa disposition. Il couvre l’ouverture formée par la porte

d’un pechtemal et procède à ses ablutions. Une porte conduit du

tepidarium au caldarium où règne une très forte chaleur. Cette salle

est pareillement dallée de marbre et surmontée d’une coupole à petites

fenêtres rondes. A chaque coin de la salle, il y a de petites cabines

séparées par un mur bas, qui sont réservées à la classe riche. Toutes

ces cabines possèdent un ou deux _kournas_ avec deux robinets en bronze

dont l’un est à eau chaude et l’autre à eau froide.

La salle est également munie de _kournas_, au-dessus desquels sont

enfoncés dans le mur de grands et longs clous noirs qui servent à

suspendre les _pechtemals_.

Au milieu de la salle commune du caldarium, existe une estrade en forme

ronde ou octogonale et qui s’appelle _Gueubek-tachi_ (pierre-nombril)

où le baigneur s’allonge pour être massé.

Les bains turcs n’ont pas, comme on l’a dit à tort, un grand bassin où

le public va se baigner, car l’eau déjà touchée par un autre corps et

par le corps du baigneur même est considérée par les musulmans comme

rituellement impure. Toutefois le cas peut être exceptionnel dans les

bains thermaux où l’eau se renouvelle en coulant de source, comme à

Brousse par exemple. A Constantinople, il n’y a que les israélites qui,

fidèles aux prescriptions de la loi de Moïse, aient gardé la coutume de

se replonger dans une piscine d’eau froide après s’être lavé le corps.

Chaque bain possède un _kulhan_ (hypocauste). On y brûle

continuellement du bois. La chaleur et la fumée circulent sous le

dallage en marbre du bain, traversent les nombreuses conduites

maçonnées dans l’intérieur des murs, chauffent l’eau et l’air du bain

et ressortent par de petites cheminées en forme de tubes circulaires,

appliqués tout autour de la bâtisse au haut des coupoles couvertes de

plomb. Faut-il ajouter que ces bains sont constamment chauffés? Les

musulmans sont en effet astreints par leur religion à se laver le corps

en certaines circonstances.

[Illustration: Pl. 45.

TOMBEAU DE MEHMED II LE CONQUÉRANT.

Dans le Turbé devant sa mosquée.]

Le bain des dames diffère un peu de celui des hommes. D’abord les

accessoires comme essuie-corps, savon, sont apportés par les femmes

elles-mêmes dans de grands _bohdja_ (sortes de sacs en drap brodé).

Elles prennent même avec elles des vivres, car c’est pour elles un

grand plaisir que de passer toute la journée dans le bain en mangeant

sur le _gueubek-tachi_, en chantant et en s’amusant.

Au cours d’un ouvrage écrit sur les études de van Millingen, le Dr

Mavroyeni donne des détails très circonstanciés sur la façon compliquée

et pittoresque dont on prend le bain chez les Orientaux. Nous nous

permettrons de résumer cet intéressant travail.

«Dès l’entrée, on aperçoit les étuvistes, drapés à la romaine dans

des linges bleus rayés de rouge. Dans l’apodyterium, des baigneurs se

déshabillent, tandis que d’autres sortent du bain et viennent s’étendre

sur les lits de repos pour y goûter le _kieff_, mot intraduisible,

béatitude absolue que donnent à l’esprit et au corps des Orientaux le

tabac et le café unis au _dolce farniente_.

«Après s’être déshabillé, le baigneur s’enveloppe d’une sorte de

pagne, et, coiffé d’un large turban, les pieds dans des sandales de

bois qui rendent sa marche incertaine, il entre dans le tepidarium.

La température y est de 25° et c’est sur des couchettes garnies de

coussins que la pipe et le café sont présentés au baigneur. Dès qu’une

moiteur apparaît sur son corps, l’étuviste le fait passer au caldarium

où, sur une estrade située au centre, commence l’opération du massage

à laquelle une grande importance est attachée et qui est pratiquée par

des malaxeurs et des strigillaires modernes en qui se sont conservées

les traditions du passé.

«Après un massage complet de toutes les articulations, le masseur

mène son client près d’une des vasques qui entourent la rotonde et,

armé d’un gantelet en poils de chèvre, s’attaque au système cutané.

Les rinçages s’opèrent à l’eau tiède. Mais le baigneur est à bout

de forces: un verre d’eau froide lui redonne l’énergie nécessaire;

quelques écuellées d’eau froide versées sur la tête le remettent

complètement et le masseur en prend de nouveau possession, transformé

cette fois en alipte. Cataracte d’eau brûlante et vif savonnage, puis

rinçage de tout le corps: cette opération est répétée trois fois. Le

masseur fouette son savon à l’aide de longues fibres de palmier dans un

bassin de cuivre et ne l’applique que lorsqu’il est réduit à l’état de

mousse nuageuse et impalpable.

«C’est après une douche que le baigneur est aussitôt emmailloté de

serviettes chaudes, ses cheveux sont essuyés, et il vient goûter le

_kieff_ sur un lit de repos dans l’apodyterium.

«Nous avons vu le baigneur passer par trois salles: l’apodyterium, le

tepidarium et le caldarium; il n’y a en effet qu’un seul bain public

à Constantinople qui possède un frigidarium. C’est le bain de Djerrah

pacha, situé près d’Ak-Sérail.»

V.--LE GRAND BAZAR

Comme aux temps des Byzantins, la ville possède des bazars couverts. Le

plus grand de ces bazars est celui de Stamboul, dont une partie date

des Byzantins, véritable ville avec des rues couvertes d’arcades et

de coupoles. Des magasins étroits et souvent voûtés bordent ces rues.

Ses ruelles étroites, ses carrefours, ses bancs et dépendances, ses

passages sombres, font de ce bazar une sorte de labyrinthe compliqué à

tel point que les habitants de la ville eux-mêmes s’y perdent souvent

et sont obligés de demander leur chemin aux marchands.

Une lumière faible et blafarde, arrivant par de petites fenêtres

cintrées ouvertes au plafond des magasins, éclaire l’intérieur et les

marchandises sous un jour favorable aux boutiquiers. Le bazar est

divisé en quartiers dont chacun, réservé à un commerce spécial, porte

le nom du commerce qui y est pratiqué. C’est ainsi que _Kouyoumdji

Tcharchissi_ signifie bazar des bijoutiers. Il en est de même pour

les orfèvres, les fourreurs, les marchands d’étoffe, etc. La plupart

des magasins ne sont que de petites échoppes étroites. Devant chaque

magasin, un banc peu élevé sert de comptoir; le vendeur y est assis,

les jambes croisées. C’est là qu’il étale ses articles devant

l’acheteur qui prend souvent place à côté de lui.

Malheureusement, le bazar commence à perdre son caractère

d’originalité, les articles orientaux cédant peu à peu la place à ceux

provenant des manufactures européennes.

Le quartier du grand bazar qui a conservé son ancienne originalité

est le _Bedestén_ (le marché de ventes aux enchères). C’est une

grande bâtisse carrée, couverte de plusieurs coupoles, soutenues

par d’immenses piliers d’une très grande hauteur. Le _Bedestén_ est

situé au centre du bazar. Quatre portes de fer, ouvrant sur les côtés

communiquent avec l’intérieur du bazar. Quelques petites fenêtres à

volets de fer, percées à la hauteur des coupoles, éclairent faiblement

l’intérieur. Une lumière pâle tombe sur les objets anciens, suspendus

aux murs et noircis par la poussière des siècles.

Une balustrade en bois irrégulièrement construite et située à la

hauteur des fenêtres permet au gardien de nuit de circuler autour du

bâtiment et de fermer les volets de fer.

Le _Bedestén_ n’est pas ouvert à toute heure du jour. On l’ouvre plus

tard et on le ferme plus tôt que le reste du bazar. Il ne reste ainsi

accessible au public que pendant quelques heures. Les magasins ne

sont formés que d’estrades et de bancs en bois. Chaque marchand a son

_dolab_ (armoire) et une ou plusieurs vitrines plates où il expose ses

marchandises et devant lesquelles il est assis à la turque, les jambes

croisées, en attendant les clients.

Des _dellals_ ou courtiers privilégiés du _Bedestén_ font voir aux

marchands et aux amateurs les objets rares, et font la mise à prix.

C’est de ce célèbre bazar que sont sortis des objets antiques de la

plus haute valeur pour passer en Europe. Le Bazar égyptien, qui est

aussi un des plus grands de la ville, est formé d’une grande ruelle

voûtée en forme de berceau ayant au bas des voûtes des fenêtres

latérales qui éclairent faiblement l’intérieur. Les marchandises sont

exposées dans des sacs ouverts. Chaque magasin porte une arme ou un

objet particulier qui lui sert d’enseigne. On y vend des épices et

toutes sortes de drogues.

[Illustration: Pl. 46.

FONTAINE D’AHMED III OU D’AYA SOPHIA.]

VI.--LES PALAIS IMPÉRIAUX OTTOMANS

PALAIS DE TOP KAPOU

Le premier palais ottoman a été bâti par Mahomet II le Conquérant sur

la place de l’ancien forum Tauri (place de Bayazid). Ce palais, habité

d’abord par le Sultan, reçut plus tard, après la construction du

palais de Top Kapou serail, le nom d’_Eski-serail_ (vieux palais). Il

était gardé par 500 _baltadji_. Sur cet emplacement s’élève aujourd’hui

le ministère de la Guerre appelé aussi _Eski-serail_.

Le sultan Mahomet II fit construire plus tard un autre palais sur

l’acropole de l’ancienne Byzance, où s’élevait autrefois le palais de

l’impératrice Placidie. Ce palais, dit de _Top Kapou_, fut habité par

les successeurs du Conquérant jusqu’au sultan Mahmoud II, le grand

réformateur, qui l’abandonna. Depuis, et jusqu’à nos jours, il a été

affecté à la résidence des _Sérailis_ (femmes du palais et de la cour

impériale).

Le palais se compose de plusieurs bâtiments et de _kiosques_ qui

communiquent entre eux par des _mabeïns_, sortes de couloirs.

L’enceinte du palais est entourée d’une muraille flanquée de deux

tours; c’est à peu près la même enceinte qui entourait l’ancienne

acropole[85] de Byzance. La partie principale du palais est

magnifiquement située sur la pointe la plus élevée de la colline, d’où

l’on jouit d’une vue admirable sur le Bosphore, les Iles des Princes,

la Corne d’Or, la Propontide et sur les montagnes de la Bithynie et

de l’Olympe. On ne rencontre nulle part ailleurs un panorama aussi

grandiose et aussi majestueux. L’ensemble de ces monuments offre un

aspect très pittoresque. Une multitude de bâtiments, de coupoles

surgissent par endroits du milieu d’immenses cyprès.

[85] Il ne faut pas confondre l’emplacement du Top

Kapou serail avec celui du grand palais byzantin qui se

trouvait à l’est de l’hippodrome.

Outre l’enceinte principale, le palais en possède plusieurs autres à

l’extérieur. L’une des portes de l’enceinte principale se trouve près

de la mosquée Sainte-Sophie; elle s’appelle _Bab-i-Humayoun_ ou porte

impériale; on trouve ensuite la porte de _Soouk-Tchechmé_, une autre

près de l’École de médecine et une autre près de _Yali-Kiosque_.

La porte située près de Sainte-Sophie, en face de la fameuse fontaine

construite par le sultan Ahmed III, conduit à une grande esplanade

plantée de cyprès et de platanes. Cette cour rappelle la Chalké antique

des palais byzantins. En laissant à gauche l’église de Sainte-Irène

(actuellement le musée d’armes) et en suivant la grande allée, on

arrive devant la porte de l’enceinte intérieure du palais. La porte

est flanquée de deux tours aux toits coniques. Elle conduit à une cour

plantée de cyprès. A droite, sont les cuisines impériales, à gauche

le mur du harem et l’ancienne salle du _Divan_ où se tenait autrefois

le Conseil des ministres. Une tour carrée surmonte la salle. Mais

cette tour ne présente plus l’ancienne forme que nous lui voyons dans

l’ouvrage de Melling. De grandes fenêtres grillées éclairaient la salle

du _Divan_. En face, une galerie soutenue par une colonnade donne accès

et aboutit à une autre porte monumentale qui conduit à une troisième

cour réservée au Sultan et aux gens du palais.

Après avoir franchi cette porte, on se trouve en présence d’un pavillon

qui contient le _Divan_ ou salle du Trône, dans laquelle les Sultans

recevaient les ambassadeurs et les vizirs. Ce pavillon, d’un style

très original, est orné intérieurement de magnifiques faïences et de

vitraux. La cheminée est tout à fait remarquable.

Dans la même cour, tout près de la salle du Trône, se trouve la

bibliothèque du Sultan, qui contient de très beaux et très rares

manuscrits turcs et byzantins jusqu’ici inédits. Cette cour est

entourée d’une galerie à colonnades; à droite, une porte protégée par

un grillage donne accès au trésor impérial.

C’est un bâtiment formé de plusieurs pièces surmontées d’un grand toit

couvert de plaques en plomb. De petites fenêtres pratiquées aux murs

à une très grande hauteur du sol éclairent faiblement l’intérieur. Ce

trésor contient des objets extrêmement précieux ayant appartenu aux

Sultans; il forme le musée privé du palais. On y voit de nos jours tous

les costumes portés par les Sultans, leurs sabres, leurs coiffures,

etc. Dans des vitrines sont exposés des vases remplis de pierres

précieuses et de vieilles monnaies en or et en argent. Parmi les objets

de grande valeur, on peut citer le trône du chah Ismaël de Perse,

enlevé par Sélim en 1514. C’est un trône en or massif sculpté, garni

d’émeraudes et de brillants. Puis, le trône de Selim III, en ébène

sculpté et incrusté de nacre, d’argent et d’or, garni de rubis et de

pierres précieuses. Au centre du dais qui surmonte le trône et qui est

supporté par quatre colonnes est suspendue par une chaîne en or une des

plus grosses émeraudes du monde: elle a la grosseur du poignet.

[Illustration: Bibliothèque du Sultan au vieux Sérail.]

A gauche de la cour s’élève le pavillon sacré où toutes les reliques du

Prophète sont soigneusement conservées. L’intérieur de l’édifice est

des plus imposants. C’est un véritable chef-d’œuvre de l’art national.

Quelques fenêtres percées aux bases des coupoles laissent l’intérieur

dans un clair-obscur mystique. Les murs sont complètement recouverts

des plus belles faïences. Des versets du Coran écrits sur des tuiles

émaillées forment frise autour des salles. Les plus rares inscriptions,

en grandes lettres écrites de la main même des Sultans, sont suspendues

aux murs.

On rencontre au milieu de la première salle une petite fontaine en

marbre sculpté garnie de gobelets en or.

L’entrée de cette partie est absolument interdite au public, même

aux gens du palais. Une fois par an seulement, les hauts personnages

de l’Empire y sont reçus par le Sultan pour baiser, à travers une

couverture, la cassette qui renferme le manteau sacré du Prophète. Des

gardiens y veillent constamment en lisant des versets du Coran.

Par une porte ouvrant au nord-ouest de cette cour on descend à un

jardin en terrasses où sont construits des kiosques et des pavillons.

On y jouit d’une vue splendide.

Un ancien kiosque en bois, bâti par Mahomet II s’élevait sur une

terrasse à droite; sur cet emplacement, le sultan Medjid avait fait

construire Mermer kiosque.

A gauche, sur la colline, c’est le fameux Bagdad kiosque, si célèbre

par la magnificence de son architecture, par la beauté de ses faïences,

de ses cheminées, le dessin original de ses meubles, de ses divans et

de ses armoires incrustées de nacre.

Tout près de ce kiosque, on voit une autre terrasse dallée de

marbre avec, au milieu, un joli bassin. C’est un des coins les plus

pittoresques du palais. Dans l’enceinte du palais se trouvaient encore

d’autres kiosques actuellement disparus, tels que Indjili kiosque, Yali

kiosque, Harem kiosque, etc... Voici ce que nous lisons dans l’ouvrage

de Melling sur le kiosque appelé Indjili (aux perles); on voit encore

de nos jours les arcades de ses fondations. «Le Sultan s’y rendait

chaque année pour jouir du spectacle de l’ayasma (fontaine sacrée),

dont la source est dans l’enceinte du Seraï et qui jaillit, ce jour-là

seulement, sous l’arcade du pavillon où des tuyaux la conduisent.

Les Grecs attribuent à ses eaux une vertu miraculeuse... Le grand

seigneur prend plaisir à contempler leur empressement, leur extase, et

leurs ablutions; il leur jette quelques pièces de monnaie pour payer

l’amusement qu’ils lui donnent et jouit des combats qu’ils se livrent

dans leur activité à s’en saisir.»

Sur une des terrasses de l’enceinte moyenne du palais de _Top-Kapou_,

du côté de la ville se trouve _Tchinili kiosque_ (kiosque aux

faïences), ainsi nommé à cause des faïences qui décoraient jadis ses

murs anciens et dont une grande partie n’existe plus aujourd’hui.

Constantinople de Byzance à  Stamboul. · 第 16 / 20 段