Il fut d’abord bâti par l’architecte Kémaluddin sur l’ordre du sultan

Mehmed II le Conquérant (870 H.). Il fut reconstruit plus tard en 999

H., par Murad III, mais il a perdu sa forme primitive. Actuellement, il

fait partie du musée d’antiquités. Deux escaliers en marbre conduisent

sur une galerie à longues colonnades ornée de magnifiques mosaïques

en faïence. Un petit vestibule mène dans une grande salle cruciforme

voûtée à laquelle sont attenantes d’autres pièces plus petites; le plan

de la construction est conçu dans un carré avec des ailes latérales.

PALAIS DE TCHÉRAGAN

Le palais de Tchéragan, situé sur les bords du Bosphore, entre

_Bechiktache_ et _Ortakeuy_, fut construit par le sultan Abd ul Aziz

dans le style renaissance ottoman. Il a servi, pendant vingt-sept

années, de prison au sultan Mourad V. Son emplacement était jadis

occupé par un palais en bois nommé Tchéragan et habité autrefois par le

sultan Mahmoud, après qu’il eut enlevé sa cour du palais de Top-Kapou.

On peut considérer l’architecture de ce palais comme un essai de

renaissance de l’art ottoman. La façade a été bâtie sans respect des

proportions de l’art, et les ornementations surchargées n’offrent pas

l’originalité intéressante de l’ancien art ottoman. A l’intérieur, la

décoration est plus artistiquement comprise. Ce palais communique avec

le parc de Yildiz par un pont sous lequel passe le tramway.

Il possède comme dépendances d’autres bâtiments, telles que des

cuisines, des écuries, des casernes, des corps de garde, etc...

PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ

Le palais de Dolma Bagtché, construit par le sultan Abdul Medjid vers

1854, est composé de quatre grands bâtiments unis l’un à l’autre

par des galeries couvertes, sortes de passerelles. Au point de vue

architectural, ce palais n’a aucune valeur, car ses constructeurs ont

surchargé les façades de colonnes et d’ornementations sans style et

sans goût.

L’ensemble du portail ne représente qu’une agglomération de fragments

de fleurs ornementales. L’intérieur, malgré la grande richesse des

matériaux employés, n’offre rien d’artistique. On y rencontre des

balustrades en cristal, des colonnes en porphyre et de grands lustres

suspendus aux plafonds. Une salle de bains, construite en albâtre,

attire particulièrement l’attention.

Ce palais possède une immense salle du Trône. Du côté de la terre, le

palais est entouré de murs d’une grande hauteur; on y pénètre par le

portail. Son emplacement était occupé autrefois par un autre palais,

appelé _Bechiktache Saraï_, séjour favori du sultan Selim III. Nous

voyons, dans l’ouvrage de Melling, l’ensemble de ce palais ainsi que

le kiosque persan qui était bâti en pierre et revêtu extérieurement

de faïences dans toutes les parties se trouvant au-dessus du

rez-de-chaussée. Au milieu de ce pavillon existait un bassin avec

jets d’eau. Les plafonds et les panneaux étaient ornés d’arabesques

admirables. Une partie de l’ancien palais de Bechiktache fut construit

par Melling pour le sultan Selim III. L’architecture de ce kiosque

différait énormément de celle des autres par ses galeries et ses

colonnes d’ordre corinthien.

PALAIS DE YILDIZ

Il se compose de nombreux pavillons et de kiosques disséminés dans un

immense parc renfermant des forêts, des jardins et un grand lac. Ce

site ravissant ne le cède en rien pour la beauté à celui de l’acropole

de Byzance.

LES ANCIENS PALAIS

Parmi les palais les plus anciens, le seul qui soit encore debout

est celui de _Top Kapou_. La plupart des anciens palais ayant été

construits en bois tombèrent vite en ruines. Il ne reste plus rien des

magnifiques édifices construits par le sultan Ahmed III sur les rives

de la Corne d’Or et du Bosphore, du palais de Sultanié, construit par

Suleïman à Beïkos, du Kavak seraï appelé aussi Cheref Abad[86].

[86] Les dessins de M. Laurens, qui représentent

plusieurs vues du palais de Tirebolou, peuvent nous

donner une idée de l’architecture de ces palais en bois.

Ce dernier se trouvait à côté de la grande caserne de cavalerie située

entre Haïdar pacha et Scutari, et qui s’appelle Selimié. L’emplacement

de ce palais disparu fut occupé, dit Melling, par un kiosque où le

sultan Selim III assistait aux manœuvres de cavalerie exécutées sur le

terrain qui le séparait de la caserne. _Aïnali kavak Seraï_ (palais des

Miroirs de Kavak) ainsi appelé parce qu’il était intérieurement orné

de glaces, envoyées comme cadeau par les Vénitiens au sultan Ahmet III

lors de la conclusion de la paix de 1718, était situé près de Hasskeui,

sur les bords de la Corne d’Or. Le sultan Selim III, après l’avoir

habité seulement un printemps, l’avait abandonné, peut-être à cause des

quartiers voisins de Hasskeui qui, pendant les épidémies, offraient un

véritable danger. Le Sultan, depuis lors, préféra habiter pendant l’été

le palais de Béchiktache.

On peut encore citer: le palais de _Nichad Abad_, situé entre Ortakeuy

et Kouroutchechmé, reconstruit sous Selim III. Le palais de _Fener

Bagtché_ (qui subsista jusqu’à Mahmoud I). Le palais de _Tersané_,

habité par Selim III. Le palais de _Cara agatch_ (sur la rive de la

Corne d’Or). Le palais de _Kiathané_. Le palais de Humayou Abad (à

Bebek). Le palais de _Beyler beï_, construit sous Abdul Hamid Ier,

appelé aussi palais d’Istavros.

Le palais de _Cheref Abad_, construit par Murad IV à Scutari près de

la caserne Selimié a été démoli en 1794. Le palais de _Nichad Abad_

subsistait encore jusqu’à une époque très rapprochée; à sa place deux

nouveaux palais ont été construits.

[Illustration: Pl. 47.

INTÉRIEUR DU GRAND BAZAR.]

Le palais de _Cara agatch_ fut habité jusqu’à Selim III par les Sultans

qui y transféraient leur cour pendant l’été. Le sultan Mahmoud II l’a

fait démolir. Sur une des portes de ce palais on lisait le vers

suivant inscrit par Ahmed III.

قد دلبر كبى دل اكلنجه سى. غمكسارم قره آغاچ باغچه سى

«Ce jardin, où je me console, offre autant d’attraits que la taille

élancée d’une belle.» Les débris de ce palais ont servi à la

reconstruction des palais de Kiathané.

Mehmed effendi, à son retour de Paris où il était ambassadeur à

l’époque d’Ahmed III, apporta en Turquie, en même temps que plusieurs

inventions, comme l’imprimerie, le dessin des palais de Versailles et

de Fontainebleau. Sur les encouragements de Damad Ibrahim pacha, gendre

du souverain, le Sultan, mettant à profit les nouveautés introduites

par Mehmed effendi, fit construire à Kiathané des kiosques et des

fontaines qu’il entoura de lacs et de cascades, tâchant d’imiter les

magnificences entrevues dans les dessins français. Ce palais portait

alors le nom de Saad-Abad. Il y avait, aux alentours, de nombreux

kiosques destinés aux fonctionnaires. La révolte de 1143 ayant détruit

ces kiosques, Selim les fit reconstruire en 1206 et plus tard en

1224. Sultan Mahmoud reconstruisit de nouveau le palais en y ajoutant

une mosquée et plusieurs chalets. Le kiosque de Bebek (disparu) fut

construit sous Abdul Hamid Ier par Hassan pacha, ministre de la Marine

et offert par lui au Sultan. Ce joli kiosque, que nous pouvons admirer

dans l’ouvrage de Melling, servait de lieu de rendez-vous au Reïss

Efindi (ministre des Affaires étrangères) et aux ambassadeurs des cours

étrangères. «Il est formé de trois pavillons contigus, dit Melling,

celui du milieu s’avançait en saillie sur les deux autres: leur front

était soutenu par des colonnes de marbre; on remarquait les contrevents

des fenêtres composés de deux parties mobiles, l’une supérieure et

l’autre inférieure; l’une de ces parties se levait tandis que l’autre

tombait à peu près comme le sabord d’un navire. Quelques-unes de ces

fenêtres se prolongeaient jusqu’à l’entablement, le dessus des croisées

était décoré de guirlandes artistiquement peintes. Les toits couverts

de tuiles sont d’une forme très aplatie. Une balustrade occupait le

principal corps de logis et on y entrait par de petites barrières qui

s’ouvraient sur le quai. Deux escaliers conduisaient extérieurement aux

salons de conférence.»

VII.--L’HABITATION

Dans l’architecture ottomane, on distingue deux genres différents,

le genre religieux et le genre civil. Si les édifices appartenant au

premier nous permettent d’en suivre la chronologie et les étapes, il

n’en est malheureusement pas ainsi des constructions civiles, qui ont

subi les atteintes du temps. Cependant, quelques vieilles maisons

de Brousse et des villes d’Asie Mineure, dans lesquelles subsistent

encore les vestiges des antiques constructions, peuvent donner une

idée, bien faible d’ailleurs, des premières habitations ottomanes. Sous

l’influence de l’architecture locale, ces constructions différaient

entre elles, suivant les pays où elles étaient élevées. Les premières

habitations ottomanes à Constantinople furent certainement celles

qu’avaient abandonnées les Byzantins. Mais, comme les coutumes et les

mœurs musulmanes exigeaient un changement radical, des maisons neuves

s’élevèrent bientôt partout, dans la nouvelle capitale de l’Empire

ottoman.

Après les légères modifications apportées dès le début aux anciens

logis, les grands personnages construisirent des _konaks_ plus

appropriés à leurs coutumes. Les gens du peuple bâtirent de petites

maisonnettes appelées _éves_[87]. Les habitations musulmanes et les

konaks sont composés de deux bâtiments séparés, appelés _selamlik_ et

_harem_; quelquefois, ces deux parties, bien que toujours séparées,

sont réunies sous le même toit.

[87] Ce mot doit dériver de iv ou yiv, lequel a une

analogie avec le mot youva qui signifie _nid_.

Le _selamlik_ est réservé aux hommes, et le _harem_ aux femmes. Dans

les konaks à deux bâtisses séparées, la communication du selamlik et

du harem est établie par un corridor suspendu entre le premier et le

deuxième étage de ces deux bâtiments. Les mœurs musulmanes défendent

aux hommes de vivre avec d’autres femmes que leurs parentes et leurs

épouses. Le maître de la maison reste souvent au selamlik où il reçoit

les visites des hommes.

Dans ces konaks, l’étage supérieur est le plus important, tandis que

le rez-de-chaussée ne contient que les chambres des domestiques et des

gens de service.

Les femmes, et en général les Turcs, qui aiment à rester à la maison,

préfèrent les maisons de bois percées de beaucoup de fenêtres. Ces

maisons n’ont que très rarement trois étages.

L’aspect extérieur est tout oriental. Au-dessus du rez-de-chaussée, des

balcons à larges saillies sont supportés par de grandes consoles en

bois et rappellent les balcons à encorbellement des Byzantins.

Chaque étage fait saillie sur l’étage inférieur. Le toit, très

saillant, donne un caractère tout spécial à ce genre de construction et

paraît avoir son origine dans le toit chinois, recourbé aux extrémités.

Ce dernier serait un souvenir de la tente nomade. La maison est souvent

couleur de terre-cuite.

Les cheminées, qui ont une forme particulière, portent des nids

construits par les cigognes. On entre dans le konak par deux portes,

dont l’une est réservée au harem et l’autre au selamlik.

La porte du selamlik donne accès à une grande cour pavée de moellons.

Les voitures peuvent aisément franchir cette porte et arriver jusqu’à

la cour située sous la grande salle du premier étage. Les escaliers

partent d’une sorte de petite estrade en marbre qui porte le nom de

_Binek-Tachi_ et d’où le maître de la maison peut facilement sauter à

cheval.

Autour de cette cour, se trouvent les chambres destinées aux _Ouchaks_

(domestiques), aux _Aïvazes_ (porteurs de mets), aux _Achtchi_

(cuisiniers), etc. Une chambre est réservée à l’intendant et une autre

aux eunuques. La cuisine est généralement dans le jardin; les écuries,

le bain, le réservoir d’eau forment autant de dépendances autour du

konak. Le bain est adossé aux murs du harem. De larges escaliers en

bois conduisent au premier étage. Là est la chambre où se tient le

maître de la maison.

Toutes les chambres sont pareilles et meublées de la même façon. Il

n’y a nulle différence entre les chambres à coucher et les salles à

manger. Un long sofa est installé le long des fenêtres près du mur

et quelquefois sur les deux côtés de la chambre. On y voit aussi une

niche destinée au miroir et, à côté, d’autres petites niches qui

sont réservées aux cruches d’eau et aux vases en porcelaine. Des

porte-pipes, appliqués aux murs, sont garnis de longues pipes en

bois de jasmin, en bois de rose et autres bois précieux; toutes sont

munies de bouts d’ambre. Des calligraphies en lettres harmonieusement

dessinées sont suspendues aux murs dans des cadres. Des étagères pour

le _Kavouk_ (coiffure), une pendule, des tapis, un brasier, voilà

ce qui constitue le mobilier d’une chambre. Chaque chambre possède

plusieurs grandes armoires fixes où l’on serre pendant la journée

les lits, les matelas et les couvertures.

[Illustration: Pl. 48.

MARCHANDS DE CHAUSSURES.]

Quand on veut se coucher, on sort ces matelas et on les étale sur le

plancher. De même, pour les repas, on apporte de petits tabourets sur

lesquels on installe de grands plateaux ronds en cuivre étamé ou en

bronze, et l’on dispose des coussins tout autour, formant ainsi une

sorte de table improvisée.

Les pièces sont chauffées pendant l’hiver à l’aide de cheminées où on

brûle du bois, ou à l’aide de _mangals_ (brasiers en bronze). Dans les

konaks, les chambres donnent accès à une très grande salle dont les

dimensions dépassent l’étendue totale des chambres. Le harem diffère

peu du selamlik. Il est souvent plus grand. Les fenêtres y sont

soigneusement fermées par des _cafesses_ (jalousies) pour empêcher les

regards indiscrets des passants d’y pénétrer.

Ces _cafesses_ sont formées de petites baguettes en bois, clouées

perpendiculairement ou quelquefois diagonalement dans les rainures d’un

cadre ayant la moitié de la hauteur de la fenêtre. Les femmes, qui

restent derrière ces _cafesses_, peuvent très bien voir les passants à

travers les trous sans être aperçues du dehors.

Une autre rangée de fenêtres est située au-dessus des fenêtres portant

les _cafesses_ pour éclairer davantage l’intérieur des chambres. Ces

fenêtres sont souvent garnies de vitraux qui ajoutent à la décoration

de l’intérieur un luxe de couleurs et d’images du plus joli effet.

L’abondance des fenêtres est une chose très recherchée dans les

habitations. Les Turcs ont toujours reconnu l’action bienfaisante du

soleil et de l’air sur la santé et ils ont doté leurs habitations

d’autant de fenêtres que l’étendue de la façade le leur permettait. Le

grand nombre des fenêtres vient aussi de la nécessité où se trouvaient

les femmes d’occuper leurs loisirs pendant les longues heures où elles

étaient retenues à la maison. Nous voyons que le côté hygiénique

de cette disposition la fait appliquer aujourd’hui dans toutes

les maisons modernes en Europe. Les façades des maisons anglaises

modernes présentent, par l’abondance de leurs fenêtres, une certaine

ressemblance avec les maisons turques. Si cette disposition paraît

présenter l’inconvénient d’exposer l’intérieur aux changements brusques

de l’atmosphère et aux ardents rayons du soleil, les doubles châssis et

les volets viennent remédier au froid, de même que les toits avancés et

les saillies des étages préservent de la chaleur.

Les portes du harem restent toujours fermées et c’est le Harem

Kiahyassi (intendant du harem) qui en garde les clefs. Une armoire

ronde et pivotant sur son axe facilite le service, tout en empêchant

que les serviteurs et les servantes puissent se voir. Les objets une

fois placés du côté des servantes, on fait tourner l’armoire sur

son axe pour les mettre à la disposition des serviteurs. Le service

de _Dolap_ était permis seulement aux _aïvazes_: ceux-ci étant des

Arméniens, le maître de la maison leur laissait ce service, à cause de

la différence de religion peu favorable à l’éclosion de sentiments trop

intimes.

La plupart des konaks possèdent dans leurs jardins un grand _havouse_

(bassin). Les bains particuliers ne diffèrent presque pas des bains

publics; ils ont leur apodyterium, leur tepidarium et leur caldarium,

mais sur une échelle plus réduite.

Les cuisines ne ressemblent pas du tout aux cuisines occidentales. Une

grande cheminée cintrée est divisée à l’intérieur en compartiments de

différentes grandeurs, destinés aux marmites grandes et petites. On n’y

brûle que du bois et du charbon de bois.

Les petites maisons (éve) ont à peu près la même distribution

intérieure que les konaks. Au lieu d’être séparées en deux parties

différentes comme les konaks, ces maisons n’ont qu’une ou deux

chambres, destinées l’une au selamlik et l’autre au harem. Deux

escaliers séparés conduisent à chacune de ces parties.

Les salles sont également vastes. Les cuisines sont en dehors et, au

lieu de bains, il y a un _goussoulhané_ ou lieu d’ablutions. En guise

de réservoir, de nombreuses jarres enfoncées dans la terre du vestibule

conservent l’eau nécessaire au ménage. Le porteur d’eau, sans ouvrir

la porte, verse le contenu de son _kirba_ (sac en cuir) dans le creux

d’une pierre taillée en forme de cassette carrée, fermée par un cadenas

dont le porteur d’eau possède la clef; l’eau s’écoule ensuite dans les

jarres au moyen de tuyaux.

Malheureusement, toutes ces anciennes maisons ont disparu aujourd’hui,

cédant la place à des constructions laides et difformes, peintes de

couleurs criardes et d’un goût banal. Dans tout Constantinople, on ne

trouve plus qu’une vingtaine de ces vieilles maisons, dont la plus

ancienne ne remonte qu’à l’époque du sultan Mahmoud II; des réparations

successives lui ont d’ailleurs fait perdre beaucoup de son aspect

primitif.

[Illustration: Pl. 49.

VIEUX SÉRAIL (Palais de Top Kapou).--Salle du Trône.]

C’est dans les quartiers de _Yuksek Kaldirim_, _Ak-Seraï_ et _d’Eyoub_

qu’on a le plus de chance de découvrir quelques-unes de ces anciennes

maisons. Parmi les faubourgs qui semblent conserver davantage de leurs

anciennes habitations, on peut citer les villages d’_Anatoli-Hissar_,

_Arnaout-Keuy_, _Yeni-Keuy_, _Tchenguelkeuy_, _Kousgoundjouk_ et

surtout _Scutari_, qui possèdent encore quelques types d’anciennes

maisons condamnées malheureusement à disparaître d’ici une dizaine

d’années. Comme habitations anciennes, nous pouvons citer l’Ambassade

de France à Therapia qui appartenait autrefois au prince Ypsilanty,

et qui fut confisquée par le Sultan pour être donnée au général

Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople. Les Français,

qui savent si bien apprécier les choses d’art et les restes de

l’antiquité, conservent son caractère à cet intéressant édifice.

[Illustration: Maison turque; XVIIIe siècle.]

Pour se familiariser avec le type de l’ancienne maison turque, il faut

prendre en considération les traits caractéristiques suivants de cette

architecture.

1º La bâtisse, souvent en bois, ne dépasse pas trois étages;

2º Chaque étage fait saillie sur l’étage immédiatement inférieur; la

partie surplombante est supportée par de grosses consoles en bois

recourbé;

3º Les toits sont avancés et couverts d’un genre de tuiles recourbées

dites Kerémid, pareil à celui en usage chez les Byzantins;

4º La partie avancée du toit (auvent) qui s’appelle _Satchak_ est ornée

en dessous d’ornements géométriques formés par de minces baguettes en

bois;

[Illustration: Maison turque; XVIIIe siècle.]

5º Sous ces auvents sont suspendus des cadres portant des inscriptions

sacrées qui préservent la maison du mauvais œil; sur ces inscriptions

on lit:

Ce que Dieu veut, est, fut. ماشا اللّه كان

O propriétaire de la propriété. يا مالك الملك

O protecteur, etc. يا خافظ

derrière ces cadres inclinés, les hirondelles font souvent leurs

nids;

6º Les tuyaux des cheminées, assez hauts, ont une forme prismatique

quadrangulaire et sont munis à leur sommet de fentes verticales; ils

sont couverts de tuiles et les cigognes (surtout dans les quartiers

reculés de la Corne d’Or) ne manquent pas d’y venir faire leur nid.

Les cheminées elles-mêmes font souvent saillie sur les murs de la

bâtisse et forment alors des encorbellements d’un aspect original;

7º Les portes en bois sont ornées de moulures et de cordons formant des

décorations géométriques. Chacun des deux battants est muni d’un gros

anneau en métal appliqué sur des plaques en bronze ciselé et servant de

marteau ou heurtoir;

8º Au-dessus de chaque porte s’ouvre une fenêtre garnie de barres de

fer en carreau et souvent ornée extérieurement d’un grillage en bois

reproduisant la forme décorative d’un soleil;

9º Les fenêtres sont munies de _cafesses_ (espèces de grillages en

petits carreaux formés par de minces baguettes de bois qui empêchent

d’être vu de l’extérieur); plusieurs de ces fenêtres possèdent des

cafesses en forme de corbeilles proéminentes dans lesquelles les femmes

peuvent se pencher pour apercevoir les deux extrémités de la rue sans

être aperçues de dehors;

10º Des plantes grimpent parfois sur les balcons et les terrasses

munies de _cafesses_;

11º Souvent, sous les toits saillants des maisons ainsi que sur les

façades des édifices publics en pierre, sont disposées de minuscules

maisonnettes avec des colonnes, des portes et des fenêtres. Ces

habitations qui servent de nids en miniature sont, par un joli

sentiment, destinées aux petits oiseaux qui y viennent faire leurs nids

avec le plus grand plaisir.

[Illustration: Magasin du XVIIIe siècle.]

BIOGRAPHIE DE KODJA SINAN

Sinan n’était pas Autrichien, comme le prétendent plusieurs auteurs

européens. Dans un manuscrit écrit par Sa-ï, un poète du temps, qui

porte le nom de «Tezqueret-ul-bunyani-Mimar-Sinan» et qui renferme la

liste des édifices construits par l’architecte Sinan, on apprend qu’il

est né à Césarée, ancienne ville de la Cappadoce, fils d’un Grec nommé

Christo, en l’année 895 de l’Hégire.

Sous le règne de Sélim, on prenait des enfants grecs pour le service

de l’armée, sous le nom de _devchirmé_. Ceux-ci, après avoir reçu une

éducation primaire, entraient dans le fameux corps des janissaires.

Sinan était entré dans ce corps à vingt-trois ans comme _adjemi-oglani_

(apprenti).

Comme les adjemis devaient étudier un métier, Sinan avait choisi

l’architecture. Après quelques années, il devint janissaire. Excellent

soldat, il montra beaucoup de bravoure pendant les guerres de Rhodes et

de Belgrade. Pour récompenser ses services, le Sultan le promut au rang

de _Zenberekdji Bachi_. Sinan, sans qu’il devinât que l’architecture

lui devait assurer un avenir si brillant, attendait sa gloire du

militarisme. Mais pendant la campagne de Van, les troupes ayant besoin

de bateaux pour traverser le lac, Sinan construisit plusieurs galères

qui furent d’une grande utilité.

Le grand vizir, enchanté des services de Sinan, le nomma chef des

troupes qui étaient à bord de ses bateaux. Sinan, après avoir armé son

équipage, passa pendant la nuit à la rive de l’ennemi et fit plusieurs

prisonniers. Ce service fut la cause de sa promotion au grade de _Sou

bachi_.

Pendant la campagne de Bogdan, le sultan Sélim lui avait confié la

construction d’un pont que les ingénieurs ne pouvaient pas faire

à cause du terrain marécageux. Sinan parvint à faire ce pont que

franchirent les armées. Depuis lors, Sinan fut nommé le premier

architecte. Il débuta par la grande mosquée de Sélim. Sous les règnes

des quatre autres Sultans, il construisit 81 mosquées, 51 mesdjid

(chapelles), 26 darulkoura (bibliothèques), 17 imarets, 2 salpêtrières,

7 aqueducs, 8 grands ponts, 18 karavansérails, 6 citernes, 33 palais,

35 bains, 17 sépultures, des fontaines et d’autres constructions

civiles et religieuses.

Constantinople de Byzance à  Stamboul. · 第 17 / 20 段