[70] Il a son Mesdjid près du tombeau de Sinan pacha.

Quant à lui, il repose dans le jardin de ce tombeau.

[71] Ainsi que son nom Adjem (Persan) l’indique,

c’était probablement un des ouvriers amenés par Selim

lors de la conquête de Tauris.

[72] Voir la liste de ses ouvrages à la fin du volume

(page 256).

[73] Il existe une mosquée à Yeni Mevlevihané Kapoussou

qui porte son nom.

Les empereurs mongols et hindous firent venir aux Indes quelques-uns de

ces derniers pour y exercer leur art. Le plus célèbre d’entre eux est

l’architecte Youssouf qui éleva le palais des grands Mongols. Les forts

merveilleux et un certain nombre de monuments de Delhi, de Lahore et

d’Agra, qui sont encore l’objet de l’admiration universelle, sont dus à

des élèves de Sinan.

Un autre de ces élèves, Yetim Baba Ali effendi, fut nommé par le

sultan, à l’emploi de _Bina Emini_ (intendant), lors de la construction

de la mosquée Suleïmanié[74]. A la mort de Sinan (986 de l’Hégire)

Davoud Aga devint premier architecte de l’Empire. Il fut décapité sur

la place publique de Véfa, pour crime d’irreligion.

[74] Mort en 960, il repose dans le cimetière de la

mosquée Suléïmanié.

Ce fut Dalguitch Ahmed Aga qui lui succéda et occupa ce poste, alors

très recherché, jusqu’en 1010, époque à laquelle Sedefkiar (travailleur

de nacre) y fut promu. Tous deux étaient, pour le travail de la nacre,

les élèves d’un même maître à Hass Bagtché[75].

[75] Jardin privé du palais possédant plusieurs

ateliers, où les janissaires apprenaient différents

métiers.

Mehmed Aga[76], poussé par un souci, peut-être excessif, d’originalité,

négligea les principes établis par les maîtres de l’art, comme

Haïreddin et Sinan, et essaya de marquer de son empreinte personnelle

la construction de la mosquée Ahmédié. Ce monument est conçu en dépit

des règles et des lois artistiques respectées jusqu’alors.

[76] Voir sa biographie page 265.

Son architecture diffère de celle des mosquées Bayazid, Selimié et

Suleïmanié. Les grands piliers carrés qui supportent la coupole de la

mosquée Suleïmanié sont remplacés par de gigantesques colonnes de 5

mètres de diamètre, sans aucune proportion; il en est de même de celles

qui supportent les galeries de l’intérieur. On suppose que Mehmed Aga,

qui avait beaucoup voyagé, voulut appliquer quelques souvenirs des pays

où il avait séjourné.

L’art turc est encore actif pendant un certain temps après l’époque du

sultan Ahmed, ainsi que l’attestent quelques monuments, parmi lesquels

la mosquée de Tchinili, construite à Scutari sous Ibrahim, et celle de

Yeni-Djani, élevée sous Mehmed IV (1074). Mais les luttes intestines

qui déchirèrent l’Empire, pendant le règne de cinq padichahs, firent

tomber l’architecture dans une décadence qui dura jusqu’à Ahmed III.

A l’avènement de ce souverain, des tentatives sont faites pour relever

l’art. On construit plusieurs fontaines (_tchechmés_) somptueuses

telles que la fontaine d’Ahmed, près de Sainte-Sophie, celle d’Azap

Kapou, etc. De magnifiques palais s’élevèrent dans la capitale parmi

lesquels les historiens de l’époque citent _Nichad Abad_, _Humayoun

Abad_, _Saad Abad_, _Cheref Abad_, situés sur les rives du Bosphore et

de la Corne d’Or. Il ne reste presque rien de la plupart de ces palais,

construits en bois et qui n’ont guère laissé de ruines aujourd’hui.

Les ingénieurs français, appelés en Turquie par Mahmoud Ier pour

les travaux hydrographiques, amenèrent avec eux des sculpteurs, des

décorateurs et des dessinateurs qui, en introduisant les styles Louis

XV et baroque, préparèrent la dégénérescence du style ottoman.

Avec le temps les artistes ottomans se rapprochèrent de plus en plus

des types de l’ornementation européenne qui devint à la mode, et fut

appelée alors vulgairement «à la franka». Ils eurent tôt fait d’oublier

les principes de l’art ottoman.

Ignorant les notions mêmes de cet art, les constructeurs mélangèrent

tous les styles, ne mettant ainsi au jour que des œuvres laides et

disparates. Telle est la mosquée Nouri Osmanié, commencée par Mahmoud

Ier et achevée par Osman; telle est aussi la mosquée Laléli: toutes

deux appartiennent à cette période de décadence. La première, d’un

aspect lourd et disgracieux, a été construite, dit-on, sur le plan du

sultan Mahmoud lui-même.

Malgré tous les efforts tentés sous le règne suivant, à partir du règne

de Sélim III, les pompons et les rocailles du style Louis XV, déjà

répandus dans toute l’Europe, envahissent l’art ottoman et finissent

par l’étouffer sous une forme de rococo-italien. M. Kaufer, architecte,

que Choiseul Gouffier avait amené avec lui à Constantinople, et M.

Melling, architecte du sultan Selim III, ont, en dépit de tout leur

talent, contribué à cette décadence, en élevant des palais de style

étranger, qui servirent de modèles aux architectes turcs. La plupart

des monuments et la décoration des fontaines datant de cette époque en

témoignent abondamment.

Cette décadence a continué jusqu’à nos jours, et les architectes n’ont

guère abouti à des résultats satisfaisants, leurs efforts n’étant point

basés sur une étude sérieuse des anciens monuments et des règles et

des formules qui présidèrent à l’établissement de leurs plans. Les

efforts tentés à l’époque du sultan Abdul Aziz pour construire quelques

mosquées et palais dans un style pseudo-renaissance, ne donnèrent pas

de meilleurs résultats.

[Illustration: Pl. 36.

MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Intérieur.]

L’ouvrage connu sous le titre d’_Architecture ottomane_ et qui fut

édité par le ministère de l’Instruction publique rapporte en détails

les tentatives faites à l’époque, en vue de relever l’architecture. Les

planches qu’il contient donnent à cet ouvrage un intérêt indéniable,

mais une certaine imprécision, une certaine négligence qui y règnent

risqueraient d’inculquer au lecteur une fausse notion de l’art ottoman.

L’architecture ottomane se divise donc en quatre périodes:

1º Depuis le sultan Mehmed Tchélébi jusqu’à Bayazid (816-886),

c’est-à-dire depuis la construction de la Mosquée Verte à Brousse

jusqu’à celle de la mosquée Bayazid à Constantinople.

2º Depuis Bayazid jusqu’au sultan Ahmed Ier (886-1012), c’est-à-dire

depuis la construction de la mosquée Bayazid jusqu’à la construction de

la mosquée d’Ahmed Ier.

3º Depuis la construction de la mosquée d’Ahmed Ier jusqu’au règne du

sultan Ahmed III (1012-1015).

4º Depuis Ahmed III jusqu’à l’époque contemporaine, période marquée

par une décadence générale due à l’abandon des principes essentiels

qui, loin d’empêcher la manifestation de la personnalité, conservent

les caractères particuliers d’un style national, de même que les lois

naturelles gardent et perpétuent la ressemblance de deux plantes de la

même famille et la physionomie des hommes de la même race.

Les anciens maîtres avaient sans doute des règles et des formules

architectoniques qu’il conviendrait de retrouver. M. Parvillée rapporte

dans son ouvrage qu’on utilisa dans l’architecture de la Mosquée Verte

un triangle semblable à celui employé par les Égyptiens et ayant entre

sa base et sa hauteur le rapport de 8:5; la place des fenêtres, la

forme de la coupole et le niveau des corniches étaient donc déterminés

par des lois immuables qu’il est impossible de négliger, si l’on

veut produire des œuvres purement ottomanes. Si l’on se contente de

recueillir, au hasard, les divers éléments décoratifs et de les grouper

sans tenir compte des règles auxquelles est soumis le style ottoman,

il est clair qu’il n’en saurait résulter une œuvre conforme à ce

style, malgré les ressemblances de détail que cet art pseudo-ottoman

pourrait renfermer. Faut-il ajouter maintenant qu’il est nécessaire,

pour bien comprendre une œuvre d’art, de pénétrer l’esprit et l’état

d’âme du peuple qui l’a conçue et qu’on ne saurait faire œuvre d’art

dans un domaine dont l’inspiration vous est étrangère? C’est ainsi que

l’écriture d’un calligraphe turc ne pourra jamais être reproduite par

un dessinateur étranger de façon à tromper un œil exercé. Il manquera

à l’étranger non seulement la manière, mais le caractère, l’esprit et

pour tout dire le sentiment de l’œuvre.

_Le caractère et la décoration de l’architecture ottomane._--Il suffit

de visiter les édifices turcs pour se convaincre de la différence qui

existe entre l’architecture ottomane et celle des Arabes. Outre le

caractère spécial des colonnes, des arcades et des chapiteaux ainsi que

de la coupole, l’ensemble du monument est conçu dans une note tout à

fait distincte.

On ne rencontre jamais chez les Turcs la coupole en ogive étranglée à

sa base, le chapiteau décoré de fleurs ornementales, l’arc surélevé

en fer à cheval et la surabondance de décorations en usage chez les

Arabes. Les Turcs, ayant apporté tous leurs soins à la technique de

la construction, imitèrent, en fait de coupoles, celles des Byzantins

qu’ils reproduisirent avec autant de courage que de hardiesse. Leurs

chapiteaux sont ornés de stalactites et de losanges dans le genre de

ceux qui servaient aux Arabes pour atténuer les brusques saillies de

leurs encorbellements. Quant à la décoration, elle était plus sobre

chez les Turcs, qui en faisaient pourtant usage avec un rare bon

goût dans les parties des monuments où ils l’estimaient nécessaire.

Ils n’appliquèrent pas non plus de mosaïques à leurs coupoles, ni

de marbres veinés aux parois intérieures de l’édifice comme les

Byzantins. Ils ornaient leurs coupoles de fresques avec inscriptions

en or et tapissaient les murs avec des carreaux de faïence où les plus

éclatantes couleurs se mariaient harmonieusement. Malgré quelques

détails décoratifs, rappelant l’art persan par endroit, l’art

turc ne peut en aucune façon lui être assimilé. Il ne présente ni

l’horizontalité de la façade, ni ce grand portail qu’atteint la base de

la coupole, ni la forme des minarets et de la coupole qui caractérisent

l’art persan.

La caractéristique de l’architecture ottomane réside dans la simplicité

sévère de ses formes et la verticalité accusée de ses lignes, où

l’esprit de l’homme semble suivre une route qui l’élève vers les cieux.

L’_Architecture ottomane_, l’ouvrage dont nous avons déjà parlé,

constate trois ordres distincts dans les édifices turcs qu’il désigne

ainsi: _ordre échanfriné_, _bréchiforme_, _cristallisé_, selon la

décoration plus ou moins riche des colonnes, chapiteaux, panneaux,

archivoltes et corniches. Mais ce que l’on remarque davantage, c’est

l’emploi combiné de ces ordres, appliqués indistinctement, suivant ce

que chaque partie du monument paraissait exiger. Tout en gardant leur

antipathie pour la décoration byzantine, les Ottomans paraissent avoir

adopté, en fait de plan et de construction, les méthodes des Byzantins.

La forme de la coupole est presque semblable à celle des Byzantins

avec un large emploi des bases octogonales. Dans la construction

des mosquées, le plan carré fut adopté; les grandes mosquées furent

couvertes d’une grande coupole et de plusieurs autres demi-coupoles

tout à fait semblables à celles de Sainte-Sophie. Les petites mosquées

n’ont qu’une coupole sur base octogonale. Dans les arcades, on utilise

souvent un genre d’ogive formé de deux arcs à centres différents. La

ligne qui réunit les centres passe au-dessus des chapiteaux et ces

centres coïncident avec les points qui divisent cette ligne en parties

égales. Une des arcades les plus usitées est un cintre formé d’un

cercle terminé à son sommet par deux tangentes à la circonférence.

On ne voit jamais le plein cintre représentant les deux tiers de sa

circonférence (comme chez les Arabes) et qui a la forme d’un fer à

cheval. Mais, en revanche, on rencontre abondamment des arcades formées

de claveaux alternés en marbre coloré. On rencontre souvent aussi

l’alternance de différents genres d’arcades sur une même rangée, ce qui

rompt la monotonie de la perspective.

On remarque quelquefois sur ces arcades de gros cabochons en pierre

taillée qui se placent entre les arcades sur la direction des colonnes

et qui semblent avoir leur origine dans les clous des boucliers.

Ainsi cette architecture permet d’employer et d’arranger comme on veut

les différentes parties constituantes; ainsi, en respectant l’ordre et

la forme convenables pour chaque partie, on obtient un effet des plus

variés.

[Illustration: Pl. 37.

MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Mihrab et Mimber.]

_La décoration._--C’est des formes décoratives apportées du Turkestan,

que les Turcs s’inspirèrent pour la décoration de leurs tapis et de

leurs ustensiles, avant d’être mis en possession d’un art ottoman. Ils

puisèrent également chez les Turcs seldjoucides et les Persans. D’autre

part, les motifs arabes ne cessèrent pas d’intéresser fortement

l’esprit des artistes ottomans, qui mirent particulièrement à profit

leurs arabesques et leurs polygones. C’est l’art seldjoucide et

syro-égyptien qui semble avoir fourni à l’art ottoman une grande partie

de sa décoration.

[Illustration]

La figure humaine et la représentation des animaux étant complètement

exclues de l’architecture ottomane, celle-ci resta loin de la

décoration byzantine. Les plantes, les fruits et les minéraux lui

fournirent ses motifs de décoration. Mais, comme la forme de ces

plantes et de ces fruits a subi, entre les mains des décorateurs turcs,

des métamorphoses variées, les parties constituantes de l’ornementation

prirent une forme tout à fait caractéristique et rationnelle, adaptée à

la nature des matériaux sur lesquels furent appliqués ces ornements.

[Illustration]

Les ornementations dérivées des feuillages s’inspiraient de l’état

de pétrification des plantes, tel qu’on le voit dans les empreintes

des végétations antédiluviennes sur les pierres. La décoration d’un

grillage, d’une serrure, d’une porte, était empruntée à des motifs

applicables et en harmonie avec la matière et la destination de l’objet

qu’ils ornaient.

Les Byzantins ornaient leurs chapiteaux de feuilles dentelées, taillées

et ciselées qui semblaient devoir être écrasées sous le poids qu’elles

supportaient. Les Ottomans, pour leurs chapiteaux, avaient employé des

combinaisons de prismes rappelant les stalactites[77] des grottes et

qui offraient à l’œil l’aspect logique de la pierre solide, capable de

porter son fardeau. Ils surent éviter avec un goût savant la monotonie

et la régularité excessive des lignes. Le motif principal de la

décoration ottomane est fourni par les feuilles de pois. Cette plante

à tiges flexibles qui tendent à s’enrouler sur elles-mêmes convenait

merveilleusement à la décoration. Sa forme naturelle, après une série

d’interprétations originales, a fini par atteindre un type purement

ornemental.

[77] La construction de la stalactite ottomane diffère

beaucoup de celle des Persans et des Arabes.

[Illustration]

D’autres plantes furent aussi prises comme modèles, suivant l’époque et

selon l’ordre dont on se servait.

Dans l’ornementation, on distingue deux parties principales: le

buisson, qui constitue le support, et la plante, qui forme l’ornement

même. La plante ornementale s’enroule sur le buisson qui forme déjà à

lui seul un ornement. Pour mouvementer la décoration, on ajoute sur

la plante et le buisson des petits ronds gracieux imitant l’escargot,

une petite feuille enroulée. Dans les décorations riches, on voit

souvent plusieurs plantes s’enrouler sur le même buisson; chacune de

ces plantes constitue un sujet à part qui, s’entrelaçant avec d’autres

motifs, présente l’aspect d’ornements séparés et mariés entre eux avec

une parfaite harmonie.

C’est l’architecte Ilias Ali qui a appliqué pour la première fois ce

genre de décoration. Il employa différents fruits: des coings, des

grenades, etc. La grenade, qui est considérée par les Turcs comme un

fruit du paradis, occupait le premier rang. Ce fruit subit, comme le

pois, des transformations successives, et finit par prendre la forme

d’une fleur complexe.

[Illustration]

Peu à peu, toutes ces formes décoratives se mélangèrent et donnèrent

naissance, en se combinant, à des formes nouvelles, et en particulier

à une ornementation hybride, où l’on voyait des feuilles sous l’aspect

d’oiseau.

Parmi les fleurs, les plus employées étaient la renoncule, l’œillet, le

carthame, la rose, la tulipe, l’althea; presque toujours en bouquets,

surtout dans l’architecture civile.

L’usage de la renoncule avait pris une particulière extension vers

l’époque d’Ahmed III.

Les conceptions décoratives des Arabes, Chinois, Hindous, Persans

et Byzantins contribuèrent en partie aux progrès de l’art décoratif

ottoman, avec lequel ils avaient de grands liens de parenté. Mais, dans

toutes les évolutions de ces forces ornementales, se fait jour une

tendance vers la calligraphie ottomane qui constituait chez les Turcs

l’art graphique le plus estimé. La même tendance peut être remarquée

dans l’art de l’écriture des Japonais.

Les décorateurs et les enlumineurs ottomans reproduisirent, dans les

écritures, les caractères et les formes ornementales dont ils se

servaient pour la décoration des livres sacrés.

[Illustration]

La calligraphie chez les Turcs remplace l’iconographie des Byzantins.

Ils ont pour l’écriture un respect sans bornes, qu’ils poussent

même jusqu’à ramasser et à cacher dans un trou de mur les papiers

qui traînent dans la rue, afin d’éviter qu’ils soient piétinés par

les passants. Les Turcs ont plusieurs genres d’écriture: _Koufi_,

_Djéli_, _Sulus_, _Rik-a_, _Taalik_, _Nesih et Divani_, dans lesquels

les spécialistes ont réalisé de vraies merveilles par l’harmonie des

courbes et l’attrait des entrecroisements, si enchevêtrés que les

dessinateurs étrangers les plus experts ne sauraient en obtenir des

copies. Ces écritures, qui entrent dans la décoration des édifices,

sont pour les Turcs d’un prix inestimable. Elles remplacent chez eux

les tableaux. Mais c’est un art qui semble décroître de jour en jour.

[Illustration]

_Faïence._--L’art de la faïence, un des éléments les plus en vogue

dans la décoration, est originairement oriental: il doit remonter à

l’émaillage des poteries pratiqué chez les anciens peuples d’Orient.

L’histoire nous apprend que les Assyriens ornèrent, les premiers, les

murs de leurs édifices de briques émaillées. Bien que la Mésopotamie

et le Turkestan aient vu prospérer particulièrement cet art, c’est la

Perse que l’on considère comme la patrie de la faïence. Les fouilles

opérées jusqu’à ce jour n’ont pas encore donné de résultats qui

permettent de se prononcer à cet égard. Il est permis de supposer que

la mode d’émailler les briques et les vases en terre, déjà connue des

Chinois, a été introduite en Perse par les Chaldéens. La conquête des

Grecs fit disparaître cet art qui refleurit avec les Turcs et les

Mongols.

Chez les Seldjoucides, la mosaïque en faïence occupait une place très

importante dans la décoration des édifices. Les Ottomans devinrent

ensuite des maîtres dans ce métier, qui différait dans tous les pays,

suivant la qualité des terres employées, la cuisson particulière à la

contrée, et les secrets de coloration, jalousement gardés par chaque

fabricant. A l’époque du sultan Mehmed Tchelebi, les fabriques fondées

à Kutahié, à Nicée et à Brousse réalisèrent des œuvres magnifiques,

qui, par la transparence inégalée des couleurs et la résistance de

l’émail, ne sauraient être comparées aux faïences d’aujourd’hui. Les

plus célèbres d’entre elles proviennent de Rhodes et de Nicée et ornent

les mosquées de Constantinople.

_Kalem._--La méthode du Kalem (fresque) était réservée à la décoration

des parties les moins importantes des édifices. Elle remplaçait dans

les habitations les carreaux de faïence dont on se servait pour les

mosquées et les monuments religieux. Elle ornait les plafonds et les

niches de paysages variés.

La sculpture sur bois, l’incrustation de nacre, le damasquinage, à

en juger par ce qu’on peut voir sur les _Mimber_, _Kursi_, _Rahlé_,

étaient également arrivés à un degré de perfection qui s’affirmait

aussi dans la menuiserie et l’ébénisterie. Cette dernière nous a laissé

des portes composées de petits morceaux de bois si habilement ajustés

les uns aux autres que les siècles écoulés ont été impuissants à les

disjoindre.

Les fenêtres étaient garnies de vitraux semblables à ceux des Arabes et

des Byzantins, en verre coloré de différentes dimensions; ils étaient

enchâssés dans des cadres de plâtre, et constituaient un motif de

décoration plus ou moins luxueux, suivant les édifices auxquels ils

étaient destinés. Ils étaient souvent ornés d’écritures saintes.

Avant la conquête de Constantinople par les Turcs, la ville possédait

déjà quelques mosquées dont la plus ancienne était celle d’Arab-Djami

à Galata. Elle avait été construite en l’an 97 de l’Hégire par

Muslimé-bin-Abdul Mélik après l’installation des Arabes. Quand ceux-ci

l’abandonnèrent, elle devint une église latine. Elle eut à souffrir de

la guerre, de l’incendie et des tremblements de terre. Après la prise

de Constantinople, elle fut réparée et affectée de nouveau au culte,

par les soins de la mère du sultan Mahmoud en 1222 de l’Hégire.

Yer Alti Djami (mosquée souterraine) appartient aussi à une époque

antérieure à la conquête turque.

Les Arabes avaient leur mosquée, aujourd’hui disparue, dans la ville

même, à Stamboul, près du quartier des Génois. Les deux autres, qui

subsistent encore, ne présentent aucun rapport avec les édifices turcs.

CHAPITRE II

LES ÉDIFICES OTTOMANS

I.--LES MOSQUÉES

MOSQUÉE DE BAYAZID

Elle a été construite de 906 à 911 par Bajazet II, le successeur et le

fils du Conquérant, sur l’ancien forum Tauri. Son architecte Haïreddin

fixa d’une façon précise la forme des chapiteaux et ouvrit ainsi une

nouvelle voie à l’architecture ottomane.

La mosquée est précédée d’un parvis ou cour à colonnades, que

recouvrent des coupoles supportées par des arcades en ogive où

alternent le marbre rose et le marbre blanc. Chaque colonne est

surmontée de chapiteaux ornés de stalactites. Au centre de la cour une

fontaine sert aux ablutions (_chadrivan_). On entre dans la cour par

trois portes, l’une s’ouvrant sur la façade et les deux autres sur les

deux côtés; les quelques cyprès qu’on y a laissés lui donnent un aspect

très pittoresque; lors de la fondation, des pigeons y élurent domicile

et, depuis cette époque, les magnifiques galeries sont traversées par

le vol des pigeons gris, bleus et argentés.

La légende rapporte «qu’un couple de pigeons avait été acheté par le

Sultan fondateur à une pauvre veuve et que depuis, ils se seraient

multipliés.» Mais la présence des oiseaux n’a réellement pas besoin

d’être expliquée; dans la cour de chaque mosquée, on les trouve en

grand nombre; les fidèles les nourrissent de grains achetés chez un

vendeur _ad hoc_ et qu’ils jettent eux-mêmes aux pigeons, poussés par

un sentiment de piété ou dans l’espoir d’obtenir soit la guérison d’un

malade, soit la réussite d’une affaire.

[Illustration: Pl. 38.

MOSQUÉE DU SULTAN AHMED Ier ET HIPPODROME.]

Constantinople de Byzance à  Stamboul. · 第 13 / 20 段