En 987, cette même arcade fut de nouveau réparée par Basile II le

Bulgaroctone. Jusqu’au XIVe siècle, on se soucia peu de remédier aux

dégâts causés par le temps ou par des accidents divers. L’un des

derniers restaurateurs fut Andronic II Paléologue l’Aîné, qui, vers le

XIVe siècle, fit élever des contreforts du côté est.

Sous le sultan Abdul Medjid, on confia à Fossati une restauration

générale de la mosquée; il consolida la coupole à l’aide d’un cercle

en fer et redressa plusieurs colonnes qui avaient perdu leur position

verticale primitive.

Autour de l’édifice se trouvaient des annexes, telles que le puits

sacré, l’horologion, le Metatorion et le Triclinium de Thomaïtès;

ce dernier qui était une dépendance des appartements du Patriarche,

renfermait une bibliothèque et un baptistère construit par Justinien et

existant encore aujourd’hui.

Ce baptistère (actuellement turbé du sultan Moustafa Ier et d’Ibrahim

I) fut d’abord transformé en magasin pour les huiles servant à

l’éclairage de la mosquée. Il s’ouvrait au nord par une porte qui

donnait sur une petite cour à portique; de là, on gagnait un escalier

menant à une petite chapelle installée à la hauteur du gynécée. Cette

chapelle communiquait, à son tour, avec le gynécée par une porte qui,

murée probablement par les Turcs lors de la conquête, n’a été ouverte

que beaucoup plus tard par l’architecte Fossati au moment où il

réparait la mosquée.

_État actuel de Sainte-Sophie._--Après la prise de Constantinople par

les Turcs, le sultan Mehmed II convertit l’église en mosquée et y

ajouta un _minaret_ ainsi que les deux contreforts du sud-est. Bayazid

II fit construire un autre _minaret_ au coin de la porte du palais.

Selim II éleva, en 1569 deux autres _minarets_ et plusieurs murs de

soutènement. Murad III fit placer à l’intérieur de Sainte-Sophie les

tribunes en marbre et les deux grandes urnes d’albâtre provenant de

Pergame et qui peuvent contenir chacune 1.200 litres d’eau. L’Alem,

croissant en bronze doré, est venu surmonter le dôme par les soins de

Mehmed pacha, grand vizir. Les mosaïques qui représentaient les images

des saints ont été recouvertes, soit par des inscriptions, soit par

une forte toile sur laquelle on passa le badigeon, car la religion

musulmane ne permet pas d’avoir des icônes dans les mosquées. Seuls,

les quatre anges aux six ailes déployées qui ornaient les quatre

pendentifs de la coupole sont encore visibles aujourd’hui, mais sur

les visages on a peint de grandes étoiles dorées. Les mosaïques des

bas côtés et de la galerie supérieure n’ont subi aucune altération; la

nuit, quand l’intérieur de la mosquée est illuminé par des milliers de

candélabres, on aperçoit par un effet de lumière les croix encastrées

dans ces mosaïques.

L’autel fut remplacé par le _Mihrab_, tourné un peu plus au sud vers

la _Kaaba_[36] (la Mecque). Les tapis qui recouvrent les dallages sont

également disposés de façon à ce que ceux qui prient aient le visage

tourné vers la Kaaba[37], ce qui leur donne une direction légèrement

oblique par rapport aux lignes architecturales de l’ancienne église.

Les deux grands candélabres du _Mihrab_ ont été offerts par Suleiman le

magnifique en 981 de l’hégire.

[36] Les musulmans donnent à cette direction le nom de

Kiblé.

[37] Cette disposition oblique permet de reconnaître

les mosquées qui furent primitivement des églises.

Les mosquées dont le mihrab est droit ne peuvent

donc être considérées comme d’anciennes églises.

Pourtant quelques petites mosquées où la disposition

du terrain obligea l’architecte à donner aux lignes

architecturales une direction différente de celle de

Kibla, font certainement exception.

A droite du _Mihrab_ se trouve le _Mimber_ (chaire), où tous les

vendredis on fait la prière solennelle et le _Khotba_[38]. Le _Mimber_

consiste en une chaire, surmontée d’un dôme pointu, où l’on accède par

un escalier très raide, et orné d’une magnifique balustrade. En face

du _Mimber_ et à gauche du _Mihrab_ se trouve une tribune supportée

par des colonnes et munie d’un grillage doré. Cette tribune, qui est

réservée au Sultan, s’appelle _Hunkian Mahfili_. Elle a été construite

par Ahmed III. Avant cette époque, la tribune était adossée au mur.

[38] Discours adressé au peuple.

On voit aussi dans la mosquée plusieurs plates-formes à grandes

estrades, dites _muezzine mahfili_, uniquement réservées aux

_muezzines_ (chantres). A la hauteur du gynécée sont suspendus, le long

de la Mosquée, d’immenses disques portant les noms des _Sahabés_ (les

compagnons du prophète). Ils sont l’œuvre du calligraphe Teknédji Zadé

Ibrahim effendi[39] (1060).

[39] Hadikatu-I-djevami.

Les anciens lustres-candélabres en argent sont remplacés aujourd’hui

par des lustres en fer, supportés très probablement par les chaînes

mêmes qui étaient déjà en usage au temps des Byzantins. A l’extrémité

de tous ces lustres pendent des œufs d’autruche et des houppes de soie

qui en complètent la décoration; le candélabre qui descend du centre

du dôme et qui s’appelle _Top Kandili_ a été placé par Ahmed III; une

grande boule en or y était suspendue[40].

[40] La place occupée par le Top Kandili (candélabre du

milieu), est considérée par les dévots comme un lieu

saint où on peut rencontrer Hidir, un saint très vénéré

qui apparaît quelquefois pour aider les infortunés.

Parmi les curiosités de cet édifice, on montre aux visiteurs la fenêtre

froide où souffle toujours un vent glacé. Cette fenêtre est située

à l’entrée, près de la porte réservée aux sultans. Sur la galerie

supérieure du côté sud se trouvent également deux portes sculptées;

l’une est appelée porte de l’enfer et l’autre porte du paradis. Du côté

de l’ouest se trouve la pierre luisante, qui restitue pendant la nuit

la lumière absorbée pendant le jour. En entrant dans la mosquée par

la porte nord du narthex, on aperçoit une colonne revêtue de bronze,

qui suinte continuellement. Les visiteurs souffrant de quelque maladie

introduisent leur doigt par un trou pratiqué dans le revêtement de

bronze et touchent avec ce doigt leurs deux yeux. Le peuple attribue à

cette colonne des cures merveilleuses.

Tout près d’une fenêtre de la mosquée, sur le sol de la galerie, on lit

sur une pierre _Henricus Dandolo_. C’est le nom du doge qui mourut le

1er juin 1205 et qui fut inhumé à cet endroit. La cuirasse et les armes

d’Henri Dandolo, trouvées dans le sarcophage, ont été offertes par le

sultan conquérant au peintre Gentile Bellini, qu’il avait appelé à

Constantinople[41].

[41] Hist. de Bello Const. p. 214.

Suivant la coutume qu’ont les Musulmans de construire près des mosquées

des _turbés_ (sépultures) pour y déposer les corps des _Evlia_ (saints)

et des grands personnages, on voit, dans la cour de Sainte-Sophie,

des chapelles mortuaires situées à côté du _mimber_. Elles renferment

les corps de plusieurs sultans, des membres de leur famille, et sont

enfouies dans le sol, au-dessus duquel une caisse vide en forme de

cercueil (_Sandouka_) est disposée, recouverte de châles extrêmement

précieux et d’étoffes brodées d’écritures. A l’extrémité qui correspond

à la tête se trouve la coiffure que portait le défunt.

Dans les quatre turbés de Sainte-Sophie reposent les dépouilles

mortelles de Selim II, de ses épouses et de ses enfants, le corps

de Murad III (1595), de ses femmes et de ses fils qui moururent

étranglés; enfin, les restes de Mehmed III, d’Ibrahim, de Moustafa

I, de sa mère et de sa femme, de Mehmed IV, de Moustafa II, et d’une

centaine de princes et de princesses.

ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE

Un peu au nord de Sainte-Sophie, dans l’enceinte du Sérail, sur les

hauteurs où se trouvait jadis l’ancienne petite ville de Byzas, se

dresse l’église de Sainte-Irène. Cette église, transformée par les

Turcs en un musée d’armes, est encore fort bien conservée.

Construite d’abord par Constantin le Grand au IVe siècle, elle fut la

proie des flammes en même temps que Sainte-Sophie pendant la sédition

Nika. Rebâtie par Justinien, puis détruite au VIIIe siècle par un

tremblement de terre, elle fut restaurée par Léon l’Isaurien. Elle est

construite sur un rectangle terminé par une abside dont le centre est

surmonté d’une coupole qui repose sur un haut tambour percé de vingt

fenêtres. L’église a trois nefs: la nef centrale est soutenue par des

points d’appui qui sont unis et recouverts par de grands arcs en plein

cintre. Chacun de ces arcs est orné de trois rangées de fenêtres. Un

gynécée est disposé à l’intérieur; la voûte de l’abside est revêtue de

mosaïques; les colonnes et les corniches sont en marbre blanc.

Parmi les armes antiques que renferme ce musée[42], il faut citer

l’épée du sultan Mehmed II le conquérant, celle de Skender bey, le

héros albanais, un brassard de Tamerlan, des casques, les clefs des

villes conquises, les marmites des Janissaires, des lances, des

arcs, de vieux canons datant des Croisés et une partie de la chaîne

historique qui servait aux Byzantins pour barrer la Corne d’Or.

[42] L’entrée de ce Musée n’est accordée que sur

autorisation spéciale.

A l’intérieur de l’église on voit plusieurs tombeaux byzantins en

marbre; ce sont les tombeaux des empereurs provenant de l’église des

Saints-Apôtres.

[Illustration: Pl. 20.

PALAIS DE L’HEBDOMON.--Vue de l’intérieur.

PALAIS DE L’HEBDOMON.--Façade.]

ÉGLISE DES GRANDS MARTYRS SERGE ET BACCHUS

Cette église, transformée en mosquée par Hussein aga à l’époque

de Bayazid et appelée _Kutchuk aya Sophia_, c’est-à-dire petite

Sainte-Sophie, fut bâtie, d’après l’inscription grecque finement

sculptée sur la frise, par Théodora, femme de Justinien, près du palais

d’Hormisdas. Elle a été appelée petite Sainte-Sophie à cause des

similitudes que présente son plan avec celui de la grande basilique de

Sainte-Sophie.

La coupole de cette église est soutenue par huit piliers placés aux

points angulaires d’un octogone renfermé dans un carré: huit pendentifs

soutiennent la base circulaire de la coupole. Les côtés communiquent

avec la nef par des rangées de colonnes ioniques qui relient les

arceaux. Plusieurs de ces colonnes sont tachetées de vert et de blanc

et surmontées de chapiteaux à corbeilles. Sur la corniche qui fait le

tour de l’édifice on remarque une guirlande ornée de grappes de raisins

et de feuilles de vigne. Une longue inscription, gravée sur la même

corniche, fait l’éloge de l’empereur Justinien et de l’impératrice

Théodora. Cette église était attenante à une autre appelée église

des apôtres Pierre et Paul et qui a disparu sans laisser de traces.

Salzenberg reconnut, en examinant les murs de clôture, que l’église

de Saint-Pierre et Saint-Paul s’appuyait à celle des saints Serge et

Bacchus du côté du sud. La hauteur de la coupole dépasse 19 mètres et

les côtés du plan sont respectivement de 34 mètres et 30 mètres.

ÉGLISE DE SAINT-JEAN DU STOUDION

Cette église fut construite sous Léon le Grand pour l’ordre des

Acémètes (sans-sommeil). De nombreux moines se relayaient pour y

chanter jour et nuit. Elle fut endommagée sous la domination latine

et restaurée plus tard, vers la fin du XIIIe siècle, par l’empereur

Andronic Paléologue.

Le trésor du monastère contenait de précieuses reliques que Bayazid

II envoya au pape Innocent et parmi lesquelles se trouvait la sainte

lance. Actuellement convertie en mosquée (_Emir Akhor Djamissi_), elle

possède encore d’élégantes colonnes et des chapiteaux.

ÉGLISE DE CHORA

Tout près de la porte d’Andrinople s’élève la mosquée de Kahrié.

C’est l’ancienne église de Chora, édifice à nef centrale et à deux

narthex. Le dôme central est supporté par un tambour cylindrique percé

de fenêtres. De petites coupoles, également posées sur des tambours

cylindriques et percés de fenêtres, éclairent le narthex.

L’origine de la fondation de l’église de Chora n’est pas clairement

établie. D’abord sanctuaire assez modeste, Justinien l’agrandit et

l’embellit après le tremblement de terre de 557, et il devint un des

plus beaux monuments de la ville.

L’église formait le centre d’un vaste monastère qui se trouvait hors

de la première enceinte de la nouvelle Rome. C’est pour cela qu’on

l’appelait τῆς χώρας (de la campagne). Plus tard quand Théodose II,

pour agrandir la ville, jugea nécessaire de faire construire une

deuxième enceinte dont on voit aujourd’hui les ruines, son nom lui

resta. Mais les byzantins du XIVe siècle, poussés par leur amour de

la rhétorique et des étymologies mystiques, trouvèrent un rapport

ingénieux entre le nom du Christ, source de vie et protecteur des

vivants (χώρα τῶν ξώντων) et celui de la basilique de Chora; et le mot

fut en conséquence inscrit à côté des images en mosaïque du Christ et

de la Vierge.

L’édifice qu’on voit aujourd’hui n’est pas le même que celui du VIe

siècle. Déjà au XIIe siècle, l’église menaçait ruine. Marie Ducas,

la belle-mère de l’empereur Alexis Comnène, la fit rebâtir en la

transformant selon les plans des églises de ce temps. L’intérieur en

fut décoré de marbres en couleur et de belles mosaïques.

Depuis Manuel Comnène, les empereurs avaient abandonné le grand palais

pour venir habiter le château des Blaquernes. C’est pourquoi l’église

de Chora, qui en était voisine et qui sous les Latins était tombée

dans un grand délabrement, devint l’objet de la sollicitude impériale.

Sous le règne des Paléologues, Théodore Métochite, ministre favori

d’Andronic II, la fit restaurer complètement et ordonna d’ajouter une

galerie latérale, destinée peut-être à servir de lieu de sépulture. Il

fit renouveler également la décoration intérieure, excepté celle de la

partie centrale qui est demeurée la même.

Malgré les ravages subis par la Chora, les mosaïques se sont conservées

jusqu’à nos jours dans un parfait état: elles sont les œuvres les plus

remarquables de la dernière renaissance de l’art byzantin et occupent

aujourd’hui une place très estimée dans l’histoire de l’art[43].

[43] Pulgher, _Les anciennes églises de

Constantinople_, 1880. Diehl, _Etudes byzantines_,

1905, p. 392-431.

Les mosaïques qui se trouvent sur les deux côtés de la porte centrale

sont recouvertes de volets en bois, que demande la religion musulmane,

mais qu’on peut ouvrir à volonté pour voir les images; les murs sont

tapissés jusqu’aux bases des voûtes par de grandes plaques de marbre

gris encadrées par des bandes vertes. De fines bordures sont sculptées

au pourtour des marbres.

[Illustration: Plan de la mosquée Kahrié.]

A l’intérieur du second narthex, sur la porte du milieu qui donne

accès dans l’église, une mosaïque représente le Christ assis sur un

trône, à qui Métochite, agenouillé, présente un modèle en réduction de

l’église. Métochite est coiffé d’un haut bonnet blanc garni de bandes

rouges et vêtu d’une tunique dorée recouverte d’un manteau vert brodé

de fleurettes rouges.

Métochite, né à Nicée, arriva à l’âge de vingt ans à Constantinople

où, par son talent d’orateur et son érudition en littérature et en

philosophie, il attira l’attention d’Andronic II. Il commença sa

carrière dans les ambassades, devint ensuite logothète de la liste

civile, ministre du trésor, puis premier ministre de l’Empereur pendant

vingt ans. Il fut en même temps philosophe, diplomate et administrateur.

Il avait toute la confiance de l’Empereur son maître, qui ne lui

cachait aucun secret, et fit épouser à son propre neveu Irène, la fille

de Métochite, très intelligente et très instruite. Toutefois Métochite,

malgré les hautes satisfactions qui lui étaient accordées, pensait

toujours aux dangers dont les querelles philosophiques et religieuses

menaçaient le pays. Il attirait à chaque instant l’attention de

l’Empereur sur le péril turc, qui lui paraissait devoir causer un jour

la ruine complète de l’État. Il prévoyait la décadence et la chute

inévitable de l’empire.

[Illustration: Pl. 21.

HIPPODROME, PALAIS IMPÉRIAL ET SAINTE-SOPHIE AU Xe SIÈCLE

(Restitution de l’auteur d’après le plan de Labarte.)]

Les troubles à l’intérieur augmentaient de jour en jour. L’Empereur et

son favori se trouvaient dans une situation très difficile. Pendant les

guerres civiles qui durèrent de 1321 à 1328, Métochite fut un habile

négociateur entre Andronic II et son ambitieux petit-fils, Andronic le

Jeune, qui prétendait au trône.

Métochite, pour ne pas s’attirer la haine des deux factions, s’entremit

d’abord impartialement entre les deux princes ennemis. Mais, quand la

rupture entre les deux adversaires éclata, il se rangea du côté de

son ancien maître et refusa toutes les avances d’Andronic le Jeune.

Sentant gronder l’émeute dans la ville, il se retira dans le palais.

Lorsque pendant la nuit du 22 mai 1328, le prétendant pénétra dans

la ville, grâce à la trahison des gardes de l’Empereur, le ministre

fut la première victime. Sa maison fut livrée au pillage et démolie

complètement. Il fut jeté d’abord en prison et ensuite exilé. Cependant

il put obtenir son rappel et vint terminer ses jours au monastère de

Chora, où il vécut jusqu’au 13 mars 1332, portant en religion le nom de

Théoleptos.

Toute une série de tableaux en mosaïques, retraçant des scènes

religieuses variées, décorent les murs et les voûtes du narthex.

De nombreux médaillons garnissent le sommet des arcades. Au-dessus de

la porte d’entrée se trouve le buste du Christ. En face, entre deux

grandes arcades, c’est la Vierge tenant contre sa poitrine un médaillon

qui renferme l’Enfant Jésus, puis des saints en costume de cour, saint

Pierre et saint Paul aux deux côtés de la porte royale.

Parmi les séries de mosaïques qui décorent les coupoles et les voûtes

du narthex intérieur, les deux plus intéressantes sont celles qui

retracent les épisodes de la vie de Jésus et ceux de la vie de la

sainte Vierge tirés des Évangiles apocryphes[44].

[44] Pour compléter les récits de l’Évangile, dès le

IIe siècle on voulut détailler les épisodes de la vie

du Sauveur, et pour donner à ces récits une apparence

plus authentique, on les attribua à tel ou tel apôtre.

On a donné à ces récits le nom d’Évangiles apocryphes.

Dès le IVe siècle l’Église grecque les admit au nombre

des textes sacrés, mais ce n’est qu’à partir du XIe que

les compositions tirées de ces évangiles apparaissent

sur les murs des églises.

[Illustration: Plan explicatif des mosaïques de Kahrié-Djami.

MOSAIQUES DU NARTHEX

PANNEAUX

A. Anne faisant la prière.

B. Nativité de la sainte Vierge, la jeune fille berçant l’enfant.

C. On distribue aux jeunes filles de la laine pour filer le voile

du temple, le sort attribue à Marie la pourpre.

D. Le grand prêtre donne Marie à Joseph dont le bâton a fleuri.

E. A gauche, Joseph part pour le travail; à droite, il s’aperçoit

que Marie est enceinte et lui fait des reproches.

F. Disparu.

1. Le grand prêtre repousse les offrandes de Joachim et d’Anne.

2. (Disparu.) Probablement Joachim et Anne.

3. Joachim au milieu des bergers.

4. (Arc.) Joachim et Anne se rencontrent devant la porte dorée et

s’embrassent.

5. La Vierge caressée par son père et sa mère.

6. Sainte Vierge bénie par les prêtres.

7. (Arc.) Sainte Vierge faisant les sept premiers pas.

8. (Travée.) Présentation de la Vierge au temple.

9. (Arc.) La Vierge demeurant dans le temple, et nourrie par un

ange.

10. (Arc.) La Vierge y est instruite (disparu en grande partie).

11. (Arc.) Le grand prêtre prie devant l’autel où sont déposés

les bâtons des prétendants à la main de Marie.

12. Joseph emmène Marie.

13. (Pendentif.) Annonciation au puits.

EXONARTHEX

PANNEAUX

G. A gauche, Joseph averti par un ange; Marie se rend chez

Elisabeth; à droite, Joseph conduit la Vierge à Bethléem.

H. Le recensement à Bethléem.

I. Nativité du Christ.

J. Hérode recevant les trois Mages.

K. Hérode convoque les grands prêtres et les scribes (détruit en

grande partie).

L. (Détruit.) Probablement adoration des Mages.

M. Les Mages retournant chez eux.

N. Fuite en Égypte.

O. Hérode ordonne le massacre des innocents.

P. Massacre des innocents.

Q. Lamentation des mères.

R. Elisabeth poursuivie par un soldat se réfugie dans une grotte.

S. Retour à Nazareth.

T. Voyage à Jérusalem.

14. Jésus au milieu des docteurs.

15. Saint-Jean-Baptiste baptisant.

16. Jésus vient se faire baptiser.

17. Jésus tenté par Satan.

18. Noces de Cana.

19. Multiplication des pains.

20. Jésus et la Samaritaine.

21. Guérison du paralytique.

22. Guérison de l’hydropique.

23. Rinceau, autre guérison de paralytique.]

Le Christ est figuré au centre sur l’une des coupoles du second

narthex; tout autour, dans les segments concaves qui forment la coupole

sont rangées les images des patriarches et des représentants des tribus

d’Israël. Dans le centre de l’autre coupole, autour de la Vierge, sont

groupés les prophètes et les rois d’Israël.

On voit dans ces mosaïques toute une série des miracles de

Jésus-Christ. Dans le narthex intérieur: guérison du lépreux, de

l’homme à la main desséchée, la guérison des aveugles. Enfin des

malades, des boiteux, des bossus et des enfants sont rangés autour du

Christ, attendant leur guérison.

Métochite cite parmi les ouvrages qui décoraient son église les

représentations de la Crucifixion, de la Descente de croix, de

l’Ascension et une quantité d’autres. Mais on ne rencontre plus ces

images, qui devaient orner les places d’honneur de l’église et qui ont

été complètement détruites; il est probable qu’on en

trouvera un jour quelques restes sous l’enduit qui recouvre les murs

et la coupole du sanctuaire même.

La chapelle latérale est décorée tout entière de fresques représentant

la sainte Vierge, les saints et des scènes empruntées à l’Ancien

Testament.

On y voit deux grandes arcades sculptées, dont l’une porte une longue

inscription, indiquant que les arcades proviennent du monument

funéraire de Tornikès, haut personnage de l’État, parent par sa mère

de l’empereur Andronic II et de Métochite. Lui aussi s’était retiré

dans ce monastère pour y finir ses jours. Il y fut enseveli. Quand,

avant 1453, une restauration fut entreprise dans le monastère, on

démolit probablement le monument de Tornikès et l’on plaça les arcades

au-dessus des passages s’ouvrant entre l’église et la chapelle latérale

(Parekklesion).

Les mosaïques de _Kahrié-Djami_ font l’objet de longues discussions

entre les byzantinologues. Plusieurs d’entre eux ont voulu démontrer

que la plus grande partie de ces mosaïques appartenait au XIIe siècle.

D’après M. Kondakof, qui a une grande autorité en la matière, ce sont

seulement les fresques du Parekklesion et les mosaïques représentant

les saints Pierre et Paul, le Christ fondateur, la décoration du second

narthex, qui appartiennent au temps de Métochite, c’est-à-dire au XIVe

siècle. Tout le reste daterait du XIIe siècle. «Mais si haute que soit

l’autorité du savant qui a proposé cette thèse, dit M. Diehl, il ne

paraît point que ses arguments suffisent à l’établir. La différence de

coloris, sur laquelle il s’appuie pour distinguer deux époques, tient

tout simplement à l’insuffisant nettoyage qui a laissé subsister un ton

grisâtre sur certaines mosaïques.»

[Illustration: Pl. 22.

OBÉLISQUE DE THÉODOSE.]

Il est vrai que l’ordre dans lequel se succèdent les épisodes,

le système de l’ornementation, la manière de représenter les

personnages et la tonalité des couleurs prouvent que ces compositions

sont l’œuvre d’un même art appartenant à une même époque. D’un autre

côté, il n’y a aucune ressemblance entre les mêmes sujets représentés

par les œuvres authentiques du XIIe siècle et les mosaïques de Chora.

Donc il est plus juste de les attribuer au XIVe siècle.

Une des causes de la discussion soulevée sur l’origine de ces

mosaïques, est que l’Occident, voulant s’approprier l’honneur de ces

travaux, véritables chefs-d’œuvre, les attribua d’abord aux primitifs

italiens et surtout à Giotto, qui vivait justement à l’époque où ces

mosaïques furent exécutées. Mais au XIVe siècle, il y avait déjà à

Byzance des œuvres authentiques qui témoignent suffisamment de la

capacité des artistes byzantins de ce temps.

Constantinople de Byzance à  Stamboul. · 第 7 / 20 段