muraille. La construction et la garde de ces murs avaient été confiés à
40.000 Goths.
Plus tard, sous Théodose II, il fallut élargir cette enceinte, et
protéger les nouveaux quartiers qui s’étaient formés en dehors des murs
constantiniens. Le préfet Anthémius bâtit d’abord en 412 un premier
mur intérieur, puis en 447, Cyrus Constantin, un autre préfet, doubla
la nouvelle muraille qui avait souffert d’un tremblement de terre,
et porta le fossé plus loin. Ce sont ces murs que l’on voit encore
aujourd’hui. «Ce rempart, dit M. Schlumberger, est bien plus grandiose
que celui de Rome, plus poétique et plus sauvage que celui d’Avignon,
infiniment plus étendu et plus important que ceux de Carcassonne ou
d’Aigues-Mortes.»
L’ensemble de tous les murs qui défendaient la ville formait un
triangle. Les murs maritimes ne comportaient qu’une rangée de murs
consolidés par des tours, tandis que ceux du côté de la terre étaient
les plus importants. Ils consistaient en trois lignes de défense,
protégées par des tours octogonales, carrées et hexagonales et par un
vaste fossé rempli d’eau.
Les eaux de la Propontide pénétraient dans le fossé jusqu’à la porte
de Pigi, et celles de la Corne d’Or jusqu’à un certain point près des
Blaquernes. A partir de ces deux points, le terrain était en effet plus
élevé que le niveau de la mer, et le fossé n’était plus rempli que par
les eaux de pluie. Des diataphrismata (murs, digues) arrêtaient l’eau
aux points inclinés, en sorte que la ville se trouvait entourée de tous
côtés par les eaux. Des ponts en bois reliaient les rives entre elles.
On les détruisait en temps de guerre. Les portes militaires n’avaient
pas de ponts. Les ponts en pierre qu’on voit actuellement sont d’une
construction postérieure à la conquête de Constantinople.
Les murs théodosiens s’étendaient depuis la côte de la Propontide
jusqu’au palais de Blaquernes. La partie située entre Tekfour-Séraï
et la Corne d’Or était plus fortifiée que les autres. Le palais
des Blaquernes était entouré par quatre rangées de murs. Le mur de
l’intérieur avait été construit par Anastase, lors de la reconstruction
du palais ou plus probablement par Héraclius, quand il arma la ville
en prévision de l’agression des Avares. La quatrième ligne de défense
était formée par des murs solidement construits qui touchaient d’un
côté au fossé du tribunal et de l’autre à la tour d’Isaac l’Ange.
La colline des Blaquernes était divisée en deux parties par un mur:
l’une, avec le palais et le quartier des Caligaria et l’autre, la
partie basse de la colline, qui touchait à la Corne d’Or. Cette
dernière, comprenant les églises de Notre-Dame des Blaquernes, des
Saints-Nicolas et Priscus et de Saint-Pierre et Saint-Marc, n’était
défendue que par deux rangées de murs construits sous Héraclius.
Léon V l’Arménien y avait ajouté un second mur destiné à protéger
l’église des Saints-Nicolas et Priscus restée hors des murs
d’Héraclius. Ce petit quadrilatère, qui contient aujourd’hui un ayasma,
est appelé d’après les topographes modernes Pentapyrgion, tandis que
d’après les historiens byzantins, le bâtiment de ce nom faisait partie
du grand palais bâti sur la Propontide. Les murs avaient 16 kilomètres
de longueur et étaient renforcés par plus de 400 grandes tours de
formes différentes. La plupart de ces tours sont carrées; quelques-unes
sont de forme hexagonale, octogonale ou ronde. Elles avaient à
l’intérieur plusieurs étages, auxquels on accédait par des escaliers
en pierre, pris dans l’épaisseur des murs. Chaque tour était munie de
canons, de grosses pierres et d’autres engins de guerre.
Ces murs, souvent ébranlés par les tremblements de terre et par les
assauts des armées ennemies, tombèrent plus d’une fois en ruine et
furent réparés au cours des siècles par les différents empereurs
byzantins, et principalement par Théophile, qui les reconstruisit de
fond en comble, ainsi que l’indiquent plusieurs inscriptions gravées
sur les tours. Les murs et les tours ont été à différentes reprises
consolidés par les Turcs après la prise de Constantinople. Ce serait
donc une erreur de voir dans ces ruines les effets de la guerre. En
les observant avec soin, on constate qu’elles proviennent surtout des
ravages du temps et des tremblements de terre.
[Illustration: Pl. 14.
ÉGLISE SAINTS SERGE ET BACCHUS.--Chapiteaux et frise.
MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Intérieur de la chapelle latérale.
(Parekklesion.)]
Parmi les tours les plus remarquables, plusieurs sont célèbres par
le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Les tours du Cyclobion,
_Yedi-Koulé_ (les sept tours), appelées aussi par les Grecs
Pentapyrgion, car le château n’avait alors que cinq tours, furent
réparées et reconstruites successivement par les sultans turcs, et
servirent longtemps de prison aux ambassadeurs étrangers. Deux de ces
tours furent ajoutées en 1470 par Mehmet II. Les deux tours carrées qui
protègent la porte Dorée consistent simplement en des blocs de marbre
posés les uns sur les autres.
Les prisonniers des légations européennes étaient jusqu’en 1768
enfermés dans les cachots de ces tours. A cette date, M. Obreskow,
chargé d’affaires de Russie, qui était en prison, tomba malade et les
autres ambassadeurs obtinrent du Sultan que les prisonniers pussent
habiter une des maisons qui se trouvaient dans l’enceinte du château
fort. Il y avait une dizaine de maisons et une mosquée destinées aux
troupes de la garnison, qui comportait l’agha (commandant), le kahia
(lieutenant), 6 beuluks bachi (officiers) et environ 50 soldats.
Dans la suite, le général Sébastiani, alors ambassadeur de France à
Constantinople, amena le Sultan à autoriser M. Obreskow à retourner
dans son pays.
Le plan de ce château fort qui figure dans l’ouvrage de Melling, a
été dessiné d’après les renseignements fournis par M. Pouqueville
aîné, consul général de Janina, qui a été longtemps enfermé dans cette
prison. Il nous donne une idée exacte de la disposition des maisons qui
existaient alors dans son enceinte.
Près de la porte de Selymbria, on trouve la tour dite de Constantin; on
y voit six colonnes de marbre rouge encastrées dans les murs. Un peu
plus loin, la tour de Saint-Romain.
A l’endroit où les eaux de la vallée du Lycus pénètrent dans la
ville, s’élève une tour appelée par les Ottomans _Soulou Koulé_ (tour
mouillée); vient ensuite la tour d’Andronic et la tour de Basile.
Puis, sur les murs de Manuel, se trouvent la tour d’Isaac l’Ange et la
tour d’Anémas. Cette dernière servait de prison. Son nom provenait,
dit-on, de Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé
sous Alexis Comnène.
La tour d’Isaac l’Ange avait trois fenêtres sur la façade extérieure
et un balcon. Les trois autres façades n’avaient qu’une seule fenêtre
chacune. De ces fenêtres, celle du sud faisait communiquer l’intérieur
de la tour avec la plate-forme des murs, celle du nord servait de
communication avec le chemin de ronde de la tour d’Anémas. Tout près de
cette tour on voit aujourd’hui les substructions d’un mur qui séparait
jadis le palais du quartier des Blanquernes. La tour a servi au dernier
empereur de Byzance d’observatoire pour étudier les mouvements de
l’ennemi pendant le siège.
A côté des murs maritimes de la Propontide, une des tours les plus
célèbres était celle de _Marmara Koulé_, la tour de marbre, dont
le pied est baigné par les eaux de la Propontide. Elle servait de
prison aux Byzantins. Son origine remonte au temps de la dynastie
macédonienne. Dans cette tour, on peut voir la prison des Byzantins
mentionnée par Nicétas Acominate. On y voit encore l’ouverture par
laquelle on jetait les corps des suppliciés dans la mer. Près de cette
tour, il en existait une autre appelée par les Turcs _Arab Koulessi_
et qui servait jadis d’hôtel des monnaies. A l’ouest de cette porte,
une échelle nommée _tach iskellessi_ était autrefois utilisée pour le
débarquement des empereurs quand ils se rendaient du Grand Palais à
Pigi par voie de mer.
La tour des Manganes est souvent citée également par les historiens.
Il est assez difficile aujourd’hui d’indiquer d’une façon exacte son
emplacement, qui était voisin de l’Acropole.
Parmi les tours qui garnissaient l’enceinte de Galata, il faut citer
la tour du Christ qu’on voit encore aujourd’hui, _Galata Koulessi_, et
qui avait probablement été construite par Anastase Ier ou par Zénon au
Ve siècle. Cette tour, qui est actuellement la plus élevée, avait 40
mètres de hauteur et atteignait une altitude de 150 mètres au-dessus
du niveau de la mer. Elle était recouverte d’un toit conique très
original. On y montait par un escalier de 140 marches adossées contre
le mur de la tour, et divisé en huit paliers. On l’appelait aussi tour
des Génois. D’après Melling, elle servait encore en 1751 de corps de
garde pour les officiers préposés au maintien de l’ordre public. Au
premier signe d’incendie, ou dès qu’un événement extraordinaire se
produisait, l’alarme était donnée de la tour, au moyen d’un énorme
tambour et, s’il faisait nuit, au moyen de feux allumés au sommet de la
tour. La tour exhaussée et réparée plusieurs fois par les Turcs a perdu
sa forme primitive. A l’époque où Melling l’a décrite (1703-1730) elle
possédait encore son toit conique qui lui donnait un aspect moyenâgeux.
Ce toit ayant été brûlé en 1794 fut remplacé par un toit d’une autre
forme.
V.--LES PORTES
Parmi les nombreuses portes, on distinguait les portes civiles et les
portes militaires. Les premières servaient de passage aux habitants
et facilitaient la communication avec les quartiers situés hors de la
ville. C’est à elles qu’aboutissaient les routes venant des environs et
celles partant des portes de la première muraille constantinienne, qui
n’avait pas été rasée, comme on l’a prétendu à tort. Les portes civiles
étaient reliées avec l’extérieur par de larges ponts jetés sur le
fossé. En temps de guerre, on détruisait ces ponts et on murait la baie
des portes.
Les portes militaires, protégées stratégiquement par des tours et
d’autres dispositifs, restaient toujours fermées par de lourdes et
doubles portes en fer et ne s’ouvraient que pour les contre-attaques
ou pour permettre l’entrée des secours. Plusieurs de ces portes
militaires, ouvertes pendant la guerre, étaient murées ensuite. Les
portes civiles de la muraille théodosienne eurent les mêmes noms que
celles de Constantin. On les distinguait seulement entre elles par
l’attribut de Vieille et de Nouvelle. Cette appellation a subsisté
jusqu’à nos jours et plusieurs portes sont qualifiées de «Nouvelles»
(_Yeni_), bien qu’elles soient couvertes d’inscriptions très anciennes.
Il est facile aujourd’hui de retrouver l’emplacement de ces portes,
qui sont encore fort bien conservées. Mais il est plus malaisé de les
désigner exactement par leur nom, car les plans et ouvrages, édités au
cours des siècles, ne s’accordent pas sur les noms. Cette confusion a
induit en erreur plusieurs auteurs, pour ce qui touche, entre autres,
les portes de Charisios et de Caligaria, qui ont été le théâtre de
grands événements historiques et qui ont par la suite fait l’objet
de longues discussions. Les portes murées, en effet, désorientèrent
beaucoup les topographes, qui ne savaient pas au juste quel emplacement
assigner à chacune des portes citées par séries dans les ouvrages
historiques.
[Illustration: Pl. 15.
SAINTE-SOPHIE.--Porte en bronze.
MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Chapiteau avec croix de l’église Khora.]
Du côté de la terre ferme les portes avaient les situations suivantes:
1º _Aurea Porta_ (Porte Dorée), (_Yaldizli Kapou_):
Cette porte, percée dans le mur de Théodose, avait autrefois la forme
d’un arc de triomphe à trois arcades; celle du centre, destinée au
passage du cortège triomphal de l’Empereur, était monumentale.
L’entrée de cette porte était ornée de statues parmi lesquelles
on remarquait la statue d’Hercule, le supplice de Prométhée et un
bas-relief représentant une victoire sur Maxime. La grande rue
triomphale qui traversait la ville pour conduire à l’Augustéon, partait
de cette porte.
A leur retour de campagne, les empereurs y passaient en triomphe pour
pénétrer dans la ville. Exclusivement réservée aux entrées solennelles
des empereurs, elle n’était point accessible au peuple, qui traversait
le passage ouvert à quelques pas au nord, et qu’on nommait la Petite
Porte, tandis que pour l’en distinguer, on appelait Grande Porte la
porte comprise dans le château des Sept-Tours.
«D’après les topographes modernes, dit le Dr Mordtmann, la petite porte
dorée aurait été ouverte après la conquête ottomane. Mais l’insertion
de l’arc construit en briques, au niveau des briques des murs
anthémiens, est un témoignage irrécusable de son origine byzantine.
De plus, au-dessous de la voûte se trouve l’aigle byzantine en marbre,
emblème que les Turcs n’auraient certainement pas fait figurer là, mais
qu’ils ont laissé subsister, de même qu’ils ont respecté les images
dans les églises converties en mosquées.»
2º _Porta Pentapyrgii_ (Porte des Cinq-Tours), (_Yedi Koulé Kapoussou_):
Cette porte était la porte civile du château du Pentapyrgion; elle
fut appelée plus tard Heptapyrgion (Sept-Tours), après qu’un des
Cantacuzène eut ajouté deux autres tours en 1350. Le château des
Sept-Tours répond à peu près au style de l’époque byzantine; il était
connu alors sous le nom de Cyclobion. La forme actuelle remonte à
l’époque du Sultan conquérant.
Au-dessus de la porte, à l’intérieur, on aperçoit une aigle byzantine
sculptée sur une plaque et enclavée dans le mur.
3º _Porta Pegana_ (porte de Pigi), (_Silivri Kapoussou_):
Sur la façade Est de la tour méridionale anthémienne de cette porte, on
voit l’inscription suivante:
«Cette porte de la fontaine vivifiante, protégée par Dieu, fut
réparée avec le concours et aux frais de Manuel Bryenne Leontaris, le
loyal serviteur de l’empire des très pieux empereurs, Jean et Marie
Paléologue, au mois de mai 6946 = 1438.»
4º _Porta Melandisia_ (_Mevlevi Hané Kapoussou_):
Les nombreuses inscriptions qui la garnissent l’identifient avec
l’ancienne porte de _Rhegium_; on l’a aussi nommée porte de la Faction
Rouge ou _Porta Roussii_. A l’intérieur de la porte, on voit quelques
inscriptions, desquelles le nom de la faction a été enlevé au moyen du
ciseau.
«Victoire à la fortune de Constantin, notre seigneur protégé par Dieu
et par la [faction rouge].»
C’est la même porte, dit M. Dethier, à laquelle Igor fixa son bouclier
en 912, comme signe que les Rhos (Moscovites) reçus hospitalièrement à
Eyoub comme mécréants, auraient le droit d’entrer dans la cité.
5º _Porta Ayos Romanos_ (Porte Saint-Romain), (_Top Kapou_):
Cette porte, surtout, est célèbre dans l’histoire; elle a été appelée
_Top Kapou_ par les Turcs, parce que le Conquérant avait installé son
grand canon en face d’elle.
6º _Porta Aya Kiriaky_ (Porte des Avares), (_Soulou Koulé Kapoussou_):
Cette porte actuellement murée était ainsi appelée du fait que les
Avares s’en étaient servis pour entrer dans la ville.
7º _Porta Charisii_ ou _Porta Myriandrii_ ou _Polyandrii_ (porte
d’Andrinople), (_Edirné Kapoussou_):
L’emplacement de cette porte a toujours fait l’objet des plus vives
controverses. Quelques-uns ont cru qu’elle devait se trouver à la place
de la porte d’_Egri Kapou_. Mais plusieurs topographes nous démontrent
que cet emplacement est loin d’être correct. Le Dr Mordtmann ayant
étudié les différentes inscriptions qui ornent cette porte, la situe au
lieu dit aujourd’hui, _Edirne Kapoussou_.
8º _Porte de Constantin_:
Actuellement murée. Elle se trouve à environ quarante pas vers le sud
du point où les murs prennent la perpendiculaire, après avoir formé un
angle près du palais de Constantin.
_Cerca Porta_ (porte du cirque). Selon quelques chroniqueurs, les
Ottomans seraient entrés pour la première fois dans la ville par cette
porte, négligée pendant le siège. «Les savants, dit M. Dethier, qui
prennent pour paroles d’évangile tout ce que les auteurs contemporains
racontent, se sont évertués à trouver cette porte, l’un par-ci, l’autre
par-là, sans réfléchir que chaque tour offrait de petites portes de
sortie, sans parler d’une quantité de _pylidia_ dans les murailles. Ce
n’est pas là le seul récit que de tous temps, même de nos jours, on
raconte pour se placer comme invincibles et pour ne pas convenir que
l’ennemi a été le vainqueur en règle.» Mais si, selon les topographes
modernes, il existait deux portes de Constantin, l’une appelée porte A
et l’autre porte B, il faut chercher la porte du cirque ailleurs qu’à
l’endroit indiqué sur la carte.
9º _Porta Caligaria_ ou _Ayos Yannis_ (porte de Saint-Jean), (_Egri
Kapou_):
Cette porte donnait accès au quartier de Caligaria.
10º _Xylina Porta_ (_Aïvan Seraï Kapoussou_):
Cette porte, qui est la dernière sur les murs terrestres, ne conduisait
pas directement dans la ville. Elle ne servait qu’aux communications de
la partie littorale de la ville avec la route arrivant du Cosmidion.
Elle fut détruite dernièrement, en même temps qu’une tour et une partie
des murs qui reliaient le mur héracléen à la mer. Le quartier qui
était situé dans la partie du littoral de la ville, entre la mer et
les murailles, était appelé τὸ μέροσ τοῦ Κυνηγοῦ, mais il faut bien
distinguer cette appellation de celle du théâtre des combats de bêtes
fauves situé sur la pointe du Seraï.
11º _Poterne de Saint-Callinique_:
Était célèbre du temps des Byzantins comme lieu d’exécution des
condamnés.
A côté de la _Xylo Porta_, il y a une porte qui mène directement à
l’Ayasma des Blaquernes. Cette porte n’a été ouverte que lorsque la
porte des Blaquernes eut été définitivement close.
[Illustration: Pl. 16.
MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--(Ancienne église de Khora.)]
VI.--LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA CORNE D’OR
Les murs de la Corne d’Or ne se trouvaient pas tout à fait au bord de
la mer. Un assez large espace les séparait du rivage.
En partant de Xylo Porta, les portes de la Corne d’Or étaient situées
comme suit:
12º _Porta Palati_ ou _Cynegii_ (porte du palais des Blaquernes),
(_Balat Kapoussou_):
Cette porte était appelée jadis _Basilica Porta_ ou Porte impériale.
Pendant la conquête, c’était Lucas Notaras qui la défendait. Hamza,
amiral Turc, passa par cette porte pour entrer dans la ville.
13º _Porta phari_ (_Fener Kapoussou_):
Sur le promontoire où se trouvait cette porte, s’élevait jadis le phare
de la Corne d’Or. C’est à cet endroit seulement que les murs maritimes
étaient doublés.
14º _Porta Petrii_ ou _Sidero Porta_ (_Petri Kapoussou_):
Cette porte est mentionnée pour la première fois par l’Alexiade sous
le nom de porte de Fer. Les croisés, ainsi qu’une partie des Turcs,
pénétrèrent dans la ville par cette porte. De là jusqu’à la porte
du Phare, un second mur s’étendait, formant une enceinte intérieure
appelée le château de _Petrion_.
Cette enceinte renfermait de nombreux couvents et églises. Il faut
bien distinguer le Petrion ou Petria, qui doit son nom à l’église
de Saint-Pierre, du quartier de Palea Petra (ancien Petra) siège de
nombreuses églises et qui se trouve près de _Balat_ dans le quartier de
_Kesmé Kaya_ (rocher argileux).
15º _Porta Aya Teodosi_ (ancienne porte de Sainte-Théodosie), (_Eski
Aya Kapoussou_):
Le nom de cette porte vient d’une église qui s’appelait _Aya Theodosia_
(actuellement Gul Djami). Là reposent les restes du seïd Mehmed,
Segban-Bachi du Conquérant.
16º _Yeni Aya Kapoussou_:
Cette porte fut ouverte par les Turcs après la prise de Constantinople.
On voit encore non loin d’elle les ruines d’une ancienne église
byzantine.
17º _Porta Puteae_ (_Djubali Kapoussou_):
Appelée ainsi par les Turcs, du nom d’un chef de l’armée arabe nommé
Ali, qui fut fait prisonnier pendant l’invasion arabe.
18º _Porta Platea Mesa_ ou _Farina_ (_Oun Kapan Kapoussou_):
Ainsi appelée à cause de la disposition du terrain des quartiers qui se
trouvaient derrière elle, Plateia (plaine). Quant à l’appellation de
_Mesa_ (milieu) elle vient de ce que cette porte se trouvait à égale
distance des extrémités des murailles de la Corne d’Or.
19º _Porta Drungarii_ (_Odoun Kapoussou_):
D’après M. Diehl, la Porta Drungarii correspondait à _Zindan
Kapoussou_, mais c’est à la place d’Odoun Kapoussou qu’il faut la
chercher. Derrière cette porte se trouvait le quartier des Vénitiens,
renfermant les églises de Saint-Marc et de Sainte-Marie.
20º _Porta juxta quam est ecclesia Precursoris_ (_Zindan
Kapoussou_).
21º _Porta Peramatis_ (_Balik Bazar Kapoussou_).
22º _Porta Ebraiki_ (porte des Juifs), (_Tchifut Kapoussou_ ou _Yeni
Djami Kapoussou_):
La partie du littoral qui se trouvait derrière cette porte était
appelée Zeugma (trajet), parce que le trajet de Galata s’accomplissait
par là. Ce nom a été remplacé plus tard par celui de Pérama.
23º _Porta Neorii_ ou _Porta Eugenii_ (Eugène), (_Bagtché Kapoussou_):
Cette porte séparait le quartier des Vénitiens de celui des Pisans.
Son nom provenait, dit-on, d’Eugénius, un des sénateurs qui y avait
son palais. C’est par elle que toutes les marchandises entraient dans
la ville et elle était une des plus importantes de la Corne d’Or. Une
des extrémités de la grande chaîne qui barrait la Corne d’Or était
attachée[31] à une des tours, voisine de cette porte. Là se trouvait
aussi le quartier des Arabes, qui correspond actuellement aux environs
de la station de chemin de fer de Sirkedji.
24º _Porta Aya Barbara_, (porte de Sainte-Barbe), (_Top Kapoussou_):
Cette porte se trouvait sur la pointe du Séraï près de Saint-Démétrius.
[31] L’autre extrémité de la chaîne était attachée
en face, sur les rives de Galata, à une autre tour
située près d’un castel que l’on surnomme actuellement
_Kourchounlou Mahzen_.
VII.--LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA PROPONTIDE
25º Après la porte d’Aya Barbara venait une autre porte appelée par les
Turcs _Deïrmen Kapoussou_, qui conduisait au couvent de Saint-Georges.
La tour des Manganes se trouvait au nord de cette porte. Cette tour
était le point d’attache de la chaîne qui barrait jadis le Bosphore.
Elle était située en face du rocher de Damalis. D’après Nicétas, Manuel
Comnène avait fait construire sur ce rocher une tour appelée alors
_Arcla_.
26º _Porta Ayos Lazaros_:
Cette porte était appelée aussi porte de l’Hodigitria. C’est par là
qu’on montait vers Sainte-Irène.
27º _Porta Palatii Imperialis_.
28º _Porta marina_ (_Tchadladi Kapou_):
Cette porte, qui se trouve près du port de Julien, est appelée par les
Turcs _Tchadladi-Kapou_ (porte fendue); elle fut en effet fendue par un
tremblement de terre en 1532. A quelques pas sur la mer, subsistent des
ruines qu’on suppose être celles de l’ancienne maison de Justinien. On
y rencontre des substructions de voûtes et un large mur qui formait la
limite occidentale du grand palais.
Tout près de cette porte, à l’entrée d’un égout, on voit actuellement
deux colonnes. Les inscriptions qui y sont gravées permettent de
rattacher ces piliers au piédestal qui portait jadis la statue de
Justinien à l’Augustéon.
29º _Porta Contoscali._ Ici le mur tourne vers l’intérieur et, après
avoir formé un rectangle, arrive de nouveau à la mer.
30º _Porta Vlanga_ (_Vlanga Kapoussou_).
31º _Porta Ayos Emilianos._
32º _Porta Psamathia_ (_Samathia Kapoussou_):
Ainsi appelée à cause du rivage sablonneux.
33º _Porta Ayos Yannis_ (_Narli Kapou_):
Son nom provenait du couvent de Saint-Jean-Baptiste du Stoudion
(_Imrahor djamissi_); on l’appelle actuellement Porte aux grenades, à
cause des grenadiers qui y poussaient en abondance.
L’inscription qu’on peut lire sur la tour octogonale de cette porte
témoigne qu’elle a été construite par Manuel Comnène Porphyrogénète.
CHAPITRE III
L’ART ET LES ÉDIFICES BYZANTINS
I.--L’ART BYZANTIN