La grève qui a éclaté parmi les employés des postes et télégraphes de
plusieurs des grandes villes de la Russie, à commencer par
Saint-Pétersbourg et Moscou, a donné lieu à certains épisodes assez
pittoresques. Nulle autre ne pouvait avoir d'inconvénients aussi graves.
Il fallut en toute hâte s'efforcer de les atténuer dans la mesure du
possible. Des télégraphistes militaires assurèrent, tant bien que mal,
le service des appareils télégraphiques. Pour les besognes plus aisées,
la distribution des lettres, la confection des plis, on eut recours aux
_garodovoïs_, ou gardiens de la paix, aux _dvorniks_, ou portiers, qui
sont aussi sous la dépendance de la police. Le service, comme on pense,
laissa quelque peu à désirer, ainsi confié à des gens privés de toute
expérience professionnelle. Mais le plus curieux, ce fut de voir des
personnalités appartenant à la meilleure société, au monde de la cour,
venir, avec une jolie crânerie, mettre à la disposition de
l'administration leur bon vouloir et tout leur temps libre.
Et c'est ainsi que Mlle Zinovief, fille de l'ancien adjoint au ministère
de l'Intérieur, précisément chargé de la direction de l'administration
postale, le prince Obolensky, le prince Kotchoubey, le comte Mordvinof,
bien d'autres encore, des officiers, de hauts fonctionnaires, vinrent
prendre, dans les bureaux ou aux guichets, la place des employés
défaillants.
MA CANDIDATURE A L'OPÉRA, par Henriot.
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