LE GÉNÉRAL EN CHEF MENOU, AU GÉNÉRAL BONAPARTE, PREMIER CONSUL.

CITOYEN PREMIER CONSUL,

Le 10 ventôse, cent cinquante bâtimens anglais paraissent devant

Alexandrie et Aboukir; parmi eux neuf ou quinze vaisseaux de ligne;

total, trente-deux bâtimens de guerre de toutes les grandeurs; le

doute sur le nombre des vaisseaux de ligne vient de ce qu'ils ont

des vaisseaux de la Compagnie des Indes et des vaisseaux de 50; on

croit qu'ils ne sont armés qu'en flûte, mais ils les mettent en

ligne.

Le 13 ventôse, arrive au Caire la nouvelle de l'apparition des

Anglais. À cette époque, l'Égypte était menacée de quatre côtés

différens: dans la mer Rouge, par les troupes anglaises de l'Inde;

du côté de Salêhiëh, par l'armée ottomane; à Damiette, par une

flotte de la même nation; à Alexandrie, Aboukir et Rosette, par les

Anglais. Mourâd-Bey devenait aussi très inquiétant, car il est

vraisemblable que, dans cette lutte, il se rangera du côté le plus

fort. À cette époque, les troupes françaises du cinquième

arrondissement, qui comprend Alexandrie, Rosette et Bahirëh,

consistaient dans les 61e et 75e de ligne, les 3e et 18e dragons,

avec une artillerie de campagne assez nombreuse.

Le 13 au soir, partent du Caire le 22e chasseurs à cheval, la 4e

légère, la 18e et la 69e de ligne, sous les ordres du général de

division Lanusse et du général de brigade Silly. La 25e de ligne,

qui était dans le Delta, reçoit ordre aussi de se porter à Rosette,

pour de là marcher où le jugerait nécessaire le général Friant.

Le 17 ventôse, les Anglais débarquent à Aboukir, sur le même point

où avaient débarqué les Turcs en l'an VII. Le général Friant leur

offre la plus vive résistance en les chargeant à la baïonnette et en

dirigeant le feu de son artillerie avec beaucoup de justesse; il tue

ou met hors de combat deux mille hommes aux ennemis; mais, accablé

par le nombre, il est obligé de se retirer sur les hauteurs de

Canope, et de là, sur celles qui sont entre le camp des Romains et

le lac Maadiëh.

Le 18, arrive le 22e régiment de chasseurs; le 19, les trois

demi-brigades commandées par les généraux Lanusse et Silly.

Les 18, 19, 20 et 21, escarmouches et commencement du siége

d'Aboukir par les ennemis; ils le battent par terre et par mer.

Dans la nuit du 17 au 18, le général Friant avait expédié un

courrier au Caire, pour y apprendre ce qui s'était passé. Dans la

nuit du 20 au 21, le courrier arrive au Caire.

Le 21, le général en chef, malgré la position où se trouvaient

Souez, Salêhiëh et Damiette, menacés par l'ennemi, se détermine à

partir avec toute l'infanterie et la cavalerie, sauf la 9e de ligne

et la 22e légère, qu'il laisse pour défendre le Caire et les

frontières de la Syrie. Il envoie ordre au général Rampon de se

rendre sur-le-champ à Rahmaniëh avec quinze cents hommes et son

artillerie; il envoie aussi ordre au général Donzelot de descendre

de la Haute-Égypte au Caire avec la 21e légère.

Le 21, le général en chef se met en route avec la 13e, la 85e et la

88e de ligne, un détachement de la 21e, qui était depuis long-temps

au Caire, le 7e de hussards, le 14e, le 15e et le 20e de dragons.

Le 22, les ennemis viennent attaquer les généraux Friant et Lanusse,

qui, après un combat très vif, se replient sur les hauteurs en avant

de la porte de Rosette. L'ennemi se retire aussi sur les hauteurs

entre le camp des Romains et le lac Maadiëh, où il commence à se

retrancher. L'ennemi a perdu dans cette journée à peu près mille à

douze cents hommes. Les troupes françaises y ont aussi beaucoup

perdu; elles se sont battues comme des lions, mais les dispositions

n'ont pas été faites telles qu'elles devaient être; le général

Lanusse n'a fait battre ses troupes que partiellement, au lieu de

réunir leurs efforts.

Le 24, le général en chef arrive à Rahmaniëh; il y attend le 25 le

général Rampon, et le 26 il part pour Birket, où le rejoint le

général Rampon; le 28 il arrive à Alexandrie après une marche des

plus pénibles, ayant été obligé d'aller traverser le lac Maréotis,

par-delà le Marabou, la chaussée de Réda étant occupée par l'ennemi.

Le 29, le général en chef fait ses dispositions; le 30, à trois

heures et demie du matin, il attaque les ennemis dans leur position

entre le camp des Romains et la pointe du lac Maadiëh. Le combat a

été terrible pendant six heures de temps; mais, citoyen Premier

Consul, ceux qui depuis long-temps voulaient l'évacuation de

l'Égypte ont donné dans cette mémorable journée des preuves de leur

inaltérable malveillance. Les troupes du centre et la cavalerie ont

fait des prodiges de valeur; elles ont percé deux fois les deux

lignes ennemies, sont entrées dans leurs redoutes; mais n'étant

secondées ni par la droite ni par la gauche, elles ont été obligées

de se retirer avec beaucoup de perte. L'infanterie du centre était

commandée par les généraux Rampon, Zayoncheck et Destaing; la

cavalerie, par les généraux Roize et Boussard. Le général Destaing a

eu le bras cassé, Roize a été tué dans le camp ennemi, Boussard a eu

deux coups de feu et un coup de baïonnette.

À la gauche, commandée par le général Lanusse, les troupes se sont

montrées avec le plus grand sang-froid; mais, mal dirigées par ce

général, elles n'ont rien fait de ce qui avait été ordonné. Il en a

été de même pour la droite, commandée par le général Reynier.

À la fin de l'affaire, sur les neuf heures du matin, le général

Lanusse a eu la cuisse emportée par un boulet perdu; il est mort le

soir même: le général Silly, un des plus braves et des plus honnêtes

hommes de l'armée, a eu aussi la cuisse emportée, mais il va bien.

À la droite, le général Baudot a eu aussi la cuisse emportée par un

boulet perdu: il est mort de sa blessure.

À neuf heures et demie, voyant que tous les efforts étaient

inutiles, le général en chef a ordonné la retraite, qui s'est faite

avec le plus grand ordre. L'armée française est venue reprendre sa

position en avant de la porte de Rosette; les ennemis ont gardé la

leur.

Une grande quantité d'officiers de l'état-major et de chefs de corps

ont été tués ou blessés; presque tous ont été démontés. Le général

en chef a eu aussi un cheval tué sous lui.

Sir Ralph Abercrombie, général en chef de l'armée ennemie, est mort

de ses blessures, ainsi qu'un autre de leurs généraux, sir Kerry;

deux autres ont été blessés, ainsi que M. Smith.

Tous les aides-de-camp du général en chef se sont conduits avec la

plus grande distinction; l'aide-de-camp du général Murat, qui était

venu apporter des dépêches d'Ancône, a été tué à côté du général en

chef.

La perte des ennemis et celle des Français a été à peu près la même,

quinze cents hommes hors de combat de part et d'autre.

Le lendemain de la bataille, 1er germinal, les malveillans ont

cherché à exciter du mouvement dans l'armée; les troupes ont été

inébranlables; ils ont écrit au Caire, mandant que tout était perdu,

et qu'il fallait tout évacuer, tout vendre à quelque prix que ce

fût. Le général en chef, instruit à temps, a rassuré tout le monde,

excepté les gens qui, par faiblesse ou malveillance, ne se rassurent

jamais.

Le général en chef a fait retrancher de la manière la plus forte la

position en avant de la porte de Rosette; elle est presque

inattaquable.

Le fort d'Aboukir s'est rendu le 17 ventôse.

Les ennemis ont marché sur Rosette; le fort s'est rendu après une

très belle défense, et le Boghaz a été forcé par les canonnières

anglaises; mais elles ne pourront pas remonter le Nil, vu le peu

d'eau qui y existe aujourd'hui.

Le général en chef a envoyé le général Lagrange pour couvrir

Rahmaniëh avec environ quatre mille hommes. Il est posté sur le bord

et sur la rive gauche du Nil, à mi-chemin de Rahmaniëh et Rosette.

Les Anglais ont leur position à deux lieues au-dessus de cette

place; ils ont leur droite appuyée au lac d'Edko, et leur gauche au

Nil.

Les Anglais, qui se croient tout permis, ont coupé, du côté de Béda,

la digue qui contient les eaux du lac Maadiëh; la mer s'est répandue

dans tout l'espace qui formait autrefois le lac Maréotis, et de là

dans une vallée qu'on croit s'étendre jusqu'auprès de Derne. Le

général en chef a fait sur-le-champ porter à bras d'hommes et sur

des prolonges d'artillerie, des bateaux qu'on a placés sur le lac

Maréotis; ils servent à entretenir la communication avec Rahmaniëh:

la cavalerie peut passer dans environ trois pieds d'eau. On

construit aussi des pontons qui porteront du canon, pour s'opposer

aux canonnières que l'ennemi pourrait porter sur le lac Maréotis. On

s'est servi, pour exécuter cette mesure, d'un ancien canal creusé

pour faire passer les galères du port dans le lac Maréotis; il est

entre le mamelon et le fort des Bains.

Une portion de l'armée des Osmanlis est arrivée à Salêhiëh.

Deux vaisseaux anglais sont entrés dans la mer Rouge.

Vous voyez, citoyen Premier Consul, quelle est la position de

l'armée française en Égypte: le général en chef vous promet qu'il se

battra jusqu'à la mort, et qu'il rendra à jamais mémorable la

défense des Français en Égypte, s'ils ne reçoivent pas de secours.

L'amiral Gantheaume, sorti de Brest vingt et un jours avant _la

Régénérée_, partie de Rochefort, aurait pu être arrivé ici avant

l'apparition des Anglais. _La Régénérée_ n'a mis que dix-sept jours

dans sa traversée. Si l'amiral Gantheaume était arrivé, les Anglais

ne seraient plus aujourd'hui en Égypte: il a été vu à l'entrée de

Toulon le 30 pluviôse; c'est _le Lodi_ qui en a fait le rapport.

Quelle fatalité a donc retardé la marche de l'escadre française?

Le général en chef ne peut trop se louer des capitaines de vaisseau

Villeneuve, Richer et Barré; eux et leurs marins s'emploient

partout.

_Résumé._

Les Anglais sont maîtres d'Aboukir et de la presqu'île, jusqu'à la

pointe du lac Maadiëh à leur gauche, et le camp des Romains à leur

droite.

Ils sont maîtres de toute la côte, depuis Aboukir jusqu'à Rosette

inclusivement; ils se sont emparés du fort Julien et du Boghaz; leur

position de ce côté est à deux lieues en avant de Rosette.

Les Français sont maîtres d'Alexandrie jusque vers les hauteurs qui

sont à un quart de lieue en avant de la porte de Rosette; leur camp

retranché est assis sur ces hauteurs: ils sont maîtres de Rahmaniëh,

et ils ont un corps considérable au-dessous de cette place, à quatre

lieues de Rosette et vis-à-vis des Anglais; ils sont encore maîtres

de Bourlos, Damiette, le Caire et de tout le reste de l'Égypte.

Mourâd-Bey est à Miniet. Que feront les Osmanlis? cela est encore

très incertain.

Le général en chef a nommé deux lieutenans-généraux, afin de

comprimer tous les malveillans; ce sont les généraux Friant et

Rampon.

Le général en chef prendra peut-être le parti de renvoyer en France

tous ces malveillans, qui ont juré haine à leur pays. Dans les

circonstances difficiles, il faut employer les grands remèdes.

Ci-joint l'ordre de bataille donné le 29 au soir, à Alexandrie, à

tous les généraux de l'armée. Une note explicative fera connaître ce

qui a été exécuté et ce qui ne l'a pas été.

Salut et respect.

_Signé_ MENOU.

(Nº 2.)

NOTES DU GÉNÉRAL ***,

SUR LA SITUATION DE L'ARMÉE D'ÉGYPTE,

DEPUIS LA FIN DE L'AN VII JUSQU'AU 12 FLORÉAL AN IX.

Les lettres écrites au Directoire exécutif par Kléber,

Damas, Dugua, Tallien, Poussielgue, etc., attestent la haine

qu'on portait à Bonaparte, et le désir de le voir anéanti.

Discours injurieux tenus à la mémoire de Bonaparte.

Lorsque le général Kléber prit le commandement de

l'armée d'Orient, à la fin de l'an VII, il ne put

cacher la jalousie qu'il portait à la gloire de son

prédécesseur. Tous les établissement faits par celui-ci

furent changés, et le système de guerre qu'ont signalé

d'éclatans faits d'armes en Égypte et en Italie fut

rebuté. Une rivalité entre les généraux ayant fait les

campagnes d'Italie, et ceux qui avaient combattu dans

le Nord et sur le Rhin, s'établit alors. Dès ce moment,

plus d'unité dans l'armée, qui se divisa en deux

partis.

Bonaparte, devenu premier consul, irrita la jalouse ambition

de Kléber. Il ne tenta rien moins que d'engager l'armée à

se déclarer indépendante, pour lutter contre le premier

consul.

Le général Kléber, zélé protecteur des détracteurs de

Bonaparte, manifesta bientôt le désir et le projet de

ramener l'armée en France et d'abandonner l'Égypte sans

en tirer aucun avantage; c'est en conséquence de ces

dispositions que la capitulation d'El-A'rych fut

signée.

Après la reddition d'El-A'rych, le commandant reçoit en

rentrant un grade supérieur et une gratification de 10,000

fr.

Mutinerie des troupes excitée à Damiette et à Alexandrie. La

solde arriérée de huit mois.

Les moyens employés pour avoir des prétextes

justificatifs d'une telle conduite, n'ont pu échapper,

même aux moins clairvoyans.

À la bataille de Mattariëh, si les troupes eussent été

abandonnées à leur impulsion ordinaire, il ne retournait pas

un Turc en Syrie; la méthode théorique employée dans cette

affaire, permit au contraire à cette armée de reprendre

l'offensive peu de temps après.

La mauvaise foi du cabinet de Saint-James a sauvé

à l'armée française la honte de l'évacuation, en

l'obligeant de reconquérir l'Égypte sur les Osmanlis,

maîtres d'une partie des forts, et répandus dans la

ville du Caire.

Plusieurs parlementaires sont envoyés et reçus par terre et

par mer.

L'impossibilité de renouer des négociations avec

succès, était assez démontrée par la perfidie des

Anglais, et par le sentiment des forces de l'armée.

Cependant le général Kléber, fidèle à son plan, chercha

les moyens de se rapprocher des Anglais pour traiter de

nouveau, et leur laisser l'Égypte.

Arrivée du chef de brigade Latour-Maubourg et du général

Galbo.

Des ordres exprès du gouvernement vinrent déranger son

projet; mais pour cela il ne s'obstina pas moins à

partir lui-même avec quelques uns de ses plus zélés

partisans. Un défaut de combinaisons et des

circonstances particulières l'en empêchèrent.

Réquisitions faites en nature, en bestiaux, et accompagnées

des plus dures vexations.

Les Cophtes employés à ces recouvremens.

Pendant qu'on se disposait ainsi à abandonner la

conquête de l'Égypte, et qu'on flattait les troupes de

l'espoir de rentrer dans leur patrie, l'administration

du pays était totalement négligée, ou remise à des

agens dignes de leur ministère.

Prétexte de mauvaise volonté ou d'intentions hostiles

supposées aux habitans pour piller impunément des villages.

Les habitans du pays furent souvent exposés aux

extorsions des commandans militaires, qui, appuyant de

la force des armes les prétentions des agens

particuliers, et croyant leur départ prochain,

pressuraient d'autant pour en retirer le plus possible.

Il avait été retiré de l'Égypte plusieurs millions, et

jamais il n'y avait un sou disponible pour la solde.

Malgré ces avanies et ce qu'on retirait en avances sur

le myri des villages, la solde de l'armée était

arriérée de près d'un an, et les principaux chefs

d'administration étaient créanciers du gouvernement de

sommes considérables.

C'est dans cet état de choses en Égypte que le général

Kléber fut assassiné par un émissaire du visir.

L'armée vit avec plaisir la bonne résolution de son nouveau

chef.

Le commandement échut alors au général Menou, qui,

fidèle à l'honneur et à son pays, prévint l'armée, par

une adresse, qu'il ne ferait rien d'indigne d'elle, et

qu'il n'agirait que d'après les ordres du gouvernement.

Propos indécens tenus par quelques individus.

Les partisans de l'évacuation trouvèrent dans le

nouveau commandant un antagoniste sévère, aussi

cherchèrent-ils à jeter de la défaveur sur toutes ses

opérations.

Le général Menou sentit la nécessité d'extirper les

grands abus d'administration militaire et civile, et

d'y suppléer par des réglemens sages.

Réforme des commissaires des guerres.

Les fournitures de subsistances représentées par une

indemnité en numéraire. Les hôpitaux bonifiés, les corps

chargés de leur habillement.

Fixation des droits faciles à recouvrer sans être à charge aux

paysans. Les Cophtes ne sont plus chargés des recouvremens.

Les commandans militaires chargés de surveiller la perception

sans pouvoir rien exiger.

Une réforme fut ordonnée dans l'administration

militaire, et un système organisateur, en assurant la

subsistance et la solde de la troupe, détermina la

quotité d'impositions, à laquelle seraient assujettis

les habitans, en les déchargeant des avanies et

extorsions sous lesquelles ils gémissaient depuis trop

long-temps.

Contentement général des habitans sur ce changement.

La confiance succédait alors à la crainte, et les

communications entre les habitans et les Français

furent sincères et faciles.

Les administrateurs réformés, accoutumés à grossir leur

bourse du produit de leurs extorsions, et ne pouvant

continuer, cherchèrent à sauver leur fortune en se

joignant aux partisans de l'évacuation.

Écrit relatif à Daure, promu au grade d'inspecteur général

aux revues.

Des lettres anonymes furent écrites, et peignirent le

général Menou sous les plus noires couleurs.

La masse de l'armée resta inaccessible à toutes les

dissensions, et on s'acharna davantage en raison de la

résistance qu'on éprouvait à l'ébranler.

Les troupes sentaient trop bien l'avantage du nouveau

système, aussi restèrent-elles toujours attachées, par

l'estime la mieux méritée, au général qui, après

l'avoir fait solder de ses arriérés, lui assurait une

bonne subsistance, et cherchait tous les moyens de lui

être avantageux en remplissant les intentions du

gouvernement.

L'opinion inébranlable de l'armée convainquit les

propagateurs de l'évacuation et ses partisans, réunis

par d'autres motifs, qu'ils ne pouvaient la détacher de

son chef.

Les généraux Reynier, Damas, Lanusse, Verdier: le premier,

jaloux du commandement de l'armée; le deuxième, tenant au

système d'évacuation, et peut-être encore plus au trésor de

Kléber.

Le troisième, soupçonné d'avoir toléré des dilapidations,

avait été relevé du commandement d'Alexandrie; où il avait

introduit des officiers anglais dans les fêtes.

Le quatrième, d'une immoralité reconnue et par ses vexations

commises dans le Delta et ailleurs.

Et tous les quatre, irrités de ne pouvoir plus abuser de

leur autorité pour se procurer de l'argent par des moyens

peu délicats, s'étaient, avec leurs partisans, déclarés les

antagonistes du général qu'ils avaient même résolu de faire

arrêter; ils avaient en conséquence attiré dans leur parti

les chefs de brigade Pepin et Goguet.

Des hommes marquant par les premiers grades militaires,

et fatigués de l'inaction peu lucrative où ils étaient

réduits, levèrent enfin le masque, et se présentèrent

chez le général pour lui demander raison des changemens

qu'il avait établis dans l'administration, et pour

l'engager à rétablir les choses dans le même état

qu'elles étaient avant qu'il prit le commandement de

l'armée.

La réponse ferme et positive du général Menou, étonne les

réclamans.

Le général en chef, étonné d'une démarche qui pouvait

avoir les conséquences les plus fâcheuses, et assuré

des bons effets du nouveau mode d'administration,

répondit positivement qu'il ne changerait rien de ce

qu'il avait ordonné, parce qu'il n'avait rien fait qui

ne fût conforme aux intérêts de l'armée et du

gouvernement. Il promit en même temps de laisser leur

procédé ignoré.

Le premier consul ayant confirmé le général Menou dans le

commandement de l'armée, les dissidens se taisent, n'ayant

plus de prétexte à lui opposer.

Ce parti, désespéré de n'avoir pu arracher au général

Menou l'estime, la bienveillance de l'armée, la

confiance et le respect des habitans, ne s'obstina pas

moins à poursuivre sa chute, et crut en assurer le

succès, en faisant manquer les opérations militaires si

l'ennemi se présentait.

Des Anglais, sous prétexte de négoce, voyageaient en Égypte;

ils pouvaient être suspectés d'espionnage.

Le moment parut favorable, et vraisemblablement ces

dissensions le devancèrent.

Les dissidens attendent l'arrivée d'une armée ennemie pour

entraver et faire échouer les opérations militaires du général

en chef.

Les Anglais rassemblaient des troupes à Rhodes, et le

visir, réunissant des troupes en Syrie, menaçait

l'Égypte.

Les troupes avaient été rassemblées au Caire pour s'assurer de

leurs bonnes dispositions, et pour empêcher la propagation du

système d'évacuation, en leur en montrant le ridicule par la

réunion des forces qu'on pouvait opposer aux ennemis du

dehors.

Les rapports de Syrie apprirent qu'un corps de dix à

quinze mille Turcs était posté à El-A'rych, et que le

gros de cette armée était prêt à se mettre en marche.

Pour prévenir les mouvemens de cette armée turque, et

la battre avant qu'elle mit le pied sur le terrain

cultivé, des troupes furent réunies au Caire; on tira à

cet effet des détachemens de Damiette et d'Alexandrie.

La saison des débordemens n'était pas encore venue, on

ne devait pas craindre les Anglais.

L'armée d'Orient était répartie le 10 ventôse comme il

suit:

_Dans la Haute-Égypte._

2 bataillons de la 21e légère, avec le général Donzelot.

_Salêhiëh_, _Belbéis_, _le Caire_, _Boulac et Gisëh_.

4e légère. } Le général en chef.

1er bataillon de la 21e légère. } Le général de division Lagrange,

22e légère. } chef de l'état-major général.

9e de ligne. } Belliard, commandant le Caire.

13e de ligne. } Galbo, adjoint de la place.

18e de ligne. } Duranteau, _idem._

69e de ligne. } Reynier, général de division.

85e de ligne. } Robin, général de brigade.

88e de ligne. } Baudot, _idem._

1 bataillon de sapeurs. } Lanusse, général de division,

4 régim. de cavalerie. } Silly, général de brigade.

Les guides. } Valentin, _idem._

Les Cophtes, Grecs et Syriens. }

_Le Caire, Boulac et Gisëh._

} Samson, général du génie.

1,000 hommes et 200 chevaux } Bertrand, _idem._

venus d'Alexandrie } Songis, général d'artillerie.

et de Damiette. } Fautrer, _idem._

Les dromadaires. } Roize, général de cavalerie.

2 compagnies d'artillerie } Boussard, _idem._

légère. } Bron, _idem._

Le parc d'artillerie. } Damas, Destaing, Alméras et Morand.

_Alexandrie et Aboukir._

61e de ligne. } }

75e de ligne. } Moins 500 hommes et } Le gén. de

3e de dragons. } 100 chevaux détachés } division

18e de dragons; } au Caire. } Friant.

1re comp. d'artill. légère. } }

_Rosette, Rahmaniëh et le Delta._

1 bataillon de la 75e. Le général Zayoncheck.

2 bataillons de la 25e. Le général Délegorgue.

_Damiette et Lesbëh._

2e légère. } Moins 500 hommes et } Le gén. de

32e de ligne. } 100 chevaux détachés } division

20e dragons. } au Caire. } Rampon.

1re comp. d'artill. légère. } }

Une flotte parut à la vue d'Alexandrie le 10 ventôse;

on signala cent trente-cinq voiles ayant le cap à

Aboukir. Elle mouilla dans la baie le 11. Le général

Friant expédia aussitôt des courriers au Caire et à

Damiette pour prévenir de ce mouvement. Les courriers

arrivèrent le 13 à leur destination. Le général Friant

prit position sur les hauteurs d'Aboukir avec les

troupes de la garnison d'Alexandrie; le général

Zayoncheck fut posté à la Maison Carrée, entre Rosette

et Aboukir, avec un bataillon de la 75e et le 3e

régiment de dragons.

Deux bataillons de la 25e, détachés dans le Delta,

reçurent l'ordre de se porter sur Rahmaniëh, avec

soixante-dix chevaux du 20e.

La division Lanusse partit du Caire avec un régiment de

cavalerie, pour marcher sur Aboukir à grandes journées.

Le général Rampon rassembla toutes les troupes sous ses

ordres à Damiette, pour être prêt à exécuter tout

mouvement. Les détachemens tirés d'Alexandrie et de

Damiette partirent du Caire pour rejoindre leur

division à marches forcées; celui de Damiette y arriva

le 18 ventôse, avec le général Morand.

Par les rapports ultérieurs, le général Friant assurait

qu'il n'y avait pas de troupes de débarquement sur

cette flotte, et qu'il répondait de repousser toute

tentative sur le rivage.

Ensuite de cette assurance, le mouvement des troupes en

marche fut retardé; le régiment de cavalerie aurait pu,

sans ce retard, arriver le 17 à Aboukir.

Le général Zayoncheck avait prévenu le général Friant de ce

mouvement.

L'ennemi, sans montrer ses troupes, faisait des

manoeuvres pour rapprocher ses bâtimens, et exerçait

journellement ses chaloupes.

Mémoires du comte Reynier ... Campagne d'Égypte, deuxième partie · 第 21 / 26 段