Titre créé pour lui.
LE 7 JANVIER 1595.
Antoine de Brichanteau, _marquis de Nangis_. Les Brichanteau furent
qualifiés _seigneurs de Nangis_ jusqu'à Henri III.
Jean de Beaumanoir, _marquis de Lavardin_. Avant 1586 les Beaumanoir
n'étaient qualifiés que de _seigneurs de Lavardin_.
François de la Magdelein, _marquis de Ragni_. Ce nom ne se trouve pas
dans _Moréri_.
Charles de Choiseul, _marquis de Praslin_. Son père, mort en 1569, ne
prenait que le titre de _seigneur de Praslin_.
LE 7 JANVIER 1597.
Urbin de Laval, seigneur de Bois-Dauphin, maréchal de France, _marquis
de Sablé_. On ne voit pas dans _Moréri_ d'où lui vient _Sablé_.
Jacques Chabot, comte de Charni, etc., _marquis de Mirabeau_. L'aïeule
de Jacques Chabot, Françoise de Longin, se qualifie simplement _dame de
Mirabeau_, en 1526. François Chabot, son fils, prit le premier le titre
de _marquis_.
Louis de l'Hospital, _marquis de Vitri_, fils de François l'Hospital,
_seigneur de Vitri_, en 1540.
Pons de Lauzières, Thémines, Cardaillac, marquis de Thémines, fils de
Jean, seigneur de Thémines, en 1576.
Antoine d'Aumont de Châteauroux, _marquis de Nolai_, fils de Jean IV,
_seigneur de Nolai_, en 1562.
LE 3 JANVIER 1599.
René de Rieux, seigneur de Sourdéac, _marquis d'Oixant_, fils de René,
possesseur de l'_Île d'Ouessant_, érigée en _marquisat_ en 1599.
Brandelis de Champagne, _marquis de Vilaine_. (Ne s'est pas trouvé dans
_Moréri_.)
Jacques de l'Hospital, _marquis de Choisi_, fils de Jean de l'Hospital,
qui prenait le titre de _comte de Choisi_, en 1547.
François-Juvénal des Ursins, _marquis de Trainel_. (Voyez l'article
_Christophe_, ci-dessus page 97.)
EN 1618.
René du Bec, _marquis de Vardes_, fils de Pierre du Bec, _seigneur de
Vardes_.
Henri, vicomte de Bourdeilles, _marquis d'Archiac_. (Ne s'est pas trouvé
dans _Moréri_.)
Jean-Baptiste d'Ornano, _marquis de Montlor_, tenait cette terre de sa
femme, Marie de Raymond, née _comtesse de Montlor_, morte en 1626.
Henri de Beaufremont, _marquis de Sennecey_, fils de Claude de
Beaufremont, _baron de Sennecey_, mort en 1596.
Charles d'Augennes, _marquis de Rambouillet_. (Ne s'est pas trouvé dans
_Moréri_.)
Louis de Crevant, _vicomte de Brigueil_, _marquis d'Humières_. Sa femme
était fille de Jacques, _sire d'Humières_. Il tenait d'elle ce
marquisat.
Léonor de la Magdeleine, _marquis de Ragni_. (Ne s'est pas trouvé dans
_Moréri_.)
Melchior, Mitte de Miolans, _marquis de Saint-Chaumont_, fils de Jacques
Mitte, _seigneur de Saint-Chaumont_.
Nicolas de Brichanteau, _marquis de Nangis_. Son aïeul Nicolas,
_seigneur de Nangis_, mourut en 1562.
Nicolas de l'Hospital, _marquis_, puis duc _de Vitri_, petit-fils de
François de l'Hospital, _seigneur de Vitri_, qui vivait sous le règne de
François Ier.
Jean de Souvré, _marquis de Courtenveaux_. (Voyez l'article _Gilles_, à
la page précédente.)
Louis de la Marck, _marquis de Mauni_. On voit _Mauni_ qualifié de
baronnie en 1538.
Charles, _marquis_, puis duc de _la Vieuville_. Ce fut en faveur de son
père Robert que la terre de _Sy_ fut érigée en _marquisat_ sous le nom
de _La Vieuville_, vers 1580 ou 1600.
Louis d'Aloigny, _marquis de Rochefort_, est le premier de sa famille
qui ait pris le titre de _marquis_ de Rochefort; avant lui ce n'étaient
que les _seigneurs_.
Alexandre de Rohan, _marquis de Marigni_. On ne trouve pas ce titre de
_Marigni_ dans ceux de ses prédécesseurs.
Antoine-Hercule de Budos, _marquis de Portes_. (Ne s'est pas trouvé dans
_Moréri_.)
EN 1625.
Antoine Coiffier, dit Ruzé, _marquis d'Effiat_, petit-fils de Gilbert
Coiffier, _seigneur d'Effiat_, etc., trésorier en 1538.
LE 14 MAI 1633.
François-Annibal d'Estrées, _marquis de Coeuvres_, petit-fils de Jean
d'Estrées, _seigneur de Coeuvres_, etc. Mort en 1567.
Henri de Saint-Nectaire, _marquis de La Ferté-Nabert_. Son père François
était _seigneur et comte de La Ferté-Nabert_. Mort en 1588.
René aux Épaules, dit de Laval, maréchal de camp, _marquis de Nesle_.
C'est le troisième fils de René II qui, ayant épousé la fille de
Bertrand-André de Mouchi, _marquis de Montcarvel_, et de _Marguerite aux
Épaules_, dite de Laval, _marquise de Nesle_, prit le nom de _marquis de
Nesle_ en 1648.
Guillaume Simiane, _marquis de Gordes_. Un Charles-Jean-Baptiste de
Simiane, mort en 1677, était petit-fils de Bertrand de Simiane,
_seigneur de Gordes_.
François de Nagu, _marquis de Varennes_. (Ne s'est pas trouvé dans
_Moréri_.)
Urbain de Maillé, _marquis de Brézé_, fils de Charles de Maillé,
_seigneur de Brézé_, marié en 1597.
Charles de Livron, _marquis de Bourbonne_. (Ne s'est pas trouvé dans
_Moréri_.)
Louis, vicomte, puis duc d'Arpajon, _marquis de Sévérac_, fils de Jean
IV, _baron de Sévérac_.
François de Wignerot, _marquis de Pont-Courlai_, fils de René Wignerot,
_seigneur du Pont de Courlai_.
Charles de La Porte, _marquis_, puis duc _de La Meilleraye_, fils de
Charles de La Porte, qui acquit _la terre_ de _La Meilleraye_.
Gabriel de Rochechouart, _marquis de Mortemart_, petit-fils de René de
Rochechouart, _baron de Mortemart_, mort en 1587.
Hector de Gelas et de Voisins, _marquis de Laberon et d'Ambres_. (Ne
s'est pas trouvé dans _Moréri_.)
Henri de Beaudeau, comte de Peralen, _marquis de Lamothe-Sainte-Éraye_.
(Ne s'est pas trouvé dans _Moréri_.)
Jean de Mouchi, _marquis de Montcarvel_, né _seigneur de Montcarvel_,
etc.
Roger Duplessis, seigneur de Liancourt, _marquis de Guercheville_. Dans
l'article qui le concerne, le nom de _Guercheville_ ne s'est pas trouvé.
Charles de Saint-Simon, seigneur Duplessis, depuis _marquis de
Saint-Simon,_ fils puîné de Titus, _seigneur de Saint-Simon_, mort en
1609.
EN 1642.
Antoine de Villeneuve, _marquis de Trans_. _La baronnie de Trans_ fut
érigée en _marquisat_ l'an 1505. C'est la première terre en France
décorée de ce titre avec enregistrement au parlement. (_Moréri_, t. X,
p. 314 et 632.)
EN 1661.
Jacques d'Estampes, maréchal de France, _marquis de La Ferté-Imbault_.
Son père, Claude d'Estampes, ne prenait point ce titre de _La
Ferté-Imbault_.
François-René du Bec, _marquis de Vardes_. Son bisaïeul, Pierre du Bec,
était _seigneur de Vardes_, vers 1580.
Charles-Maximilien de Belle-Forière, _marquis de Soyecourt_, descendait
sans doute de Maximilien de Belle-Forière, _seigneur de Soyecourt_.
François-Paul de Clermont, _marquis de Monglat_. Son père, Hardouin de
Clermont, avait épousé, en 1598, une fille de Robert, _baron de
Montglat_.
François de Simiane, _marquis de Gordes_. (Voyez l'article _Guillaume_,
ci-dessus, en 1633.)
Jacques-François, _marquis de Hautefort_. (Ne s'est pas trouvé dans
_Moréri_.)
François d'Espinay, _marquis de Saint-Luc_. Son père, Timoléon
d'Espinay, ne prend pas ce titre de _Saint-Luc_.
Antoine de Brouilli, _marquis de Piennes_. (Ne s'est point trouvé dans
_Moréri_.)
Jean, _marquis de Pompadour_, fils de Léonard-Philibert, _vicomte de
Pompadour_, chevalier des ordres en 1633.
Henri de Baylens, _marquis de Poyanne_. (Ne s'est point trouvé dans
Moréri.)
Jacques Esthuer, comte de La Vauguyon, _marquis de Saint-Mégrin_, fils
de Louis de Esthuer de Caussade, _comte de Saint-Mégrin_.
Jean du Bouchet, _marquis de Sourches_. La _baronnie de Sourches_ fut
érigée en sa faveur en _marquisat_ l'an 1652.
Nicolas-Joachim Ronault, _marquis de Gamaches_, fils de Nicolas Ronault,
en faveur de qui la _terre de Gamaches_ fut érigée en _marquisat_ en
1620.
René-Gaspard de La Croix, _marquis de Castries_, fils de Jean de La
Croix, _comte de Castries_, mort en 1632.
DEUXIÈME NOTE,
qui se rapporte à la page 101.
Tous les commentateurs, dit M. Aimé Martin, se sont étonnés de la
hardiesse de Molière. Sa remarque s'applique à cette phrase de l'auteur,
dans la scène 1re de l'_Impromptu de Versailles_: «Comme dans les
comédies anciennes on voit toujours un valet bouffon qui fait rire les
auditeurs, de même dans toutes nos pièces de maintenant _il faut
toujours un marquis ridicule qui divertisse la compagnie_.» «Aucun,
continue M. Aimé Martin, n'a deviné le but de ces attaques. En effet
Louis XIV, laissant tourner _la noblesse en ridicule_, offre un
spectacle singulier, et qui semble en contradiction avec la fierté de
son caractère; mais la contradiction n'est qu'apparente, _et nous
retrouvons ici la grande idée politique_ qui inspira toutes les actions
de son règne. Témoin des troubles de la Fronde, _victime des excès des
grands_, il sentit de bonne heure la nécessité de les _soumettre_, et il
le fit. Cependant l'ancien souvenir de leur puissance vivait encore
parmi le peuple; et peut-être, _comme sous la régence de Médicis, ils
auraient trouvé des secours dans les provinces contre le roi lui-même_.
Louis XIV voulut leur ôter cette dernière ressource, et Molière servit
ses projets en égayant le peuple aux dépens de ceux mêmes que
jusqu'alors il avait craints et honorés. On sait que plusieurs fois
Louis désigna à Molière les caractères _qui pouvaient le plus frapper la
multitude_. C'est ainsi que les grands perdirent peu à peu leur
influence, c'est-à-dire qu'ils partagèrent les plaisirs de la cour, et
cessèrent de la menacer. Sans doute cette politique _fut poussée trop
loin_; car le roi diminuait sa puissance en affaiblissant trop celle de
la noblesse. Mais ce n'est point ici le lieu d'examiner cette grave
question; il me suffit d'avoir essayé d'expliquer les raisons qui
portèrent Louis à protéger les attaques que Molière renouvela,
_toujours_ avec succès, dans _le Misanthrope_, _le Bourgeois
gentilhomme_, _Georges Dandin_, etc.»
Je crains bien que M. Aimé Martin n'ait voulu expliquer par un système
tout entier d'imagination, une assertion tout-à-fait imaginaire
elle-même. Je suis obligé d'attaquer et le système et la supposition sur
laquelle il se fonde, parcequ'il en résulterait que Louis XIV, au lieu
de faire servir à son despotisme l'organisation de sa maison et de sa
cour, comme je le crois, aurait interrompu le système établi par
François Ier, qui voulut faire servir l'organisation de la cour au
gouvernement de la nation.
C'est d'abord une supposition dénuée de tout fondement, et de plus
démentie par la scène même à laquelle s'applique la note du
commentateur, que Molière ait tourné la noblesse en ridicule, et par
conséquent que le roi l'_ait laissé faire_, et qu'il ait protégé les
attaques sans cesse renouvelées contre elle par le poète. Il n'a attaqué
que les marquis; les marquis seuls ont été pour lui des objets de
dérision et de mépris habituels, et les marquis n'étaient pas toute la
noblesse, et tous n'étaient pas même nobles. Molière n'a pas écrit une
ligne qui tournât en dérision ni la noblesse en général, ni les gens de
qualité, ni les ducs, ni les comtes, ni les barons, ni les
gentilshommes. S'il a attaqué quelques vices particuliers des gens de
cour, ç'a été comme ceux des autres classes de la société, au lieu qu'il
a vilipendé les marquis en général, comme marquis, comme affublés de
ridicules inhérents à la qualité de marquis. À ses yeux, la vanité et
l'impertinence sont des exceptions dans les autres classes; ce sont les
attributs inséparables de tous les marquis; c'est leur caractère propre
et distinctif, et le poète n'y fait pas d'exception. Comment donc M.
Aimé Martin a-t-il pu considérer comme une attaque contre la noblesse en
général une phrase où l'auteur parle uniquement des _marquis_? Comment
n'a-t-il pas remarqué que Molière lui-même, dans la même scène, quelques
lignes plus bas, fait sentir qu'il ne faut pas les confondre avec les
gens de qualité, dont ils diffèrent essentiellement? Il dit à Brécourt,
qui joue le rôle d'_un homme de qualité_ (voyez les _personnages_):
«_Pour vous, vous faites un homme de cour_, comme dans la _Critique de
l'École des femmes_ (il y jouait _Dorante_), c'est-à-dire que vous devez
prendre un air posé, un ton de voix naturel, et gesticuler le moins
qu'il vous sera possible.» Et quand Brécourt se représente (sc. III), il
lui reproche de prendre le ton d'un marquis: «Ne vous ai-je pas dit,
observe-t-il, que vous faites un rôle où l'on doit parler
naturellement?» Notez que le rôle de Dorante, que jouait Brécourt dans
_la Critique de l'École des femmes_, est un rôle de bon ton, de bon
goût, de bon sens. Ce n'était donc pas des hommes de qualité ou de la
noblesse en général que parlait Molière quand il disait: «Le marquis
aujourd'hui est le plaisant de la comédie, comme le _valet bouffon_ dans
les comédies anciennes.»
Le _Bourgeois gentilhomme_ est la seule des pièces de Molière où l'on
voie un comte jouant un rôle méprisable et s'abaissant à une espèce
d'escroquerie; mais le poète ne l'a mis sur la scène que pour faire
ressortir la sottise du bourgeois qui veut fréquenter les gens, de
qualité, et en second lieu l'action de ce comte est dans le genre de
celles qui, à la honte des moeurs du temps, n'étaient pas déshonorantes,
et appartenait à ce qu'on a depuis appelé des _roueries_: M. Aimé Martin
observe lui-même que c'était là la vie du comte de Grammont, qui était
fort recherché à la cour de Louis XIV et fort aimé de ce prince. Malgré
l'exemple du comte de Grammont, il n'y avait pas à la cour un chef de
grande et illustre famille qui eût voulu que ses enfants lui
ressemblassent, et pas un individu, quelque corrompu qu'il fut, qui eût
osé se plaindre du poète qui montrait des habitudes aussi condamnables
sous un aspect odieux. Molière n'affrontait donc point la cour ni la
noblesse par ce rôle, il en servait la partie saine et la plus
nombreuse.
M. Aimé Martin cite _le Misanthrope_ comme une des pièces où la noblesse
est montrée sous un jour odieux; en effet Molière y a mis en scène deux
personnages faisant métier de séduction, de corruption, de subornation.
Mais d'abord, dans les moeurs du temps de Louis XIV, ces habitudes
n'étaient rien moins que déshonorantes; en second lieu, ces deux
personnages sont qualifiés de _marquis_. M. Aimé Martin pense que l'un
d'eux représentait le _comte_ de Guiche: cela est probable; mais quand
cela serait évident, qu'en conclure, si ce n'est que Molière a attaqué
un vice répandu à la cour, mais qui n'y était pourtant pas général,
parcequ'il n'est ni de tous les âges, ni de tous les caractères, ni de
toutes les positions; un vice dont le grand nombre des gens de cour
eux-mêmes auraient été bien aises de la voir purger? En l'attaquant dans
un individu, il n'a donc pas voulu offenser toutes les personnes du même
rang; et il serait toujours remarquable qu'il eût épargné au comte sa
censure, pour la faire peser sur un marquis. Au reste, le but de la
pièce est manifestement de donner une leçon à la vanité des bourgeois
qui ont la prétention de vivre habituellement avec des grands.
Quand Molière prend ses modèles dans le tiers-état, personne ne l'accuse
d'avoir eu l'intention d'avilir le tiers-état: pourquoi aurait-il eu
davantage celle d'avilir la noblesse quand il a peint quelque vice de
gens de cour auxquels aucun chef des plus grandes familles n'aurait été
bien aise que ses enfants ressemblassent, et dont ils étaient les
premiers à se féliciter que le théâtre fît justice? Enfin s'il était
vrai que Molière eût fait le rôle de son _marquis Clitandre_ pour
représenter le comte de Guiche, parcequ'il était l'amant de sa femme,
que Célimène fût sa femme même, et enfin que dans le rôle d'Alceste il
eût voulu exhaler ses propres chagrins, comment chercher dans la
politique de Louis XIV, et dans des vues politiques quelconques, le
principe de cette belle composition? Et toujours il faudrait remarquer
l'attention de charger de ses griefs un _marquis_, au lieu d'un homme
autrement qualifié, et de renvoyer, comme à leur source, tous les vices
à tous les marquis.
M. Aimé Martin cite mal à propos _Georges Dandin_ comme une des pièces
où la noblesse est maltraitée. Cette pièce ne livre au ridicule que
l'excessive et extravagante vanité d'un gentilhomme de campagne, dont
l'_aïeul_, _Bertrand de Sottenville_, _fut si considéré dans son temps
que d'avoir permission de vendre tout son bien pour le voyage
d'outre-mer_, et la sottise du bourgeois qui épouse sa fille.
Dans Pourceaugnac, l'auteur a voulu faire ressortir la vanité du noble
de petite ville, privé de toute éducation, qui rougit d'être pris pour
un légiste, ne veut pas s'être abaissé jusqu'à faire _son droit_, et
assure que quelques mots de chicane, qui lui sont échappés très à
propos, _sont des mots qui lui viennent sans qu'il les sache_, et
_présume qu'il les a retenus en lisant des romans_.
Dans l'_Avare_, Molière attaque la vanité de ces _larrons de noblesse_,
de ces imposteurs qui _tirent avantage de leur obscurité, et s'habillent
insolemment du premier nom illustre qu'ils s'avisent de prendre_.
Dans l'_École des femmes_, il livre au ridicule un bourgeois qui se
_débaptise_, quitte le nom d'Arnolphe pour celui de _monsieur de La
Souche_, et d'un vieux tronc pourri de sa métairie veut faire dans le
monde un nom de seigneurie; ou un certain gros Pierre,
Qui n'ayant pour tout bien qu'un seul quartier de terre,
Y fit tout à l'entour faire un fossé bourbeux,
Et de monsieur de l'Isle en prit le nom pompeux.
Dans M. Jourdain, il berne le bourgeois qui veut être gentilhomme,
marier sa fille à un marquis, et si on le fâche, à un duc.
Dans _les Précieuses_, il fait servir le marquis de Mascarille et le
vicomte de Jodelet à punir la vanité des bourgeoises qui ne veulent
faire société qu'avec des gens de qualité. Il n'y a dans tout cela que
des leçons pour la roture vaniteuse et rien contre la noblesse.
Si Molière n'a point attaqué la noblesse, il ne faut pas chercher à
expliquer d'où il a tiré l'audace de l'attaquer; on n'a aucune raison de
supposer l'autorisation, ni les ordres de Louis XIV, ni de chercher les
motifs de cette autorisation chimérique. Et quand il serait certain que
ce prince a autorisé l'attaque de la noblesse, ce ne pourrait être par
les raisons que M. Aimé Martin a malheureusement rencontrées. Jamais
Louis XIV n'a été _victime des excès des grands_; jamais il n'a eu la
plus faible raison de les craindre; il les a toujours vus très soumis.
Le cardinal de Richelieu ne lui avait rien laissé à faire pour les
dompter; les usages et les traditions de la cour de François Ier lui
avaient apporté tout ce qui était nécessaire pour les corrompre. La
Fronde ne lui a montré que les ennemis du cardinal Mazarin. Du moment
qu'il a pris en main le pouvoir, il l'a exercé sans opposition; il a été
le plus absolu de nos rois dès qu'il a voulu régner. Il a eu la cour la
plus splendide, la plus respectueuse; il a été prodigue pour les grands
et pour ses maîtresses; il a été le maître le mieux obéi, le potentat le
plus flatté, le plus courtisé. La grande pensée de Louis XIV n'a jamais
été de dégrader sa noblesse dans l'opinion, mais de l'employer utilement
pour sa gloire au dehors, et de la faire servir au dedans à l'éclat de
sa cour et à l'ascendant de sa puissance. En un mot, lui seul a
recueilli les fruits de ce système d'opprimer l'État par la cour, et lui
a donné tout son développement. Quant aux marquis, il suffit de demander
si Louis XIV et Molière étaient moins clairvoyants que madame de Sévigné
dans l'opinion publique? l'un avait-il besoin d'une si grande pensée
politique, et l'autre d'une si haute et si puissante protection pour
mépriser ce que conspuait toute la France?
Je termine cette note par deux observations: la première c'est que
Scarron, en 1653, avant les grands éclats de Molière contre les marquis,
les a drapés dans une comédie dédiée à Louis XIV. Il fait dire à Don
Japhet:
La multiplicité des marquis m'importune;
Depuis que dans l'État on s'est remarquisé,
On trouve à chaque pas un marquis supposé.
Ma seconde observation c'est que, sous le règne de Louis XIV, Regnard a
été le continuateur de Molière relativement aux marquis. Le _marquis_ du
Joueur, ce malotru qui se donne pour homme de qualité, et qui est fils
d'un huissier du Maine et cousin d'une revendeuse à la toilette, et
d'après qui l'expression de _saute marquis_ est devenue proverbiale,
prouve que trente ans après Molière les marquis étaient, comme de son
temps, consacrés à l'amusement public, dévoués à la risée des honnêtes
gens.
EXTENSION DU NOUVEAU SYSTÈME DE MAISON
ET DE COUR
ÉTABLI SOUS FRANÇOIS Ier;
LES NOBLES MULTIPLIÉS, ET AFFILIÉS À LA COUR COMME
DOMESTICITÉ ET COMME SERVICE DE CHEVALERIE.
La gradation des offices de la maison, leur distribution suivant la
noblesse des extractions, et la gradation des titres à la cour,
produisirent des effets importants: le premier fut de créer des
patronages graduels en faveur de toutes les classes de nobles et de
leur donner pour clientelle les classes respectivement inférieures, ce
qui commença le système d'influences et d'ascendants dont nous aurons
à parler à la suite; le second fut d'exciter les ambitions et les
vanités dans la noblesse de tous les degrés. Comme il y avait dans la
maison des places à différentes élévations, chaque noble en vit
quelqu'une à sa portée, et tous crurent pouvoir aspirer à devenir
partie du service d'honneur ou du service noble. Mais l'ambition des
charges d'honneur à la cour ne put pas être une maladie générale, ce
qui le fut réellement ce fut celle du service anoblissant ou de
lettres de noblesse qui commencèrent alors à porter l'empreinte de
brevets pour un service de cour.
Le changement qu'éprouva la charge de valet de chambre, qui d'office
noble devint service roturier, mais anoblissant, l'anoblissement d'un
grand nombre d'autres offices dans le service de la chambre, dans celui
de la garde-robe, dans celui de la table, firent gagner jusque dans le
tiers-état l'ambition d'entrer dans la maison du roi. Les riches
bourgeois portèrent leurs regards sur la porte qui leur était ouverte à
l'entrée de cette maison du roi, où tant de splendeur était jointe à
tant de volupté, où l'imagination et les sens s'enivraient de tant de
délices. Quel ravissement de voir dans cette maison, qui rassemblait la
plus haute noblesse de France, une source d'anoblissement! quel charme
de sentir qu'on pouvait, en se dégageant de la classe des petits, se
trouver au milieu de ce qui existait de plus grand! L'anoblissement dans
cette maison du roi semblait être une émanation directe de la cour la
plus magnifique, et le gage d'une sorte d'affiliation. Quel appât pour
la vanité du tiers-état! Mais je ne parle point encore ici de l'effet
moral et politique de cette innovation; je veux seulement remarquer
l'extension qu'elle reçut aussitôt qu'elle eut lieu, mais plus encore
sous les règnes suivants.
Nous avons dit que le roi en anoblissant son valet de chambre lui avait
donné le titre d'_écuyer_: cette formule d'anoblissement n'avait jamais
été usitée; c'était un principe que le titre d'écuyer, comme celui de
chevalier, s'acquéraient par la seule voie de l'investiture. Les lettres
d'anoblissement jusqu'à François Ier avaient dit: Nous vous anoblissons
et vous rendons habile à recevoir le titre d'écuyer. Mais la noblesse
ayant rebuté le titre de _valet_, parcequ'il avait été donné à des
officiers bourgeois, et que par là il avait cessé d'être synonyme de
celui d'écuyer, le roi ne voulut pas que la déchéance de son _valet de
chambre_ fût une dégradation; ce fut par cette raison qu'en lui donnant
le titre de valet de chambre il lui donna celui d'écuyer, et régla qu'il
ferait son service l'épée au côté. Il voulut établir que si les deux
titres avaient cessé d'être identiques, ils étaient néanmoins restés
très compatibles.