[Note 33: La Roque, dans son Traité de la Noblesse, cite le sire

de Joinville comme sénéchal du roi de France et comme faisant

partie de la cour de France. C'est une erreur. On voit dans les

mémoires de Joinville, qu'il refusa de prêter serment à Louis IX,

parcequ'il était sénéchal du comte de Champagne, et par là son

vassal lige.]

Les fonctions et prérogatives politiques et judiciaires dont nous venons

de parler n'empêchaient pas les fonctions domestiques propres à chaque

office.

Le sénéchal, qui représentait le comte du palais de la première race,

qui, sous Charlemagne, était l'économe de la maison, et s'appelait aussi

_præpositus regiæ mensæ_, et quelquefois _dapifer_, retint ce dernier

nom au commencement de la troisième. Dapifer signifie littéralement

_celui qui apporte à manger, qui le met sur la table_: c'était en effet

une des fonctions de son office, mais ce n'était pas la seule; le

dapifer était de fait, comme sous Charlemagne, _préposé à la table du

roi_, et il était chargé de régler tout ce qui regardait le service de

la bouche, excepté les boissons, qui étaient sous l'autorité de

l'échanson, _Buticularius_. Une prérogative de l'échanson était de

présider la chambre des comptes. L'échanson avait été créé par

Charlemagne; il n'en était pas question sous la première race; il

continua sous la troisième. Sous Philippe Ier, le dapifer fut nommé

majordome de la maison royale, _major domûs regiæ_; maître du royaume,

_major regni_; sa charge était la première de la couronne. Sous le règne

de Philippe-Auguste, il fut qualifié de souverain maître du palais[34].

Louis XI le nomma grand-maître de France, soit par contraction de

grand-maître du palais ou de la maison du roi de France, soit par

opposition au titre de grand-maître de la maison d'un grand vassal de la

couronne; peut-être aussi parcequ'il espérait faire illusion sur

l'abaissement des places par l'élévation des titres. Le titre de

grand-maître de France est resté à l'office de maître de la maison du

roi. Dès le commencement de la troisième race, ses fonctions domestiques

consistaient à régler tout ce qui regardait la table du roi; il avait la

garde des clefs du palais; il y maintenait la propreté, l'ordre et la

police; et pour y remplir ces diverses fonctions, il avait autorité sur

les hommes qui en formaient la garde. Il commandait seul à tous les

officiers du service de bouche; de plus, il avait juridiction sur

plusieurs métiers qui avaient rapport au service de la bouche, tels que

les bouchers et les charcutiers. Cette juridiction constituait

essentiellement son fief, et l'obligeait _à la foi et à l'hommage_

envers le roi, ce qui était la condition des fiefs; pour les offices non

inféodés, les officiers se bornaient à _prêter serment_ de fidélité,

sans _hommage_.

[Note 34: Voyez les Ordonnances du Louvre, tom. XV, pag. 317; note

sur les lettres de Louis XI, signées par les grands officiers en

faveur des descendants d'Eudes Lemaire, dit Challo Saint-Mas, pour

un pèlerinage en terre sainte.]

Après que Louis IX eut ôté aux cinq grands officiers de la maison et

couronne le droit de délibérer sur les actes royaux, comme nous le

verrons dans un moment, le grand-_échanson_ et le _pannetier_ furent mis

sous l'autorité du _souverain maître du palais_; ils furent dépouillés

de la juridiction qu'ils avaient, l'un sur les marchands de vin, l'autre

sur les boulangers; le grand échanson perdit de plus la prérogative de

présider la chambre des comptes; et néanmoins l'un et l'autre

continuèrent à posséder leur office en fief et sous la condition de foi

et hommage.

* * * * *

Sous Philippe de Valois le comte de l'étable, qualifié alors de

connétable, étant devenu le premier officier militaire de la couronne et

chef de l'armée, l'autorité supérieure sur l'écurie du roi passa au

premier écuyer, qui alors prit le titre de grand-écuyer. Ainsi le

connétable et les maréchaux de France ses subordonnés immédiats,

cessèrent d'être officiers de la maison, pour être uniquement officiers

de la couronne; et un nouvel officier s'éleva dans la maison, mais sans

inféodation et sans juridiction; ce fut le grand-écuyer. En 1440, Louis

XI qualifia le grand-écuyer, de grand-écuyer, _de France_.

* * * * *

Le grand-chambrier, nommé _cubicularius_ sous la première race,

_camerarius_ sous Charlemagne, avait pour fonction domestique, au

commencement de la troisième race, de régler tout ce qui regardait

l'habillement de la personne du roi; et pour la facilité ou la sûreté de

ce service, il avait juridiction sur les merciers, frippiers,

cordonniers, pelletiers, fourreurs, boursiers et autres semblables[35].

Sa juridiction en 1474 s'étendait à dix-sept métiers de Paris. Il

vendait les métiers de savetier, de basanier, de sellier, de lormier,

boursellier, gantier. Le grand-chambrier avait de plus le droit ou

plutôt le devoir de surveiller les recettes et dépenses de la maison du

roi et celles de l'État. Il avait juridiction sur les comptables,

excepté ceux du service de la bouche.

[Note 35: Du Tillet pag. 412, 413, 414.]

* * * * *

À la fin du règne de Louis IX, le pouvoir politique des grands

officiers de la couronne fut réduit à ce qu'il était du temps de

Charlemagne. Ils cessèrent de signer les actes de l'autorité royale et

d'y concourir. C'est le privilége de la vertu, du talent, de la

vaillance surtout, de rendre les peuples moins soigneux des garanties

politiques qu'ils se sont données contre l'oppression. Mais les

négliger, n'est pas y renoncer. D'ailleurs Louis IX, non plus que

Charlemagne, n'avait la prétention de gouverner arbitrairement une

nation généreuse. Les grands officiers conservèrent du moins leur

indépendance, leur rang au parlement et aux assemblées nationales, leur

juridiction sur les corps de métier dont l'industrie répondait à leur

service; enfin ils demeurèrent près du trône, non plus comme censeurs,

mais comme observateurs et témoins des actes qui en émanaient.

* * * * *

Les grands officiers dont nous avons parlé subsistaient encore à

l'avènement de François Ier, mais avec plusieurs autres, tels qu'un

grand-aumônier du roi, un grand-chambellan, un grand-écuyer de France,

un grand-veneur de France, un grand-fauconnier de France.

* * * * *

Louis XI, en donnant à tous les grands officiers de sa maison civile le

titre de grands officiers de France, avait confondu les anciens grands

officiers de la maison et couronne avec les simples officiers de sa

maison.

Nous venons de voir quel était l'état de la maison, voyons quel était

celui de la cour.

Elle se composait essentiellement des grands officiers et de la famille

du prince. Du reste, peu d'affluence des grands. Les seigneurs

territoriaux n'y venaient que deux fois l'année aux cours plénières, à

Noël et à Pâques. Leurs femmes n'y venaient jamais et n'y avaient point

de rang.

Les grands officiers étaient fort éloignés de la souplesse, de

l'obséquieux, de la servilité des courtisans modernes. C'étaient de

grands vassaux gardant avec soin leur rang et leur caractère, se croyant

assez soumis et assez liants pour le monarque, s'ils n'étaient exigeants

et pointilleux; ne s'estimant pas inférieurs aux grands seigneurs

territoriaux, qui affectaient de vivre en princes dans leurs châteaux,

de ne venir à la cour que rarement, et de n'y figurer que de mauvaise

grâce[36]. Le palais du prince était le château des fiefs qui

constituaient les grands officiers; les grands officiers s'y

regardaient, comme chez eux et s'y conduisaient en conséquence. Ils

n'étaient pas nombreux. Les princes et princesses du sang, même de la

famille royale, avaient un petit nombre d'officiers.

[Note 36: Legendre, _Moeurs des Français_.]

La maison du prince, celles des princesses même, n'admettaient point de

femmes dans leur composition. Aucune femme n'avait de rang à la cour.

Anne de Bretagne fut la première qui s'entoura de filles d'honneur

qu'elle faisait élever sous ses yeux, à son exemple, dans la sagesse, la

réserve, la modestie, convenables à leur sexe.

Le roi n'avait point de maison militaire. Des gardes en petit nombre:

cent Écossais depuis Charles VII, cent _gentilshommes au bec de corbin_

ou _de faucon_ à dater de Louis XI, cent gentilshommes extraordinaires

créés par Charles VIII, composaient toute la garde du roi. Toutes les

places et dignités du clergé étaient électives; les places de la

magistrature, électives; les troupes régulières étaient peu nombreuses,

et le nombre des officiers à la nomination du roi, très borné. Enfin le

trésor public n'était point indéfiniment à la disposition du roi[37]:

c'était la chambre des comptes qui ordonnançait la distribution des

fonds pour les dépenses publiques. Le roi était borné au revenu de son

domaine et des droits domaniaux.

[Note 37: Voyez chapitre V du Mémoire pour servir à une nouvelle

histoire de François Ier, et les notes d'après Cangé.]

En deux mots, avant François Ier les rois avaient une famille, une

garde, des domestiques, de grands officiers de la couronne indépendants,

puissants même, et point de cour habituelle et permanente, si ce n'est

leur maison. La réunion des grands, qu'on appelle la cour, était un

évènement passager que signalaient de froides ostentations, de petites

rivalités entre des personnes qu'aucune liaison n'intéressait, et qui

ne devaient se revoir que rarement. Il n'existait ni esprit de cour, ni

moeurs de cour, ni nation de cour, ni patronage de cour, ni clientelle

de cour, ni domination de cour.

CHANGEMENTS

OPÉRÉS À LA COUR DE FRANCE

SOUS FRANÇOIS Ier.

APERÇU GÉNÉRAL.

François Ier donna une nouvelle organisation à la maison royale et

établit un ordre nouveau entre les courtisans. Les changements de la

maison et ceux de la cour agirent sans cesse les uns sur les autres:

l'attrait et l'ordre de la maison augmentaient le concours des

courtisans; l'affluence et l'importance des courtisans amenaient un

nouvel accroissement de splendeur et un nouvel ordre dans la maison.

D'abord le roi s'appliqua à faire disparaître les restes des

prérogatives attachées aux grands offices de la maison et _couronne_: il

écarta de ces offices toute idée de service public; il n'y souffrit que

l'esprit de domesticité. Mais, à l'exemple de Louis XI, il releva le

titre des premiers officiers de sa maison par la qualification de grands

officiers de France. Il ajouta des officiers nouveaux à tous les

services anciens; il doubla, il tripla le nombre de ceux qui en étaient

chargés. Il créa des services nouveaux. Il augmenta la maison militaire.

Il fit entrer dans les offices des nobles de divers rangs et de

diverses origines. Les officiers de la maison qui étaient égaux en

honneurs, et dont les uns ne différaient des autres qu'en ce que les

premiers entraient en fonctions quand ils étaient présents, et les

autres seulement en cas d'absence et comme suppléants des premiers,

furent subordonnés les uns aux autres: ces officiers furent placés

suivant les extractions. Le commandement devint graduel et descendit

d'office en office, depuis le roi jusqu'aux valets de chambre, aux

valets de garde-robe, aux écuyers servants et plus bas encore.

L'obéissance devint générale, la soumission inévitable, là où régnaient

la liberté et l'égalité. Les offices furent divisés en quatre classes:

une distinction s'établit entre le service d'honneur et le service

seulement noble, entre le service noble et le service anoblissant, entre

ce service anoblissant et le service roturier.

Le principal changement qu'éprouva la _maison_ fut le mélange des sexes

dans la domesticité d'honneur. Le roi fit entrer dans la maison de la

reine des filles et des dames d'honneur en nombre quadruple de celles

qu'avait admises près d'elle Anne de Bretagne, femme de Louis XII; il

établit des maisons à peu près semblables pour les princesses de sa

famille; dans toutes il multiplia excessivement les officiers: ces

maisons étaient des annexes de la sienne; il agréait ou rejetait les

personnes qui devaient les composer.

Ces innovations changèrent tout à la cour. L'affluence des grands y fut

prodigieuse. Les princes de l'église, les prélats y vinrent en foule: on

y vit jusqu'à vingt-un cardinaux en même temps; les archevêques, les

évêques n'en sortaient pas; on ne vit jamais tant de prêtres parmi tant

de femmes. Les gradations de rang et la subordination que la

multiplicité des officiers de la maison avait fait établir entre eux,

amenèrent à marquer aussi des rangs entre les courtisans sans offices, à

multiplier les titres et les honneurs qui servaient à les distinguer.

L'étiquette qui réglait les services de la maison régla aussi les droits

et les devoirs des courtisans volontaires. La cour tout entière fut

séparée de la nation par des conditions de naissance, comme l'était la

maison; d'où il arriva que plus tard la roture, la nouvelle noblesse, la

noblesse procédant d'une autre origine que les armes, furent exclues de

toute communication qui présentât la moindre apparence de relation de

société avec les personnes de la famille royale. Le roi, les princes se

les interdirent à eux-mêmes, et ne se permirent que des communications à

peu près furtives et clandestines avec les personnes de classes

inférieures qui leur étaient les plus agréables.

Quelques détails confirmeront l'aspect général sous lequel on vient de

voir la maison et la cour de François Ier.

PREMIER DÉVELOPPEMENT.

CHANGEMENTS OPÉRÉS DANS LA MAISON DU ROI SOUS FRANÇOIS Ier.--ÉLIMINATION

DES GRANDS OFFICES AUXQUELS ÉTAIENT ATTACHÉES QUELQUES FONCTIONS

D'UTILITÉ PUBLIQUE.

Deux offices avaient encore retenu quelques fonctions de la couronne,

ceux du grand-chambrier et du connétable: François Ier les fait

disparaître de sa maison.

Le grand-chambrier (_cubicularius_, différent, comme je l'ai dit, du

grand-chambellan, _camerarius_), après avoir été deux cents ans un des

signataires et des conseillers nécessaires des actes royaux, avait

conservé jusqu'à François Ier rang et séance à la chambre des pairs,

ainsi qu'aux états-généraux. Ces deux prérogatives se réduisaient à rien

sous un prince qui ne convoquait point de cour des pairs pour juger les

personnes qu'il voulait perdre, qui ne voulait pas entendre parler

d'états-généraux pour autoriser les impôts. Mais il restait encore au

grand-chambrier un droit important, c'était de surveiller les recettes

et les dépenses de la maison du roi et celles de l'État; il avait, de

plus, juridiction sur un grand nombre de professions, et il possédait

encore son office à titre de fief. Le droit de surveillance sur les

recettes et dépenses du roi était au moins importun pour un prince

prodigue; il suffisait que ce droit pût être exercé avec intégrité par

un officier inamovible, pour que le roi voulût s'en affranchir. Il y

réussit par un moyen fort simple; il donna la charge au duc d'Orléans

son fils. C'était abolir ce qu'elle pouvait avoir d'utile pour la

nation. Après l'avoir dépouillée de toute utilité, il lui était aisé de

la supprimer: son fils mourut, et il la supprima.

L'office de connétable eut à peu près le même sort. On voit dans Du

Tillet que, postérieurement au règne de Philippe-le-Long (il ne dit pas

à quelle époque), cet office avait été démembré; qu'on en avait détaché

sa fonction primitive, qui était le soin de l'écurie du roi, pour la

donner à un _grand-écuyer_, et qu'on avait constitué le connétable chef

de l'armée. À l'avènement de François Ier le connétable n'était donc

plus officier de la maison; il était grand officier de la couronne. Les

maréchaux avaient comme le connétable changé de condition; au lieu de

rester officiers des écuries du roi, ils étaient devenus assesseurs du

connétable pour le jugement des gens de guerre, et devinrent plus tard

juges du _point d'honneur_. Après le jugement ou plutôt la proscription

du connétable de Bourbon, le roi fut dix ans sans nommer à la place de

connétable: il y nomma ensuite Anne de Montmorenci; mais il devint

jaloux de ses succès, et se mettant lui-même à la tête d'une armée, il

rendit le commandement de celle qui était confiée à la valeur et à la

sagesse d'Anne, illusoire et périlleux, par la contrariété qu'il opposa

à toutes ses opérations et à tous ses desseins.

DEUXIÈME DÉVELOPPEMENT.

COMPOSITION DE LA MAISON DU ROI. ANCIENS OFFICES CONSERVÉS.

François Ier fut plus favorable aux officiers de son service qu'à ceux

du service public. Le plus considérable, quand il monta sur le trône,

était celui qui depuis Louis XI s'appelait le _grand-maître de France_.

La fonction du grand-maître de France était alors de garder les clefs du

palais, d'y maintenir la propreté et la police, d'y commander une petite

troupe pour la sûreté et le bon ordre, de régler le service de la table

du roi et de celle de ses commensaux, sans oublier la sienne. Ajoutons

qu'il avait juridiction sur plusieurs métiers, tels que les bouchers et

les charcutiers. Sa charge lui était inféodée, et il rendait foi et

hommage au roi pour en recevoir l'investiture; François Ier changea,

sans y prendre garde, l'existence de ce grand officier; et par le luxe

et le nombre immodéré des tables de sa maison et par l'accroissement de

sa garde militaire, il en fit un personnage dangereux au moins pour des

rois fainéants. Il ne fallait pas moins, dit Brantôme, que six tables à

la cour, sous François Ier, et si bien montées que rien n'y manquât; six

tables, _servies même dans les forêts et dans les villages_, quand le

roi voyageait ou allait à la chasse, _comme si c'eût été à Paris_.

Quelle troupe de subordonnés suppose un pareil luxe! et quelle

clientelle donne au grand-maître cette multitude de commensaux de divers

rangs! Sous ses ordres étaient le _maître-queux_ qui remplaçait le

_grand-queux_ ou _grand-cuisinier_, dont l'office avait été précédemment

supprimé; le _grand-bouteiller_ ou _eschanson_, et le _grand-panetier_.

Leurs offices, précédemment dépouillés de leur juridiction, l'un sur les

marchands de vin, l'autre sur les boulangers, et d'autres prérogatives

politiques, telles que la présidence de la chambre des comptes, qui

appartenait au grand eschanson, était néanmoins toujours possédés en

fief, sujets à la prestation de foi et hommage, et possédés par des

personnes de haut rang. Ajoutez les _valets_ ou _escuyers tranchants_,

les escuyers de cuisine, appelés depuis gentilshommes servants ou

collectivement le _serdeau_, les potagers, les hâteurs, les sauciers,

les pâtissiers, les rôtisseurs, etc. C'était une légion. Mais ce qui

accrut la puissance du grand-maître à un point formidable, ce fut

l'augmentation de la garde royale, qui se trouvait dans le palais sous

ses ordres et sous sa clef. En gagnant cette troupe il pouvait se rendre

maître de la personne du roi, et en faire son prisonnier. Anne de

Montmorenci, et François et Henri de Guise ont possédé successivement la

place de grand-maître de France, et ont prouvé par leur empire sur des

rois, très faibles à la vérité, combien, dans le service de cette

charge, on était plus près du commandement que de l'obéissance.

La place de premier chambellan, dénuée de tout caractère d'office

public, hérita des fonctions domestiques du grand-chambrier supprimé.

* * * * *

La place de grand-écuyer de France[38], élevée fort haut par Louis XI,

fut maintenue dans son autorité sur les écuries du roi, distraite depuis

long-temps de la charge de connétable.

[Note 38: Le grand-écuyer en 1399 grand-maître de l'écurie, sous

Charles VIII, _grand-écuyer_ (Tanneguy Du Châtel fut ainsi

qualifié), _grand-écuyer de France_ sous Louis XI (Alain Guyon

ainsi qualifié en 1440).]

* * * * *

Les offices de grand-veneur de France et de grand fauconnier de France,

dont le titre paraît dater du règne de Charles VI[39], furent aussi

maintenus dans leurs prérogatives: ils étaient possédés en fief. Le roi

donna l'office de grand-fauconnier à René de Cossé, de qui il passa à

Timoléon de Cossé, qui le possédait, dit Du Tillet, en 1616[40]; d'où

l'on pourrait conclure que ce fief était héréditaire. Il donna l'office

de grand-veneur à Claude de Lorraine, duc de Guise, père de François,

tué par Poltrot, et aïeul de Henri, assassiné par Henri III: c'est de ce

Claude de Lorraine et du cardinal, le grand ami de François Ier, que

date le pouvoir de cette famille des Guises qui devait être si funeste à

la France. La destinée de François Ier était de réunir dans sa cour les

principes de tous les maux que la France devait éprouver long-temps

après lui.

[Note 39: Du Tillet, page 240.]

[Note 40: Du Tillet, page 240.]

TROISIÈME DÉVELOPPEMENT.

AUGMENTATION D'OFFICIERS ET D'OFFICES.

Les officiers institués par ses prédécesseurs ne lui suffisaient pas: à

son avènement à la couronne, dit Du Tillet, il institua les

gentilshommes de la chambre _en nombre effréné_, et les chambellans peu

nombreux qu'il avait trouvés, furent convertis en gentilshommes de la

chambre. En 1545, il créa la charge de premier gentilhomme de la

chambre, avec les attributions dont les officiers ainsi nommés jouissent

encore; il lui donna pour cortége _ce nombre effréné de gentilshommes

ordinaires de la chambre_.

Sous le règne de François Ier on vit une multitude de pages, pages de la

chambre, pages de la grande écurie, pages de la vènerie. Ce sont ces

pages que Henri II, fils de François Ier, montrait avec tant de

complaisance à l'écuyer de l'empereur, _comme un haras qu'il estimoit

autant que ses haras de chevaux_[41]. Outre ses pages, François Ier

avait _des enfants d'honneur: ce qui était plus_, dit Hénault, _que page

de la chambre_[42].

[Note 41: Brantôme sur Henri II.]

[Note 42: Règne de Henri II, 1547.]

Nous avons vu que jusqu'à Louis XI les rois n'avaient eu de garde qu'en

guerre, et que Charles VII, son père, n'avait pour sa garde personnelle

que vingt-cinq archers. Louis XI, craintif et redoutable, avait établi

une maison militaire de quatre cents hommes, dont deux cents faisaient

_la petite garde de son corps_: Charles VIII, son successeur y avait

ajouté une garde de deux cents arbalétriers à cheval, mais Louis XII les

avait réformés. François Ier conserva la maison militaire de Louis XI,

rétablit les deux cents arbalétriers de Charles VIII, et sa vanité

enchérit ainsi sur la juste défiance de Louis XI contre des grands dont

il ne cessait d'exciter la haine.

QUATRIÈME DÉVELOPPEMENT.

SERVICE DES FEMMES AJOUTÉ À CELUI DES HOMMES DANS LA MAISON ROYALE.

Le plus grand, le plus notable changement de ceux qui furent introduits

dans la maison du roi, celui qui entraîna le plus de conséquences, fut

la composition de la maison de la reine, de celle de la duchesse

d'Angoulême, mère du roi, de celle de Marguerite de Valois sa soeur, et

des autres princesses de la maison royale, maisons qui furent annexées à

celle du roi. Anne de Bretagne avait introduit un service de _femmes_ et

de _filles d'honneur_ dans sa maison; la duchesse d'Angoulême, à son

exemple, avait aussi établi un service de femmes près d'elle. Dès avant

l'avènement de François au trône, cette complaisante mère avait eu soin

de s'entourer d'une multitude de filles jeunes et belles; mais,

différente d'Anne de Bretagne, qui élevait son jeune cortége à la vertu,

la duchesse d'Angoulême dressait ses élèves à tous les vices propres à

séduire et captiver son fils. On peut se faire une idée de leur esprit

et de leurs moeurs, par le recueil des contes de la reine de Navarre,

intitulé l'_Heptameron_; on y voit quel était le sujet habituel de leurs

entretiens. Pour connaître à fond les moeurs de ces femmes, il suffit de

savoir que les maîtresses du roi étaient au premier rang dans la maison

de la reine: Françoise de Chateaubriant, la première d'entre elles,

était dame d'honneur de sa première femme, madame Claude de France,

fille de Louis XII[43]. La duchesse d'Étampes était dame de sa seconde

femme, Éléonore d'Autriche, soeur de Charles-Quint: elle donna à _laver_

à ce prince quand il passa en France; honneur qui lui était fort envié

par Diane de Poitiers, maîtresse de Henri, fils du roi, après avoir été

la sienne.

[Note 43: Manuscrits de la Bibliothèque du roi.]

Conséquences du système de cour établi sous François 1er Première livraison contenant l'histoire politique des grands offices de la maison et couronne de France, des dignités de la cour, et particulièrement des marquis, et du système nobiliaire depuis François premier · 第 3 / 7 段