comtesse du Roure, si elles sont vraies, je me bornerai à les déplorer,
en ajoutant, pour le comte du Roure, qui fut tué, à vingt-deux ans, à
la bataille de Fleurus de 1690, que sa mémoire doit recevoir moins
d'atteinte des infidélités de sa femme, en dépit des lazzis de _la
chasse au loup_, que du lustre de sa fin glorieuse et prématurée. Une
noble mort couvre bien des accidens de ménage et peut consoler les
héritiers du nom. MM. de Montespan et de Rohan-Soubise se sont consolés
à moins.
EVANGELIUM MEDICI,
OU
MEDICINA MYSTICA.
De suspensis naturæ legibus, sive Miraculis, reliquisque ἔν
τοῖς βῖβλῖοῖς memoratis, quæ medicinæ indagini subjici possunt,
ubi perpensis prius corporum natura, sano et morboso corporis
humani statu, nec non motus legibus, rerum status super
naturam, præcipuæ qui corpus humanum et animam spectant, juxta
medicinæ principia explicantur.--A. Bernard Connor, medicus
doctor è regia societate londinensi, etc. Londini, ex sumptibus
bibliopolarum Richardi Wellington, etc., etc. (1 vol. in-8 de
200 pages, plus 38 pages de pièces diverses, 5 feuillets de
table et 8 feuillets préliminaires, avec le titre.) M.DC.XC.VII.
(1697.)
Les biographies nous apprennent que cet ouvrage, dans lequel le médecin
Bernard Connor, catholique et anglican suspect, mort à trente-trois
ans en 1698, cherche à expliquer naturellement certains miracles
rapportés dans les livres sacrés, que cet ouvrage, disons-nous, fit
beaucoup de bruit lorsqu'il parut. Aujourd'hui il n'en fait guère,
bien que le paradoxe y soit traité doctement et ingénieusement. Il est
dédié au chancelier de l'échiquier, Charles Montague. La dédicace est
suivie d'une lettre de l'auteur, en forme de préface, adressée à un de
ses amis. On remarque, en tête du livre, une permission d'imprimer,
délivrée par les censeurs de Londres Thomas Millington, Thomas Burwel,
Richard Torless, Guillaume Dawes, et Thomas Gill, dans le comité de
censure, le 9 avril 1697. La liberté de la presse, en Angleterre,
n'existait donc pas même pour les livres, neuf ans après la fameuse
révolution de liberté, opérée en 1688. Londres pas plus que Paris ne
s'est fait en un jour.
Bernard Connor construit son ouvrage sur un sophisme. Il prétend que
l'explication naturelle des faits merveilleux relatifs au corps humain
que rapportent les Ecritures est capable de ramener les sceptiques et
les déistes, en réconciliant la raison avec la doctrine des miracles.
Mais comment ne voit-il pas, au contraire, que rien n'est plus propre
à ruiner la doctrine des miracles, puisque, s'il réussit dans son
dessein, il suivra que les miracles ne sont pas des miracles? Peut-être
le voyait-il mieux que nous? Alors il était sceptique lui-même;
cependant il est mort en catholique, et rien d'ailleurs n'autorise à
soupçonner sa bonne foi.
Sa _Médecine mystique_ embrasse seize articles qui reposent tous sur
cette idée fondamentale que l'on peut accorder la réalité des miracles
avec la raison, puisqu'il suffit, pour les expliquer, d'admettre
une simple suspension des lois du mouvement. Cette assertion, qu'il
développe avec beaucoup de science et d'effort, n'est au fond qu'un
jeu d'esprit. Qu'importe, en effet, lui répondra le premier logicien
venu, que les enfans puissent naître sans pères, les corps combustibles
résister à l'action du feu, les corps privés de la vie ressusciter,
sans contredire les lois de la génération, celles de la combustion,
celles de l'organisation animale, si ces effets ont besoin, pour se
produire, de l'hypothèse que les lois du mouvement soient un instant
suspendues. Je n'ai point à examiner si vous êtes fondé à dire que
tous les effets naturels résultent des simples lois du mouvement;
si l'appareil de science dont vous entourez votre système n'est pas
seulement bon à en déguiser le vide et la fausseté; si les faits que
vous relatez sont constans; si les conséquences que vous en déduisez
sont justes; en un mot, si vous êtes bon physicien, bon naturaliste,
bon anatomiste, bon médecin; c'est assez que la suspension de ce
que vous nommez la grande loi de la nature soit nécessaire à votre
explication naturelle des miracles, pour que votre explication cesse
d'être naturelle. Les miracles restent miracles avant comme après
votre explication, ni plus ni moins. Vous en convenez vous-mêmes
implicitement, dès lors que vous concédez que celui-là seul peut
suspendre les lois du mouvement qui les a établies. Or, ce moteur
suprême, vous reconnaissez, avec tout l'univers, que c'est Dieu. Que
gagnez-vous donc à simplifier les moyens dont Dieu se serait servi pour
opérer des miracles, sinon à rendre ces derniers moins éclatans, moins
dignes de leur auteur, moins utiles à leur objet, en les rendant moins
merveilleux? Mais il est temps de considérer de quelle façon l'auteur
procède, en lui payant d'abord un juste tribut d'hommages pour la
méthode et la science qui règnent dans son livre, et qu'il faut surtout
admirer chez un écrivain s'exerçant, sur ces matières difficiles, dans
une langue morte.
Bernard Connor pose en principe que la nature humaine est régie par
deux lois générales et complexes, celle du mouvement et celle des
mœurs; ce qui suppose, dans l'homme, deux substances, l'une matérielle,
l'autre immatérielle, ou solide et impénétrable; d'où résultent les
corps organiques et les corps inorganiques. Il distingue, dans le
corps humain, trois états: l'état de santé, l'état morbide et l'état
nommé surnaturel, qui fait l'objet principal de son ouvrage. Avant
de s'enfoncer dans les ténèbres de l'état surnaturel, il observe la
constitution naturelle de l'homme, qu'il trouve formée d'esprit, de
substance animée et de substance corporelle. C'est la substance animée
qui, par le ministère des sens, met en jeu l'esprit ou l'intelligence,
source de la volonté libre ou réfléchie. La substance corporelle
produit le mouvement involontaire du cœur et de la respiration.
Remarquons ici en passant le germe de la pensée du célèbre médecin
moderne Bichat, sur la distinction de la vie animale et de la vie
organique, dans le fameux _Traité de la vie et de la mort_.
L'organisation du corps humain proprement dit, poursuit Bernard Connor,
se divise en parties intégrantes ou palpables, et en particules
élémentaires qu'on ne saurait saisir qu'à l'aide de l'analyse
chimique. Ces dernières donnent pour principes la terre, l'eau, le
sel et le soufre. De la combinaison variée et de la proportion de
ces principes, sortent la structure du corps humain, ses fluides et
ses solides, la sanguification, les trois mouvemens du sang, savoir:
le flux, la fermentation et la circulation, et enfin la sécrétion
animale et le mouvement musculaire. A l'état de santé ou naturel, il
existe un parfait accord entre les solides et les fluides par leurs
services réciproques. Si de cet état naturel on vient à observer
l'état morbide ou de nature forcée, qu'y voit-on? que l'harmonie est
troublée soit par les solides, soit par les fluides, soit par tous les
deux, quel que soit d'ailleurs le siége des maladies, dont les unes
suspendent momentanément l'usage de certaines parties du corps, comme
l'ophthalmie, la surdité, etc., etc., et les autres le détruisent,
comme la goutte, la paralysie, etc.
L'examen approfondi de ces deux états et des moyens de conserver l'un
et de corriger l'autre, par la connaissance des causes secondes,
faisant plutôt l'objet de la médecine corporelle que de la médecine
mystique, l'auteur se hâte d'arriver au troisième état du corps
humain, faussement appelé surnaturel, selon lui. Il dit faussement
surnaturel, parce qu'il n'admet de fait vraiment surnaturel que dans
la supposition de l'anéantissement des particules élémentaires servant
à la structure des corps organisés, et que le simple déplacement,
le changement de forme de ces corps n'altèrent nullement leurs
particules constituantes. Or, aucun des miracles rapportés ne suppose
l'anéantissement de ces particules; comme aussi ne saurait-on concevoir
qu'un tel phénomène pût avoir lieu, d'après la définition donnée
universellement de la matière. Restent donc, pour faits prétendus
surnaturels, relativement au corps humain, des changemens de forme,
des déplacemens, tous faits, ainsi qu'on va le voir, qui, s'expliquant
par la simple suspension des lois du mouvement, suspension émanée de
Dieu qui a établi ces lois, ne changent rien à la nature essentielle du
corps humain soumis à ces faits prétendus surnaturels.
Maintenant qu'est-ce que le mouvement? Est-ce une entité? est-ce une
substance? Non, sans doute; car un corps immobile pèse autant que le
même corps mu. (L'auteur donne ici une mauvaise raison d'une chose
vraie ou du moins très plausible, car la masse multipliée par la
vitesse augmente le poids du corps en mouvement.) Mais suivons-le. Un
corps n'acquiert ni ne perd rien, et par conséquent ne communique rien
par le mouvement, bien qu'il se meuve suivant de certaines lois, et que
les divers phénomènes que nous observons dans la formation du corps
humain, dans sa dissolution, dans l'action de ses solides et de ses
fluides, etc., soient des effets de ces lois mêmes. Le mouvement n'est
donc rien autre chose que la volonté de Dieu.
Autre question: Qu'est-ce qu'un miracle? les uns répondront que c'est
quelque effet surprenant qui dépasse les bornes de notre compréhension;
à ce compte, la germination d'un grain de blé serait un miracle!... les
autres vous diront que le miracle est un effet surnaturel produit par
un ordre exprès de la divinité, sans se mettre en peine de définir le
surnaturel, et sans songer que tout effet vient de l'ordre de Dieu.
Moi, dit à son tour Bernard Connor, je me bornerai à vous montrer
comment, par la seule suspension de ses lois du mouvement, Dieu a pu
produire très naturellement ces effets qui vous semblent renverser
l'ordre de la nature. Puisque le monde _matière_ ne saurait rien
acquérir ni rien perdre, tous les phénomènes qu'on y remarque ne sont
ni des créations ni des destructions; ce sont de simples mutations de
lieux et de figures. Supposez que Dieu suspende celle de ses lois du
mouvement qui place un tel corps en tel lieu, sous telle forme; à
l'instant tel homme va soudainement mourir, tel autre ressusciter.
Supposez que Dieu suspende celle de ses lois du mouvement par laquelle
un corps mu, venant à en rencontrer un moindre immobile, le déplace; et
vous allez voir ce faible mur résister à tout l'effort de la bombe et
du boulet.
Supposez encore que Dieu suspende celle de ses lois du mouvement par
laquelle la liqueur virile va solliciter le germe du corps humain dans
la matrice de la femme, et qu'il ne suspende pas cette autre loi qui
meut ce germe où il réside, la femme concevra d'elle-même, etc., etc.
Tout ce dixième article, relatif à la génération, qui, par parenthèse,
donne de beaucoup la plus belle part aux femmes dans l'action
génératrice, n'est pas un des moins curieux à lire.
Viennent ensuite une analyse chimique du corps humain, des observations
sur l'état de mort, sur les conditions nécessaires de la résurrection,
sur l'état de ressuscité, qui dispensera l'homme de respirer, de
manger, etc., et cela toujours en vertu des lois du mouvement. Mais
nous en avons dit au moins assez pour faire connaître cet ouvrage
systématique où brillent un savoir peu commun et un génie élevé. Il
nous reste à justifier par une citation ce que nous avons avancé du
talent d'écrire en bon latin qu'avait Bernard Connor; nous la prendrons
dans ce dixième chapitre où le sexe est traité si favorablement:
«Ex his inferre datur quantas sibi prærogativas vindicare possunt
fœminæ, præ maritis, quantoque cultu et honore liberi matres suas
prosequi deberent. Mulier enim sola totum fere generationis opus
perficit: ipsa sola semen, seu rudimenta corporis, ante viri consortium
continet; multis ærumnis obnoxia est gravida mulier; multis torminibus
in partu cruciatur; ipsa pascit fovetque in utero fœtum, et post
partum, mammarum lacte alit; unde intentior est ut plurimum matris quam
patris in liberos amor. Vir autem post unius momenti voluptatem nihil
amplius de partu cogitat, et in ipso libidinis æstu tam parum generando
fœtui suppeditat, ut vix parentis nomen mereatur.»
«Ce qui précède fait voir quelles hautes prérogatives les femmes
peuvent revendiquer sur les hommes, et quels religieux honneurs les
enfans doivent rendre à leur mère. C'est, en effet, la femme qui,
presque seule, accomplit l'œuvre de la génération; elle, toute seule,
avant d'être unie à l'homme, contient le germe et comme les rudimens du
corps humain; de pénibles épreuves l'attendent dans sa grossesse, et
mille tourmens la déchirent dans l'enfantement; l'embryon puise la vie
et la chaleur dans son sein; l'enfant nouveau-né se nourrit du lait de
ses mamelles; et de là cette tendresse maternelle si supérieure à celle
des pères pour leurs rejetons; mais l'homme, après l'instant du plaisir
de l'amour, ne songe point à ce qu'il fera naître, et dans le feu même
de ses transports il contribue si peu au mystère générateur, que c'est
à peine s'il mérite le nom de père.»
EXPLICATION
DES MAXIMES DES SAINTS,
SUR LA VIE INTÉRIEURE;
Par messire François de Salignac Fénelon, archevêque duc de
Cambrai, précepteur de messeigneurs les ducs de Bourgogne,
d'Anjou et de Berry. A Paris, chez Pierre Aubouin, libraire
de messeigneurs les enfans de France, quai des Augustins,
près l'hôtel de Luynes, avec privilége du roi. M.DC.XCVII.
(25 janvier). 1 vol. in-12 de 272 pages, plus 17 feuillets
préliminaires pour l'avertissement de l'auteur et l'extrait du
privilége.
(1697.)
Le voilà donc ce livre de l'amour pur, destiné par son auteur à devenir
le code du vrai mysticisme, composé avec tant de bonne foi, appuyé
d'une suite d'autorités si imposantes, depuis les apôtres jusqu'à
saint François de Sales, écrit avec tant de grace et d'onction, puis
tout d'un coup changé, à la voix d'un pontife intimidé, sur les
instances d'un génie austère, ombrageux et inflexible, en une source
infecte de corruption pour les ames, que tout chrétien devra fuir,
et près de laquelle devra veiller, afin d'en défendre les approches,
celui-là même qui s'était flatté, dans la sainte ardeur de son zèle,
d'en faire comme un breuvage d'initiation aux tranquilles délices de
la vie intérieure et contemplative! Certes, en lisant aujourd'hui
_l'Explication des maximes des saints_, le lecteur superficiel peut
s'étonner du bruit qu'a fait ce livre, non moins que du scandale qu'il
a causé; mais il faut percer plus avant, ne pas se croire si sage, si
cuirassé de raison, et reconnaître deux choses incontestables: l'une,
que les questions de métaphysique auront, dans tous les temps, la
puissance d'agiter la société humaine, lorsqu'elles seront traitées
avec à-propos par des esprits supérieurs; l'autre que, dans ces
matières difficiles où les plus fortes intelligences touchent, sans
cesse, leurs bornes, si elles ne les dépassent, le champ de l'erreur
et celui de la vérité risquant perpétuellement d'être confondus, les
disputes sont nécessairement violentes et interminables. Les langues
les plus logiques et les mieux faites ne suffisent point à rendre la
pensée lorsqu'elle se subtilise à un certain point, et sitôt que les
termes cessent de pouvoir être définis, la mêlée devient générale
et terrible. Que d'efforts ingénieux et patiens, que de force et de
dextérité tout ensemble l'archevêque de Cambrai déploie vainement ici
pour échapper à la confusion qu'il prévoit et redoute? Il faut peu
parler sur le mysticisme, dit-il en commençant cette controverse qui
l'a fait tant parler, de peur de servir de risée aux gens du monde,
trop éloignés des voies intérieures, et aussi pour ne point ouvrir,
aux ames tendres et exaltées, la carrière des illusions et des pieuses
folies. Aussi n'entreprend-il son livre que pour résumer la doctrine
avouée des saints sur ce sujet glissant, et non pour faire un livre.
Il prétend guider les bons mystiques par la main, entre des écueils
sans nombre, armé d'un fil et d'un flambeau sacrés; rien de plus. C'est
ainsi que, non content d'exposer dans quarante-cinq propositions, qu'il
nomme _vraies_, toute la chaîne des idées orthodoxes sur les cinq
degrés d'amour de Dieu de plus en plus épurés par le désintéressement,
depuis l'amour judaïque uniquement attaché aux biens charnels jusqu'à
cette parfaite charité où la créature s'anéantit en Dieu; sur la juste
distinction à établir entre l'objet de l'amour de Dieu, qui est la
béatitude éternelle, et les motifs de cet amour, lesquels peuvent se
nourrir de Dieu seul sans aucune idée de béatitude; sur la prudence
avec laquelle le bon mystique doit s'avancer d'un degré moindre au
degré supérieur, en suivant plutôt la grâce qu'en la provoquant; sur
la manière de considérer et de supporter les épreuves intérieures,
épreuves extrêmes (et c'est ici la clef de tout le mysticisme) dans
lesquelles une ame peut faire à Dieu le sacrifice d'elle-même sans
l'outrager; sur la façon dont se concilie, avec l'activité qui tend
sans cesse à la perfection dans les actes, l'état d'abandon et de
sainte indifférence d'une ame bercée par la confiance et l'amour;
enfin sur ces sublimités de la contemplation passive où le mystique,
parvenu _à la cime de son ame, à la pointe de son esprit_, dit
l'évêque de Genève, s'épanche et se perd en quelque façon dans la
Divinité, _faisant oraison sans savoir qu'il fait oraison_; c'est
ainsi, dis-je, qu'après avoir exprimé avec une clarté surprenante et
un charme indicible la doctrine complète des bons mystiques, dans
un petit nombre d'articles distincts et progressifs, l'archevêque
de Cambrai place, en regard de chacun de ces articles, autant de
propositions _fausses_ qu'il tire des premières, afin de montrer
à la fois la profondeur de l'abîme et la facilité, pour tous, d'y
tomber. Plan vraiment digne de Fénelon, par la pureté de sentiment
et la précision d'idées qu'il suppose. On ne saurait assez déplorer
qu'un ouvrage si bien conçu, exécuté si habilement, surtout à l'égard
du style, qui est merveilleux, n'ait servi qu'à précipiter son auteur
dans la disgrace, à compromettre, dans son adversaire, le caractère du
premier évêque de France, et à porter le trouble au sein de l'Eglise
pendant plusieurs années. MM. de Saint-Sulpice, dans l'édition qu'ils
ont donnée dernièrement des œuvres de l'archevêque de Cambrai, seule
édition complète qui ait paru jusqu'ici de ce grand écrivain, ont
retranché ce livre de leur collection. Cette scrupuleuse réserve peut
se concevoir, mais elle ne devra pas enchaîner d'autres éditeurs dont
les devoirs seront moins sévères; car, il ne faut pas le dissimuler, si
l'_Explication des maximes des saints_ est un mauvais livre, selon la
décision canonique, c'en est un admirable sous le rapport de la science
et du talent, et les ames tendres, qui cherchent leur consolation dans
l'effusion des affections religieuses, s'y exciteront toujours mieux
à la charité parfaite que dans la _Dévotion aisée_ du père Le Moine,
ou _les Allumettes du feu divin_, de Pierre Doré. Ce livre mériterait
d'ailleurs d'être réimprimé, ne fût-ce que parce qu'on ne le trouve
plus communément.
DISSERTATION
SUR
LA SAINTE LARME DE VENDOME.
(Falsitas tolerari non debet sub velamine pietatis.)
(INNOCENT III.)
Par J.-B. Thiers, docteur en théologie et curé de Vilbraye,
avec sa réponse à la lettre du P. Mabillon à l'évêque de Blois,
en faveur de la prétendue sainte Larme, et la lettre même du P.
Mabillon. A Amsterdam, 1751, 2 vol. in-12. Dédié à Mgr. de la
Vergne Monténard, de Tressan, évêque du Mans.
(1699-1751.)