Caraccioli, marquis de Vico; 2° l'Histoire de la fin tragique de
François Spiere. Ces deux opuscules ne font pas partie nécessaire
du volume, quoiqu'ils y soient insérés: nous en parlerons toutefois
ci-après. _Le Tombeau de la Messe_ fit bannir de France son auteur,
zélé calviniste, habile professeur de philosophie, qui mourut à Genève,
vers l'an 1670. L'argument du livre est scandaleux et impertinent.
Dérodon n'y parle que de couper les deux jambes au dogme de la
présence réelle, de lui arracher sa coupe des mains, de dépouiller
son corps, de l'assommer et de le mettre dans le sépulcre; c'était
beaucoup dire et mal dire. L'évènement a renversé son dessein. Son
ouvrage est composé de huit discours, savoir: le premier touchant
l'exposition des paroles sacramentelles: _hoc est corpus meum_; le
deuxième, touchant l'exposition de ces paroles: _qui manducat carnem
meam et bibit sanguinem meum habet vitam æternam_; le troisième est
contre la transubstantiation; le quatrième contre la présence réelle
de l'humanité de Jésus-Christ dans l'hostie; le cinquième contre
l'adoration de l'hostie; le sixième contre le retranchement de la
coupe; le septième contre la messe, et le huitième et dernier veut
résoudre sept objections des docteurs de Rome. Dans ces discours, dont
la forme est sententieuse et pédantesque, le style lourd et obscur,
Dérodon ne fait guère que répéter ce que ses devanciers avaient exposé
bien mieux que lui. Ce qu'il y ajoute de son chef n'est le plus souvent
que subtil. Nous en excepterons pourtant le passage de la page 115 à
la page 121, où il s'autorise de la manière dont les premiers Pères de
l'Eglise attaquaient l'idolâtrie, et les deux pages de conclusion qui
ont une forme pressante et dramatique.
LA VIE DE GALEAS CARACCIOLI,
MARQUIS DE VICO,
ET L'HISTOIRE TRAGIQUE
DE LA FIN DE FRANÇOIS SPIERE,
Mises en françois par le sieur de Lestan (Antoine Teissier).
A Amsterdam, 1682.
L'original italien de cette vie est un sieur Balbano. Le traducteur
français, qui prend le nom de Lestan, est, selon M. Barbier, un
calviniste de Montpellier, nommé Antoine Teissier qui, lors de la
révocation de l'édit de Nantes, se retira en Prusse et mourut à Berlin,
en 1715, à quatre-vingt-quatre ans, après avoir laissé plusieurs écrits
d'histoire, de philologie, de théologie et de morale, recommandables.
Le but de Teissier, dans ses traductions de la vie de Caraccioli et
de la catastrophe de Spiere, a été, comme il nous l'apprend dans sa
préface, 1° de fournir un double exemple moral par le tableau d'une
persévérance courageuse opposée à celui d'une lâche apostasie; 2°
de prouver que, dans de certains cas, le divorce est permis entre
chrétiens, d'après l'autorité des saints Pères. La destinée de
Caraccioli peut, ce nous semble, offrir un enseignement contraire à
celui que se proposent Teissier et Balbano. Cet illustre Napolitain,
doué d'un vrai mérite, opulent, heureux dans son union avec sa femme
Victoire, fille du duc de Nocera, dont il était chéri, heureux dans
six enfans dignes de lui, fils d'un père célèbre dans les armes,
honoré lui-même de l'empereur Charles-Quint, son souverain, vient à
s'enflammer pour la doctrine calviniste. Un fanatisme mélancolique
s'empare de sa raison. Bientôt il court à Genève abjurer la religion
catholique. Sa famille le conjure de revenir au moins un moment près
d'elle, dans l'espoir de le ramener. Il se rend à cet appel; une
entrevue a lieu à Vico même, sur les confins de la Dalmatie, entre cet
infortuné sectaire, son vieux père et sa femme qui se jette dans ses
bras avec ses six enfans, dont le plus jeune, fille de 12 ans, pleine
de graces et de tendresse, embrasse ses pieds en les inondant de
larmes; rien n'y fait: le fanatisme triomphe de la raison, de l'honneur
et de la nature. Galéas Caraccioli est alors maudit par son père,
abandonné de sa femme et de ses enfans, privé de ses biens. Il retourne
à Genève, se console avec les flatteries de Calvin qui tirait vanité
de cette abjuration. Sur l'avis des nouveaux docteurs, il divorce,
épouse une bourgeoise calviniste âgée de quarante ans et achève à
soixante-neuf ans, en 1586, sa triste vie dans une obscure pauvreté,
mais, il faut l'avouer, courageusement et pieusement, après avoir
plongé tous les siens dans une douleur éternelle.
Voici les vers que lui consacre son biographe; c'est payer trop cher un
quatrain. Nous ne pensons pas qu'un tel exemple soit capable de tenter
ceux qui joindront à un bel esprit des sentimens vraiment religieux et
moraux:
«Son courage est plus fort que le mal qui le tue;
»Il rit de ses propres douleurs;
»Et son ame en est moins émue
»Que les ames des spectateurs.»
L'autre exemple est si justement l'opposé du premier que, bien qu'il
soit rapporté par Sleidan, livre 1er, et par d'autres historiens,
nous le soupçonnerions volontiers apocryphe et inventé pour l'effet.
François Spiere, avocat de Padoue, avait embrassé la nouvelle religion,
vers 1548. La crainte du supplice le fit abjurer sa croyance. Il
rentra, par peur de la mort, dans le sein de l'Eglise catholique; mais,
bientôt saisi de remords et de honte, il tomba dans le marasme et
mourut en désespéré, se voyant tenaillé par les démons. Ce phénomène
doit être rare dans une religion qui n'est pas exclusive. Il est vrai
qu'à son début la réforme s'était donné les airs de l'intolérance.
TRAITEZ SINGULIERS ET NOUVEAUX
CONTRE LE PAGANISME DU ROI BOIT.
Le premier du Jeusne ancien de l'Église catholique la veille
des rois; le second, de la Royauté des Saturnales, remise
et contrefaite par les chrestiens charnels en ceste feste;
le troisième, de la Superstition du Phœbé, ou de la Sottise
du Febvé, à messieurs les théologaux de toutes les églises
de France; par Jean Deslyons, docteur de Sorbonne, doyen et
théologal de la cathédrale de Senlis; ouvrage utile aux curez,
aux prédicateurs et au peuple. A Paris, chez la veuve C.
Savereux, libraire-juré, au pied de la tour de Nostre-Dame, à
l'enseigne des Trois-Vertus. Avec privilége. (1 vol. in-12 de
346 pages et 28 feuillets préliminaires.) M.DC.LXX.
(1670.)
C'est en vain que le savant Deslyons s'autorise, pour les temps
anciens, de saint Augustin, des évêques d'Afrique, et, pour les temps
modernes, des Stappleton, des Colvenérès, des Barthélemy Pierre et de
tous les docteurs de la célèbre Faculté de Douai, nous ne saurions
concevoir la sérieuse indignation que lui cause notre banquet de la
veille des rois, avec ses cris _du roi boit_, sa fève royale et son
innocente gaîté quand elle est d'ailleurs innocente. Tant de sainte
fureur pour si peu rappelle involontairement le zèle républicain qui
aussi proscrivait les convives _du roi boit_: les extrêmes se touchent.
Que la tradition populaire, qui a perpétué chez nous cette coutume
joyeuse, ait sa source dans certaines cérémonies du paganisme, cela
peut être; mais y a-t-il là de quoi tant se fâcher? est-ce la seule
tradition païenne que les chrétiens ait conservée? n'en voit-on pas
d'autres soigneusement retracées jusque dans nos églises? est-il bien
sûr que notre liturgie soit tout entière chrétienne? nous avons ouï
dire que non. Que font, par exemple, ces chœurs de jeunes garçons
et de jeunes filles chantant des cantiques processionnellement à la
Fête-Dieu? que font-ils, à l'heure des cantiques, sous les bannières
du sacré cœur ou plutôt du jésuitisme? Cet appareil de voiles blancs,
de rubans blancs, de bouquets, de corbeilles de roses, etc., etc.;
toutes ces choses et bien d'autres sont-elles plus en harmonie avec la
gravité du culte de la croix qu'avec le _Carmen seculare_ des enfans de
Diane et d'Apollon? Nous ne disons rien de la fameuse fête des fous qui
fit si longtemps le plaisir des habitans de la Provence; il y aurait
trop à dire. Conclusion que la mauvaise humeur de l'abbé Deslyons est
mal fondée; mais son savoir l'est fort bien. Il prouve invinciblement
et surabondamment, dans son premier traité, par l'autorité des anciens
Pères et l'exemple de l'Eglise primitive, que la veille de l'Epiphanie,
ainsi que les vigiles des grandes fêtes, étaient consacrées au jeûne
et à la prière, non à la joie et aux festins; que l'Eglise grecque et
l'Eglise latine ont fidèlement observé ce jeûne, la première jusqu'à
présent, la seconde jusqu'au XIIIe siècle. Ses preuves, à cet égard,
sont sans reproches. Il les fait suivre d'une invitation aux chrétiens
de son temps de substituer du moins un jeûne de dévotion au jeûne
d'obligation qui s'est perdu, et finit ainsi sa première dissertation.
Dans le second traité, qui est aussi savant et plus amusant à lire que
le précédent, il établit, d'après Lucien, Macrobe, Athénée, Arrien,
Horace, Juvénal, Martial et Tacite, que notre festin du _roi boit_
est une dégénération peu dissimulée de la royauté des saturnales,
et repousse justement l'imputation faite, à cette occasion, aux
catholiques, par les huguenots, d'avoir sanctifié cette cérémonie
païenne, puisqu'il est avéré que le festin du _roi boit_ n'a jamais
été approuvé par l'Eglise; loin de là, qu'il a toujours été blâmé par
ses docteurs et ses prédicateurs. Citation, page 208, du livre des
_Recherches_ faites par Pirat, chapelain des rois Charles IX, Henri
III, Henri IV et Louis XIII, sur les cérémonies de la chapelle royale,
où l'on voit le cérémonial suivi à la chapelle du Louvre, sous Henri
III, pour la royauté de la fève.
Au troisième traité, l'auteur se livre à des investigations
étymologiques au sujet de la fève employée dans le gâteau des rois. La
question perd alors de son austérité. La fève vient-elle du mot Phœbé,
ou de Faba, ou d'Ephébé à cause de l'enfant qui tire le gâteau? L'abbé
Deslyons adopte l'étymologie de Faba; en quoi nous lui donnons, pour
notre part, toute raison. Il conclut que l'usage de tirer le gâteau est
une puérilité du moins, si ce n'est pas une impiété. Il a encore toute
raison ici; mais nous oserons lui répéter que si c'est un jeu puéril,
cela ne mérite pas les foudres sacerdotales.
HEXAMERON RUSTIQUE,
OU
LES SIX JOURNÉES PASSÉES A LA CAMPAGNE,
ENTRE DES PERSONNES STUDIEUSES;
Par la Mothe le Vayer, conseiller d'État. A Amsterdam, chez
Pierre Mortier, libraire. (Pet. in-12.) M.DC.XCVIII.
(1670-98.)
Ce serait un livre très amusant, et d'aventure même très utile que
celui qui représenterait, au naturel, la conversation familière
d'hommes instruits liés par une commune affection; mais ce que
beaucoup d'écrivains nous ont donné pour tel n'est rien moins que
cela. Loin de réaliser l'idée d'une causerie véritable, l'auteur y
parle presque toujours seul sous le nom de ses personnages, et ces
personnages eux-mêmes ne conversent point; la plupart du temps ils
monologuent sur des répliques bien ou mal données. C'est ce qu'on voit
dans _les Six Journées de campagne_, dites _l'Hexaméron rustique_,
où, successivement, les sieurs Egysthe (Chevreau), Marulle (l'abbé de
Marolles); Racémius (Bautru), Tubertus Ocella (la Mothe le Vayer),
Ménalque (Ménage) et Simonide (l'abbé Le Camus), tiennent le dé sans
partage. Aussi l'ouvrage est-il glacé, tout en renfermant de bonnes
pensées et plusieurs traits passablement plaisans. Cependant la réunion
promettait: La Mothe le Vayer, avec sa tête pensante et indépendante,
était propre à jeter des questions en avant, comme à les débattre;
on connaît Ménage, et l'on sait combien il pouvait mettre d'esprit
dans l'érudition; Urbain Chevreau, né en 1613 dans la patrie d'Urbain
Grandier, ancien précepteur du duc du Maine, ancien secrétaire de la
reine Christine de Suède, auteur estimé d'un tableau de la Fortune
et de ses effets, homme honnête et lettré, ayant vu tout le règne de
Louis XIII et les trois quarts de celui de Louis XIV, aurait pu fournir
son tribut d'anecdotes et de réflexions; Guillaume Bautru, comte de
Nogent, par la grace de ses bons mots, à qui ses bouffonneries de cour
avaient acquis 100,000 livres de rente, selon madame de Motteville,
eût très convenablement représenté les enfans de la grande intrigue
du monde; l'abbé Le Camus, épicurien aimable tant qu'il fut aumônier
du roi, prélat austère une fois nommé à l'évêché de Grenoble, ce qui
arriva en 1671, eût mêlé quelque peu de théologie à ces conversations;
or, il en faut dans toute conversation solide; et quant au bon abbé
de Marolles, le trop fécond et trop naïf traducteur de l'antiquité
latine, il eût été le bardot de l'assemblée pour sa joie et pour la
nôtre; mais point: Tubertus Ocella ne concevra point son _Hexaméron_
ainsi. Il parlera tout seul dans sa quatrième journée, comme ses
amis le feront les cinq autres jours, et ce sera pour démontrer, par
l'autorité graveleuse du centon d'Ausone et des Endécasyllabes de Pline
le Jeune, comment, dans sa description du fameux antre des nymphes
de l'Odyssée, Homère a prétendu faire une allusion moitié érotique,
moitié anatomique, aux parties secrètes de la femme. Voilà certainement
une folie insigne, fort cynique et peu séduisante. Les philosophes ne
devraient jamais toucher ces cordes-là, ils n'y entendent rien.
Egysthe Chevreau a mieux rencontré au premier dialogue, où il fait
voir, par de notables exemples, que les meilleurs écrivains sont sujets
à se méprendre. Ainsi, dit-il, Aristote a mis la source du Danube dans
les Pyrénées, et son commentateur Crémonin l'en excuse ridiculement
sur ce que les anciens pouvaient bien rattacher la chaîne des Pyrénées
à celle des Alpes. Bergier, l'historien des grands chemins de Rome,
commit une bévue du même ordre, en traduisant l'inscription suivante:
_Decimius médicus Clinicus chirurgus occularius_, par ces mots:
_Décimius médecin, Clinicus chirurgien oculiste_; de même, un savant
religieux italien traduisit _paroles de mauvais aloi_ par _parole
di cattivo aloes_, et le cardinal de Richelieu prit le nom du poète
Térentianus Maurus pour le titre d'une comédie de Térence. Tout ceci
nous rappelle un personnage qui se disait piqué de la Tarentaise, et
ce chancelier de France, dont parle Balzac dans son Aristippe, lequel
était si neuf, touchant certaines matières, que de chercher, sur la
carte, la démocratie et l'aristocratie, comme il eût pu faire la
Dalmatie et la Croatie.
Les méprises des grands auteurs ne sont pas toutes de cette force, il
faut l'avouer; mais il n'est aucun d'eux, Egysthe a raison de le dire,
qui, dans le cours de sa carrière, n'ait, à son tour, payé quelque
tribut à l'ignorance. Il convient de le leur pardonner, et, dans
l'occasion, de les interpréter favorablement, ainsi que le recommande
Marulle au second dialogue; toutefois, ce serait pousser l'indulgence
trop loin, ne lui en déplaise, que d'excuser leurs licences comme
leurs bévues, que de passer à Sénèque sa description des débauches
d'Hostius, à Dion de Pruse, dit Chrysostôme, l'ami de Trajan, l'éloge
qu'il fait de l'onanisme en racontant les félicités solitaires et
pourtant publiques de Diogène, éloge renouvelé par le duc d'Albe, si
nous avons bonne souvenance; lequel duc d'Albe mettait la masturbation
au rang des premiers devoirs d'un bon général d'armée. Saint Augustin
n'est pas moins blâmable, pour établir qu'Adam et Eve ne se connurent
charnellement qu'après leur péché, d'expliquer, dans sa Cité de Dieu,
comment le père des hommes, dans son état de pureté, jetait sa semence
avec la main dans l'utérus de sa compagne. Ce qui est trop nu blesse le
goût autant que les mœurs.
Il est également des bizarreries peu dignes de mémoire; telles sont
celles que rapporte Racémius Bautru, au troisième dialogue, touchant
les parties sexuelles du corps humain. Ainsi, quand Vossius prétend,
au neuvième livre de son Histoire de la Philosophie, que les organes
de la génération ne vinrent à nos premiers parens qu'après leur chute,
comme de véritables écrouelles; quand Aristote considère le membre
viril comme un animal à part; quand Charles IX, saisi par cet endroit
en jouant avec Villandry, veut punir de mort ce maladroit, et ne
lui fait grâce qu'à la prière de l'amiral de Coligny; quand le père
François Alvarez raconte que les filles d'Abyssinie portent suspendues
secrètement de petites clochettes, par manière de galanterie, comme si
l'heure du berger ne pouvait pas sonner sans cela, Vossius, Aristote,
Charles IX et le père François Alvarez ont tort, et Racémius Bautru
aussi, et peut-être nous aussi d'en faire souvenir.
Le cinquième dialogue conduit par Ménage ne présente, pour tout
fruit, qu'une critique froide des œuvres de Balzac, notamment de son
Aristippe, qu'il appelait son chef-d'œuvre. Ici Ménage ou La Mothe le
Vayer paraît avoir cédé à un mouvement de malveillance; car Balzac,
bien que trop bel-esprit, et trop dépourvu de sentiment, ne laisse pas
que d'être un homme supérieur. Les portraits de courtisans que fait son
Aristippe sont généralement vrais et parfaitement écrits. Il y flatte
un peu Louis XIII et le cardinal de Richelieu; mais la flatterie peut
tomber plus mal, et somme toute, les entretiens, les lettres et les
traités de Balzac valent bien mieux que l'_Hexaméron rustique_, ou
même que les Dialogues d'Orasius Tubero. Jamais Balzac ne fût descendu
aux puérilités du sixième et dernier dialogue de l'_Hexaméron_,
conduit par l'abbé Le Camus, dans lequel cet ecclésiastique enjoué
passe la revue des saints que les divers corps de métiers ont pris
pour patrons par forme de rébus, tels que saint Blanchard, patron des
blanchisseuses, saint Roch, patron des paveurs, saint Vaast, patron des
meuniers, l'Ascension, fête des couvreurs, saint Liénard, patron des
prisonniers, etc. L'ouvrage se termine par un éloge du scepticisme; si
c'est là où l'auteur en voulait venir, le lecteur pensera qu'il a pris
le plus long.
DE USU FLAGRORUM
IN RE MEDICA ET VENERIA,
Lumborumque et renum officio, Thomæ Bartholomi, Joannis-Henrici
et Meibomii patris, Henrici Meibomii filii. Accedunt de eodem
renum officio Joachimi Olhasii et Olaï Wormii dissertatiunculæ.
Francofurti, ex bibliopolio Daniel Paulli, 1670. (1 vol. pet.
in-8 de 144 pages, pap. fin.) (_Rare._)
DE L'UTILITÉ DE LA FLAGELLATION
Dans les plaisirs du mariage et dans la médecine, traduit de
Meibomius, par Mercier de Compiègne, avec le texte, des notes,
des additions et figures. Paris (J. Girouard), 1792, in-16. 1
vol. in-16, pap. vél, peu commun.
TRAITÉ DU FOUET,
ET DE SES EFFETS SUR LE PHYSIQUE DE L'AMOUR,
OU
APHRODISIAQUE EXTERNE,
Ouvrage médico-philosophique, suivi d'une dissertation sur les
moyens d'exciter aux plaisirs de l'amour, par D*** (Doppet),
médecin, 1788. 1 vol. in-18 de 108 pages, plus 18 feuillets
préliminaires.
HISTOIRE DES FLAGELLANS,
Où l'on fait voir le bon et le mauvais usage des Flagellations
parmi les chrétiens, par des preuves tirées de l'Écriture
sainte, etc., trad. du latin de M. l'abbé Boileau, docteur de
Sorbonne (par l'abbé Granet). Amsterd., chez Henri Sauzet,
1732. (1 vol. in-12.)
(1670--1732-88-92.)
Les orgies des savans ont toujours un côté sérieux. Voilà qu'en 1639,
dans un repas donné à Lubeck, chez Martin Gerdesius y conseiller du
duc de Holstein, auquel assistaient, entre autres convives, Chrétien
Cassius, évêque de Lubeck, et le célèbre médecin Jean-Henri Meibomius,
d'Helmstadt, on vint à parler des flagellations médicales, comme d'une
pratique ridicule et insensée. Pas si ridicule, dit Meibomius, et je
vous le prouverai. Il tint parole; de là ce traité singulier dédié
à son cher ami l'évêque de Lubeck, qui fut imprimé d'abord à l'insu
de l'auteur, et où sont accumulés, sur la foi de Cælius Aurelianus,
de Rhazès, de Menghus Faventinus, de Pétrone, du prince Pic de la
Mirandole, de Cœlius Rhodigianus, etc., etc., quantité de faits,
dont plusieurs fort cyniques, d'où ressort, dans la plus complète
évidence, la puissance qu'a la flagellation appliquée sur la région
lombaire, soit de dissiper les vapeurs cérébrales, soit d'exciter à
l'acte générateur, soit même (et ceci m'a paru plus merveilleux que
tout le reste), de rendre l'embonpoint aux corps humains exténués.
Maintenant la raison de cette puissance? un pédant rêveur la trouve
dans la conjonction des astres; Galien et Pic de la Mirandole, dans
la force de l'habitude; mais tout le monde n'a pas l'habitude d'être
fouetté, et tout le monde est plus ou moins soumis à cette action de
la flagellation; il faut donc chercher une autre cause. C'est à la
médecine et à l'anatomie que Meibomius la demande très judicieusement.
On doit lire, dans son ouvrage, les développemens qu'il donne à sa
théorie sur l'office des lombes et des reins, lequel consisterait
principalement à élaborer le fluide séminal, par l'action des esprits
que les artères et les veines ont portés dans ces parties, d'où suit
la conclusion naturelle que les moyens qui augmentent la chaleur et
la force du sang dans la région précitée y favorisent l'action de
ces esprits et l'élaboration génératrice. Comme il faut toujours
des autorités aux docteurs, Meibomius fortifie ses raisonnemens par
des témoignages tirés d'Aristote, d'Avicenne, d'Ovide, de Tibulle,
d'Apulée, des Pères de l'Eglise et d'Origène, en son commentaire du
109e verset du Psaume 37, «_mes lombes sont remplis d'illusions_.»
Il finit son traité par l'aveu que la flagellation peut, en certains
cas, servir légitimement d'aphrodisiaque; toutefois, il n'envie
l'administration de ce remède à personne: je suis de son avis.
La lettre que le médecin danois Bartholin écrit à Meibomius le fils, en
lui dédiant sa nouvelle et excellente édition du Traité de Jean-Henri
Meibomius, est un appendice intéressant de l'ouvrage, par les faits
corroboratifs qu'il contient. Il suffit ici d'indiquer ces faits et
surtout l'histoire du sieur et de la dame Jourdain, tirée des anecdotes
moscovites de Pierre d'Erlesunde, qui établit que les femmes russes
tenaient à grand honneur et plaisir d'être fouettées par leurs maris,
et que leurs maris tenaient la chose à grand usage. Ceci pouvait être
vrai en 1669, mais ne l'est certainement plus aujourd'hui.
Meibomius, le fils, répond à Bartholin une lettre semi-docte,
semi-plaisante, et se montre encore plus pénétré que son père de
l'usage dont la flagellation peut être dans la médecine.