y a de quoi, pour un adepte, commencer par où M. Simon a fini. Avant
tout, et pendant vingt années de labeur, des difficultés grammaticales
inouies entre l'hébreu ancien sans les points voyelles, l'hébreu
postérieur au IXe siècle avec les points, l'arabe, le syriaque, le
chaldéen, le cophte, le grec de la décadence et le latin barbare;
ensuite la recherche, le déchiffrage, la collation de manuscrits
rarissimes épars dans l'Europe, et partout soustraits aux regards
des curieux par des mains jalouses; étude des textes, étude des
versions, étude des commentaires depuis le Talmud, le Targum, la
Massore et d'innombrables écrits rabbiniques sans cesse opposés les
uns aux autres, depuis les _Catenes_ ou chaînes grecques, qui sont
d'anciens commentaires grecs de la Bible où l'on trouve les Pères de
l'Eglise aux prises entre eux, témoin saint Athanase aux prises avec
Théodore d'Héraclée sur les psaumes, jusqu'aux commentaires modernes
où pareillement les plus graves autorités se combattent, témoins
Alcazar et Bossuet combattant Pierre Bulenger sur le onzième chapitre
de l'_Apocalypse_, et ne voulant pas absolument reconnaître, dans Elie
et Enoch, les deux personnages désignés comme devant assister à la fin
du monde, alors que Pierre Bulenger, s'appuyant de la tradition, les
y veut absolument reconnaître; et qu'on ne dise pas que ce sont là
des minuties! il n'y a point de minuties dans la critique sacrée; on
vous y demande compte d'une préposition, d'une virgule, d'un accent,
et l'on est excusable de le faire puisqu'il s'agit de la loi des lois.
Quand vous pensez tenir votre homme avec le sens littéral (_sensus
strictus_), il vous échappe avec le sens accommodé ou théologique
(_sensus latus_); le mystique et le direct, le droit et le fait, les
opinions de l'Eglise à distinguer de ses décisions, les jugemens
privés du pape à distinguer de ses jugemens _ex cathedrâ_, l'autorité
générale des Pères à distinguer de l'autorité de ces mêmes Pères pris
individuellement, la tradition constante à distinguer de la tradition
variable, les alternatives dans les censures et les approbations,
variations dues aux temps, aux lieux, aux circonstances, aux mœurs, au
langage; tout cela vous barre le chemin, et tout cela n'est encore que
l'inévitable; que dire de l'accidentel? comment se tirer des préjugés
et des rivalités de corporations? comment vaincre ou concilier le
dominicain, le cordelier, le jésuite, le janséniste? comment subjuguer
les passions de l'hérésiarque? c'est là pourtant ce que les critiques
sacrés entreprennent de faire. Aussi ne le font-ils point, et se
consument-ils, à la file, dans des luttes acharnées qu'éclairera encore
le dernier jour du monde. Une réflexion en finissant: il faut avouer
qu'il était dur de soumettre aux controversistes la liberté et la vie
des hommes, comme nous l'avons fait durant dix siècles avec cette belle
doctrine des religions d'Etat et de l'unité forcée de croyance. Que
de larmes répandues, que de sang versé avant d'arriver à la liberté
de conscience qui, si elle ne finit les disputes saintes, les rend du
moins innocentes! Nous jouissons depuis trente ans, en France, de ce
bienfait suprême; sachons donc le conserver seulement deux cents ans.
Pour cela, n'oublions pas qu'un moment suffit à le faire évanouir. Ce
n'est pas ici une crainte imaginaire; l'histoire est là pour appuyer
nos sollicitudes.--Quelle histoire, s'il vous plaît?--Allons, allons,
point de fanfaronnades! point de petits airs de grand seigneur!
L'histoire de tous les temps, celle d'hier, celle de demain peut-être;
mais non, rassurons-nous; il ne sera jamais dit que cette noble terre,
fécondée par tant de grands esprits depuis le chancelier de l'Hospital
jusqu'au président de Montesquieu, ait laissé honteusement périr, chez
elle, ces généreux principes de vie sociale capables à eux seuls de
faire croire qu'en effet Dieu créa l'homme à son image; il ne sera
jamais dit que John Bull et Jonathan aient eu plus de fortune, plus de
sens et plus de courage que _Jean le Coq_.
LA
MORALE PRATIQUE DES JÉSUITES,
Représentée en plusieurs histoires arrivées dans toutes les
parties du monde, extraite ou de livres très autorisez et
fidelement traduits; ou de mémoires très seurs et indubitables.
A Cologne, chez Gervinus Quentel. (1 vol. in-12, très joliment
imprimé en caractères elzeviriens, formant, en 2 parties, 331
pages, plus 11 feuillets préliminaires, avec un portrait du R.
P. Antoine Escobar.) M.DC.LXIX.
(1669-95.)
_La Morale pratique des Jésuites_ forme, comme on sait, huit volumes
in-12, imprimés à Cologne, chez Quentel, de l'an 1669 à l'an 1695. Les
deux premiers tomes de ce recueil appartiennent à Sébastien-Joseph
du Cambout de Pontchâteau, de l'illustre maison de Coislin; et les
six autres sont de la main d'Antoine Arnaud de Port-Royal. Nous ne
parlerons que des premiers, tant parce que nous ne possédons que cette
partie d'un recueil dont les tomes se vendent, la plupart du temps,
détachés (seule partie, au surplus, qui, au rapport de M. Bérard, dans
son _Catalogue des Elzévirs_, soit sortie des presses elzéviriennes),
que pour ne pas fatiguer le lecteur par une trop longue analyse
d'écrits satiriques. Il faut, plus que jamais, se borner dans l'exposé
d'une polémique si connue, qui, parmi tant d'écrits opposés, n'a
produit qu'un livre immortel, _les Lettres provinciales_; on trouvera
d'ailleurs bien assez de faits, dans ce fragment important, pour
prendre une idée du reste. M. de Pontchâteau Coislin était un des plus
zélés moralistes et des partisans les plus chauds de Port-Royal. Il fit
à pied le voyage d'Espagne pour se procurer le _Theatro jesuitico_,
où il croyait trouver de bonnes armes pour sa cause. C'est, du moins,
ce que raconte l'abbé d'Artigny au tome II de ses curieux mémoires,
_Chronique scandaleuse des Savans_, article des plus piquans par
parenthèse, et qui contient le germe de l'ouvrage de l'abbé Irailh sur
les _Querelles littéraires_. L'auteur primitif de la _Morale pratique_
annonce, dans sa préface, que son dessein est de mettre d'abord en
évidence, 1° l'orgueil; 2° la cupide avarice des jésuites. Avant de
produire les preuves de ces deux accusations, il cite deux témoignages
terribles, savoir: celui du jésuite Mariana, au chapitre XIV de son
_Histoire d'Espagne_, et le livre qu'écrivit contre la société le
jésuite Jarrige, de la Rochelle. Il donne ensuite, par extraits, ou
dans leur entier, avec des commentaires, les pièces suivantes que nous
extrairons, à notre tour, dans l'ordre où elles sont rangées. Bien des
gens penseront qu'il était inutile d'exhumer des souvenirs si durs et
rapportés si crument; nous ne sommes point de leur avis. Nous croyons
que si l'on doit du ménagement aux opinions de bonne foi, justes ou
fausses, on ne doit à aucune le silence, et que, s'il est un moyen de
contenir les partis dans de certaines bornes, c'est de leur montrer que
tôt ou tard la postérité du sang-froid sera leur juge. D'ailleurs nous
ne cautionnons point ici M. de Coislin; nous nous bornons à réclamer
pour lui la même liberté de parler qu'on s'est permise contre ses amis
et lui, la même que les moines se sont permise dans tous les temps
contre leurs adversaires. Ceux qui se montrent si délicats n'ont qu'à
lire _le Démocrite des réformés_, par le Père Charles de Saint-Agnès,
prieur des augustins déchaussés de Lyon; ils s'enhardiront avec ces
vers adressés à un certain ministre protestant de Grenoble:
Va coquin, insolent, sans ame,
Brutal, harlequin, cornichon,
Indigne d'honneur, homme infame,
Pourceau de race de cochon;
Va, maudit de Dieu, anathême,
Plein de malheur et de blasphême, etc.!
Nous ne pouvions pas, ce nous semble, choisir de meilleure précaution
oratoire, avant d'enregistrer, par numéros, les pièces du procès
intenté aux jésuites par M. de Pontchâteau, qui, du reste, était bon
catholique, d'une foi inaltérable et de mœurs très pures.
1°. Prophéties de Melchior Canus, dominicain, évêque des
Canaries et de Sainte-Hildegarde, abbesse, en 1415, contre
l'institut de jésuites. «_Insurgent gentes, quæ comedent
peccata populi... diabolus radicabit in eis quatuor vitia,
scilicet: adulationem, ut eis largius detur; invidiam,
quando datur aliis et non sibi; hypocrisim, ut placeant per
simulationem; et detrectationem, ut seipsos commendent, et
alios vituperent... pauperes divites, simplices patentes,
devoti adulatores, mendici superbi, doctores instabiles,
humiles elati, dulces calumniatores, confessores lucri...,
patres pravitatis, filii iniquitatis_, etc., etc., etc.»
»Une race s'élevera qui mangera les péchés du peuple...; le
diable enracinera chez elle quatre vices, savoir: l'adulation,
pour qu'on lui donne plus largement; l'envie, quand on donnera
aux autres et non à elle; l'hypocrisie, afin de plaire par
de beaux dehors, et la médisance, qui se vante et rabaisse
autrui... Race de pauvres opulens, race de simples chargés de
puissance, de flatteurs dévots, de mendians superbes, d'humbles
orgueilleux, de doucereux calomniateurs, de confesseurs
d'argent..., de pères de dépravation, de fils d'iniquité, etc.»
Ces prophéties ont été appliquées aux jésuites par un évêque
de Balbastro, dominicain, mort vers l'an 1629 en odeur de
sainteté. Suit un commentaire explicatif où l'on voit, entre
autres choses, ce qui suit, rapporté par l'auteur du _Théâtre
jésuitique_, dominicain, évêque de Malaga, lequel se nommait
Ildefonse de Saint-Thomas, et était bâtard du roi d'Espagne
Philippe II. La politique des jésuites est de marcher à leur
but sans rougir de rien, sans se soucier d'aucune chose, vu
qu'il n'y a rien de tel que de faire ses affaires, le monde
oubliant bientôt les moyens qu'on a pris pour les faire. Tous
les moyens donc leur sont bons. C'est ainsi qu'ils ont inventé
les confessions par lettres, et qu'ils ont permis le mariage
aux religieux sur de simples révélations probables. Quand un
des leurs a commis quelque action scandaleuse, ils s'unissent
tous pour les défendre, ils flattent surtout les femmes pour
attraper des successions; ils ont toujours un des leurs à la
cour pour calomnier leurs ennemis. Dès qu'on se fait de leurs
amis, ils se mettent tous à crier que vous êtes un saint et
un habile homme; ils détestent les autres moines; jamais ils
n'aventurent leurs personnes, quoiqu'ils osent beaucoup, parce
qu'ils se retirent à propos, se masquant derrière les forts,
et mettant les autres en avant. Même dans les Indes et au
Japon, ils ont eu fort peu de martyrs; et leurs succès, dans
ces contrées, tinrent à la souplesse plutôt qu'à la fermeté
de leur foi. Ils mentent; ils reçoivent et prennent de toutes
mains, des vieillards, des grandes dames, des usuriers, des
concubines, etc., et se montrent complaisans pour les pécheurs.
Leur vie est molle et délicate: à les voir partout se taisant,
on ne conçoit pas d'abord comment ils remplissent la terre
de leur bruit: c'est qu'ils se mêlent de tout, de donner une
servante à une maison, un maître à un écolier, un client à un
avocat, une épouse à un garçon, comme de confesser les rois,
de leur souffler la guerre ou la paix. Les domestiques de
leurs mains sont leurs espions: la pitié n'est pas connue chez
eux, et la rancune est éternelle. Leur façon de persécuter
est douce, lente, mais sûre, agissant comme un poison secret.
On dirait que les enfans des riches leur appartiennent; ils
les vont pourchassant jusqu'à ce qu'ils les tiennent, et ceux
qu'ils manquent sont décriés; ils ont grand goût et grand
talent pour le commerce, depuis la vente de la petite mercerie
jusqu'au vaste trafic de mer. Quand ils s'établissent quelque
part, sur-le-champ ils y sèment la division. Ils aiment les
beaux bâtimens et veulent qu'on dise de loin, en s'approchant
d'une ville: «Voyez-vous le clocher des jésuites?».
2°. _Conclusio facultatis theologiæ parisiensis, facta die
decembris, anno 1554._ C'est une respectueuse représentation
de la Faculté de théologie de Paris contre les bulles des
papes Paul III et Jules III, en faveur des jésuites, laquelle
pièce est terminée par ces mots: «_Hæc societas videtur
in negotio fidei periculosa, pacis ecclesiæ perturbativa,
monasticæ religionis eversiva, et magis in destructionem quam
in ædificationem instituta._»--«Cette société paraît dangereuse
pour la foi, perturbatrice du repos de l'Eglise, subversive de
la religion monastique, et plus propre à détruire qu'à édifier.»
3°. Remontrances de la cour du parlement de Paris au roi Henri
IV sur le rétablissement des jésuites, faites par M. le P.,
président de Harlay, en 1604. «Cette société, contre laquelle
la Sorbonne avait rendu un décret en 1554, n'a été admise
du parlement, que par provisions, en 1564, à des conditions
qu'elle a dépassées. Comme elle usurpe partout l'instruction,
elle a su, depuis, à l'aide de nouveaux et jeunes docteurs, se
rendre la Sorbonne favorable. Elle en fera bientôt de même de
votre parlement, sire...; alors on verra s'établir dans votre
royaume les pernicieuses maximes de ces novateurs, savoir:
que les ecclésiastiques ne sont sujets et justiciables que du
pape; que le pape peut excommunier les rois, et ainsi délier
les sujets du serment de fidélité; que les papes ont le droit
de vie et de mort sur les princes de la terre... Votre assassin
Barrière a été endoctriné, pour son crime, par le jésuite
Varade... Le jésuite Guignard a fait des livres pour justifier
le meurtre de Henri III... Ils ont livré le Portugal à Philippe
II... Nous vous supplions très humblement qu'il vous plaise
conserver l'arrêt d'expulsion rendu contre eux à l'occasion de
l'affaire de Chastel, etc...»
4°. Extrait du livre intitulé: _Image du premier siècle de
la Société des Jésuites_. Pour montrer l'esprit d'orgueil de
cette compagnie et de quoi elle se vante. D'après ce livre, les
jésuites sont une troupe d'anges lumineux et brûlans. Ils sont
tous éminens en doctrine et sagesse. C'est la compagnie des
parfaits. Ils sont tous des lions et des aigles. Ils naissent
tous le casque en tête; chacun d'eux vaut une armée. Ils se
sont fait traîner en triomphe à Goa, dans un char tiré par
des écoliers habillés en anges. Leur société est un miracle
perpétuel. Le souverain pontife a beau condamner les livres de
leurs Pères Poza, Bauny, Cellot, Rabardeau, etc., etc.; ils
n'en sont pas moins le _rational_, l'oracle sur la poitrine du
grand prêtre. Un archevêque de Malines, qui les connaissait
bien, a beau dire d'eux: _Isti homines fient ut stercus terræ_,
ils n'en sont pas moins supérieurs aux évêques, selon eux,
en honneurs, en rang, en puissance, en autorité. Ils ont mis
leur approbation à un sermon fait par un dominicain pour la
béatification de saint Ignace, où il est dit que saint Ignace
est au dessus de Moïse. C'est à leur Père Lainez qu'on doit
le rang de Vierge immaculée acquis à la mère de Dieu dans le
concile de Trente. Il y a conformité entre la vie de saint
Ignace et celle de Jésus-Christ. Leur société est vierge. Leur
nom de jésuites vient de ce qu'ils sont les vrais compagnons
de Jésus, les chrétiens par excellence. Jésus-Christ vient au
devant de chaque jésuite mourant pour le recevoir. Durant les
trois premiers siècles de leur établissement, ils ne fourniront
aucun jésuite à l'enfer, comme l'affirme François Borgia à son
ami Marc. La Vierge tient la Société de Jésus sous son manteau.
Ils sont les médecins de l'univers, et la chrétienté ne peut
être guérie que par eux. Ferdinand II, Ferdinand III d'Espagne,
Sigismond III de Pologne, le cardinal Infant, le duc de Savoie,
la mère de l'empereur Rodolphe et celle de Charles IX de
France étaient de la société. Leurs sodalités ou congrégations
réforment le monde. Avant eux les chrétiens ne communiaient
qu'une fois ou tout au plus deux ou trois fois par an, tandis
que, depuis eux, on voit souvent communier toutes les semaines,
et se confesser presque tous les jours, ce qui est un grand
bien. Par leurs pompes sacrées et les pieuses réjouissances
qu'ils ont introduites dans leurs églises, ils ont ravi les
ames et les personnes aux pompes mondaines, etc., etc.
5°. Histoires des artifices et violences des jésuites pour
enlever aux ordres religieux plusieurs abbayes et prieurez
considérables tirées du factum de dom Paul Willaume,
vicaire-général de l'ordre de Cluny, présenté au conseil du
roi de France, en 1654, contre les recteurs des trois colléges
de jésuites, de Schelestadt, d'Ensisheim et de Fribourg en
Brisgaw. Suit l'arrêt du conseil qui maintient ledit frère
Willaume, en date du 4 août 1654. Exactions violentes,
corruptions de juges par présens, plaintes fondées sur le
mensonge, subornations de témoins, surprise de lettres de roi,
rapines et démolitions de bénéfices, enlèvemens de titres et
registres, triple action à trois tribunaux pour la même cause,
bulles arrachées par importunités, rien ne manque à ce factum
pour en faire un monument complet des torts imputés aux
jésuites. L'arrêt du conseil couronna ce factum; mais c'est une
défunte histoire: qu'elle repose en paix.
6°. Autres histoires des artifices et violences des jésuites
pour enlever des abbayes aux ordres de saint Benoît et de
Cîteaux, tirées des livres du célèbre Père du Hay, bénédictin,
l'un intitulé: _Astrum inestinctum_, 1636; l'autre: _Hortus
crusianus_, _Francfort_, 1658. Ici point d'arrêt rapporté; par
conséquent, nulle sanction publique donnée aux imputations qui
composent un gros faisceau de dix impostures, quatre enlèvemens
d'abbayes et nombre de fourberies, intrigues, injures, etc.;
c'est encore là, d'ailleurs, de la vieille histoire.
7°. Histoire célèbre de l'énorme tromperie faicte, par le
recteur des jésuites de Metz, aux ursulines de cette ville, au
sujet d'une maison, avec l'arrêt favorable auxdites ursulines,
rendu au parlement de Metz, le 10 mai 1661. Vieille histoire.
8°. La fameuse banqueroute des jésuites de Séville, de plus
de 450,000 ducats; récit tiré du _Mémorial des Créanciers_,
présenté au roi d'Espagne, en 1645, et traduit sur l'original
de Jean Onufre de Salazar. Vieille histoire.
9°. Autres marques de l'avarice, injustice et fourberie des
jésuites, tirées du théâtre jésuitique principalement. C'est
un magasin d'historiettes et d'anecdotes scandaleuses pour
la morale et la doctrine, dont nous ne garantissons pas
l'authenticité, bien entendu, mais qui ont un certain air de
vérité contemporaine, et dont plusieurs sont fort piquantes.
Par exemple, on y voit que, dans un sermon du jésuite espagnol
Ocquete, pour le jour de la Conception, ce Père dit que la
Vierge aimerait mieux être damnée éternellement que d'avoir
conçu ou été conçue dans le péché originel. C'est là le sublime
de l'immaculée Conception et de l'anti-dominicanisme, il faut
l'avouer.
10°. Ce volume est terminé par la lettre d'un monsieur à un de
ses amis de Paris, écrite de Grenoble, le 28 octobre 1661, dans
laquelle on peut juger de la complaisance des jésuites pour
leurs amis riches, par l'exemple d'un abbé régulier qui reçut
d'eux l'absolution _in extremis_ sans être forcé de restituer
quantité de voleries, ni de réparer quantité d'actions
criminelles dont suit l'énumération.
LE COMTE DE GABALIS,
OU
ENTRETIENS SUR LES SCIENCES SECRÈTES,
Renouvelé et augmenté d'une lettre sur ce sujet, avec cette
épigraphe:
Quod tanto impendio absconditur, etiam solummodo,
demonstrare destruere est.
Ce qui nous est caché à si grands frais, le montrer
c'est l'anéantir.
A Cologne, chez Pierre Marteau, sans nom d'auteur (l'abbé de
Montfaucon de Villars) ni indication d'année (1670). 1 vol.
pet. in-12 de 161 pages.
(1670.)
La science de l'infatigable Raymond-Lulle, d'Agrippa le philogyne,
de Paracelse, _le presque divin_, etc., etc., autrement la science
cabalistique, régna, en Italie, en Allemagne et en France, du XIIe au
XVIIe siècle. Le soin que l'abbé de Villars prit de l'attaquer par le
ridicule prouve qu'elle avait encore assez de cours dans les classes
élevées de la société, sous Louis XIV. Le vulgaire lui sera, dans tous
les temps, plus ou moins soumis, fondée qu'elle est sur cet instinct de
curiosité qui porte les hommes à vivre dans l'avenir et à l'interroger.
Ce petit ouvrage, qui veut être ironique et plaisant aux dépens des
cabalistes, contient cinq entretiens dans lesquels l'auteur est censé
recevoir la révélation des profonds mystères de la cabale par un de ses
principaux adeptes, le comte de Gabalis. Il résulte des instructions du
comte que, pour avoir la disposition de cœur et d'esprit convenable,
un apprenti cabaliste doit d'abord se refuser à tout commerce charnel.
Suivent d'autres révélations dont voici quelques unes: les quatre
élémens (c'était encore le temps des quatre élémens) sont habités par
une infinité de peuples divers, invisibles à l'homme. L'air a ses
sylphes et ses amazones d'une beauté mâle, incomparable; les eaux
recèlent des ondins et des ondines; la terre a ses gnomes auxquels
toutes les mines obéissent; et le feu nourrit les salamandres, purs
esprits qui ne croient pourtant pas à l'éternité, en quoi ils ne se
montrent pas bons raisonneurs. C'est avec les filles de ces nations
cachées que l'homme, qui veut devenir sage et commander à la nature,
doit seulement avoir affaire. Quand on sait s'y prendre avec ce sexe
impalpable, on parvient à beaucoup savoir, et notamment à se nourrir
pour plusieurs années, sans manger, rien qu'avec un demi-scrupule de
quintessence solaire. Précisément, comme les interlocuteurs en sont
là, le comte de Gabalis emmène son élève dîner, et les deux premiers
entretiens sont finis. Au troisième entretien, le comte plaide la cause
des oracles et s'évertue à expliquer comment Dieu, avant l'avènement
de son fils, permettait aux oracles ce qu'il ne leur a pas permis
depuis, d'instruire les hommes. Ici l'abbé de Villars aborde le grand
sujet qui, plus tard, exerça la spirituelle malice de Fontenelle et
la pesante érudition du jésuite Balthus, dans leur controverse sur
l'_Histoire des Oracles de Vandale_; mais encore qu'il paraisse avoir
eu le même dessein que l'ingénieux adversaire des oracles, c'est à
dire de faire crouler l'édifice du vrai merveilleux en établissant
qu'il n'a pas plus d'appui que le faux, il ne montre ici ni hardiesse
ni adresse. Cependant il est assez malin, au quatrième entretien, pour
saint Jérôme et saint Athanase qu'il fait voir défendant l'existence
et la sagesse des sylphes. Heureux eût été le genre humain et parfait
aussi bien, assure le comte, si Adam et Ève n'eussent communiqué
qu'avec des sylphes! Ici se présentent de nombreux exemples de filles
des hommes rendues mères par des sylphes et des salamandres, et des
autorités graves en faveur de ces exemples, sans compter l'anachorète
saint Antoine. Voilà de quoi troubler ou pacifier bien des maris, selon
qu'ils envisageront la chose!
Le cinquième et dernier entretien n'est rempli que d'anecdoctes
cabalistiques, toutes plus folles les unes que les autres. Au total,
ces dialogues, qui eurent assez de succès pour se reproduire à Londres,
en 1742, avec une suite formant 2 volumes in-12, ne sont ni vifs ni
amusans.
Un cabaliste ne manquerait pas de dire que le pauvre abbé de Villars,
cousin du savant Père Montfaucon, n'est mort assassiné, en 1675, par
un de ses parens, que pour avoir plaisanté les sylphes. Il n'en est
pourtant rien. D'ailleurs, il n'y avait pas de quoi se fâcher; personne
n'a ri.
LE TOMBEAU DE LA MESSE;
Par David Dérodon. A Amsterdam, chez Daniel Du Fresne,
marchand-libraire, dans la porte des Vieilles-Gens, près le
Heeren-Logement, à la Bible française, (1 vol. in-12 de 232
pages et 2 feuillets préliminaires, plus une page à la fin, non
chiffrée, qui renferme un sonnet commençant par ce vers:
_L'autre jour frère Jean mourut de la gravelle_,
et finissant par cet autre:
_Peut-être qu'ici bas vous mangeriez le diable._) M.DC.LXXXII.
(1670-82.)