Enfin veut-on un aperçu des maximes ayant cours chez les précieuses?

le voici fidèlement extrait de Suzarion, qui les connaissait et les

aimait bien, jusque-là qu'il ne put se détacher de Maximiliane, et s'en

alla mourir près d'elle, en Ausonie, quittant sa famille et son pays

pour ne la point quitter? Faire plus d'état du présent que du passé et

de l'avenir, et considérer l'usage du temps comme la règle première,

tout usage sortant naturellement des besoins de la société. Fuir la

fausseté et la perfidie, mais honorer cette sage contrainte qui seule

permet les communications du monde, les entretient et les embellit;

car comment vivre ensemble agréablement et se tout dire? donner à

l'esprit le pas sur les sens; et ici c'était plus que de la politesse,

c'était de la belle et haute morale; enfin, demeurer fidèle à l'amitié;

certes ce sont de bonnes maximes! Ce qui valait mieux encore est que

les précieuses les mettaient en pratique. Dans leur gouvernement libre

et paisible, où la souveraineté se décernait au mérite (à celui de la

galanterie s'entend), on se faisait un devoir des bons offices et d'une

bienveillance qui n'excluaient pas la malice innocente. La naissance

y jouissait d'une grande faveur, sans doute, mais point sans mesure,

point sottement, c'est à dire exclusivement, de sorte que, loin de

justifier la vanité ridicule des classifications en première, deuxième

et troisième société, qui causent tant de ravages, surtout en province,

sitôt que les personnes, dites alors de la roture, s'étaient une fois

élevées par les bonnes manières et la culture de l'esprit, elles

étaient admises parmi les illustres, et voilà ce qui explique comment

l'esprit de madame de Coulanges était une dignité à la cour de Louis le

Grand, lequel ne laissait pas que d'être bon gentilhomme. Les preuves,

pour entrer dans les salons d'_Athènes_ comme pour monter dans les

carrosses des fils d'_Alexandre_, n'ont commencé que dans ces derniers

temps. Chose étrange! plus on approchait de la catastrophe, plus ou

prenait à tâche de se rendre haïssable.

Le règne des précieuses commença vers 1640; tout alla bien jusqu'en

1659, où elles eurent de rudes assauts à soutenir _au grand Cirque_

de la façon _du contemplateur_. Néanmoins elles se relevèrent, et

elles brillaient d'un vif éclat en 1661, époque à laquelle Suzarion

leur rendit son hommage alphabétique en présence de la postérité.

Pour parler sérieusement, Molière n'a point tué les précieuses, il

n'avait même jamais voulu le faire; il prétendit seulement corriger

en elles une recherche, un abus de délicatesse qui les jetaient dans

le faux goût, en quoi il leur rendit service, car il y parvint. Du

reste, elles survécurent à leur censeur, matériellement parlant; c'est

trop peu dire, elles vivaient encore il y peu d'années; car, nous

le répétons, nos salons, nos soupers choisis, la société proprement

dite, avec ses égards, sa familiarité décente, ses formes élégantes

et nobles, sa finesse ingénieuse, aiguisée de sel épigrammatique,

ses causeries variées, piquantes, où souvent la profondeur s'alliait

à la légèreté; toutes ces choses, qui firent une part de notre lustre

national et répandirent au loin la langue française, n'étaient rien

autre que l'empire précieux perpétué. Nous n'en demandons pas davantage

aux routs, qui sont des bals masqués à visage découvert, à nos clubs,

où les hommes vivent sans femmes, et à nos académies, où les femmes ne

parlent pas.

DE LA MORT,

ET DES MISÈRES DE LA VIE.

POÉSIES MORALES.

Par le R. P. Charles le Breton, de la compagnie de Jésus,

seconde édition. (1 vol. in-12, rare.) A Paris, chez François

Muguet, imprimeur et marchand-libraire du roy, rue de la Harpe,

aux Trois Roys. (M.DC.LXIII.)

(1668.)

De quoi sert au nocher qu'il ait vogué sur l'onde,

De l'un à l'autre bout de notre double monde;

Qu'il ait fait tout le tour de l'immense Océan

Avant que le soleil ait fait celui d'un an:

Que mille fois vainqueur au péril du naufrage,

Des vagues et des vents il ait dompté la rage, etc., etc.

Si la prudence, un jour endormie, vient, à la fin, le briser contre un

écueil à la vue du port:

.............................................

Ainsi, puisque du jour où le ciel m'a fait naître,

Je me vois sur la mer de la vie et de l'être,

.............................................

Il faut que je travaille, et du dernier effort

A surgir sûrement au havre de la mort.

......................................

Je sais que d'y penser, ma chair, c'est ton supplice;

Mais aussi c'est un frein aux licences du vice:

Si ce funeste objet te fait frémir d'horreur,

Des voluptés des sens il bride la fureur:

A contempler un corps d'où son ame est sortie,

Il n'est brutale amour qui ne soit amortie.

.............................................

D'ailleurs, ce qu'a la mort d'horrible en apparence

Se trouve supportable à qui souvent y pense:

.............................................

Dès lors qu'à la prévoir le sage s'accoutume,

Il adoucit beaucoup ce qu'elle a d'amertume;

Et si, de loin, sur elle il porte son regard,

Il rompt l'effort du coup qu'il reçoit de son dard.

C'est l'arrêt décisif, c'est le sort infaillible

Que puisque j'ai le corps d'essence corruptible,

Je cesse quelque jour d'être ce que je suis,

Et sois contraint d'aller à la mort que je fuis.

................................................

Quelque ferme santé que, jeune ou vieux, il porte,

Et lors même qu'il est d'une vigueur plus forte,

Se trouvant tous les jours déchoir et décliner,

L'homme vers son néant travaille à retourner.

Que si, par l'aliment, sa force est réparée,

Par ce même soutien sa vie est altérée;

Et ce suc étranger, qui sert à le nourrir,

Aide, en se consumant, à le faire périr, etc., etc.

Tout nous conduit à la mort, nous l'impose ou nous la rappelle:

Encore à notre vue est-ce une de ses lois

Que les bons, les premiers, soient l'objet de son choix,

Et qu'en leurs jeunes ans elle nous les ravisse

Avant que, par le mal, leur cœur se pervertisse;

Si bien que tous les jours nous disons en nos pleurs

Que ces anges mortels n'ont que l'âge des fleurs,

Et que, de les avoir, le ciel, touché d'envie,

Les arrache à la terre en leur ôtant la vie, etc., etc.

Du reste, que les hommes vicieux, que les scélérats fortunés ne se

reposent point sur leurs succès d'un moment:

Ces pécheurs élevés sur de pompeux théâtres,

De leur fortune, un temps, nous rendent idolâtres;

Le diadême en tête, et le sceptre à la main,

Ils engagent le monde à leur joug inhumain;

Mille lâches flatteurs leur chantent aux oreilles

Qu'ils sont de l'univers les vivantes merveilles;

Ne faisant qu'enflammer, avec ce vain encens,

Leurs funestes ardeurs aux plaisirs de leurs sens:

Pendant qu'en leurs palais inconnus aux tempêtes,

Les crimes les plus noirs sont d'éternelles fêtes

Parmi les jeux, les ris, les festins, les amours,

Où s'en vont sans retour et leurs nuits et leurs jours;

Mais, lorsque leur puissance est au haut de la roue,

Notre implacable parque en un instant s'en joue;

Et, sans considérer s'ils sont jeunes ou vieux,

Elle les fait passer au rang de leurs aïeux;

Soit que, _dans leurs réduits_, parfois elle se glisse

En ombre qui, sans bruit, dans le lit les saisisse,

Et sans daigner alors d'assaut les attaquer,

D'un catarrhe subit les fasse suffoquer;

Soit qu'empruntant parfois la taille et la figure

D'un ennemi qui cherche à venger une injure,

Lorsqu'ils craignent le moins un semblable dessein,

Elle leur plonge, à table, un poignard dans le sein.

Nous alors, spectateurs de leur chute tragique,

Que leur sert, disons-nous, leur grandeur tyrannique? etc.

................. Hélas! choses humaines,

Que vous me paraissez ridicules et vaines!

O palais, ô trésors, ô grandeurs, ô plaisirs!

Que vous présumez mal d'occuper mes désirs!

...........................................

Retirez-vous de moi, trompeuses rêveries,

Vos beautés, pour mon cœur, n'ont point de flatteries!

L'image de la mort me fait trop concevoir

Que jamais un long temps on ne peut vous avoir.

...........................................

Félicités des sens dont l'éclat nous amuse,

Que l'aspect d'un tombeau de vous nous désabuse;

Et que sous vos appas et sous votre _grandeur_,

Il nous fait voir en vous de vide et de laideur!

Si vous nous faites fous avec vos faux visages,

En vous les arrachant, de fous il nous fait sages;

Si de vos vins fumeux nous sommes enivrés,

D'ivresse, en le voyant, nous sommes délivrés.

..............................................

Plus l'ombre vient à croître, et moindre est sa durée.

..............................................

Belle nuit de la mort qui m'attends au tombeau,

Quand de mes tristes jours s'éteindra le flambeau,

Amène-moi le jour des clartés éternelles! etc., etc.

On peut juger, par ces vers, que le Père le Breton n'était pas un

rimeur vulgaire, et qu'il ne méritait pas de voir son nom banni de

toutes les biographies ainsi que cela lui est arrivé. Il y a donc

aussi une fatalité pour les auteurs jésuites. Nous sommes heureux

de la rompre ici autant qu'il est en nous de le faire. Sans doute,

les trois discours sur la mort du Père le Breton ne sont autre chose

qu'un lieu commun étendu outre mesure; mais ils présentent des pensées

solides, des images vraies et touchantes, des tableaux variés, un

style naturel, ce qu'il faut considérer particulièrement chez un poète

de cette école, souvent même trop naturel, car il descend jusqu'au

prosaïsme; enfin une versification singulièrement correcte; or, ce

sont là des mérites peu communs. L'auteur est moins heureux dans la

seconde partie de son recueil où le même sujet se reproduit dans des

odes, des stances, des paraphrases de psaumes d'un froid mortel. Il ne

conçoit rien à l'harmonie lyrique. L'alexandrin seulement lui sied,

et le ton de l'épître noble; mais, pour l'inspiration pindarique, il

ne l'a décidément pas plus qu'un maître de mathématiques. C'est à

Young de chanter la mort, le Breton ne sait que méditer sur ce sujet

d'éternelle, salutaire et inépuisable méditation.

HOMÉLIES ACADÉMIQUES.

A Paris, chez Thomas Jolly, au Palais, en la petite salle, à

la Palme et aux armes de Hollande. (1 vol. pet. in-12 de 272

pages.) M.DC.LXIV.

(1664.)

Le nom de Furetière se trouve écrit à la main au dessous du titre de

notre exemplaire de ces neuf Homélies anonymes; serait-ce à dire que

Furetière en fût l'auteur? Cependant le privilége du roi est donné

au sieur la Mothe le Vayer. Il semble que, dans le silence de M.

Barbier, on doive attribuer ce petit livre à l'auteur des dialogues

d'_Orasius Tubero_ plutôt qu'au malheureux usurpateur des travaux

lexicologiques de l'Académie française. Au surplus, ici comme ailleurs,

nous rapportons la question; que le publie seul la juge! A des motifs

extérieurs de crédibilité, on en pourrait joindre d'intimes et de

littéraires en faveur de notre conjecture. Premièrement, l'oreille du

sceptique se montre passablement dans ces Homélies; or, on ne voit

pas que Furetière ait été sceptique, au lieu que la Mothe le Vayer

l'était pour le moins, et cela notoirement. Secondement, c'est bien

ici le style pesant, embarrassé, chargé de citations pédantesques du

précepteur de Monsieur, frère de Louis XIV; et aussi, disons-le par

opposition, sa modération philosophique, sa morale tolérante, son

jugement toujours réfléchi s'il n'est pas toujours sûr, et son humeur

tant soit peu cynique. Il fait d'abord l'éloge du doute et va même

jusqu'à justifier, en son honneur, les changemens de systèmes, les

inconstances d'opinions. De là, passant brusquement au chapitre du

mariage, il cite, d'après une relation d'Oléarius, une fille du Mogol

qui, nubile à l'âge de trois ans, se maria et accoucha dans sa septième

année. Il cite encore, et d'après saint Jérôme, une femme qui enterra

vingt-deux maris; d'après Castro, un Catalan qui avoua, sur procès, à

la reine d'Arragon, qu'il forçait sa femme à souffrir son approche dix

fois par jour, sur quoi la reine le réduisit de quatre: reste à six par

décret royal. Ici, dit-il, on ne veut pas de vierges pour épouses; là

on pousse l'estime de la virginité jusqu'à ce point que les parens en

portent le deuil à la barbe du mari. D'où il conclut, à l'imitation de

Montaigne, qu'il n'y a rien de plus variable que la morale; conclusion

très fausse et très pernicieuse quand elle est ainsi tranchée sans

distinction des principes universels et des principes secondaires sur

lesquels toute l'éthique repose. Aujourd'hui, continue-t-il, un prêtre

marié fait horreur, et saint Clément d'Alexandrie observe, au troisième

livre _des Tapisseries_, que la moitié des apôtres étaient mariés. A

peine a-t-il prêché le mariage, que le voilà tout d'un coup considérant

les ennuis et les traverses de ce lien éternel, et, rapportant une

vilaine définition de l'amour par Marc-Antonin, traduite en latin

comme il suit: _Intestini parvi affrictio et non sine convulsione muci

excretio_: il y aurait presque de quoi en guérir. Mais la Mothe le

Vayer, selon son métier de douteur, se plaît à retourner les choses

en tout sens; exercice qu'il est souvent dangereux d'apprendre à

la jeunesse, ainsi que le fait ici le précepteur de Monsieur. Les

troisième et quatrième Homélies donnent des préceptes sages sur le

soin qu'il convient d'avoir de faire succéder le repos au travail

de l'esprit et du corps dans une exacte mesure, et sur les dangers

honteux que la passion du jeu traîne à sa suite. Puis viennent, dans

autant d'Homélies différentes, des conseils sensés, sur divers points

de morale pratique. Ainsi, la modération doit présider aux plaisirs

de la table, nos ventres n'étant pas comme ceux des habitans de la

lune, dont Lucien dit qu'ils se ferment à boutons. Comment d'ailleurs

satisfaire les caprices du goût? ils sont innombrables. Il en est

de peu attrayans. Les Tapuyes, par exemple, se régalent de cheveux

hachés dans du miel. Le gourmand Pythyllus enfermait sa langue dans

un étui pour lui conserver toute sa délicatesse au moment des repas.

Gardez-vous surtout de la flatterie si vous êtes prince. Il est trop

reçu chez les plus honnêtes gens de louer les princes à tort et à

raison, sans que cela tire à conséquence, suivant l'excuse qu'Aristippe

donnait à l'occasion de ses éloges de Denys le tyran; _que les princes

avaient les oreilles aux genoux_. De là ces folles oraisons funèbres

qui font tressaillir les auditeurs philosophes. Le comble du ridicule

est de se louer soi-même. Cardan disait fort bien, au troisième livre

de son _Traité de la Sagesse_, qu'il fallait imiter Jésus-Christ, qui

a laissé dire aux autres qu'il était Dieu. Quelque mérite qu'on ait,

on se voit bientôt effacé. Nul n'est longtemps le premier en quoi que

ce soit. Malherbe a détrôné Ronsard et ainsi des autres. Labérius a

raison: _Cecidi ego; cadet qui sequitur; laus est publica_. «Je suis

tombé; mon successeur tombera; la vogue est à tout le monde.» C'est

encore une règle capitale de prudence de dédaigner l'injure, soit pour

la faire, soit pour la venger. Tibère et Néron eux-mêmes se laissaient

tranquillement injurier par des paroles et par des écrits, au rapport

de Suétone. Ils pensaient en cela ce que saint Grégoire a dit depuis,

si justement, que les injures tombent contre le mépris comme la pierre

lancée contre le rocher. Belle sentence d'un Persan: rendons honneur à

Dieu, dit-il, sur la grâce qu'il nous a faite d'être meilleurs qu'on ne

nous croit; un caillou jeté dans la mer n'y cause pas de tempête; ainsi

des injures faites à une grande ame. Les Spartiates se vengeaient,

pensant que l'injure supportée en attirait une nouvelle. Ils se

trompaient. Ce n'est pas de dédaigner l'injure qui excite l'injure,

mais bien de la souffrir par lâcheté tout en souhaitant de la punir. Si

ce qui précède est vrai, l'offense est un grand travers. Or, l'histoire

autant que la religion nous enseignent que cela est vrai. Quant à

l'injure envers Dieu, elle est encore plus absurde qu'odieuse s'il

est possible. Cependant la paix perpétuelle n'est pas l'état naturel

de l'homme; il semble que la guerre entre aussi dans les desseins

éternels; mais, n'en déplaise aux gens de guerre, on doit favoriser la

paix le plus possible et ne faire dans la guerre que le moins de mal

possible. Il se fera toujours bien assez de mal dans la guerre pour

compromettre la justice des chefs et des soldats. «Quo modo tot millia

hominum insatiabilia, satiabuntur, dit Senèque; quid habebunt si suum

quisque habuerit.»

«Comment tant de milliers d'hommes insatiables seront-ils rassasiés? et

qu'auront-ils si chacun garde le sien?»

L'anonyme termine ses _Homélies académiques_ ainsi qu'il les a

commencées, par un éloge du doute dans toutes les matières qui ne sont

pas de foi, et se fonde, de nouveau, pour cette philosophie, sur le

tableau des diverses coutumes des hommes suivant les temps et les pays.

La conclusion définitive de cet opuscule plus substantiel qu'agréable

est celle-ci: _Contentons-nous d'avoir le vraisemblable pour objet,

le vrai et l'indubitable n'étant pas de notre portée_. Ces derniers

mots rendent raison de la qualification d'_Académiques_ donnée à ces

neuf Homélies. On sait que la secte grecque académique était, dans sa

troisième période surtout, celle des douteurs.

RELATION DU PAYS DE JANSÉNIE,

Où il est traitté des singularitez qui s'y trouvent, des

coutumes, mœurs et religion de ses habitans; par Louis

Fontaine, sieur de Saint-Marcel. A Paris, chez Denys Thierry,

rue Saint-Jacques, et au Palais, chez Claude Barbin, dans la

grand'salle, au Signe de la Croix. (Pet. in-8 de 118 pages

et de 4 feuillets préliminaires, avec une figure ployée

représentant la carte perspective du pays de Jansénie.)

M.DC.LXIV.

(1664.)

M. Barbier nous apprend que le véritable auteur est le Père Zacharie,

capucin de Lisieux, et que l'ouvrage est le même que celui qui a été

imprimé, en 1688, au nom des jésuites, avec des augmentations de plus

de moitié, sous le titre d'_Antiphantôme du jansénisme_ ou _Nouvelle

description du pays de Jansénie avec ses confins, la Calvinie, la

Libertinie, etc._, _chez Antoine Novateur_ (_Antoine Arnaud_), sans

date. M. Arnaud y fait allusion dans la partie du livre de la _Morale

pratique des Jésuites_ dont il est auteur. Cette plate production

est une ironie bien froide et une pauvre vengeance des _Lettres

Provinciales_. La Calvinie, la Libertinie, la Désespérie qui bornent la

Jansénie; la colonie de Flamands qui peuple la capitale; les horloges

des habitans réglées sur la lune et non sur le soleil; les maisons à

portes de derrière; l'aconit qui vient partout en pleine terre dans

ce pays; ces lacs qui tiennent par des rivières au lac de Genève; ces

plaisanteries et mille autres dans le même goût composent le plus beau

de ce livre insipide, devenu toutefois assez rare pour être recherché

des bibliomanes.

L'APOCALYPSE DE MÉLITON,

OU

RÉVÉLATION DES MYSTÈRES CÉNOBITIQUES;

Par Méliton (Claude Pithoys). A Saint-Léger, chez Noël et

Jacques Chartier. (1 vol. in-12 de 232 pages, plus 3 feuillets

préliminaires.) M.DC.LXV.

(1665.)

M. Barbier, qui cite cet ouvrage au n° 1008 de son Dictionnaire, dit

qu'il est de Claude Pithoys et non de Camus, évêque de Belley, comme

l'a cru Voltaire. Il ajoute que Pithoys s'est servi des écrits de Camus

pour composer cette satire des _Moines mendians_. Nous remarquerons

que Claude Pithoys ou Pistois, qualifié, par certains biographes, de

moine apostat, ne s'est pas seulement servi des écrits du vertueux

évêque de Belley, l'ami de saint François de Sales, contre les

religieux mendians, pour composer son _Apocalypse de Méliton_, mais

que ce livre virulent n'est pas autre chose que la défense des divers

ouvrages anti-cénobitiques du savant prélat, tels que le _Directeur

désintéressé_, _les Réflexions sur l'ouvrage des moines de saint

Augustin_, _la Pétronille_, _l'Hermianthe_, _la Dévotion civile_, _le

Voyageur inconnu_, _la Pieuse Julie_, _les Variétés historiques_,

_l'Agatonphile_, _les Événemens singuliers_, _la Tour des Miroüers_ et

_les Relations morales_ contre _les Entretiens curieux_ d'un sieur de

Saint-Agran qui, sous le nom d'Hermodore, avait soutenu la cause des

_Moines mendians_ avec une ironie très amère. Pithoys se cache, à son

tour, sous le nom du martyr de Sébaste, saint Méliton, et assure, dès

le début de _ses Éclaircissemens_, que ses sentimens et ses pensées

lui ont été dictés de la bouche même de l'évêque de Belley. Sans

entrer dans cette controverse, aujourd'hui surannée en France, bien

que l'expression nerveuse et la dialectique pressante du faux Méliton

la pussent aisément rajeunir, nous extrairons de cet Apocalypse des

détails curieux, sans, toutefois, en garantir l'exactitude, nous

bornant à les donner comme des renseignemens publics, fournis, en

1665, sur la foi d'un pieux évêque.

Analectabiblion, Tome 2 (of 2) ou extraits critiques de divers livres rares, oubliés ou peu connus · 第 24 / 41 段