rendant ses oracles; mais qu'il faut dévorer de chimères et de folles
imaginations pour les découvrir où elles sont dans ces _Codicilles_,
pour les rapprocher les unes des autres, et en former un ensemble
raisonnable! Le même homme qui conçoit des idées si justes et qui
les exprime si bien prétend que la Castille appartient au roi de
France, parce qu'Henri, roi de Castille, qui n'avait pour héritier
que ses deux sœurs Blanche, mère de notre saint Louis, et Berenguela,
voulait tester en faveur de saint Louis; que Blanche, par une jalousie
castillane, calomnia son frère dans l'esprit de son fils, et fit en
sorte que ce dernier répudia la succession; en sorte que Berenguela
s'empara du trône des Castilles et le remit à son fils Ferdinand.
Il veut encore que l'Arragon soit à la France par la succession des
comtes de Boulogne, dont la vertueuse dame Catherine de Médicis était
héritière; que l'Allemagne soit à la France par Charlemagne, etc.,
etc. Il veut établir, en France, un patriarche catholique; il règle la
célébration des fêtes de l'année; il exige qu'on fasse commémoration
de saint Thomas au premier dimanche d'après Pasques, pour remercier
Dieu de la victoire de Clovis à Tolbiac; il réunit l'Eglise gallicane
et l'Eglise réformée à l'aide de conférences de bonne foi où les voix
se prendront, et dont les décisions feront loi pour la minorité, à
peine de 1,000 écus d'amende; il trace l'itinéraire, le train et
l'entretien des évêques dans leurs visites diocésaines, voulant que
leur déjeuner, chez les curés de première classe, soit composé d'une
demi-livre de beurre, de six œufs, de deux livres de pain blanc,
d'une livre de lard et de deux pintes de vin. Au chapitre 26, de la
_Prudence royale_, tout en restant bon catholique, il marie les curés
et les évêques, parce que, selon saint Jérôme, l'évêque Carterius était
marié, que Simplicius, archevêque de Bourges, prit femme en la race
des Pollédiens, et que saint Paul, écrivant à Timothée, recommande aux
femmes des diacres la chasteté. Il nous donne trois cent dix chefs
ou articles de loi salique, dans l'un desquels les gages du premier
président de la Chambre des Tournelles sont portés à 210 francs; où
l'on voit de longs détails sur les colléges des nourrices de Pallas,
des filles de Mercure et des hospitalières de Faustine. Il veut encore
que le roi, pour reconquérir ses domaines volés, jette à la fois douze
armées sur l'Europe et l'Amérique, dont l'une prendra son chemin par le
duché de Clèves, l'autre par le Guipuscoa, l'autre par le Pérou, etc.,
etc. Il crée 946 mestres de camp, 946 officiers des trompettes, 8,800
lieutenans d'infanterie, etc., etc. Enfin il donne une liste exacte
des officiers, cavaliers et fantassins du régiment du Pont-de-l'Arche
en Normandie, qui suivirent Charlemagne dans toutes ses guerres et
dont les noms se lisent gravés en lettres d'or autour du tombeau
dudit empereur à Aix-la-Chapelle. Sur cette liste figurent le vicomte
d'Amfreville, le comte de Valdreuil, le baron de Crevecœur, etc., etc.
L'esprit de l'homme est ainsi fait, et nous avons de l'orgueil!
LE DIVORCE CÉLESTE,
Causé par les Désordres et les Dissolutions de l'Epouse
romaine, et dédié à la simplicité des chrétiens scrupuleux,
avec la Vie de l'auteur; traduit de l'italien de Ferrante
Palavicino, par *** (Brodeau d'Oiseville). A Cologne et
Amsterdam, 1696, chez El. de Lorme et E. Roger. (Pet. in-12 de
175 pages), avec une figure représentant Jésus-Christ grondant
le pape qui lit debout tranquillement pendant la mercuriale.
(1644-96.)
Encore que Bernard de la Monnoye, dans ses notes sur la bibliothèque
choisie de Colomiès, ne pense pas que Ferrante Palavicino soit l'auteur
de ce terrible pamphlet contre les désordres de la cour de Rome, nous
suivrons l'opinion commune, en l'attribuant à ce malheureux moine,
ainsi que le fait son second traducteur Brodeau d'Oiseville, dont M.
Barbier nous a fait connaître le nom. Cette seconde traduction (car
il en existe une antérieure, imprimée à Villefranche, en 1673, avec
la rhétorique des putains), cette seconde traduction, disons-nous,
est précédée d'une courte notice sur la vie de Palavicino, dans
laquelle se rencontrent des circonstances dignes d'être conservées
pour la leçon éternelle des faibles qui écrivent contre les forts.
Ferrante Palavicino était un chanoine régulier de Saint-Augustin, de
la congrégation de Latran, natif du duché de Parme, fort attaché à
la maison de Farnèse. Il avait beaucoup d'esprit, mais de cet esprit
satirique qui, de tous, nuit le plus à la fortune des hommes, tout
en leur procurant le plus promptement et le plus facilement de la
célébrité. Le pape Urbain VIII, (Barberini), pontife savant, souverain
habile, poète ingénieux, et prêtre bien moins désordonné dans ses
mœurs que beaucoup de ses prédécesseurs, ayant excité la haine aveugle
de Palavicino par la guerre qu'il faisait à Odoard Farnèse, duc de
Parme, ce moine irascible lança, contre le chef de l'Eglise, le présent
dialogue, dont il faut avouer que la forme est très insolente, non
seulement à l'égard du Saint Siége, mais encore envers Dieu le père,
J.-C., et saint Paul, qui en sont les interlocuteurs. Un religieux,
après s'être fait de tels ennemis, ne pouvait se sauver qu'en fuyant.
Palavicino s'enfuit donc à Venise; mais il n'avait pas simplement
offensé le pape et la cour de Rome, il avait aussi outragé les
jésuites. Or, un certain jour, il lui vint, à Venise, un jeune homme
fort aimable et tout à fait candide, lequel était, selon quelques uns,
fils d'un libraire de Paris et se nommait _Bresche_. Cet intéressant
jeune homme le prit en grande amitié, l'emmena en France, le fit passer
par le bourg de Sorgues, dans le comtat Venaissin, terre papale, où des
gens du pape le saisirent. Son procès fut bientôt fait à Avignon, où il
eut la tête tranchée en 1644, à la fleur de son âge, 14 mois après son
crime, l'année même de la mort d'Urbain VIII, et peu après. Venons au
divorce céleste dont voici le sommaire. J.-C., voyant les déréglemens
de son église, veut faire divorce avec cette épouse adultère. Le Père
éternel, après s'être fait rendre compte, par son fils, des motifs
qui le déterminent, charge saint Paul d'instruire l'affaire, avant de
prononcer. Saint Paul se rend à Lucques, à Parme, à Florence, à Venise
et enfin à Rome d'où il est contraint de fuir, puis revient faire son
rapport, lequel, se trouvant conforme à l'accusation, décide le Père
éternel à fulminer le divorce. Sur cette nouvelle, Luther, Calvin, Marc
Éphèse et d'autres sectaires se présentent à J.-Ch., pour le supplier
de former alliance avec leurs Eglises; mais J.-C., fatigué de la nature
humaine, se refuse à toute alliance nouvelle. Cette fiction devait
comprendre trois livres dont un seul fut achevé et publié, savoir celui
qui contient la mission de saint Paul et son rapport. Quant aux griefs
énumérés dans ce rapport, il faut remarquer, page 46, celui qui regarde
le danger des legs perpétuels faits à l'Eglise; et page 53, celui de
l'indépendance où sont les ecclésiastiques de la juridiction séculière.
Sur ces deux points l'auteur loue la république de Venise de s'être
soustraite à l'abus. Il faut encore remarquer, page 62, le détail des
exactions administratives, usitées dans les Etats romains, telles que
la taxe dite _du bien vivre_; page 73, un excellent raisonnement contre
l'infaillibilité du pape puisé dans l'institution même des synodes et
des conciles; page 79, la singulière et scandaleuse confession d'un
cardinal au lit de mort, reçue par saint Paul; page 100, etc., un
éloge de la liberté de la presse, et page 146, etc., le discours d'une
jeune religieuse sur les douleurs de la vie monacale, lequel contient
d'étranges aveux touchant la chasteté des filles cloîtrées.
SERMONS DE PIÉTÉ,
POUR RÉVEILLER L'AME A SON SALUT;
Par Fabrice de la Bassecour, ministre en l'Eglise françoise,
recueillis à Amsterdam, dédiés aux bourgmaistres et eschevins
de la ville d'Amsterdam. (1 vol. in-12 de 312 pages et 7
feuillets préliminaires.) A Amsterdam, chez Louis Elzevier.
M.DC.XLV.
(1645.)
Ces sermons sont au nombre de douze, sur les sujets suivans: combien
importe le soin du salut; le soin que Christ a de nostre salut sous
la figure du berger recherchant la brebis égarée; exemple de foi en
l'apôtre saint Paul; exemple de repentance en la femme pécheresse;
miroir de repentance en celle de l'enfant prodigue; abrégé des conseils
à salut; l'amour que nous devons à Dieu; comme la superbité damne et
l'humilité sauve; le triomphe de l'ame pieuse après la mort; qu'il y a
peu d'élus à salut; pour conclusion, exerce-toi en piété.
Ni M. Brunet, ni M. Barbier ne parlent de ce sermonaire; je ne le
trouve sur aucun catalogue parénétique, pas plus que sur la liste
elzévirienne, bien qu'il soit du bon temps des elzévirs. Fabrice de la
Bassecour nous apprend, dans sa dédicace, qu'il était ministre réformé
de l'Eglise française d'Amsterdam, depuis 7 ans, en 1645. Rien de plus
froid, de plus sec, de plus traînant que ses sermons. On n'y trouve
pas le moindre germe d'éloquence; en revanche, il y fait, suivant la
méthode réformée, un abus démesuré de citations de l'Ecriture. Le style
en est ancien et bas, sans naïveté. L'orateur y dit que l'orgueil ou
_la superbité fait la piaffe partout_; que nous devons recourir à la
prière pour combattre le mauvais des deux principes qui sont en nous,
_comme fit Rébecca lorsqu'elle sentit ses deux enfans s'entre-pousser
dans son ventre; que, de même que les agneaux s'agenouillent pour
téter, aussi faut-il s'humilier pour sucer, de sa petite bouche, les
mamelles des bénédictions de Dieu; que notre ame, tant qu'elle bat
dans ce val terrestre, est affublée des vieilles peaux de la chair
et du gros sac de nostre corps mortel; mais qu'un jour, colloquée
dans le temple magnifique des cieux, ces peaux, ce sac étant changés,
elle brillera de tous côtés, etc._ Ce n'est pas ainsi que Massillon
réveille dans nos esprits les idées du juge suprême, de l'immortalité
de notre ame, du néant de notre orgueil, et qu'il déroule, aux yeux des
fidèles, dans de majestueux tableaux, leur origine, leurs destinées
futures, leurs devoirs, enfin tout l'enchaînement des dogmes chrétiens.
En tout, qu'il y a loin de ces pauvretés pédantesques aux doctes et
nobles enseignemens de nos grands sermonaires; les uns si remplis de
la vraie science du cœur humain, si vivans d'éloquence persuasive, de
grace et d'harmonie; les autres si puissamment armés de sagesse rigide
et de raisonnemens pressans qu'appuie, à propos, la double autorité des
livres sacrés et de la tradition! Il faut le confesser, les réformés ne
sont pas heureux en chaire. Ils semblent n'avoir de force et talent que
pour la guerre et la dispute; du reste, on dirait qu'avec l'orthodoxie
se sont évanouis pour eux, depuis l'origine de leurs sectes jusqu'à nos
jours, tout le charme de la morale et toute la puissance de la foi.
Les sermons de Calvin, nous l'avons vu, sont pitoyables; ceux de Blair
sont glacés. Ils ont fait d'un corps un squelette, puis du squelette un
fantôme. Les sermons du ministre français d'Amsterdam valent pourtant
beaucoup, en ce sens qu'étant fort rares, les curieux les achètent fort
cher. J'ai honte de dire que l'on aurait un P. Bourdaloue complet pour
le prix dont on paie ce méchant petit volume, lequel n'est pas, après
tout, inutile à notre dessein de suivre la marche des esprits dans
toutes les directions.
LA MONARCHIE DES SOLIPSES,
Traduite du latin de Melchior Inchofer, jésuite (Jules-Clément
Scoti, jésuite), avec des remarques. (Restaut, traducteur.)
Amsterdam, (1 vol. in-12.) M.DCC.XXI.
(1645-1721.)
Bien des gens hésitent encore sur le nom du véritable auteur de cette
satire des jésuites, qui fit grand bruit lorsqu'elle parut, pour la
première fois, en latin, en 1645, sous le titre de _Lucii Cornelii
Europæi monarchia Solipsorum_. Est-elle du respectable jésuite hongrois
Melchior Inchofer, né en 1584, mort à Milan, dans l'année 1648, homme
savant, mais bizarre, qui écrivit contre le système de Copernic, et
qui, dans son meilleur ouvrage, l'_Histoire de la latinité sacrée_,
soutint que les bienheureux s'entretiendront quelquefois dans le
ciel en latin? N'est-elle pas plutôt l'œuvre d'un jésuite infidèle
à son ordre, le Père Jules-Clément Scoti, né à Plaisance en 1602,
d'une famille illustre, mort à Padoue, en 1669, sous la protection
des Vénitiens, ces premiers et redoutables ennemis de la Compagnie
de Jésus? Cette dernière opinion est la plus répandue. En effet, la
monarchie des Solipses sent plutôt le dépit et l'esprit de rancune
que l'amitié sévère et le goût d'une sage réforme. On devine que les
Solipses et leurs amis ont dû attribuer ce terrible livre à Scoti,
c'est à dire à un apostat, de préférence à Inchofer, c'est à dire à
un conseiller rigide. C'est le parti qu'ont pris les Pères Oudin et
Niceron, et qu'indépendamment de l'intérêt qu'ils avaient à le prendre,
ils ont étayé de raisons notables, sinon déterminantes. Cependant
le livre est dédié à Léon Allacci, personnage grave et orthodoxe,
bibliothécaire du Vatican, lequel eut le crédit d'empêcher qu'il ne
fût mis à l'index. Or, un tel personnage pouvait bien protéger la
censure austère, mais non l'apostasie. De plus, il paraît constant
que les jésuites soupçonnèrent d'abord Inchofer d'être l'auteur de
la _Monarchie des Solipses_; qu'ils le firent nuitamment enlever, de
force, de son collége à Rome, sur ce soupçon, et qu'ils l'eussent
infailliblement fait disparaître sans l'appui menaçant que lui
prêtèrent aussitôt les cardinaux Barberini et Franciotti et le pape
Innocent X ses amis. Comment le grand conseil de l'ordre se fût-il
fourvoyé à ce point? Ajoutons que le grammairien Restaut, qui a
traduit cette satire en français, ne doute pas qu'elle ne soit due au
père Inchofer. Il le répète sur tous les tons, dans sa préface, et se
fonde, en cela, sur une autorité imposante, celle de l'abbé Bourgeois,
chanoine de Verdun, qui fut député, en 1645, au souverain pontife par
les évêques de France, pour prévenir la condamnation du livre de M.
Arnaud contre _la fréquente communion_. Mais encore il faut l'avouer,
Restaut, bien qu'il fût lié avec les pères du Cerceau, La Rue, Porée,
Buffier et Sanadon, et qu'il demeurât à Paris, au collége de Louis le
Grand, n'aimait point les Solipses et leur préférait de beaucoup Rollin
et d'Aguesseau. Sa traduction, ses remarques, les pièces de rapport
qu'il joint à son travail, telles que des fragment du _Jésuite sur
l'échafaud_, de l'apostat Jarrige; les _Instructions aux princes par
un religieux désintéressé_, et autres écrits dirigés vers le même but,
trahissent, de sa part, l'intention manifeste d'attaquer la compagnie:
par conséquent, il a bien pu, dans le doute, se décider pour l'opinion
la plus propre à donner du poids à son attaque. Se décide qui pourra
dans ce conflit; Cbauffepied ne l'a pas fait, M. Barbier ne l'a pas
fait, nous les imiterons, ne fût-ce que pour entrer plus vite en
matière.
La _Monarchie des Solipses_ est divisée en 21 chapitres dans
lesquels l'auteur examine successivement la forme de gouvernement
des jésuites, la façon insinuante dont ils se recrutent, les fables
dont ils entourent leur origine et leur histoire, le goût qu'ils ont
pour les nouveautés, leurs colléges, leurs études, leurs mœurs et
coutumes, leurs lois, leurs jugemens, leurs assemblées, les missions
étrangères qu'ils ont remplies, leurs revenus et leurs guerres. Le
ton de l'ouvrage est celui de l'ironie quand il n'est pas celui de
la récrimination directe; et sa forme en est celle de l'allégorie,
mais d'une allégorie sans voile, sans autre artifice que l'emploi
constant de l'anagramme, dont tout le secret consiste, en un mot, à
faire voyager le narrateur en critique intraitable dans un certain
royaume universel, l'état _des solipses_ (Soli ipsi), autrement des
égoïstes. Remarquons en passant que la qualité de _solipses_ n'est pas
particulière aux jésuites. Toutes les sociétés monacales, toutes les
corporations quelconques sont essentiellement _solipses_, et s'est là
surtout ce qui les rend si contraires à l'utilité générale.
En parcourant rapidement les observations et les récits du voyageur,
nous y voyons ce qui suit: la souveraineté des solipses réside
absolument dans les mains d'un seul chef ou général, élu à vie par
l'assemblée des grands de l'État, dont la volonté, dont le caprice
même devient à l'instant la loi suprême de tous ses sujets, en sorte
que les maximes et le système de gouvernement varient sans cesse et
se contredisent au gré du maître suivant la nécessité des temps et
des lieux. Hormis la première dignité, toutes les dignités, tous les
emplois sont amovibles et à la disposition comme à la nomination du
général; d'où il suit que l'obéissance aveugle au général est la seule
vertu qui profite, que la faveur du maître est tout, que le mérite ou
l'indignité n'est rien auprès d'elle pour la distribution des places,
au grand avantage des complaisans, des intrigans et des délateurs. Les
sujets sont rangés en cinq classes, les profès des quatre vœux, les
coadjuteurs spirituels, les écoliers ou profès simples, les coadjuteurs
temporels ou laïques et les novices. Le noviciat dure deux ans, après
lequel temps le nouvel agrégé n'est encore qu'un demi-solipse. Il ne
l'est entièrement et sans retour qu'alors qu'il est reçu profès, et
il n'entre dans les véritables affaires de l'Etat que dans la classe
des quatre vœux. La monarchie embrasse tout l'univers et se divise en
provinces qui ont chacune un gouverneur sous le nom de provincial et
un recteur, plus un procureur qui est le second des deux premiers, et
un certain nombre de consultans qui sont les juges du conseil secret
du provincial et du recteur. Le grand conseil du général, dont toute
affaire ressort, auquel tout aboutit, est composé de magistrats nommés
assistans, qui sont des hommes de la plus haute importance, puisque,
sous la présidence du général, ils peuvent juger à mort. Chaque
provincial envoie, à des intervalles réguliers, des rapports détaillés
des évènemens de sa province, au général, de manière que celui-ci est
informé de toutes les choses de ce monde fort exactement, l'espionnage
étant de devoir pour tous les solipses, et le confessionnal rendant
les découvertes faciles. On assure que les ports de lettres adressées
au général, à Rome, se montent souvent de 70 à 100 écus d'or par jour.
Jamais le général ne sort de Rome que pour aller à sa campagne, et il
est bon de savoir ici qu'avec neuf belles maisons qu'ils ont dans la
ville éternelle et dont la principale se nomme le _Grand Jésus_, les
solipses possèdent, dans la campagne romaine, plusieurs délicieuses
maisons de retraite. Les provinces sont inspectées par des visiteurs
que le général commissionne à cet effet. En tout les solipses sont des
voyageurs déterminés, et les grands chemins comme les petites voies les
connaissent bien.