savant Pierre du Puy, garde de la bibliothèque du roy, à
qui nous devons l'Histoire des templiers et tant de travaux
signalés sur l'histoire de France. Nous ignorons ce que Pierre
du Puy avait fait à Bruscambille; mais il est, à tout propos,
le but de ses traits les mieux acérés. Ici le savant fait
venir la femme d'une statue d'argile animée par le flambeau de
Prométhée. Le valet de Pierre du Puy veut tout simplement la
faire sortir, avec la Bible, d'une côte de l'homme. Un certain
Pygmée lui donne pour origine une charrette métamorphosée, et
le seigneur Pantalon décide la question en faveur de Pierre du
Puy.
5°. En faveur des dames. Plaidoyer inutile: il y a long-temps
qu'elles ont gagné leur cause en France malgré la loi salique.
6°. Des chastrez. Elégie en prose risible sur la triste
destinée de ces messieurs.
7°. Des galleux. Où il est prouvé que leur sort est heureux,
parce qu'on se range de tout côté pour leur faire place.
8°. Des allumettes. Éloge trop subtil et trop peu gai.
9°. Conculcavimus. Véritable ordure qui a pourtant servi de
type à une épigramme latine de Bernard de la Monnoye et à une
autre de J.-B. Rousseau.
10°. Du loisir. Défense des comédiens.
11°. Des accidens comiques. Autre plaisanterie en faveur des
comédiens.
12°. De la Mexique. Inventaire burlesque des richesses qui s'y
rencontrent, telles que quatre chemises de Vénus, le manteau
brodé d'Agamemnon, etc.
13°. Des cinq cents (sens). Parodie de la fable des membres et
de l'estomac, où l'on voit, par le débat des membres, des sens
et du derrière, qu'un derrière qui se ferme obstinément est
maître de tout.
14°. De la folie en général. Encore un lardon lancé contre
Pierre du Puy, _lequel est bien différent des autres hommes,
ceux-ci étant fous par bécarre, et lui l'étant par nature_.
15°. De la nuict. Éloge de la nuit terminé par cette belle
sentence au lecteur: _Je vous baise les mains, baisez-moi les
fesses_.
16°. De la misère de l'homme. Quelle plus grande preuve que
cette misère dit sagement Bruscambille, que l'estime singulière
portée aux destructeurs de l'humanité! Alexandre et César ont
fait périr chacun plus de deux millions d'hommes et n'en ont pu
engendrer un seul; et toutefois quel rang n'occupent-ils pas
dans l'histoire?
17°. De l'excellence de l'homme. Établie par l'invention des
arts et surtout de l'imprimerie. Bruscambille est le philosophe
du pour et du contre.
18°. Procez du pou et du morpion. Satire des formes du palais
et de l'éloquence du barreau.
19°. A la louange du seigneur fouille-trou. Qui aime à rire n'a
qu'à lire le portrait de ce seigneur dans Bruscambille.
20°. Du papier. Son éloge où bien des gens ne le chercheraient
pas.
21°. En faveur de la comédie. Nouvelle apologie du théâtre
fondée entre autres choses sur ce que saint Grégoire de
Naziance composa une tragédie sainte, et sur l'approbation que
saint Thomas d'Aquin donne aux histrions qui ne mènent pas une
vie scandaleuse.
22°. A la louange des poltrons. Contre-vérité assez plaisante
dans laquelle Bruscambille range Achille au nombre des premiers
poltrons.
23°. Voyage de Bruscambille, au ciel et aux enfers pour visiter
les mânes et les manans et savoir un certain secret naturel qui
ne sera jamais connu de personne, pas même de Des Lauriers:
_uter vir an mulier se magis delectet in copulatione_.
24°. Retour de Bruscambille. Récit du festin que lui a donné
Jupiter. Il prétend y avoir appris le fameux secret qui donne
l'avantage à la femme sur l'homme.
25°. De la colère. Il y a quelques traits d'éloquence dans
ce chapitre, comme celui où l'auteur compare la colère à ces
grandes ruines qui se brisent sur le sol où elles tombent.
26°. De la médecine. Platitude ordurière.
27°. Des receptes. Ordonnances burlesques pour guérir de la
stérilité, comme pour déterminer le sexe des enfans dans la
conception.
28°. Des chastrez sérieux. Éloge de la castration qui ne la
fera guère goûter.
29°. Des bonnes mœurs des femmes. Suite de sentences
graveleuses déjà insérées dans les fantaisies de Bruscambille.
30°. Des puces. Sale sottise.
31°. En faveur des gros nez. Paraphrase de cette sentence: ad
formam nasi cognoscitur ad te levavi. Que les grands nez sont
le signe des grands... talens.
32°. Prologue à monseigneur le prince; fort louangeur, où il
est dit assez maladroitement que la France doit les Condé à
l'illustre sang de la Trimouille.
33°. Harangue funèbre en faveur du bonnet de Jean Farine.
Satire peu piquante des oraisons funèbres.
34°. De l'honneur. Ce n'est pas la peine d'en parler pour dire
que c'est un _nihil_ chez les Latins et un _rien_ chez les
Français.
35°. Des naveaux et des choux. Grossière dissertation sur leur
vertu médicale.
36°. Des barbes. Où l'on apprend que, dans ce temps, les hommes
se taillaient la barbe à la savoyarde, à l'espagnole, à la
suisse, à la turque, à la bougrine, à la courtisane, en couenne
de lard, à la pédantesque, en sénateur, en queue de canard, en
devant de sabot, en garde de poignard, en espoussette, en queue
de merlus, etc. L'auteur par ce quatrain:
Si porter grand' barbe au menton
Nous fait philosophe paroistre,
Un bouc embarbé pourroit estre
Par ce moyen quelque Platon.
37°. En faveur de la Scène. Des Lauriers revient toujours à
l'Apologie du théâtre. Il nous donne les noms des auteurs
célèbres de son temps: Ronsard, Garnier, Desportes, Belleau,
du Bellay, du Bartas; passe pour ceux-là; mais Rolland,
Brisset, Amadis Jamyn, l'émule de Ronsard et le traducteur de
l'Iliade avec Solel, la Péruse, du Breton, Montchrestien le
querelleur, chantre de la chaste Suzanne et poète tragique,
voilà certainement des célébrités bien aventurées.
38°. De la constance. Dédiée aux dames comme en offrant les
plus parfaits modèles.
39°. En faveur des priviléges de Cornouailles. A renvoyer au
bon La Fontaine.
40°. Pour pastorales. Que les bergers aiment mieux que les
rois. Prologue d'une pastorale représentée.
41°. Des étranges effets de l'amour. Diatribe contre les femmes.
42°. Pour la tragédie de Phalante. Prologue de la pièce.
LES FANTAISIES DE BRUSCAMBILLE,
Contenant plusieurs discours, paradoxes, harangues et prologues
facétieux, revues et augmentées de nouveau par l'auteur. A
Paris, chez Jean Millot, avec privilége du roi, du 6 juillet
1612, signé Bouhier, et scellé sur simple queue du grand sceau
de cire jaune. (1 vol. in-8 de 325 pages, suivies d'une table
et précédées d'un frontispice gravé, et de trois feuillets
préliminaires.) M.DC.XV.
(1615.)
Cette édition est exactement la même que celle de Paris, in-12, 1668,
chez Florentin Lambert, sauf qu'elle ne renferme pas, à la fin, une
assez triste plaisanterie de deux pages, ayant pour titre: _les bonnes
mœurs des Femmes_, dans laquelle on lit une suite d'aphorismes tels que
ceux-ci: la prudente femme est celle qui n'a le dedans de la main velu.
La hardie est celle qui attend deux hommes dans un trou. Les éditions
de Paris 1619, in-12, et de Rouen, 1622-23-26-29-35, également in-12,
ne sauraient être plus complètes que celle de 1668. L'amateur le plus
scrupuleux peut donc se contenter de cette dernière des fantaisies de
Bruscambille (Des Lauriers); mais il doit joindre le Mistanguet, plus
deux recueils du même genre dont ailleurs nous faisons une mention
particulière. Nous oserons dire de ces fantaisies qu'elles nous ont
fort amusé. C'est du gros et très gros sel, sans doute, mais d'une
saveur naturelle et piquante. La confusion que l'auteur met exprès dans
ses discours, à l'imitation de Rabelais et de Béroalde de Verville,
ses modèles, est évidemment un voile dont il couvre ses saillies
hardies ou même effrontées; voile qu'avec une médiocre intelligence des
affaires comme des mœurs du temps le lecteur ne laissera pas de percer
facilement. C'est ainsi que, dans les deux harangues de Midas, il est
aisé de démêler la parodie des synodes réformés et des assemblées
d'États catholiques, où chaque parti couvrait son ambitieuse intrigue
de belles maximes de religion et de bien public. Il y a bien de la
sagesse dans ce mot de Midas: «La cause des fols et des ignorans est
toujours favorable; nous gaignerons la nostre.» Ne peut-on deviner de
qui il s'agit dans le procès des grenouilles contre les cuisiniers où
les anguilles interviennent, celles-ci voulant être écorchées par la
queue et les grenouilles par la tête? Le prologue de la vanité des
sciences, appuyé sur l'autorité de Cicéron qui, vers la fin de sa vie,
était dégoûté du savoir, aurait pu fournir de chaleureuses sorties
à J.-J. Rousseau. Le prologue de la défense _du tien_ et _du mien_
est la raison même sous les habits de la folie. La satire des vaines
argumentations n'est, nulle part, plus gaie ni plus concluante que
dans les deux paradoxes _suprà crepitum_, où il est démontré, tantôt
_crepitum esse quid corporeum_, tantôt _crepitum esse quid spirituale_.
Le prologue en faveur du mensonge est d'une hardiesse singulière pour
l'époque. Nous savons, pour notre part, un gré infini à Bruscambille
de ses deux prologues contre l'avarice; car c'est le vice que nous
avons toujours le plus haï et le plus méprisé. Le prologue contre les
censeurs fâcheux débute par une comparaison charmante: «Le propre
des cantharides, y est-il dit, est de succer le vermeil de la rose
et de le convertir en venin.» Il faut remarquer, dans le prologue de
la Calomnie, l'histoire du vieillard Titius voyageant sur sa jument
avec son jeune fils à pied. C'est la jolie fable du _Meunier, son
Fils et l'Ane_; on la retrouve ailleurs, mais peut-être La Fontaine
l'a t-il prise là? Enfin ce livre facétieux et trop souvent ordurier
n'est ni aussi frivole ni aussi fou qu'il paraît l'être; et bien des
écrits prétentieux renferment moins de bon-sens que les 41 prologues
et 15 paradoxes ou galimatias dont les fantaisies de Bruscambille Des
Lauriers se composent.
LES PLAISANTES IDÉES
DU SIEUR MISTANGUET,
Docteur à la moderne, parent de Bruscambille; ensemble la
Généalogie de Mistanguet et de Bruscambille; nouvellement
composées, et non encore veues. A Paris, chez Jean Millot,
imprimeur et libraire, demeurant en l'isle du Palais, au coing
de la rue de Harlay, vis à vis les Augustins, avec privilége.
(1 vol. pet. in-8 de 79 pages.) M.DC.XV.
(1615.)
L'auteur de ces facéties et de toutes celles qui sont connues sous le
nom de Bruscambille est toujours le sieur Des Lauriers, comédien de
l'hôtel de Bourgogne, lequel vivait encore en 1634. Le volume contient:
1° une courte généalogie du sieur Mistanguet; 2° le prologue des idées
du temps qui court; 3° une seconde partie intitulée: des fausses et
véritables idées; 4° des bonnes mines de ce temps, autrement _de nugis
aulicorum_; 5° la seconde partie du prologue des bonnes mines; 6°
l'abrégé de la généalogie du docteur et capitaine Bruscambille et de
son parent et bon amy Mistanguet. Le tout est précédé d'une dédicace
du libraire à un ancien ami, et d'une autre de Mistanguet aux esprits
joyeux. Mistanguet est spirituel et malin. Il vise souvent plus haut
qu'il ne l'annonce. Ses généalogies, par exemple, sont la satire très
gaie de nos romans héraldiques. Son prologue des idées du temps qui
court offre une raillerie mordante des subtilités scolastiques. «Pour
vivre joyeux j'argumente _in barbara_. Arrige aures:
Omne animal est corpus;
Omnis homo...........
«Non; je veux que ce soit _in celarent_:
Nullus homo est lapis;
Omnis æthiops........
«Tout beau! n'allons pas là! je veux prendre ma visée _in Darii_:
Omnis homo est animal;
Aliquod bipes est homo...
»Mon cheval recule. Çà, tout de bon, tremblez, poètes! ma manche,
fourny-moi d'argumens, et vous, mes lunettes, ô vera mundi lumina! _in
darapti_! coup d'estoc, coup de taille, poste, riposte, pare. Ondes
basses, ondes haultes, chapeau enfoncé, pied devant, à pied, à cheval,
j'enfonce la barricade des poètes d'un coup argumental
Omnes poetæ sunt nugaces;
Omnes...................
«Non, en françois:
Tous les poètes sont bourdeurs;
Tous les poètes sont prophètes;
Donc quelques poètes prophètes sont bourdeurs.
«S'il n'est bien tiré, j'ay la crotte au cul; tirez-la avec les
dents: je ne respecte ny Siague, ny de Arena, etc.» La conclusion de
Mistanguet est que tout le monde est fou, et que si le roi faisait un
édit à qui se regarderait le plus long-temps sans rire, le Pont-Neuf, à
force de rire, se fonderait. Voilà qui n'est pas mal pour une facétie.
LA COMÉDIE DES PROVERBES,
Pièce comique (en trois actes et en prose, par Adrien de
Montluc, comte de Cramail). A Troyes, chez la veuve Oudot
(cinquième édition). M.DCC.XV. (1 vol. pet. in-8.) Ensemble
les Illustres Proverbes historiques, ou Recueil de diverses
Questions curieuses pour se divertir, etc., etc., ouvrage tiré
des plus célèbres auteurs de ce temps. A Paris, chez Pierre
David, au Palais, 1655, avec la Suite. A Paris, chez Popingue,
rue de la Huchette, 1665. (Bonne édition avec planche, 2 vol.
pet. in-12.)
(1616--1715--1654-55-65.)
La science des proverbes a son prix, non pas que les proverbes soient,
comme on l'a dit, la sagesse des nations (ils ne seraient tels, en
tout cas, que parce qu'ils disent souvent le pour et le contre); mais
cette science est utile à la connaissance des mœurs populaires; mœurs
qu'on retrouve dans toutes les classes de la société, qui marquent la
physionomie propre des peuples, et ce titre la recommande aux esprits
réfléchis, en même temps qu'il explique le goût que le public a
toujours montré pour elle. On ne doit donc pas s'étonner que, de 1718 à
1786, il ait été fait cinq éditions du dictionnaire proverbial du sieur
Le Roux, Français réfugié en Hollande, homme de beaucoup de mérite
comme la plupart de ses compagnons d'infortune, ni que, dernièrement,
un philologue aussi éclairé qu'ingénieux, M. de Méry, nous ait donné,
en trois volumes in-8°, un abrégé historique, plein de recherches, de
tous les proverbes en circulation, grecs, anciens et modernes, latins,
français, espagnols, italiens, anglais, écossais, chinois, arabes,
danois, flamands, hollandais, turcs, persans, indiens, allemands, sans
préjudice de quantité de proverbes généraux et particuliers de toute
nature dont les oreilles du monde retentissent journellement.
Le dictionnaire de Le Roux, appuyé d'extraits de nos vieux auteurs, est
d'un usage commode et agréable; toutefois il est regrettable qu'étant
suffisamment explicatif, il ne soit pas également historique, car
l'origine des proverbes ajoute un vif intérêt à leur explication.
Nous évaluons à six mille le nombre des proverbes ou façons de parler
proverbiales qu'il renferme. L'ouvrage de M. Méry est moins riche
quant au nombre et l'est davantage quant à l'histoire. Il se pourrait
bien faire que l'auteur eût cédé plutôt à l'attrait de l'érudition
qu'à celui de la vérité, en donnant 190 proverbes aux Grecs, 228 aux
Latins, et seulement 100 aux Français. Nous devons être le peuple le
plus proverbialiste de la terre, puisqu'on nous accorde d'être le plus
sociable. Voyons d'ailleurs quel luxe de dictons étale notre langage
familier. Il n'y a peut-être pas, chez nous, une épithète qui n'en
soit flanquée. Nous disons sourd comme un pot, sot comme un panier,
bête comme une oie, franc comme l'or, discret comme un mur, indiscret
comme un tambour, bavard comme une pie, muet comme un poisson, menteur
comme un arracheur de dents, pauvre comme Job, beau comme un astre,
laid comme un pou, étourdi comme un hanneton, gras comme un moine,
gros comme un muid, roide comme un bâton, long d'une aune, rouge
comme un corail; que savons-nous encore? Aussi l'étude des proverbes
a-t-elle commencé de bonne heure en France, et bien avant Sancho Pança.
En ne remontant qu'au siècle qui a suivi l'apparition de ce grand
proverbialiste, nous remarquons, parmi beaucoup de livres composés sur
cette matière, les deux qui sont l'objet de cet article.
La comédie des _Proverbes_ n'est pas précisément amusante; elle est
assez bien inventée et bien conduite, sans doute; mais, pour l'auteur
dramatique, il n'y a point de salut sans le naturel et l'aisance du
dialogue: or, ici, le dialogue entier se trouvant farci de proverbes
amenés de près ou de loin, à toute éreinte, adieu l'aisance et le
naturel. Lidias, assisté de son valet Alaigre et de quelques amis,
enlève de vive force, mais non pas malgré elle, la jeune Florinde,
fille de la dame Macée et du docteur Thesaurus, laquelle était promise
au capitaine Fierabras. Cet enlèvement a lieu de grand matin, dès la
première scène, pendant une promenade aux champs du père et de la mère,
en dépit des cris de la servante Alison, en dépit de la résistance du
valet Philippin que les ravisseurs emmènent avec eux, et à la barbe
des voisins Bertrand et Marin, qui regardent la chose tranquillement
de leurs fenêtres. Les ravisseurs s'éloignent en toute hâte, et quand
Thesaurus revient à son logis avec la dame Macée, sa femme, il apprend
l'évènement par le burlesque récit que lui en fait le voisin Bertrand.
Voilà le 1er acte. Au 2e le capitaine Fierabras, instruit du fait,
entre en scène et propose son glaive et ses services à Thesaurus.
«Seigneur docteur, croyez-moi, je les ferai renoncer à la triomphe,
et coucher du cœur sur le carreau.»--«Patience, répond Thesaurus,
vous êtes trop chaud pour abreuver. N'allez pas tomber de Charybde en
Scylla. Il faut aller au devant par derrière, et vous conserver comme
une relique. Croyez-moi, et dites qu'une bête vous l'a dit.» Sur ce,
Fierabras, profitant du conseil, conclut qu'il vaut mieux laisser les
papillons venir se brûler d'eux-mêmes à la chandelle, et le théâtre
reste vide, faute souvent répétée dans la pièce. Arrivent les deux
amans et les deux valets, toujours s'enfuyant. La faim les saisit.
Ils se mettent à repaître. Après boire, ils se déshabillent et vont
dormir un petit. Durant leur sommeil, des bohémiens surviennent qui
prennent leurs habits et laissent à la place des haillons de bohémiens.
Au réveil des deux amans et des deux valets, les valets se frottent
les yeux. «Quelle heure est-il?» dit l'un. L'autre répond: «Si ton nez
était entre mes fesses, tu dirais qu'il est entre une et deux. Mais,
Aga! on nous a fait grippe-cheville; nous sommes volés des pieds à
la tête.» Dans ce désarroi, la compagnie, qui a perdu ses habits, se
revêt des haillons bohémiens, et l'on va voir au 3e acte qu'à quelque
chose malheur est bon. Une fois vêtus en bohémiens, les deux amans
et les deux valets, pour échapper au capitaine Fierabras, n'ont rien
de mieux à faire qu'à dire la bonne aventure. Ainsi font-ils. Bien
déguisés qu'ils sont, ils se présentent à Thesaurus et à Fierabras,
et gagnent tout d'abord leur confiance en devinant l'enlèvement de
Florinde, qu'il ne leur est pas difficile de deviner. Fierabras devient
amoureux de la fausse bohémienne Florinde, qui le repousse en lui
disant _qu'à laver la tête d'un âne on perd sa peine_. Là dessus, les
faux bohémiens laissent Fierabras tout seul. Arrivent des archers avec
leur prévôt, qui sont à la poursuite des vrais bohémiens. Fierabras
se prend de querelle avec eux, puis leur quitte le terrain, tout
Fierabras qu'il est. Il se rencontre que le prévôt est le frère de
Lidias. Reconnaissance des deux frères; péripétie. Les archers et le
prévôt entrent dans la conspiration des amans. Le prévôt fait croire à
Thesaurus que lui et Lidias, après des prodiges de valeur, ont arraché
sa fille des mains des ravisseurs. Thesaurus, en reconnaissance,
accorde Florinde à son amant Lidias, et Fierabras devient ce qu'il
peut; car il a disparu. Tirez le rideau, la farce est jouée. Si l'on
en souhaite davantage, on n'a qu'à lire l'analyse détaillée que les
frères Parfait ont donnée de cette pièce, au tome 4e de leur estimable
_Histoire du Théâtre Français_. La comédie des _Proverbes_ en contient
deux ou trois mille. C'est un tour de force, aussi bien que les
comédies et tragédies tout en calembourgs du marquis de Bièvre. Mais
encore, les tours de force ne valent rien dans les arts. Ils sont même
bien moins difficiles que le simple et le vrai, ce que ne sauront
jamais ceux qui n'ont pas essayé d'être vrais et simples, et ce qu'il
ne faut point cesser de répéter pour l'honneur du goût.
Croirait-on que cette farce est du petit-fils du terrible maréchal
Blaise de Montluc, de cet Adrien de Montluc, comte de Cramail,
prince de Chabannais, qui passait pour un si bel et si solide esprit
à la cour de Louis XIII, à qui Regnier adressait sa seconde satire
commençant par ce vers: «Comte, de qui l'esprit pénètre l'univers,
etc.,» laquelle n'est pas de ses meilleures au surplus; de ce seigneur,
disons-nous, que l'abbé de Marolles et la Porte élèvent aux nues dans
leurs Mémoires; enfin, que la reine Anne d'Autriche, voulait faire
gouverneur de ses fils. Ce galant homme fut mis à la Bastille par
Richelieu, en 1630, après la Journée des dupes, pour avoir conspiré
avec le fameux abbé de Gondy contre la vie du premier ministre, ainsi
que cela est raconté dans les Mémoires de Retz. Il fit encore _les Jeux
de l'inconnu_, ouvrage tout en calembourgs, plus deux Enfans naturels:
c'eût été un plaisant gouverneur de Louis XIV, il en faut convenir;
mais venons à notre recueil des illustres proverbes. Grosley, dans le
Journal encyclopédique, l'avait attribué au comte de Cramail (on ne
prête qu'aux gens riches); mais M. Nodier le donne plus judicieusement
au sieur Fleury de Bellingen. L'ouvrage est un dialogue entre certain
manant et certain philosophe, où l'on pense bien que le premier, en
débitant force proverbes, ne fait que donner la réplique au second qui
les explique tant bien que mal. Ce Recueil ne laisse pas que d'être
assez précieux pour l'étymologie de quelques proverbes; il est bon de
le consulter pour ne pas citer à faux, et aussi pour ne pas dire des
sottises sans le vouloir. Par exemple, si les femmes savaient l'origine
de _toujours souvient à Robin de sa flûte_, elles ne citeraient
jamais ce proverbe. Un comédien de Melun, nommé l'Anguille, jouait,
dans le _Mystère de Saint-Barthélemy_, le personnage du martyr, et,
maladroitement, il se mit à crier avant que le bourreau approchât
de lui pour l'écorcher; d'où le proverbe, faussement appliqué, _des
anguilles de Melun qui crient avant qu'on les écorche_. S'il est vrai
que le proverbe _j'en mettrais ma main au feu_ vienne de l'impératrice
Cunégonde, femme de l'empereur Henri de Bavière, qui, de plein gré,
marcha impunément pieds nus sur treize socs de charrue rougis au feu,
pour se justifier d'une accusation d'incontinence, on devrait dire,
_j'en mettrais mes pieds au feu_; on devrait le dire, bien entendu
qu'il ne faudrait pas le faire. Il y a plus d'une subtilité dans
les explications du philosophe. Par exemple, comment croire que le
proverbe _boire à tire-larigot_ vienne de la raillerie que les Goths
firent à la tête d'Alaric après l'avoir coupée, lorsqu'ils se mirent à
boire, en chantant _ti Alaric got_? Est-il bien certain que _faire une
algarade_ vienne du brigandage des habitans d'Alger? Est-il vrai que
_fesse-mathieu_ vienne de saint Mathieu, qui d'abord avait été usurier?
_Poupée_ vient-il de l'impératrice _Poppée_? Mais _faire à Dieu barbe
de fouarre_, ou gerbe de paille, vient évidemment de la tromperie des
paysans qui gardent leur plus mauvaise gerbe pour la dîme. Le second
volume de ce Recueil, sous la date de 1665, offre une singularité; les
68 premières pages ne sont que la répétition presque textuelle des 68
dernières du premier volume de 1655; le reste est nouveau, mais d'un
nouveau bien sérieux et bien plat: voici pourtant une sentence qui peut
passer pour une bonne maxime, plutôt que pour un proverbe, et Dieu
veuille qu'on ne nous l'applique pas: _mieux vaut rester oisif que rien
faire_; autrement, que _faire des riens_? Pour finir, s'il est vrai que
_jeter de la poudre aux yeux_ dérive des vainqueurs à la course des
jeux olympiques, lesquels, en devançant leurs rivaux, leur envoyaient
de la poussière au visage, le proverbe est ici détourné de son sens
naturel, qui se rapporte aux vrais vainqueurs, tandis que l'usage
l'adresse aux escamoteurs de succès.
L'ADAMO,
Sacra rappresentatione di Gio. Battista Andreini Fiorentino,
alla Maesta christianissima di Maria de Medici, reina di
Francia, dedicata. Con privilegio. (1 vol. in-4, fig.) Ad
Instanza de Geronimo Bordoni, in Milano. (_Rare._) M.DC.XVII.
(1617.)