Nous l'allons voir travailler plus à plein, et, d'entrée de jeu, il

vole la vraie croix de la Sainte-Chapelle, apportée par saint Louis, et

la vend aux Vénitiens. Il vend tous les offices; il invente les plus

ridicules impôts avec son sieur d'O, surintendant des finances, et de

tout cela fait largesses à ses mignons.

Une querelle s'engage entre ses deux beaux-filz, Quélus et d'Antraguet.

Voilà que Maugiron et Ribeyrac, Schomberg et Livarot, venus sur le

terrain pour arranger l'affaire, finissent par se battre entre eux,

disant venger leur honneur. Quélus, blessé à mort, tombe à terre, et,

en peu d'instans, Ribeyrac tombe mort aussi, non sans avoir blessé

furieusement le maucréant Maugiron, qui, se sentant bien frappé,

s'écrie: _Je renie Dieu, je suis mort._ Livarot tue Schomberg, et ce

duel fatal, qui, par parenthèse, est décrit, par l'anonyme, d'une façon

très pittoresque, fournit à Henri de Valois l'occasion d'un nouveau

scandale: celui de faire placer les statues de Quélus et de Maugiron

dans l'église de Saint-Paul. Après avoir pleuré _ces beaux-filz_, comme

une femme fait son amant, Henri de Valois ne tarde pas à se munir

d'autres mignons, du nombre desquels Nogaret se distingue par des

profusions sans exemple ni mesure.

Mais ce n'est pas assez des mignons, il faut à ce roi hypocrite et

sacrilége une belle religieuse du couvent de Poissy, et il la viole

en société avec ses mignons. _C'est pour ces harpies du roi qu'est

institué l'ordre dit du Saint-Esprit._ Ce roi n'entend à aucune

remontrance; quand on lui parle raison, il jure, se fâche et courrouce,

fait ensuite des processions pour en imposer au pauvre peuple, et se

moque de Dieu et des saints; témoin sa visite à la couronne d'épines,

qui le fait rire et s'écrier _que Dieu avait la tête bien grosse_.

Il entoure sa personne de quarante-cinq ames damnées, sous le nom

de gentilshommes, qu'il dresse à s'en aller tuer ceux dont la vie

l'importune; et il a l'effronterie d'appeler ses quarante-cinq _ses

coupe-jarret_. Il laisse son chancelier Chivergny augmenter ses petits

moyens jusqu'à près de 400,000 liv. de rentes, et aussi _voler à gueule

ouverte_ son premier président, Achille Harlay, et aussi tous ses

officiers. Le royaume est au pillage; les rentes de l'Hôtel-de-Ville

sont arrêtées; on ne paie plus personne: alors les vertueux Lorrains

veulent venir au secours du peuple par bonnes raisons. Henri de Valois

fait entrer 12,000 Suisses dans Paris pour ruiner le pouvoir de ces

vertueux hommes: la bourgeoisie le chasse. Il a l'audace d'assembler

les états à Blois; et là, pour répondre aux clameurs du royaume

infortuné, il fait massacrer, par ses quarante-cinq, le duc de Guise

et le cardinal de Guise, par les archers du capitaine du Guast. Vrai

Néron, Héliogabale et Caracalla, qui finit par faire mourir jusqu'à sa

mère; et ici l'auteur se tait. De pareils écrits valent le couteau de

Jacques Clément. Observons que, dans ce torrent d'invectives, il ne se

rencontre aucune plainte contre le mignon Joyeuse. C'est que celui-là

avait embrassé la Ligue de bonne foi.

LES SORCELLERIES

DE HENRI DE VALOIS,

ET

LES OBLATIONS QU'IL FAISAIT AU DIABLE,

DANS LE BOIS DE VINCENNES,

Avec la figure des démons d'argent doré, auxquels il faisait

offrandes, et lesquels se voyent encores en ceste ville, chez

Didier-Millot, à Paris, près la porte Saint-Jacques, 1589, avec

permission. Pet. in-8 de 15 pages. Ensemble, Advertissement

des nouvelles cruautez et inhumanitez desseignées par le tyran

de la France. A Paris, par Rolin Thierry. M.D.LXXXIX, avec

privilége; pet. in-8 de 20 pages en plus petits caractères.

(1589.)

Cette pièce anonyme n'est pas moins rare que la Vie de Henri de Valois

et que le Martyre des Deux Frères, dont le présent recueil offre

l'analyse. La figure qu'on y voit est reproduite dans la belle édition

du _Journal de l'Étoile_, qu'a donnée Lenglet-Dufresnoy. Ni M. Brunet

ni M. Barbier n'ont parlé des _Sorcelleries de Henri de Valois_, dont

nous n'avons pu découvrir l'auteur. Le détail de ces sorcelleries

présente peu d'intérêt: s'il est véritable, l'opinion, assez justement

établie de la démence de Henri III, vers la fin de sa carrière, n'est

plus problématique. Il est à remarquer que le libelliste attribue à

l'influence de d'Épernon le goût que Henri de Valois prit pour les

sortiléges, dans les derniers malheurs de son règne. Quels piéges les

favoris ne tendent-ils pas aux princes dont ils espèrent! Quant au fait

même des sorcelleries, il est certain qu'une croix dorée fut trouvée à

Vincennes, laquelle était placée sur un coussin de velours, entre deux

satyres de vermeil qui lui tournaient le dos. Comment le vainqueur de

Jarnac et de Moncontour en vint-il à joindre ces évocations magiques

aux processions de pénitens blancs? c'est le secret de la nature

humaine, bien misérable, il faut l'avouer, quand le sentiment de la

morale divine l'abandonne.

_L'Advertissement des Nouvelles Cruautez_, etc., qui suit _les

Sorcelleries_, mérite une mention particulière; le ton en est noble

dans sa véhémence; les faits articulés sont plausibles, les principes

clairement posés et les déductions habilement tirées. C'est un vrai

manifeste, non contre la couronne, mais contre la personne d'un

souverain, qui, selon l'auteur, ayant forfait aux lois du royaume,

soit par une alliance avec les cantons suisses protestans, moyennant

la cession du Dauphiné et des villes de Châlons et de Langres, soit

par une secrète connivence avec Henri de Navarre, prince huguenot, a

perdu ses droits à l'obéissance de ses peuples. On y lit ces mots:

«Faire service au roy et respecter Sa Majesté, ce n'est pas servir un

tyran qui indignement porte le nom de roy, renverse les loix de l'Etat,

et en aliène le domaine. Combattre pour le roy, c'est combattre pour

le royaume, pour l'Etat, pour la patrie, et non pas pour une personne

particulière; car ce mot de roy est une générale notion et remarque

de la majesté, non d'un simple homme, ny d'une personne fragile et

mortelle, mais de la dignité royale, etc., etc... On prie pour le

roy en tant qu'il est le moyen par lequel l'estat public subsiste,

etc., etc., etc.» Cette œuvre, dont nous sommes loin d'approuver les

conclusions sans réserve, est un monument d'autant plus curieux,

qu'elle paraît avoir eu pour objet et pour effet la rébellion de Paris,

en 1589, et la déchéance de Henri III. Le style décèle sans doute une

main supérieure et des plus autorisées de ce temps calamiteux aussi

bien que mémorable.

LE MARTYRE DES DEUX FRÈRES,

Contenant au vray toutes les particularitez les plus notables

des massacres et assassinats commis ès les personnes de très

hauts et très puissans princes chrétiens, messeigneurs le

révérendissime cardinal de Guyse, archevêque de Rheims, et de

monseigneur le duc de Guyse, pairs de France, par Henri de

Valois, à la face des estats dernièrement tenus à Blois. (Pet.

in-8 de 54 pages chiffrées et de 2 non chiffrées, contenant

quatre sonnets, et orné des portraits en bois des Deux Frères,

d'une vignette sur bois à deux compartimens, représentant le

meurtre du duc de Guyse, et d'une autre où l'on voit la mort du

cardinal de Guyse. Edition qui paraît antérieure à celle que

cite M. Brunet, sous le n° 13787.) M.D.LXXXIX.

(1589.)

Diatribe des plus virulentes, dont la forme est plus oratoire que

narrative, à en juger surtout par son début, assez singulier pour être

rapporté: «Il n'y a celui de vous, messieurs, qui, avec ce grand roi,

n'adjugiez, donniez l'honneur et le prix à ce très certain axiome

prononcé après plusieurs disputes et traitez faits devant lui, à

sçavoir quelle chose du monde estoit et debvoit estre la plus forte,

ou le roy, ou le vin, ou les femmes, fust enfin tenu et résolu que

_super omnia vincit veritas_, etc.» Cet axiome en faveur de la vérité

étant posé, l'orateur se met en devoir de débiter tous les mensonges

injurieux que l'esprit du temps lui fournit contre le roi Henri III,

déjà bien assez flétri par ses faits et gestes authentiques. Les

épithètes de Sardanapale engeoleur, d'ame endiablée, d'hypocrite

sodomite, de parjure athéiste, de coquin, de poltron qui s'enfuit de

Paris par la porte Neuve, et s'en va comme un esclave se réfugier à

Chartres, ne sont que le prélude et le jeu de sa verve furibonde. Les

textes sacrés dont ce beau discours est coupé doivent faire conjecturer

qu'il fut prononcé dans une église. Les deux Guise y sont présentés à

la vénération des fidèles comme des martyrs de la foi, tandis qu'au

fond ils ne le furent que de leur ambition effrénée. Le récit de leur

mort funeste est reproduit avec les circonstances que l'on sait et

quelques autres, omises par les historiens, dont nous croyons devoir

signaler la suivante:

Le corps du duc de Guise, gissant donc dans la chambre du roi,

qui venait de le fouler aux pieds, était à l'envi insulté par les

assassins, ce que voyant un aumônier du roi, nommé _Dorguin_, ce brave

et digne prêtre en fut touché jusqu'aux larmes; et, n'écoutant que

la voix de la charité, il entonna le _de profundis_ au milieu des

bourreaux armés de leurs fers sanglans. C'est là, sans doute, une

action sublime.

Henri, toujours selon l'orateur, communia le lendemain de ce double

meurtre; il avait entendu la messe le jour même, le 22 décembre.

L'évêque du Mans, frère de Rambouillet et de Maintenon, fut, dit notre

anonyme, l'un des instigateurs de ces assassinats.

La péroraison du discours est digne de l'exorde. On y lit ces mots:

«Vous l'eussiez pris (Henri de Valois), pour un Turc par la teste, un

Alleman par le corps, harpie par les mains, Anglois par la jartière,

Poulonois par les piés, et pour un diable en l'ame.»

Ceux qui voudront connaître l'orateur le peuvent en combinant de

toutes les manières possibles les mots suivans, qu'il indique comme

l'anagramme de son nom, et avec lesquels il signe son discours: _la

richesse peult_. La patience et non la curiosité nous a manqué pour le

faire.

PROSA

CLERI PARISIENSIS

AD DUCEM DE MENA (MAYENNE),

Post cædem regis Henrici III. Lutetiæ, apud Sebastianum

Nivellium, typographum unionis, avec la traduction, en vers

françois, par P. Pighenat, curé de Saint-Nicolas-des-Champs.

A Paris, 1 vol. in-8, M.D.LXXXIX. Belle copie manuscrite sur

peau de vélin, faite en 1780, d'un livret très rare que M.

Didot l'aîné réimprima, en 1786, à 56 exemplaires dont 6 sur

peau de vélin. Cette copie, qui est une pièce unique, renferme

36 pages; elle est ornée de fleurons à la plume figurant des

fleurs et des fruits. L'original latin est composé de 24

strophes de 6 vers, et la traduction, également de 24 strophes

de 12 vers hexamètres. Le tout se termine par le distique

suivant: ad dementem Parisinorum plebem, quæ impurissimum

Arsacidam in numerum divorum refert.

Famosos quoniam vetuerunt jura libellos

Spargere, famosis, ô plebs, recipisce libellis.

Qui est-ce mal né

Non saint, mais damné?

Tu le vas nommant;

C'est Jacques Clément.

(1589-1780.)

Cette prétendue prose du clergé parisien, composée, en apparence, par

un furieux ligueur, en l'honneur de Jacques Clément et de madame de

Montpensier (Catherine de Lorraine, sœur du duc de Guise assassiné à

Blois), mais en réalité par un antiligueur, contre les héros de la

ligue, est un monument remarquable de l'esprit de parti. Le cynisme, la

rage et la démence ne sauraient aller plus loin. Supposer que le clergé

de Paris a déifié une princesse pour s'être abandonnée à un moine, à

condition qu'il tuerait son roi; qu'il a mis au rang des saints ce

moine luxurieux et fanatique pour avoir accompli son horrible promesse;

et cela au nom de la religion qui pardonne! c'est assurément le dernier

des excès, bien que les jésuites, le pape lui-même, et certains curés

de Paris, on le sait trop, aient alors autorisé, par d'aveugles

fureurs, des imputations terribles contre le clergé en masse. Du

moins, l'auteur latin a gardé l'anonyme; mais peut-on concevoir qu'il

ait pris le nom d'un curé de Paris, dans la traduction d'une telle

pièce en français, traduction faite dans les termes que nous allons

reproduire en partie. Ah! sans doute la religion n'est pas comptable

de ces indignités! qui l'est donc? l'esprit de vengeance politique,

c'est à dire la plus cruelle et la plus inflexible des passions que

la société humaine ait enfantées. Il n'est pas inutile de perpétuer

le souvenir de pareils exemples, afin que chacun voie où il peut être

entraîné dans les discordes civiles.

........................

Laudatur tuæ sororis

Adfectus plenus amoris,

Quæ se magna constantia,

Subjecit dominicano,

Pacta ut mortem tyranno

Daret, vi vel astutia.

Hæ nacta viram non segnem,

Eïa, inquit, fige penem

In alvi latifundia,

Æquæ penitus ac ferrum

Quod jurasti, vibraturum

Intra Henrici ilia.

Ergo pius ille frater

Compressit eam valenter.

Redditurus vota pia.

Ad septimam usque costam

Recondit virilem hastam

Fusa seminis copia.

O ter quaterque beatus

Ventris Catharinæ fructus

Compressæ pro ecclesia.

O felix Jacobus Clemens!

Felix martyr, felix amans!

Inter millies millia.

........................

Sancte colletur ut numen

Tuum, et Clementis nomen,

In secula perennia

Amen.

........................

Certes, gloire immortelle

Est deue à vostre sœur

D'avoir pour la querelle

Voire hazardé l'honneur,

S'estant soumise enfin

Au frère jacobin

Moyennant la promesse

Signée de son sang,

Que, par force ou finesse,

Il perceroit le flanc

(Fust au peine des loix)

De Henri de Valois.

Elle qui savoit comme

Souvent amoureux font,

Afin d'esprouver l'homme,

Et n'avoir un affront,

Lui dit d'une pudeur

Séante à sa grandeur;

«Soit fait; prenez liesse;

»Mais montrez la roideur,

»Pressant vostre maitresse,

»Dont vous dedans le cœur,

»D'Henri vostre fléau,

»Ficherez le cousteau.»

Donc le dévot moine

Redouble ses efforts,

Résolu à la peine

De mille et mille morts

Ainçois que de faillir

De son vœu accomplir.

Jusqu'au fond des entrailles

Il va l'oultre perçant;

Pavois, plastron, écailles,

De sa lance faussant;

Dans elle en quantité

Espand sa déité.

Madame Catherine

O bien heureux le fruit

Enflant vostre poitrine

Par don du saint Esprit!

O que tout le clergé

Est à vous obligé!

........................

........................

Après maints beaux esloges,

Maint riche monument,

Dans nos martyrologes,

Vous (duc de Mayenne) et Jacques Clément

Serez canonizez

Au rang des mieux prisez.

Ainsi soit-il.

Cette pièce sanglante est écrite avec un naturel si brûlant, elle

entre si profondément dans les passions qu'elle veut flétrir, en les

faisant parler, que bien des gens, et nous les premiers, l'avons prise

au sérieux. Nous confessons, à cet égard, notre erreur, qui peut, sans

façon, être qualifiée de bévue; mais M. Leber, dans le piquant opuscule

qu'il a publié en 1834, sur l'état des pamphlets avant Louis XIV, en

ayant appelé, sur ce point, à la réflexion du public, nous nous sommes

bientôt convaincus, par une lecture attentive, que la prose du clergé

de Paris n'était rien autre chose qu'une satire cynique et horriblement

belle des excès de la ligue, un ballon d'annonce de la satire Ménippée,

qu'il convient, peut-être, d'attribuer à l'un des auteurs de ce dernier

ouvrage. Il y a toujours à gagner dans le commerce des vrais gens de

lettres.

LE MASQUE DE LA LIGUE

ET DE L'HESPAGNOL DÉCOUUERT.

Où 1° la Ligue est dépainte de toutes ses couleurs; 2° est

monstré n'estre licite au subject s'armer contre son roy pour

quelque prétexte que ce soit; 3° est le peu de noblesse tenant

le party des ennemis, advertie de son debvoir. A Tours, chez

Iamet Mestayer, imprimeur ordinaire du roy. 1 vol. in-12 de 274

pag. M.D.LXXXX.

(1590.)

«Le tyran d'Hespagne béant et ententif de long-temps à l'invasion de

la France,... voyant que le dernier des Valois en tenoit le sceptre,

après la mort de monsieur son frère, que l'on dit avoir esté empoisonné

par le moïen de ses agents et ambassadeurs..., a suscité une ligue,

et par elle produict des monstres plus hideux et horribles que ceux

que l'on dit avoir esté dontez par le fils d'Alcmène, jadis...; que

dis-tu Circé? que dis-tu, horrible Mégère, ligue impie!... Mettras-tu

ton espérance au duc de Parme et en ces Hespagnols?... Tu blesmis,

magicienne, quand je te parle du Biarnois, quand je t'oppose la force

de ce Sanson, la vaillance de cet Achille..., quelle médecine te pourra

sauver de cette mortelle maladie?... De quels alexis-pharmaques te

serviras-tu?... La vieille couuerture et caballe de la religion ne te

sert plus de rien: ceste drogue est euentée... Les mercenaires langues

des faulx prescheurs sont de prèsent drogues de peu de valeur... Qui

ne voit que les sermons que tu fais faire par tes cordeliers, par

tes assassins cuculés..., sont philippiques, et rien de plus?... Tu

as, malheureuse! praticqué une autre manière de gens que l'on nomme

jésuites, non mendians, mais qui font mendier, desquels les scandales

sont plus secrets, mais beaucoup plus pernicieux que les autres... Que

dis-je? tu es toi-même par eux praticquée, Alecton mauldite! etc., etc.»

Ici l'auteur de ce pamphlet catholique et royaliste fait une histoire

satirique de l'établissement de la compagnie de Jésus à Paris, en 1521,

par Inigo de Loyola; il rappelle ce zélateur, marchant pieds nus, et se

faisant suivre de Pierre Fabri, Diego Laynès, Jean Conduri, Claude Gay,

Pascal Brouet, François Xavier, Alphonse Salmeron, Simon Rodriguès, et

Nicolas Bovadilla, estudians en théologie, qu'il nomme des _soufflets

d'ambition_, des _avortons du père du mensonge_. Il suit les jésuites

jusqu'au temps de la ligue, où ils allaient proclamant partout _les

Guise_ comme vrais descendans de Charlemagne, pour les opposer aux

Bourbons du Béarn. Puis, s'adressant de nouveau à la ligue: «Sorcière!

lui dit-il..., tu piafes maintenant avec ton duc de Parme...; mais ces

Hespagnols qui te sont dieux aujourd'hui, enfin te seront loups!...

Ces frocs, ces cuculles, ces monstres, ces horreurs infernales, ces

furies terrasser nostre Alcide! non, non...; le corps est plus fort que

l'ombre, la vérité que le faux!... Tu demandes s'il n'est pas permis

de se bander avec la force contre un prince hérétique?... quand tu

l'aurais tel, ce n'est pas au subjet a s'armer contre son prince..., la

noblesse catholique, qui le suit, te le doibt faire cognoistre! Si le

roy me commande de le suivre en guerre, je le ferai; s'il me commande

de changer ma religion, je ne le ferai pas; mais il est trop sage pour

me le commander... Vois si David s'est révolté contre Saül, encore

qu'il en fût mal payé de tous ses services, et que Saül fût un cruel

tyran!... Jéroboam, roy de Samarie, avoit rejeté la religion ancienne:

quel prophète a persuadé de faire la guerre contre lui? nul...»

Suit une foule d'exemples tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament;

puis l'auteur s'autorise d'un long passage de saint Thomas d'Aquin,

pour établir que mieux vaudrait encore souffrir la tyrannie que

d'attenter à la puissance du tyran; mais il est évident qu'il use

ici de subtilité, ou qu'il n'a pas lu saint Thomas d'Aquin jusqu'au

bout. Il interpelle enfin la noblesse en ces termes: «Vous autres

gentilshommes de cœur et de sang généreux, qui faites l'amour à cette

rusée courtisanne, la ligue, bon Dieu! que vous estes abusés...! voyez

vous pas que vous promettant, elle tire de vous, et que vous, donnant,

elle vous despouille?... Aymerez-vous mieux vivre misérables soubs la

tyrannie de ceux qui vous ruineront que soubs la douce et agréable

subjection du plus gracieux roy de la terre?... Ne voulez-vous,

messieurs, dessillant vos yeux, voir en quel labyrinthe vous estes

entrez, et vous joindre à ceste juste cause pour recouurer, avec vostre

prince, les temps heureux des règnes de Louis XII, François Ier et

Henri II? etc., etc...»

Ces exhortations et ces avis terminent ce pamphlet, précieux

échantillon de l'esprit du temps, qui, fort heureusement pour la

France, fut appuyé des batailles d'Arques et d'Ivry. M. Anquetil n'a

pas connu _le Masque de la Ligue découvert_.

L'ECCELLENZA E TRIONFO DEL PORCO;

Discorso piacevole di Salustio Miranda, diviso in cinque capi:

nel primo, si tratta l'Ethimologia del nome con l'utilità;

secundo, le Medicine che se ne Cavano; tertio, le Virtù sue;

quarto, le Autorite di quelli, che n'hanno scritta; quinto, les

feste i trionfi, e le grandezze di lui. Con un capitolo alle

muse invitandole al detto trionfo. Suit la figure du cochon

avec cette devise: _Muy bueno por comeresto_. In Ferrara, per

Vittorio Baldini, con licenza di S.S. (1 vol. in-12 de 72

pages.) M.D.XC.IIII.

(1594--1625--1736-41.)

Rien de plus froid que ce long panégyrique du Cochon. Il était facile

de se moquer plus agréablement des moines et des érudits pédans du XVIe

siècle.

La rareté de l'ouvrage en fait tout le prix pour nous. Peut-être en

a-t-il un autre pour les Italiens? celui d'être écrit avec élégance et

pureté: dans ce cas, où le vrai toscan va-t-il se nicher?

LES FACÉTIEUSES RENCONTRES

DE VERBOQUET,

POUR RÉJOUIR LES MÉLANCOLIQUES.

Contes plaisans pour passer le temps. A Troyes, chez la veuve

de Jacques Oudot, et Jean Oudot fils, imprimeur-libraire, rue

du Temple, avec permission du roy en son conseil du 11 mai

1736. (1 vol. in-12 de 35 pages.)

L'approbation du chancelier, donnée après suppression de ce qu'il

avait trouvé mauvais dans ce pauvre recueil, est du 28 octobre 1715.

L'édition originale du Verboquet est de Rouen 1625, in-12. De toutes

nos facéties sans nombre, celle-ci est peut-être la plus insignifiante.

LES PENSÉES FACÉTIEUSES

ET LES BONS MOTS

DU FAMEUX BRUSCAMBILLE,

Comédien original. A Cologne, chez Charles Savoret, rue

Brin-d'Amour, au Cheval-Volant (1 vol. pet. in-8 de 216 pages.)

M.DCC.XLI.

Des Lauriers n'est pas l'auteur de ces pensées; on les doit à un

plaisant anonyme, bien moins gai que lui, sinon moins cynique, lequel

s'est permis de rajeunir l'Ancien Bruscambille, d'y ajouter, d'en

retrancher, d'y mêler des vers fort plats; en un mot, de le gâter. Les

amateurs des facéties les recherchent pourtant à cause de certaines

pièces de l'invention du correcteur, qui ne se trouvent pas ailleurs,

telles que les caractères des femmes coquettes, joueuses, plaideuses,

bigotes, etc., etc., ainsi que la bulle comique, sur la réformation de

la barbe des révérends pères capucins, fulminée par Benoît XIIIe, en

1738, et signée Oliverius, évêque de Lanterme.

LES TROIS VÉRITÉS;

Deuxième édition augmentée, avec un advertissement et bref

examen sur la response faicte à la troisième Vérité, par

Pierre le Charron, Parisien; de nouveau imprimé à Bourdeaux,

Millanges. (1 vol. in-8.)

(1594-1596.)

Charron, qui avait semé, dans son _Traité de la Sagesse_, des

propositions mal sonnantes sur l'immortalité de l'ame, l'existence de

Dieu et autres grands points de religion, fut plus chrétien ou plus

circonspect dans son livre des _Trois Vérités_ qu'il publia d'abord,

sans nom d'auteur, à Cahors, en 1594. Sa première Vérité est qu'il y

a une religion; sa seconde Vérité, que la religion chrétienne est la

véritable; enfin, sa vérité troisième, dirigée contre le _Traité de

l'Église_ de Duplessis Mornay, établit que, hors l'Église catholique

romaine, il n'y a point de salut.

Analectabiblion, Tome 2 (of 2) ou extraits critiques de divers livres rares, oubliés ou peu connus · 第 7 / 41 段