DIFFÉRENTS CAS DE JURIDICTION.

La manière et la personne, bases de la juridiction fédérale. --

Procès faits à des ambassadeurs. -- à l'Union. -- à un État

particulier. -- Par qui jugés. -- Procès qui naissent des lois de

l'Union. -- Pourquoi jugés par les tribunaux fédéraux. -- Procès

relatifs à l'inexécution des contrats jugés par la justice

fédérale. -- Conséquence de ceci.

Après avoir reconnu le moyen de fixer la compétence fédérale, les

législateurs de l'Union déterminèrent les cas de juridiction sur

lesquels elle devait s'exercer.

On admit qu'il y avait certains plaideurs qui ne pouvaient être jugés

que par les cours fédérales, quel que fût d'ailleurs l'objet du procès.

On établit ensuite qu'il y avait certains procès qui ne pouvaient être

décidés que par ces mêmes cours, quelle que fût d'ailleurs la qualité

des plaideurs.

La personne et la matière devinrent donc les deux bases de la compétence

fédérale.

Les ambassadeurs représentent les nations amies de l'Union; tout ce qui

intéresse les ambassadeurs intéresse en quelque sorte l'Union entière.

Lorsqu'un ambassadeur est partie dans un procès, le procès devient une

affaire qui touche au bien-être de la nation; il est naturel que ce soit

un tribunal fédéral qui prononce.

L'Union elle-même peut avoir des procès: dans ce cas, il eût été

contraire à la raison, ainsi qu'à l'usage des nations, d'en appeler au

jugement des tribunaux représentant une autre souveraineté que la

sienne. C'est aux cours fédérales seules à prononcer.

Lorsque deux individus, appartenant à deux États différents, ont un

procès, on ne peut, sans inconvénient, les faire juger par les tribunaux

de l'un des deux États. Il est plus sûr de choisir un tribunal qui ne

puisse exciter les soupçons d'aucune des parties, et le tribunal qui se

présente tout naturellement, c'est celui de l'Union.

Lorsque les deux plaideurs sont, non plus des individus isolés, mais des

États, à la même raison d'équité vient se joindre une raison politique

du premier ordre. Ici la qualité des plaideurs donne une importance

nationale à tous les procès; la moindre question litigieuse entre deux

États intéresse la paix de l'Union tout entière[149].

[Note 149: La constitution dit également que les procès qui

pourront naître entre un État et les citoyens d'un autre État

seront du ressort des cours fédérales. Bientôt s'éleva la

question de savoir si la constitution avait voulu parler de

tous les procès qui peuvent naître entre un État et les

citoyens d'un autre État, soit que les uns ou les autres

fussent _demandeurs_. La Cour suprême se prononça pour

l'affirmative; mais cette décision alarma les États

particuliers, qui craignirent d'être traduits malgré eux, à

tout propos, devant la justice fédérale. Un amendement fut

donc introduit dans la constitution, en vertu duquel le

pouvoir judiciaire de l'Union ne put s'étendre jusqu'à juger

les procès qui auraient été _intentés_ contre l'un des

États-Unis par les citoyens d'un autre.

De la Démocratie en Amérique, tome premier et augmentée d'un Avertissement et d'un Examen comparatif de la Démocratie aux États-Unis et en Suisse · 第 59 / 158 题