TABLEAU SOMMAIRE DE LA CONSTITUTION FÉDÉRALE.

Division des pouvoirs entre la souveraineté fédérale et celle des

États. -- Le gouvernement des États reste le droit commun; -- le

gouvernement fédéral, l'exception.

Une première difficulté dut se présenter à l'esprit des Américains. Il

s'agissait de partager la souveraineté de telle sorte que les différents

États qui formaient l'Union continuassent à se gouverner eux-mêmes dans

tout ce qui ne regardait que leur prospérité intérieure, sans que la

nation entière, représentée par l'Union, cessât de faire un corps et de

pourvoir à tous ses besoins généraux. Question complexe et difficile à

résoudre.

Il était impossible de fixer d'avance d'une manière exacte et complète

la part de puissance qui devait revenir à chacun des deux gouvernements

entre lesquels la souveraineté allait se partager. Qui pourrait prévoir

à l'avance tous les détails de la vie d'un peuple?

Les devoirs et les droits du gouvernement fédéral étaient simples et

assez faciles à définir, parce que l'Union avait été formée dans le but

de répondre à quelques grands besoins généraux. Les devoirs et les

droits du gouvernement des États étaient, au contraire, multiples et

compliqués, parce que ce gouvernement pénétrait dans tous les détails de

la vie sociale.

On définit donc avec soin les attributions du gouvernement fédéral, et

l'on déclara que tout ce qui n'était pas compris dans la définition

rentrait dans les attributions du gouvernement des États. Ainsi le

gouvernement des États resta le droit commun; le gouvernement fédéral

fut l'exception[127].

[Note 127: Voyez amendement à la constitution fédérale.

_Fédéraliste_, nº 32. _Story_, p. 711. _Kent's commentaries_,

vol. 1, p. 364.

Remarquez même que, toutes les fois que la constitution n'a

pas réservé au congrès le droit exclusif de régler certaines

matières, les États peuvent le faire, en attendant qu'il lui

plaise de s'en occuper. Exemple: Le congrès a le droit de

faire une loi générale de banqueroute, il ne la fait pas:

chaque État pourrait en faire une à sa manière. Au reste, ce

point n'a été établi qu'après discussion devant les

tribunaux. Il n'est que de jurisprudence.]

Mais comme on prévoyait que, dans la pratique, des questions pourraient

s'élever relativement aux limites exactes de ce gouvernement

exceptionnel, et qu'il eût été dangereux d'abandonner la solution de ces

questions aux tribunaux ordinaires institués dans les différents États

par ces États eux-mêmes, on créa une haute-cour[128] fédérale, tribunal

unique, dont l'une des attributions fut de maintenir entre les deux

gouvernements rivaux la division des pouvoirs telle que la constitution

l'avait établie[129].

[Note 128: L'action de cette cour est indirecte, comme nous

le verrons plus bas.]

[Note 129: C'est ainsi que le _Fédéraliste_, dans le nº 45,

explique ce partage de la souveraineté entre l'Union et les

États particuliers: «Les pouvoirs que la constitution délègue

au gouvernement fédéral, dit-il, sont définis, et en petit

nombre. Ceux qui restent à la disposition des États

particuliers sont au contraire indéfinis, et en grand nombre.

Les premiers s'exercent principalement dans les objets

extérieurs, tels que la paix, la guerre, les négociations, le

commerce. Les pouvoirs que les États particuliers se

réservent s'étendent à tous les objets qui suivent le cours

ordinaire des affaires, intéressent la vie, la liberté et la

prospérité de l'État.»

J'aurai souvent occasion de citer le _Fédéraliste_ dans cet

ouvrage. Lorsque le projet de loi qui depuis est devenu la

constitution des États-Unis était encore devant le peuple, et

soumis à son adoption, trois hommes déjà célèbres, et qui le

sont devenus encore plus depuis, John Jay, Hamilton et

Madisson, s'associèrent dans le but de faire ressortir aux

yeux de la nation les avantages du projet qui leur était

soumis. Dans ce dessein, ils publièrent sous la forme d'un

journal une suite d'articles dont l'ensemble forme un traité

complet. Ils avaient donné à leur journal le nom de

_Fédéraliste_, qui est resté à l'ouvrage.

Le _Fédéraliste_ est un beau livre, qui, quoique spécial à

l'Amérique, devrait être familier aux hommes d'État de tous

les pays.]

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De la Démocratie en Amérique, tome premier et augmentée d'un Avertissement et d'un Examen comparatif de la Démocratie aux États-Unis et en Suisse · 第 47 / 158 题