ATTRIBUTIONS DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL.

Pouvoir accordé au gouvernement fédéral de faire la paix, la

guerre, d'établir des taxes générales. -- Objet de politique

intérieure dont il peut s'occuper. -- Le gouvernement de l'Union,

plus centralisé sur quelques points que ne l'était le

gouvernement royal sous l'ancienne monarchie française.

Les peuples entre eux ne sont que des individus. C'est surtout pour

paraître avec avantage vis-à-vis des étrangers qu'une nation a besoin

d'un gouvernement unique.

À l'Union fut donc accordé le droit exclusif de faire la paix et la

guerre; de conclure les traités de commerce; de lever des armées,

d'équiper des flottes[130].

[Note 130: Voyez constitution, sect. VIII. _Fédéraliste_, nºs

41 et 42. _Kent's commentaries_, vol. 1, p. 207 et suiv.

_Story_, p. 358-382; _id._, p. 409-426.]

La nécessité d'un gouvernement national ne se fait pas aussi

impérieusement sentir dans la direction des affaires intérieures de la

société.

Toutefois, il est certains intérêts généraux auxquels une autorité

générale peut seule utilement pourvoir.

À l'Union fut abandonné le droit de régler tout ce qui a rapport à la

valeur de l'argent; on la chargea du service des postes; on lui donna

le droit d'ouvrir les grandes communications qui devaient unir les

diverses parties du territoire[131].

[Note 131: Il y a encore plusieurs autres droits de cette

espèce, tels que celui de faire une loi générale sur les

banqueroutes, d'accorder des brevets d'invention..... On sent

assez ce qui rendait nécessaire l'intervention de l'Union

entière dans ces matières.]

En général, le gouvernement des différents États fut considéré comme

libre dans sa sphère; cependant il pouvait abuser de cette indépendance,

et compromettre, par d'imprudentes mesures, la sûreté de l'Union

entière; pour ces cas rares et définis d'avance, on permit au

gouvernement fédéral d'intervenir dans les affaires intérieures des

États[132]. C'est ainsi que, tout en reconnaissant à chacune des

républiques confédérées le pouvoir de modifier et de changer sa

législation, on lui défendit cependant de faire des lois rétroactives,

et de créer dans son sein un corps de nobles[133].

[Note 132: Même dans ce cas, son intervention est indirecte.

L'Union intervient par ses tribunaux, comme nous le verrons

plus loin.]

[Note 133: Constitution fédérale, sect. _X_, art. 1.]

Enfin, comme il fallait que le gouvernement fédéral pût remplir les

obligations qui lui étaient imposées, on lui donna le droit illimité de

lever des taxes[134].

[Note 134: Constitution, sect. VIII, IX et X. _Fédéraliste_,

nº 30-36, inclusivement, _Id._, 41, 42, 43, 44. _Kent's

commentaries_, vol. 1, p. 207 et 381, _Story_, _id._, p. 339,

514.]

Lorsqu'on fait attention au partage des pouvoirs tel que la constitution

fédérale l'a établi; quand, d'une part, on examine la portion de

souveraineté que se sont réservée les États particuliers, et de l'autre

la part de puissance que l'Union a prise, on découvre aisément que les

législateurs fédéraux s'étaient formé des idées très nettes et très

justes de ce que j'ai nommé précédemment la centralisation

gouvernementale.

Non seulement les États-Unis forment une république, mais encore une

confédération. Cependant l'autorité nationale y est, à quelques égards,

plus centralisée qu'elle ne l'était à la même époque dans plusieurs des

monarchies absolues de l'Europe. Je n'en citerai que deux exemples.

La France comptait treize cours souveraines, qui le plus souvent avaient

le droit d'interpréter la loi sans appel. Elle possédait, de plus,

certaines provinces appelées pays d'États, qui, après que l'autorité

souveraine, chargée de représenter la nation, avait ordonné la levée

d'un impôt, pouvaient refuser leur concours.

L'Union n'a qu'un seul tribunal pour interpréter la loi, comme une seule

législature pour la faire; l'impôt voté par les représentants de la

nation oblige tous les citoyens. L'Union est donc plus centralisée sur

ces deux points essentiels que ne l'était la monarchie française;

cependant, l'Union n'est qu'un assemblage de républiques confédérées.

En Espagne, certaines provinces avaient le pouvoir d'établir un système

de douanes qui leur fût propre, pouvoir qui tient, par son essence même,

à la souveraineté nationale.

En Amérique, le congrès seul a droit de régler les rapports commerciaux

des États entre eux. Le gouvernement de la confédération est donc plus

centralisé sur ce point que celui du royaume d'Espagne. Il est vrai

qu'en France et en Espagne le pouvoir royal étant toujours en état

d'exécuter au besoin, par la force, ce que la constitution du royaume

lui refusait le droit de faire, on en arrivait, en définitive, au même

point. Mais je parle ici de la théorie.

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De la Démocratie en Amérique, tome premier et augmentée d'un Avertissement et d'un Examen comparatif de la Démocratie aux États-Unis et en Suisse · 第 48 / 158 题