LES CHIMÈRES

Dès 1855, on put déjà reconnaître que le progrès, comme l’entendent les

sociétés modernes, vient d’en haut et non d’en bas, de la raison et non

de l’imagination, du bon sens et non de l’enthousiasme, des hommes

sensés et non des illuminés qui cherchent dans de chimériques

rapprochements les secrets de la destinée. Certes, le penseur ne peut

que saluer avec respect l’homme qui, pénétré d’une haute idée de la vie

humaine, proteste contre l’imperfection nécessaire de tout état social

et rêve une loi idéale conforme aux nobles besoins de son cœur; mais

tous les efforts humains ne sauraient dépasser la limite du possible. Le

monde est le résultat de causes trop compliquées pour qu’on puisse

espérer de le faire tenir dans les cadres d’un système absolu. Aucun

symbole ne saurait exprimer la marche de l’humanité dans le passé,

encore moins contenir la règle de son avenir.

(Nouvelles Études d’histoire religieuse, 1884.)

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