L’ACTE DE FOI

L’intérêt personnel n’inspire que la lâcheté; la vanité ne produit rien

de solide. L’intérêt personnel et la vanité n’ont ni conseillé un

progrès, ni supprimé un abus. On ne se sacrifie que par un acte de foi.

Un acte de courage est un acte de foi au premier chef. La certitude de

la récompense tuerait le mérite. Nous n’estimons ainsi la haute moralité

que si elle a traversé le doute; nous ne voulons nous décider pour le

bien qu’après nous être fait contre lui les avocats du mal. Nous

consentons à nous soumettre à l’impératif du devoir, mais à condition

qu’il soit bien entendu que nous voyons la faiblesse des arguments qui

l’appuient. Là est le secret de l’empire qu’exerce sur nous la femme

avec la simplicité de sa foi, son ignorance, sa naïveté d’affirmation.

Elle voit au fond mieux que nous. Aucune mère n’a besoin d’un système de

philosophie morale pour aimer son enfant. Aucune jeune fille de bonne

race n’est chaste en vertu d’une théorie. De même aucun homme courageux

ne court à la mort mû par un raisonnement. Nous faisons le bien sans

être sûrs qu’en le faisant nous ne sommes pas dupes; et saurions-nous de

science certaine que nous le sommes, nous ferions le bien tout de même.

Ces milliers d’êtres que l’univers immole à ses fins marchent bravement

à l’autel. Le philosophe qui voit le plus clairement la vanité de toute

chose est capable d’être un parfait honnête homme et même, à son jour,

un héros.

(Le Prêtre de Nemi, 1885.)

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