La disparition de la France du nombre des grandes puissances serait la
fin de l’équilibre européen. J’ose dire que l’Angleterre en particulier
sentirait, le jour où un tel événement viendrait à se produire, les
conditions de son existence toutes changées. La France est une des
conditions de la prospérité de l’Angleterre. L’Angleterre, selon la
grande loi qui veut que la race primitive d’un pays prenne à la longue
le dessus sur toutes les invasions, devient chaque jour plus celtique et
moins germanique; dans la grande lutte des races, elle est avec nous;
l’alliance de la France et de l’Angleterre est fondée pour des siècles.
Que l’Angleterre porte sa pensée du côté des États-Unis, de
Constantinople, de l’Inde; elle verra qu’elle a besoin de la France et
d’une France forte.
Il ne faut pas s’y tromper en effet: une France faible et humiliée ne
saurait exister. Que la France perde l’Alsace et la Lorraine, et la
France n’est plus. L’édifice est si compact, que l’enlèvement d’une ou
deux grosses pierres le ferait crouler. L’histoire naturelle nous
apprend que l’animal dont l’organisation est très centralisée ne souffre
pas l’amputation d’un membre important; on voit souvent un homme à qui
l’on coupe une jambe mourir de phtisie; de même la France atteinte dans
ses parties principales verrait sa vie générale s’éteindre et ses
organes du centre insuffisants pour renvoyer la vie jusqu’aux
extrémités.
_La Guerre entre la France et l’Allemagne_. (La Réforme intellectuelle
et morale.)