L’AVENIR DE LA FRANCE

La France n’a pas perdu le sceptre de l’esprit, du goût, de l’art

délicat, de l’atticisme; longtemps encore, elle fixera l’attention de

l’humanité civilisée, et posera l’enjeu sur lequel le public européen

engagera ses paris. Les affaires de la France sont de telle nature

qu’elles divisent et passionnent les étrangers autant et souvent plus

que les affaires de leur propre pays. Le grand inconvénient de son état

politique, c’est l’imprévu; mais l’imprévu est à double face: à côté des

mauvaises chances, il y a les bonnes, et nous ne serions nullement

surpris qu’après de déplorables aventures, la France traversât des

années d’un singulier éclat. Si, lasse enfin d’étonner le monde, elle

voulait prendre son parti d’une sorte d’apaisement politique, quelle

ample et glorieuse revanche elle pourrait prendre dans les voies de

l’activité privée! Comme elle saurait rivaliser avec l’Angleterre dans

la conquête pacifique du globe et dans l’assujettissement de toutes les

races inférieures! La France peut tout, excepté être médiocre. Ce

qu’elle souffre, en somme, elle le souffre pour avoir trop osé contre

les dieux. Quels que soient les malheurs que l’avenir lui réserve, et

dût le sort du Français, comme celui du Grec, du Juif, de l’Italien,

exciter un jour la pitié du monde et presque son sourire, le monde

n’oubliera point que, si la France est tombée dans cet abîme de misère,

c’est pour avoir fait d’audacieuses expériences dont tous profitent,

pour avoir aimé la justice jusqu’à la folie, pour avoir admis avec une

généreuse imprudence la possibilité d’un idéal que les misères de

l’humanité ne comportent pas.

_La Monarchie constitutionnelle en France_, 1869. (La Réforme

intellectuelle et morale.)

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