Dans un autre endroit: Plus avant ils trouverent une belle Rivière, plus

grande & plus profonde que la Seine. Elle étoit bordée des plus beaux

arbres du monde, comme si on les y avoit plantés exprès, & l'on y voyoit

des prairies d'un côté & des bois de l'autre. On la passa avec des

Canaux, & on l'appella la Maligne. En passant ainsi au travers de ces

beaux Pays, de ces campagnes & de ces prairies charmantes, bordées de

vignes, de vergers, d'arbres fruitiers, & entr'autres de meurriers...

«Après quelques jours de marche, on entra dans des Contrées encore plus

agréables & beaucoup plus délicieuses, où nous trouvames une Nation

nombreuse, qui nous reçut avec toutes sortes de témoignages d'amitié.

Les femmes mêmes alloient embrasser les hommes qui étoient de notre

Troupe. Elles les firent asseoir sur des nattes très-bien

travaillées...» Beaucoup plus loin le Missionnaire rapporte qu'on trouva

des peuples qui n'ont rien de barbare que le nom. Un de ces Sauvages,

qui fut le premier qu'on rencontra, revenoit de la chasse avec sa

famille. Il fit présent au Chef des François d'un de ses chevaux, & de

quelque viande, le priant par signes d'aller chez lui avec tous ses

gens. Enfin pour les engager mieux il leur laissa volontairement sa

femme, sa famille & sa chasse, comme pour leur servir de gages, &

cependant il se rendit au Village, pour faire sçavoir leur arrivée. Au

bout de deux jours, il revint avec des chevaux chargés de provisions, &

plusieurs Chefs des Sauvages qui l'accompagnoient. Ils étoient suivis

de guerriers habillés fort proprement de peaux passées & ornées de

plumes. On les recontra à trois lieues de l'habitation. Les François y

furent reçus comme en triomphe, & furent logés chez le Grand Capitaine.

C'étoit un concours surprenant de peuple, dont la jeunesse étoit rangée

sous les armes. Elle se releva jour & nuit pour les garder, les comblant

de biens & de toutes sortes de vivres. Ce Village, qu'on appelle les

Cenis, est un des plus considérables de toute l'Amérique, par sa

grandeur & par le nombre de ses habitans. Il a bien vingt lieues de long

au moins. Ce n'est pas qu'il soit contigument habité; les maisons sont

distribuées par dix ou douze, qui font comme des cantons, & qui ont

chacun des noms differens. Elles sont belles, longues de 40 ou 50 pieds,

dressées en manière de ruches à miel, & environnées d'arbres, qui se

rejoignent en haut par les branches. Nous trouvames chez ces Cenis

plusieurs choses qui viennent indubitablement des Espagnols, comme des

piastres,& d'autres monnoyes, des cuilleres d'argent, de la dentelle de

toutes sortes, des habits, &c. Nous y vîmes entr'autres une Bulle du

Pape, qui exempte du jeûne les Espagnols du Mexique pendant l'Été. Les

chevaux y sont si communs qu'on en donnoit un à nos gens pour une hache.

Un Cenis voulut donner un cheval pour le capuchon d'un Pere Récollet de

la Troupe; parce qu'il en avoit envie.

Voici la Relation que l'Auteur fait d'une autre Nation plus éloignée,

qu'il nomme les Tancas: «Je fus député avec deux guides, pour leur

apprendre notre arrivée. Comme leur premier Village est au-delà d'un Lac

qui a huit lieues de tour, à demi-lieue du bord, nous nous mîmes dans un

Canot. Dès que nous fumes sur le rivage, je fus surpris de la grandeur

du Village & de la disposition des cabanes. Elles sont disposées à

divers rangs & en droite ligne autour d'une grande place. Nous en

remarquames d'abord deux plus belles que les autres: L'une étoit la

demeure du Chef, & l'autre le Temple. Les murailles en étoient hautes de

dix pieds, & épaisses de deux. Le comble, en forme de dôme, étoit

couvert d'une natte de diverses couleurs. Devant la Maison du Chef

étoient une douzaine d'hommes armés de piques. Lorsque nous nous

presentames, un Vieillard s'adressant à moi me prit par la main, & me

conduisit dans un vestibule, & delà dans une grande salle en quarré,

pavée & tapissée de tous côtés d'une très belle natte. Au fond de cette

salle, en face d'entrée, étoit un beau lit, entouré de rideaux, d'une

étoffe fine, faite & tissue d'écorce de meurriers. Nous vîmes sur ce lit

comme sur un trône, le Chef de ce Peuple, au milieu de quatre belles

femmes, environné de plus de soixante Vieillards armés de leurs arcs &

de leurs fléches. Ils étoient tous couverts de cappes blanches & fort

déliées. Celle du Chef étoit ornée de certaines houpes d'une toison

différemment colorée. Celles des autres étoient toutes unies. Le Chef

portoit sur sa tête une thiare d'un tissu de jonc très-industrieusement

travaillé, & relevé par un bouquet de plumes differentes. Tous ceux qui

y étoient avoient la tête nue. Les femmes étoient parées de vestes de

pareille étoffe, & portoient sur leurs têtes de petits chapeaux de jonc,

garnis de diverses plumes. Elles avoient des bracelets tissus de poil, &

plusieurs autres bijoux qui relevoient leur ajustement. Elles n'étoient

pas tout-à-fait noires, mais bises, le visage un peu plat, les yeux

noirs, brillans, bien fendus, la taille fine & dégagée, & toutes me

parurent d'un air riant & fort enjoüé.

«Surpris, ou plûtôt charmé des beautés de cette Cour Sauvage, j'adressai

la parole à ce vénérable Chef, &c. Après m'avoir attentivement écouté,

il m'embrassa, & me répondit d'un air doux & riant... qu'il auroit le

lendemain l'honneur de voir notre Chef, & de l'assurer de son amitié. Là

dessus je lui offris une épée damasquinée d'or & d'argent, quelques

étuis garnis de rasoirs, cizeaux & couteaux, avec quelques bouteilles

d'eau-de-vie. Je ne sçaurois exprimer avec qu'elle joie il reçut tous

ces petits présens. Je m'apperçus cependant qu'une de ses femmes,

maniant une paire de cizeaux, & en admirant la propreté, me sourioit de

tems en tems & sembloit m'en demander autant. Je pris mon tems pour

m'approcher d'elle. Je tirai de ma poche un petit étui d'acier travaille

à jour, où il y avoit une paire de cizeaux & un petit couteau d'écaille,

& feignant d'admirer la blancheur & la finesse de sa veste, je lui mis

finement l'étui dans la main. En le recevant elle serra fortement la

mienne. Une autre de la compagnie, qui n'étoit pas moins propre, ni

moins agréable, nous étant venu joindre, me fit comprendre en me

montrant les attaches de sa juppe, que je lui ferois plaisir de lui

donner des épingles. Je lui en donnai un rouleau de papier garni, avec

un étui d'éguilles, & un dez d'argent. Elle reçut ces colifichets d'un

air fort joyeux. J'en donnai autant aux deux autres. La mieux faite, &

celle qui paroissoit la plus aimable, ayant pris garde que j'admirois le

collier qu'elle portoit au cou, le détacha adroitement & me l'offrit

d'une manière tout-à-fait polie. Je me défendis quelques-tems de

l'accepter; mais le Chef lui ayant fait signe de me le donner, je ne

pus me dispenser de le recevoir, à dessein de le présenter à notre Chef.

Pour lui marquer ma reconnoissance, je lui donnai dix brasses de rasade

bleue, dont elle me parut aussi contente que je le fus de son présent.

Cependant, comme le jour déclinoit, je voulus prendre congé du Chef de

cette Nation; mais il me pria fortement d'attendre au lendemain, & me

remit entre les mains de quelques-uns de ses Officiers, avec ordre de me

faire bonne chere. Je n'eus pas beaucoup de peine à me rendre à ses

offres, & l'envie que j'avois d'apprendre leurs moeurs & leurs maximes me

fit demeurer avec plaisir. On me conduisit d'abord dans un appartement

meublé à peu près comme celui du Prince. On m'y donna une collation

mêlée de gibier & de fruit. Je bus même quelques liqueurs.

Pendant ce tems-là je m'entretenois avec un Vieillard qui me satisfit

sur tout ce que je lui demandois. Pour ce qui concernoit leur politique,

il me dit qu'ils ne se gouvernoient que par la seule volonté de leur

Chef, & qu'ils le révéroient comme leur Souverain; qu'ils

reconnoissoient ses enfans comme ses légitimes Successeurs; que

lorsqu'il mouroit, on lui sacrifioit sa première femme, son

Maître-d'Hôtel, & vingt hommes de sa Nation, pour l'accompagner dans

l'autre monde; qu'on prend soin pendant sa vie, non-seulement de

nettoyer les chemins par lesquels il passe, mais de le joncher d'herbes

& de fleurs odoriferantes.»

Ce que l'Auteur ajoûte de la Religion & des usages des Tancas ne marque

pas moins une Nation riche & policée. En parlant du Temple, qu'on lui

fit voir: «Le dedans, dit-il, m'en parut très-beau. Je n'en pus voir que

la voûte, au haut de laquelle étoient suspendus les corps de deux aigles

déployées & tournées vers le Soleil. Je demandai à y entrer; mais on me

dit que c'étoit-là le Tabernacle de leur Dieu, & qu'il n'étoit permis

d'y entrer qu'à leur Grand-Prêtre. J'appris aussi que c'étoit-là le lieu

destiné pour la garde de leurs trésors & de leurs richesses,

c'est-à-dire, des perles fines, des pièces d'or & d'argent, des

pierreries, &c. Après avoir vû toutes ces curiosités, je pris congé de

ceux qui m'accompagnoient, &c. Quelque-tems après nous vîmes le Chef

arriver dans une Pyrogue magnifique, au son du tambour & de la musique

de ses femmes. Les unes étoient dans sa Barque, les autres voguoient à

côté de la sienne..... Après ces protestations d'amitié de part &

d'autre, on se fit des présens réciproques. Le Chef des François lui

offrit deux brasses de rasade & quelques étuis pour ses femmes. Il donna

à son tour six de ses plus belles robes, un collier de perles, une

Pyrogue, toute remplie de munitions & de vivres.»

Mon dessein, dans ces extraits, que je crois dignes de foi par l'opinion

que j'ai du caractere des Écrivains, est de faire remarquer plus

particuliérement que je ne l'ai déja fait, qu'au fond il pourroit bien

être du Continent de l'Amérique comme de celui de l'Europe, où plus on

pénétre, plus on trouve d'opulence & de politesse; de sorte que, de

l'aveu de tout le monde, la France, l'Angleterre, la Hollande &

l'Allemagne, qui sont réellement au centre, l'emportent assez clairement

sur toutes les autres Nations. Ainsi quand l'espérance de trouver la Mer

du Sud par la communication des Rivières, comme on a déja trouvé le

Golphe du Mexique par celles d'Ouabache & de Mississipi, ne suffiroit

pas pour faire entreprendre sérieusement de pénétrer cette vaste étendue

de Païs, d'autres vûes presqu'aussi importantes pour le Commerce, & la

seule curiosité même devroient porter les François & les Anglois, que

cette entreprise semble regarder par la situation de leurs Colonies, à

pousser de ce côté-là leurs découvertes.

DESCRIPTION DE LA NOUVELLE ESPAGNE,

_Depuis Panama jusques vers le 40e degré de latitude du Nord._

Après avoir tiré de mes propres Journaux tout ce qui m'a paru propre à

satisfaire la curiosité du Public, j'ai obtenu de M. Rindekly, mon

Gendre, la communication des siens, dans l'espérance d'enrichir mon

Ouvrage de quelques-unes de ses Remarques. Mais s'étant borné, comme je

l'ai fait observer plusieurs fois, à tout ce qui concerne la navigation,

je n'y ai trouvé que des détails de Géographie, de Marine &

d'Astronomie, qui ne peuvent avoir d'utilité que pour nos Pilotes. Je

suis convenu avec lui qu'un recueil de cette nature étoit fait pour

demeurer au dépôt de l'Amirauté, où chacun est libre de prendre des

instructions & des lumiéres, suivant les vûes qu'on se propose & les

navigations qu'on entreprend. Cependant, entre une infinité

d'observations inutiles à mon Ouvrage, j'en ai choisi quelques-unes, où

mon Gendre, s'écartant un peu de sa méthode, semble avoir accordé

quelque chose à sa propre curiosité. Elles m'ont d'autant plus attaché

qu'elles regardent un voyage de la Mer du Sud que je n'ai pas fait avec

lui. Quelques années avant notre association, il avoit été chargé d'une

affaire importante à Panama, où il s'étoit rendu avec des Passeports; &

dans le séjour qu'il y fit il composa cette Description de la Nouvelle

Espagne, qui se sent toujours un peu de son goût pour les remarques de

l'Art.

Ce Pays, si célébre par ses mines d'or & d'argent, & par l'abondance de

ses autres biens, s'étend depuis _Panama_, qui est au neuvième degré de

latitude du Nord, jusqu'au nouveau Mexique, qui est vers le 37e

degré, c'est-à-dire, l'espace de 28 degrés, Nord & Sud; ce qui fait en

droite ligne environ 520 lieues, à compter vingt lieues pour chaque

degré.

Les Provinces qui composent cette riche Contrée de l'Amérique

Septentrionnale, sont la _Tierra firma_, qui est la plus voisine de

ligne équinoctiale, & qui forme une ligne de séparation entre les deux

parties de l'Amérique; en suite la Province de _Veragua_, celles de

_Costa-Ricca_, de _Nicaragua_, de _Honduras_, de _Quatimala_, de

_Vera-Paz_, de _Chiapa_, de _Soconusco_, de _Tabasco_, de _Jucatan_, de

_Guexaca_, de _Tlascalo_, de _los Angelos_, du _Mexique_, proprement

dit, de _Mechoacan_, de _Panuco_, de _Xalisco_, de _Guadalaxara_, de

_Zacatecas_, de la nouvelle _Biscaye_, de _Culiacan_, de _Cinaloa_, du

_nouveau Mexique_; ausquelles on peut joindre aussi la Californie.

Toutes ces Provinces étant soumises au Viceroi de la nouvelle Espagne,

sont comprises sous le même nom.

_Tierra firma_ contient la Ville de Panama, Port fameux de la Mer du

Sud, où se rendent les richesses du Perou, qui delà se transportoient

autrefois par terre à celui de _Nombre de dios_, mais qui vont

aujourd'hui à _Porto-Bello_, & à _Nata_. Le Pays est généralement

montagneux, l'air épais, chaud & humide, ce qui le rend par conséquent

fort mal sain. La terre n'y produit guéres que du bled d'Inde; mais les

pâturages y sont fort bons pour les troupeaux. Panama est la résidence

d'une Cour Royale, qui étend sa Jurisdiction sur cette Province & sur

celle de Veragua. Elle a son Evêque, Suffragant de l'Archevêché de Lima,

& plusieurs Monastères. Le Port est d'une bonté médiocre. Il fut

construit par Pierre Arias d'Avila, Gouverneur de la Castille d'or, en

1519. _Nombre de dios_, qui fut découvert par le grand Christophe

Colomb, & bâti par Jean de Nicuosa, a été transporté à Porto-Bello, où

l'air est plus sain, & le Port plus commode pour charger & décharger les

Gallions. On va de Porto-Bello à Panama, ou par terre, la distance

n'étant que de dix-huit lieues, ou par la Rivière de Chagro, qui,

lorsqu'élle est remplie d'eau, conduit les marchandises jusqu'à cinq

lieues de Panama. Nata est à trente lieues.

La Province de Veragua s'étend au-delà du 10 degré de latitude du Nord,

borde à l'Ouest celle de Costa-Ricca, à l'Est celle de Tierra firma, &

des deux côtés les deux Mers du Nord & du Sud. Elle a cinquante lieues

de longueur de l'Est à l'Ouest, & vingt-cinq de largueur. Le Pays est

montagneux, sec & stérile, sans être plus propre à nourrir les bestiaux

qu'à produire du bled; mais il renferme quantité de mines d'or. Ses

Villes sont la _Conception_, à quarante lieues de Nombre de dios; la

_Trinité_, à six lieues à l'Ouest de la Conception; _Santa-Fé_, douze

lieues au Sud de la Conception; & _Carlos_, à cinquante lieues de

Santa-Fé.

_Costa-Ricca_ joint Veragua à l'Est, & Nicaragua au Nord-Est. Sa

longueur de l'Est à l'Ouest est de quatre-vingt-dix lieues. Le Pays est

bon. Il renferme aussi plusieurs mines d'or & d'argent. Ses deux

principales Villes sont _Aranjuez_, à cinq lieues des Indiens qui se

nomment _Chamos_; & celle de _Cartago_, qui est située presqu'au milieu

de la Province, à vingt lieues de la Mer. Cette Province a quelques

petits Ports sur les deux Mers du Sud & du Nord.

Celle de _Nicaragua_, qui porta d'abord le nom de nouveau Royaume de

Leon, touche du côté du Nord-Est à la Province de Guatemala; & du côté

du Sud, à Costa Ricca. Les deux autres côtés sont lavés par les deux

Mers. Elle a 150 lieues de longueur de l'Est à l'Ouest, & 80 du Nord au

Sud. Le bled d'Inde, le cacao, le cotton & les bestiaux y sont en

abondance. Les Villes principales sont _Léon_, qui n'est qu'à douze

lieues de la Mer du Sud, proche d'un grand Lac; c'est la résidence du

Gouverneur de la Province, & d'un Evêque. _Grenade_, à seize lieues de

Léon au Sud-Ouest, sur les bords du même Lac, & proche d'une montagne

brûlante qui s'appelle _Massayatan_: ces deux Villes furent fondées en

1523, par le Capitaine François _Hernandez_. _Nueva Segovia_; fondée par

Pierre Arias _Davila_, à vingt lieues au Nord de Léon; le territoire de

cette Ville est fort riche en or. _Jaen_, au fond du Lac, à trente

lieues de la Mer du Nord. La Rivière de _Desaguadero_, qui sort de ce

Lac, forme une communication entre Jaen & Porto-bello. _Realejo_, qui

n'est qu'à une lieue du Port de même nom, où l'on construit des

Vaisseaux, parce que le bois y est excellent. Les Indiens ont aussi

quantité de bonnes Villes dans cette Province. Elle produit des fruits

délicieux. Le grand Lac dont j'ai parlé a son flux & son reflux &

communique à la Mer du Nord par la Rivière que j'ai nommeé. La montagne

de Massayatan, qui est un volcan continuel, fit naître à un Moine

Espagnol la pensée que ce ne pouvoit être que de l'or liquide, qui

brûloit sans cesse. Il fit descendre un seau de fer, soutenu par des

chaînes très-fortes, pour servir à puiser ce précieux métal; mais, avant

que d'être arrivés au feu, le sceau & les chaînes fondirent comme s'ils

eussent été de plomb. La Province a plusieurs petits Ports.

_Honduras_ s'étend de l'Est à l'Ouest, au long de la Mer du Nord ou du

Golfe de Honduras, l'espace de 150 lieues; & depuis la même Mer jusqu'à

la Province de Nicaragua, sa largeur est de 80 lieues. Elle borde au Sud

Nicaragua & Guatemala, & à l'Ouest Guatemala & Vera-Paz. Au Nord & à

l'Est, elle a la Mer du Nord, sans toucher d'aucun côté à celle du Sud.

Quoiqu'elle ait beaucoup de montagnes, elle produit abondamment du bled

d'Inde & du froment de l'Europe, elle nourrit toutes sortes de Bestiaux,

& n'est pas sans mines d'or & d'argent. Ses Villes sont _Walladolid_,

que les Indiens appellent _Comayagua_, à seize degrés de latitude du

Nord, & 40 lieues de la Mer du Nord; c'est le séjour du Gouverneur &

d'un Evêque. _Gracias à Dios_, à 30 lieues de Walladolid, au Nord-Ouest;

cette Ville à beaucoup de mines d'or aux environs. _San-Pietro_, à 30

lieues de Walladolid, au Nord: _Saint Jean Puerto-Cavallos_, au

quinzième degré de latitude, à 11 lieues de _San-Pietro_; le Port est

bon, mais l'air fort mal sain: _Truxillo_, à 60 lieues au Nord-Est de

Valladolid, & 2 lieues de la Mer du Nord: _Saint George de Olancho_, à

40 lieues de Valladolid, du côté de l'Est; cette Ville n'a pas plus de

quarante familles Espagnoles; mais elle a dans son territoire plus de

16000 Indiens, qui sont ses tributaires & l'or est abondant dans ses

mines. La Province de Honduras touche aux Mers du Nord & du Sud; & la

distance de l'une à l'autre, depuis le _Porto Cavallos_ dans celle du

Nord, jusqu'à la Baye de _Fonseca_ dans celle du Sud, est de 53 lieues.

C'est une erreur, dans la plûpart des Cartes, de mettre la Baye de

Fonseca dans la Province de Guatemala.

Cette derniere Province s'étend au long de la Mer du Sud l'espace de 70

lieues en longueur, sur environ 30 de largeur. L'air y est temperé. Elle

produit du bled d'Inde, du froment, du coton, & d'autres biens. Les

pluies y sont rares, mais elles sont fort violentes entre les mois

d'Avril & d'Octobre. Ses Villes sont au nombre de cinq, toutes bâties

dans les années 1524 & 1525, par Dom Pierre de Alvarado. 1. _Sant-jago

de Guatemala_, qui est la résidence d'une Cour Royale, dont la

Jurisdiction s'étend sur plusieurs Provinces. Elle est au 14e degré

30 minutes de latitude, à douze lieues de la Mer du Sud, avec un Evêché

Suffragant de _Mexico_, & plusieurs Monasteres. Son territoire contient

vingt-cinq mille Indiens qui lui payent un tribut. La situation en est

délicieuse, & l'on y trouve toutes sortes d'excellens fruits & de

provisions. 2. _San-Salvador_, que les Indiens appellent _Cuzcatlan_, a

quarante lieues au Sud-Ouest de _Sant-jago_. 3. La _Trinité_, nommée

_Sansonate_ par les Indiens, à 26 lieues au Sud-Ouest de Sant-jago, & 4

du Port d'_Axacutla_, lieu considérable par son commerce avec le Perou &

le Mexique. 4. _Saint-Michel_, à 62 lieues de Sant-jago au Sud-Est, & 2

lieues de la Baye de Fonseca, qui est son Port. On compte aux environs

de cette Ville 80 petites Villes Indiennes. 5. _Xeres_ de la _Frontera_,

sur la frontiere de Nicaragua, dans un terroir extrêmement fertile en

bled d'Inde & en coton. Près de Sant-jago, est une montagne brûlante,

qui cause souvent de grands ravages par les flammes, les pierres & la

cendre qu'elle vomit dans les lieux voisins. Il n'est pas surprenant que

cette Province ait des bains chauds de plusieurs especes. Mais elle

porte aussi d'excellent baume, de l'ambre liquide, de la résine blanche,

& plusieurs autres gommes; avec differens animaux (dans lesquels on

trouve la pierre de _Bezoar_) & du Cacao de la meilleure espece.

_Soconusco_, qui suit à l'Ouest Guatemala, s'étend de même au long de la

Mer du Sud. Sa longueur, comme sa largeur, est d'environ 34 lieues, & sa

principale production, le Cacao. Cependant elle produit un peu de bled.

Il ne s'y trouve qu'une Ville, nommée _Guevetlan_, qui est la résidence

de son Gouverneur.

La Province de _Chiapa_ est dans l'intérieur des Terres, renfermée au

Sud par Soconusco, à l'Ouest par...., au Nord par Tabasco, & a l'Est par

Vera-Paz. Elle a de longueur environ 40 lieues de l'Est à l'Ouest, &

quelque chose de moins en largeur. On y trouve en abondance du bled

d'Inde & d'Europe, toutes sortes d'autres grains, & des bestiaux, mais

peu de moutons. Son unique Ville est _Ciudad-Real_, qui est un Evêché.

Les Indiens y sont en grand nombre, & leur principale Ville, qui se

nomme _Chiapa_, donne son nom à la Province. Ils nourrissent les

meilleurs chevaux de la nouvelle Espagne; &, ce qu'on auroit peine à

s'imaginer d'une Nation barbare, ils sont Musiciens, Peintres, &

propres à toutes sortes d'arts. La Ville Espagnole est au milieu d'une

délicieuse vallée, qui forme un cercle autour d'elle, au 13e degré 30

minutes de latitude, à 60 lieues de la Mer du Nord, & presqu'à la même

distance de celle du Sud.

Les Religieux Dominiquains ont donné le nom de _Vera-Paz_ à la Province

suivante, parce qu'ils en firent la conquête par les seules armes de

l'Evangile, qui sont la prédication, la priere & les exemples. Elle est

aussi dans l'intérieur du Continent, au milieu des Provinces de

Soconusco, de Chiapa, Jucatan, Honduras, & Guatemala. Elle a trente

lieues d'étendue. Le Pays est humide, & par conséquent plus propre au

bled d'Inde, qui croit deux fois par an, qu'à notre froment d'Europe.

Elle produit du cacao & du coton; mais particuliérement une quantité

surprenante d'oiseaux de toutes sortes de couleurs, dont les plumes sont

employées à divers usages. Il s'y trouve aussi quantité de lions & de

tigres. Les Espagnols n'y ont pas de Villes ni de Gouverneurs; mais les

Dominiquains qui en sont comme les Rois, ont plusieurs Couvens dans les

Villes Indiennes, où leurs instructions contiennent les habitans, qui

étoient autrefois fort sauvages.

_Jucatan_ est une Péninsule. Elle fut prise d'abord pour une Isle, parce

qu'elle est environnée de tous côtés par la Mer du Nord, excepté dans sa

jonction avec Chiapa, Vera-Paz, & Tabasco. Cette piece de Terre s'étend

dans la Mer près de cent lieues en longueur, depuis le Continent, & n'a

pas plus de vingt-cinq lieues dans sa plus grande largeur. La qualité de

l'air y est tout à la fois chaude & humide. Quoiqu'il n'y ait ni Rivière

ni Ruisseau dans un si long espace, l'eau est par-tout si proche pour

les puits, & l'on trouve, en ouvrant la terre, un si grand nombre de

coquillages, qu'on est porté à regarder cette vaste étendue comme un

lieu qui a fait autrefois partie de la Mer. Elle est couverte de bois.

Il n'y croit aucune sorte de grain, & l'on n'y voit point d'or ni

d'autres métaux; mais les animaux sauvages & privés y sont en abondance.

Le coton & l'indigo ne s'accommodent pas moins du terroir. Les habitans

y multiplient beaucoup, & parviennent à l'extrême vieillesse. Ils

élevent tous les bestiaux de l'Europe, & d'excellens chevaux.

La Province de _Tabasco_, subordonnée au Gouverneur de Jucatan, & située

au long de la Mer du Nord ou du Golfe du Mexique, a 40 lieues de

longueur, de l'Est à l'Ouest, depuis les bords de Jucatan jusqu'à ceux

de _Guazacoalco_. Sa largeur est à peu près la même depuis la Mer

jusqu'aux limites de Chiapa. Elle est remplie de Lacs, d'Étangs & de

Marais; de sorte que les voyages s'y font sur des Canots & des Barques.

L'air y est chaud & humide, & par conséquent les pâturages fort bons; le

maïs & le cacao y sont communs. Aussi n'a t'elle guéres d'autre

avantage: comme elle n'a point d'autre Ville que Tabasco, qu'on nomme

plus ordinairement _Na Sa de la Victoria_, d'une insigne victoire

que Ferdinand Cortez y remporta en 1519. Le tribut que les Indiens

payent à cette Ville consiste en 2000 xiquipiles de cacao; chaque

xiquipile contient 8000 noix, & trois xiquipiles font une charge.

Voyages du capitaine Robert Lade en differentes parties de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique · 第 31 / 34 段