Une des grandes Provinces de la nouvelle Espagne est celle de Guaxaca,

qui a cent vingt lieues de longueur d'une Mer à l'autre, sur cent de

largeur au long de celle du Sud, & 50 au long de celle du Nord. Sa

Capitale est Antequera, Ville Épiscopale, dont on vante beaucoup la

principale Église. On y compte plus de 600 familles Espagnoles. La

Vallée où cette Ville est située donne le titre de Marquis Del Valle aux

descendans de Cortez, Conquerant du Mexique. Il y coule une Rivière qui

se cache sous terre à Cimatlan, & qui reparoît deux lieues plus loin,

près des montagnes de Coatlan. La Province fournit beaucoup de soie, de

froment, & de bled d'Inde. Les mines d'or y étoient autrefois en grand

nombre, mais il paroît qu'elles sont épuisêes.

Au Sud-Ouest de cette Province sont celles de _Tusepeque_, qui a 60

lieues de longueur en suivant les Côtes de la Mer du Sud, celle de

_Zapotecas_ au Nord-Est, & celle de _Guazacoalco_, qui, malgré leur

étendue, passent pour autant de parties de Guaxaca. Toutes ces Contrées

forment un Pays fort rude, où les mines d'or ne laissent pas d'être en

grand nombre, mais d'un accès si difficile qu'on en tire peu d'avantage.

On y trouve les Villes de _S. Ildefonso de los Zacatecos_, à vingt

lieues d'Antequera au Nord-Est; _Sant-jago de Nexapa_, à vingt lieues

d'Antequera vers l'Est; _Espirito Santo_, sur le bord de la Mer du Nord.

Toutes les Rivières de la Province de Guaxaca roulent de l'or. Les

Indiens y menent une vie douce & commode, lorsqu'ils veulent se la

procurer par le travail. Ils se servent du cacao au lieu d'argent. Le

Pays est agréable & l'air fort sain. Comme les meurriers y sont en

abondance, la soie y est fort commune.

La Province & l'Evêché de _Tlascala_, nommée autrement _los Angelos_,

est entre le Mexique & Guaxaca. Elle a cent lieues de la Mer du Nord à

celle du Sud, & 80 lieues de largeur au long de la Mer du Nord, mais

dix-huit ou vingt seulement au long de celle du Sud. On y compte trois

Villes Espagnoles; celle de los Angeles, qui n'est qu'à vingt lieues de

Mexico, & qui est Épiscopale. On y vante un Collège où l'on instruit

plus de 1500 jeunes Indiens. Elle est située dans le Canton de

_Cholula_, au milieu d'une Plaine nommée _Guetlaxcoapa_, sur le bord

d'une petite Rivière qui sorte du pied d'une Montagne brûlante. Ce

Canton produit du bled, du vin, toutes sortes de fruits d'Europe, du

sucre, du lin, & les meilleures légumes du monde. À peu de distance de

Tlascala, on trouve quelques sources qui forment une assez grande

Rivière. Elle va se décharger dans la Mer du Sud, proche de Zacatula,

dans la Province de _Mechoacan_; mais ce qui la rend digne de remarque,

c'est qu'elle est sans poissons, & qu'elle produit tant d'_Alligators_,

espece de crocodiles, qu'ils ont fait abandonner plusieurs Villes

voisines. La Ville de _Tlascala_ n'est habitée que par des Indiens. Elle

est au Nord de los Angelos, au-dessus du 20e degré de latitude, dans

la Vallée d'_Atelosco_, qui n'ayant qu'une lieue & demie d'étendue,

produit plus de 100000 mille boisseaux de froment. Aussi quantité

d'Espagnols y exercent-ils l'Agriculture. À sept lieues de la même Ville

est la Vallée d'_Olumba_, qui n'a guéres moins de fertilité. Cortez

bâtit la Ville de _Segara_ dans le Canton de Tepeaca, près de laquelle

est la Vallée de Saint-Paul, ou l'on voit plus de 1300 familles

Espagnoles qui cultivent la terre, & qui nourissent des troupeaux. Le

bétail y multiplie si prodigieusement, qu'on parle d'un Fermier à qui

deux brebis produisirent quarante mille bêtes de la même espece.

La Province du Mexique a 130 lieues de longueur, Nord & Sud. Elle

s'élargit de dix-huit lieues au long de la Mer du Sud, jusqu'à soixante

dans l'intérieur des Terres. On y comprend les Cantons de _Latcotlalpa_,

_Meztilan_, & de _Xilotepeque_, au Nord-Est; de _Matalzingo_ & de

_Cultepeque_, à l'Ouest; de _Tezcuco_, à l'Est; de _Chalco_, au Sud-Est;

de _Suchimilco_ et de _Flaluc_, au Sud; de _Coyxca_ et d'_Acapulco_, au

Sud-Ouest. Une si grande Province n'a pas plus de quatre Villes

Espagnoles; mais quantité d'Espagnols sont établis dans les Villes

Indiennes. La Ville de _Mexico_ s'appelloit autrefois _Tenoxtitlan_.

Elle est située au 19e degré 30 minutes de latitude, au milieu de

deux grands Lacs qui l'environnent; l'un d'eau salée, dont le fond est

de salpêtre; l'autre d'eau fraîche, prodiusant tous deux du poisson.

Ils sont tous deux à peu près de la même grandeur, qui est cinq lieues

de large sur huit de long. Les marécages qu'ils forment autour d'eux ont

obligé de construire cinq chaussées, longues d'une demi-lieue, qui

conduisent à la Ville. Elle n'a ni murs ni portes. Sa forme est un

quarré d'une demi-lieue de diamétre, & de deux lieues de tour. Ses rues

sont droites, larges, bien bâties, & presqu'à la même distance, ce qui

donne l'air d'un échiquier. L'Italie à peu de Ville qui l'égalent en

beauté, & l'on ne voit nulle part un si grand nombre de belles femmes.

On y compte plus de cent mille habitans, dont la plûpart à la vérité

sont Nègres ou Mulâtres. Les Monasteres n'y occupent pas peu de places,

puisqu'il y en a 22 de femmes & 29 d'hommes, de tous les Ordres. Le

revenu annuel de l'Archevêque monte à soixante mille pièces de huit, &

celui de toute la Cathédrale, à trois cens mille. Il y a peu de Pays au

monde où l'air soit si temperé. On n'y connoît ni le chaud ni le froid

excessif. La terre produit trois fois chaque année; & le froment

sur-tout rend avec une abondance merveilleuse. Aussi la dépense

est-elle médiocre à Mexico pour les alimens. Cependant, comme il n'y a

point de monnoye de cuivre, & que la moindre piece d'argent est un demi

réal, qui fait trois sols, le fruit & les légumes y sont assez chers.

Mais au marché, le cacao tient lieu de la petite monnoye, de sorte que

60 ou 80 noix de cacao font à peu près un réal. Pendant toute l'année

les marchés sont remplis de fruits & de fleurs. Le Viceroi de la

nouvelle Espagne, l'Archevêque, les Cours Souveraines pour la Justice &

la Monnoye, enfin tous les Officiers qui appartiennent à la Capitale

d'un Gouvernement ont leur résidence à Mexico. Les Suffragans de

l'Archevêché sont les Évêques de Tlascala, de Guaxaca, de Mechoacan, de

la nouvelle Gallice, de Chiapa, de Jucatan, de Guatemala, de Vera-Paz, &

des Isles Philippines. On compte dans la Province du Mexique 250 Villes

Indiennes, qui contiennent plus de cinq cens mille familles tributaires,

& 150 Couvens de Dominiquains, de Francisquains & d'Augustins, sans

compter les Collèges de Jésuites & les Séminaires.

Le Canton d'_Acapulco_ est sur la Côte de la Mer du Sud, au 17e degré

de latitude. La Ville est à six lieues de la Rivière _Yopes_. À peine

mérite-t'elle le nom de Village, car les maisons n'y sont que de boue.

Sa situation, au pied d'une Montagne, la couvre du côté de l'Est; ce qui

rend l'air fort mal sain depuis le mois de Novembre jusqu'à la fin de

Mai, parce que le climat étant sans pluie dans tout cet intervalle, la

chaleur y est aussi violente au mois de Janvier qu'en Italie pendant la

canicule. Cette mauvaise disposition de l'air & du terroir met Acapulco

dans la nécessité de tirer ses provisions de plusieurs autres Pays, &

les rend par conséquent fort cheres. La Ville d'ailleurs est fort sale,

parce qu'elle est mal pavée, & manque des commodités les plus

ordinaires, telles que des Hôtelleries pour les Étrangers. Aussi

n'est-elle habitée que par des Nègres & des Mulâtres; car aussi-tôt que

les Vaisseaux de Manila & du Perou sont déchargés, les Marchands

Espagnols se retirent dans d'autres lieux. Le seul avantage d'Acapulco

consiste dans l'excellence de son Port, qui fait un demi cercle autour

de la place, & qui est entouré de montagnes comme d'une espece de mur.

Il vaut par an au Gouverneur vingt mille pièces de huit, & presqu'autant

au Contrôleur. Le revenu du Curé est de quatorze mille pièces. Enfin,

comme le commerce d'Acapulco monte chaque année à plus de quatorze

millions de pièces de huit, il n'y a point d'habitant qui n'y fasse

beaucoup de profit; & chaque Nègre ne donneroit pas le sien, chaque

jour, pour une de ces pièces.

À quatorze lieues de Mexico sont les mines de _Pachuca_; à 22 lieues,

celles de _Tusco_; à 22 lieues, celles de _Tmisquilpo_; à 24 lieues,

celles de _Talpujaya_; à 18 lieues, celles de _Temazcaltepeque_; à 20

lieues, celles de _Zacualpa_, à 40 lieues, celles de _Zupango_; à 60

lieues, celles de _Guanaxato_; à 67 lieues, celles de _Comanja_; à 18

lieus de _los Angelos_, celles d'_Achachica_; sans parler des mines de

_Guatla_, de _Zumatlan_, & de _Saint-Louis de la Paz_. On y entretient

habituellement plusieurs milliers d'Ouvriers. Toutes ces mines sont

d'argent, à l'exception de celles de Tmisquilpo, qui sont d'étain.

La Province de _Panuco_, qui est au Nord de celle du Mexique, a presque

également cinquante lieues dans sa largeur & sa longueur. La partie du

Sud est abondante en provisions, & ne manque point de mines d'or; mais

celle qui touche à la Floride est d'une misérable stérilité. Elle a

trois Villes Espagnoles. _Panuco_, autrement _Sant-Isteran del Puerto_,

située au 23e degré de latitude, à 65 lieues de Mexico au Nord-Est, à

sept ou huit de la Mer, près d'une Rivière dont l'embouchure forme un

Port; _Sant-Jago de los Valles_, à 25 lieues de Panuco, vers l'Ouest;

_Saint-Louis de Tampico_, située proche de la Mer, à sept ou huit lieues

au Nord-est de Panuco.

_Mechoacan_ est une Province qui n'a pas moins de 80 lieues de longueur

au long de la Mer du Sud, & qui s'étend en largeur l'espace de 60 lieues

dans l'intérieur des Terres, entre le Mexique & la nouvelle Gallice. On

y comprend les Cantons de _Zacatula_ & de _Colima_, tous deux sur les

Côtes de la Mer du Sud. La Capitale du Pays est _Mechoacan_, ou

_Pazcuare_, un peu au-dessus du 19e degré de latitude, à 45 lieues de

Mexico. Ses autres Villes sont _Guayangarco_, autrement _Valladolid_,

Siège Episcopal, & _Zinzonza_. À 28 lieues de _Mechouacan_ sont les

mines de _Guanaxnato_, où le travail & la garde occupent habituellement

600 Espagnols. _Saint-Michel_ est une autre Ville à 35 lieues au

Nord-Est de _Mechouacan_, dans un Canton montagneux. La _Conception de

la Salaya_, Ville sur la route de _Chichimecas_. _Saint-Philippe_, Ville

à 50 lieues de la Capitale, du côté du Nord, dans un Pays froid &

stérile. Le Territoire & la Ville de _Zacatula_ sont sur la Mer du Sud,

au 18e degré de latitude, à 40 lieues de _Mechouacan_. Le Territoire

& la Ville de _Colima_ sont un peu au-dessus du 18e degré, vers le

Sud-Ouest. Ce Pays est chaud, fertile en cacao, en casse, en grains & en

bestiaux. Le poisson & les fruits y sont en abondance. Il porte aussi de

l'or, de la cochenille & du coton. En général les Indiens du Mechouacan

sont de belle taille, industrieux, & capables de travail. Ils ont cent

treize Villes. Cette Province ne s'étend point jusqu'à la Mer du Nord,

mais elle a plusieurs Rivières qui se déchargent dans la Mer du Sud; &

vers l'extrêmité de sa partie Occidentale, elle a, au 19e degré de

latitude, le Port de _la Nativité_, dont l'excellence y rend le commerce

florissant. Un peu à l'Est du même Port est celui de _Sant-jago_, qui a,

dans le voisinage, de bonnes mines d'un cuivre si doux que les Indiens

en font toutes sortes de vaisselles. Il s'y en trouve aussi d'un autre

cuivre, qui est assez dur pour servir, au lieu de fer, à labourer la

terre. Mais les Indiens sont redevables de ces découvertes & de ces

usages à l'industrie des Espagnols.

La Province de _Xalisco_, fertile en maïs, mais peu fournie de bestiaux,

n'a que deux Villes. _Compostel_, sur la Mer du Sud, à 33 lieues de

_Gaudalasara_, & la _Purification_, près du Port de la Nativité. Cette

Province est au 22e degré de latitude. Celle de _Chiatmala_, qui la

suit au Nord, & qui touche aussi à la Mer du Sud, à 20 lieues de long,

sur la même largeur. On y trouve quantité de mines d'argent, & la seule

Ville de _Saint-Sebastien_. Elle est suivie au Nord, sur la même Côte,

de la Province de _Culiacan_, qui porte toutes sortes de provisions, &

quelques mines d'argent. Sa seule Ville est _Saint-Michel_. _Cinaloa_

est la derniere Province au Nord de la nouvelle Gallice, qui est le nom

général qu'on donne à toutes ces Contrés depuis celle du Mexique.

_Zacatecas_, dans l'intérieur des Terres, est une Province fort riche

par ses mines d'argent, mais qui manque d'eau & de grains. Elle a trois

Villes Espagnoles, & quatre mines célébres, dont la plus abondante est

voisine de la Ville Capitale, & porte comme elle le nom de Zacatecas. On

y emploie constamment 500 Espagnols, 500 Esclaves, & mille chevaux ou

mulets. Les autres Villes sont _Xeres de la Frontera_, à vingt lieues au

Nord de _Guadolajara_; _Erena_, _Nombre de dios_, & _Durango_, qui est

dans un Canton extrêmement fertile. La mine de _Sombrette_ est près

d'Erena & celle de _Saint-Martin_, près de Durango.

La _Nouvelle Biscaye_, Province au Nord-Ouest de Xacatecas, est

entiérement dans les Terres. Elle ne manque ni de bestiaux, ni d'aucunes

provisions, & ses mines d'argent sont estimées. Elle en a trois

principales, qui forment autant de petites Villes dans leur voisinage:

_Hindebe_, _Santa-Barbara_, & _Saint-Jean_.

_Quivira_ & _Cibola_ sont deux autres Provinces qui suivent la Nouvelle

Espagne, mais elles appartiennent au Nouveau Mexique, dont l'étendue

n'est point encore connue. Les Espagnols n'y ont qu'une Ville, nommée

_Santa-Fé_, ou le _Nouveau Mexico_, pour contenir les Indiens dans la

soumission. Quoique ce Pays soit fort beau dans une infinité de Cantons,

les habitans en sont encore fort sauvages, & n'ont point d'autres

richesses que leurs bestiaux. La Ville de Santa-Fé, ou du nouveau

Mexico, est vers le 37e degré de latitude.

Enfin, la Californie commence au 23e degré de latitude, par le Cap

Saint-Luc, qui est à l'opposite de la Province de Culiacan, dans la

Nouvelle Espagne. Elle s'étend vers le Nord & le Nord-Ouest, plus loin

qu'on n'a pû jusqu'à present porter les découvertes. Les Espagnols ont

marqué peu d'empressement pour y étendre leurs Conquêtes; mais ils

entretiennent quelque commerce au Cap Saint-Luc & à _Puerto Seguro_.

M. Cooke, dans la Relation de son Voyage autour du Monde en 1711, fait

une description de Puerto Seguro, qu'on ne trouve dans aucun autre

Écrivain. Il paroît surprenant qu'un Pays découvert depuis si longtems

porte encore toute les apparences de la plus grossiere barbarie.

«L'entrée de la Baye, dit-il, est pendant l'espace d'une lieue, à

l'Est d'un Promontoire rond & couvert de sable, que plusieurs

prennent pour le Cap Saint-Luc; mais je suis persuadé que le Cap

Saint-Luc est une autre tête de terre qui se présente au Sud-Est de

ce Promontoire, à trois lieues de distance, parce que, suivant

l'ancienne Relation de sa découverte, il fait la pointe la plus

Orientale. Quand on est au large, on prendroit ce Cap pour une

Isle. Pour entrer dans la Baye, en venant du côté de l'Ouest, ce

qui est presque toujours nécessaire à cause des Courans, on est

dirigé par quatre grands rocs, dont les deux plus Occidentaux sont

fort escarpés, & s'élèvent en pain de sucre. Le second,

c'est-à-dire le plus intérieur, est percé de manière qu'il forme

une arche, comme celle d'un Pont, au travers de laquelle la Mer

s'est fait un passage. On s'avance ainsi au long des rocs jusqu'au

fond de la Baye, où l'on peut jetter l'ancre sur un fond de dix ou

douze brasses, jusqu'à vingt ou vingt-cinq. C'est-là qu'on trouve

Puerto Seguro, qui n'est qu'un petit amas de mauvaises cabanes,

habitées par environ 200 Indiens. Les hommes sont entiérement nuds.

Les femmes portent autour des reins une peau de quelque animal, qui

leur descend jusqu'aux genoux. L'occupation de ces Barbares est la

pêche & la chasse. Ils preferent à l'or & à l'argent, un couteau,

des ciseaux, des cloux, une serpe, & nos autres instrumens de fer.

Leur taille est droite & bien proportionnée, leur chevelure longue

& noire, & la couleur de leur peau fort brune. Les femmes n'ont

rien d'agréable dans la physionomie. Elles s'employent à recueillir

& à piler entre des pierres differentes sortes de grains, ou à

faire des filets pour la pêche. Depuis les Montagnes jusqu'à la

Mer, le Pays est rude & pierreux, quoi-qu'entremêlé de quelques

plaines & de quelques vallées fort agréables. Mais en général le

terrain, dans cette partie de l'Isle, n'est qu'un sable fort sec,

qui produit, pour tout bien, quelques arbustes dont les fruits

servent de pain aux misérables habitans. Ils sont mieux en poisson.

La Baye est remplie de dauphins, de mulets, de bremines, & d'autres

especes, qu'ils tuent fort adroitement avec leurs dards, ou qu'ils

prennent avec leurs filets. Les bois ne leur fournissent pas moins

d'animaux pour la chasse. Ils tuent une prodigieuse quantité de

daims, de cerfs, & de renards; sans parler des perdrix, des

pigeons, & d'autres oiseaux qui foisonnent dans la campagne. Les

ruisseaux leur donnent de l'eau fort pure. Ils ont au long de la

Côte beaucoup de crête marine. Les rocs sont couverts d'huitres,

qui sont rarement sans perles. Nous trouvames dans le secours des

habitans, tout ce qui nous étoit nécessaire pour la réparation de

nos Vaisseaux. Ils s'approcherent de nous sans défiance, quoique

nous ne pussions nous entendre, s'empressant de nous offrir leurs

provisions en échange pour des choses de peu de valeur. Je leur

trouvai tant de douceur, que j'ai peine à me persuader, sur le

témoignage des Espagnols, qu'il soit impossible de leur inspirer

des principes de Religion. Je ne remarquai parmi eux aucune

apparence de culte; à moins qu'ils n'adorent le Soleil, vers lequel

ils levent souvent les yeux. Les Espagnols racontent qu'au Nord de

Porto Seguro, on trouve d'autres Nations plus sauvages, guerrieres

& perfides, avec lesquelles on n'a jamais pû former aucune liaison.

Pendant le séjour que nous fimes sur cette Côte, l'air fut toujours

clair & serein; & la bonne constitution des habitans semble marquer

qu'il est fort sain. À notre arrivée plusieurs de nos gens reçurent

quelques perles des Indiens; mais je n'en vis plus paroître dans

la suite. Quand je leur montrai de l'or, pour leur faire connoître

qu'ils auroient à ce prix beaucoup de fer, ils firent des signes

vers les montagnes; de sorte que pour tirer apparemment plus

d'avantage de leur Pays, il auroit fallu les entendre.»

_Vents & Courans de la Mer du Sud_.

Cet article est un autre extrait des Journeaux de M. Rindekly. Quoique

j'aie supprimé volontairement les Ports & les Rades, dans sa description

de la nouvelle Espagne, pour ne pas repéter des noms qu'on a déja lûs à

la Table de leurs longitudes & de leurs latitudes, je serai obligé ici

d'en rappeller un fort grand nombre. Mais l'importance des observations

suivantes doit me faire passer sur un inconvenient si leger.

Qu'on tire une ligne imaginaire depuis le Port _Saint Marc d'Arica_,

jusqu'à la pointe _d'Aguja_, qui est proche du Port de _Palta_, elle

sera de 30 lieues de Mer de l'un de ces Ports à l'autre. Dans tout

espace, entre cette ligne & cette Côte, ce sont les vents de Sud-Est &

de Sud-Sud-Est qui regnent toute l'année: en hyver ils sont furieux, &

plus géneralement Sud-Est. Mais il faut observer qu'à une lieue ou deux

de la Côte, ils sont quelquefois Nord & Nord-Est. Ils ne durent pas

longtems, mais ils renaissent régulierement chaque semaine, & plus

souvent dans les Bayes les plus larges & les plus ouvertes au long de la

Côte.

Supposez une autre ligne depuis la pointe _d'Aguja_, jusqu'à la pointe

de _Santa Helena_, vous aurez 20 lieues de Mer de l'une à l'autre

pointe, & un grand espace dans l'arc de la Côte. C'est le vent du Sud

qui regne toute l'année dans cet espace: mais à 5 ou 6 lieues du rivage,

les vents Sud-Ouest se sont quelquefois sentir, surtout aux angles de la

Côte. Ces vents sont moderés, & ne durent pas longtems.

De la pointe de _Santa Helena_ au Cap _Passado_, l'espace renfermé entre

une ligne imaginaire de 10 lieues & le fond de la Côte, est assujetti

pendant toute l'année aux vents Sud-Ouest.

Une autre ligne du Cap Passado au Cap _Saint François_, renferme un

espace qui n'est encore soumis qu'aux vents Sud-Ouest; cependant comme

cet espace n'est que de 5 lieues, il se ressent quelquefois des vents de

la haute Mer, & des vents de terre.

Tirez de même une ligne du Cap Saint François jusqu'à _Morro de Puercos_

& tout ce qui est à l'Est du passage de Panama, qu'on a nommé _la

Traversia_. Dans ce grand espace l'hyver & l'Été sont réglés d'une

manière fort bizarre, & sans aucun rapport à l'éloignement ou à la

proximité du Soleil. Suivant le cours de la nature, l'Été dans ce lieu

devroit commencer le 25 de Mars, lorsque le Soleil passe l'Equinoctial

vers le Nord, du côté duquel sont cette Côte & cette Mer; & l'on y

devroit ressentir les effets ordinaires jusqu'au 25 de Septembre, que le

Soleil repasse l'Equinoctial vers le Sud. Cependant l'expérience est

contraire; car l'Été de la Traversia & de la Côte de Panama, commence au

mois de Janvier, lorsque le Soleil, est le plus éloigné au Sud de

l'Equinoctial; & l'hyver commence au mois de Juin, qui est le tems où

le Soleil est du côté du Nord.

Au long des Côtes de Panama & sur la Mer qui leur est opposée, l'Été &

l'hyver sont chacun de 6 mois. L'Été commence au mois de Janvier, &

finit au mois de Juin. Pendant cette saison on n'y voit regner que les

vents Nord, Nord-Est, & Nord-Ouest, qui sont très-violens dans le cours

de Janvier, Février & Mars. Il ne tombe point alors de pluie au long de

la Côte de Panama, de Port-Pinas, de Malpelo, de Puerto Quemado, & des

autres lieux jusqu'au Cap Saint François. Dans le même tems au

contraire, il pleut beaucoup sur la Côte de Manta & de Guayaquil; & la

raison naturelle, c'est que ces vents regnans, poussent les nuées sur

cette Côte, & que ne soufflant pas plus loin, les nuées qui s'arrêtent

sont dissipées par l'action du Soleil & tombent en pluies fort épaisses.

Les mêmes vents pendant les trois premiers mois de l'Été s'étendent

quelquefois jusqu'à _Manta_, la pointe _de Santa Elena_, _Cap Blanco_, &

quelquefois ne vont point jusqu'au Cap Saint François, suivant qu'ils

ont plus ou moins de force sur la Côte de Panama.

Dans l'intervalle du même tems, il regne géneralement à Malpelo un vent

d'Est-Nord-Est, qui est doux & reglé; mais entre Malpelo & Buonaventura,

le vent devient Nord; & depuis Puerto Quemado jusqu'à l'Isle Gorgone, il

est géneralement Nord-Ouest, Ouest-Nord-Ouest, & Ouest, avec des pluies

très-abondantes.

Ainsi pendant les trois premiers mois de l'Été, rien n'est si varié que

le tems, dans ces differens lieux. Mais dès les premiers jours d'Avril,

la pluie commence à tomber dans le Golphe & sur la Côte de Panama. Les

vents doux y prévalent, avec des calmes fréquens, on les appelle

_Virazones_; ils sont Sud, Sud-Ouest, Sud-Sud-Ouest, & quelquefois

Nord-Ouest, presque toujours accompagnés de violentes pluies. Cette

variété de calmes, de vents doux, changeans, incertains, dure jusqu'à la

fin du mois de Juin, qui est aussi celle de l'Été.

Au mois de Juillet commencent les vents que les Espagnols nomment

_Vendavales_, & qui durent jusqu'à la fin de Decembre. Ils sont Sud &

Sud-Ouest, avec de fortes pluies, du tonnerre & des éclairs. Leur plus

grande furie est au mois de Septembre, d'Octobre & de Novembre; mais

alors même, Panama & ses environs reçoivent d'assez beaux jours de ceux

de Sud-Ouest, qui sont aussi moins nuisibles à la navigation.

Quelquefois ils se changent en Nord & Nord-Est, avec des pluies

impétueuses, sans s'étendre à plus de vingt lieues dans la Mer.

Pendant la même saison, il s'éleve quelquefois des vents d'Ouest &

d'Est-Sud-Ouest, qui poussent les Vaisseaux sur les Côtes du Perou. Les

nuits sont sujettes au vent du Nord-Ouest, accompagnés de grosses

pluies, mais leur durée est fort courte. Lorsque le vent du Nord s'est

établi à Panama, le calme regne ordinairement depuis le Cap Saint

François jusqu'au _Cap Blanco_; & lorsque l'Été commence à Panama,

l'hyver commence à Guayaquil, où il pleut alors pendant cinq mois;

c'est-à-dire depuis le commencement de Janvier jusqu'à la fin de May.

Les vents y soufflent de l'Isle de Santa Clara, vers la Rivière; le

tonnerre & les éclairs y sont surprenans, particuliérement sur les

montagnes de _Cuenca_, qui sont sur la droite en remontant la Rivière;

ce qui n'empêche pas qu'ordinairement le tems ne soit calme & serain. Au

long de la Rivière Guayaquil, l'Été commence au mois de Juin, & les

pluies cessent. Mais le vent d'Ouest, que les Habitans nomment Chanduy,

souffle alors avec beaucoup de violence.

Voyages du capitaine Robert Lade en differentes parties de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique · 第 32 / 34 段