pour se mettre en possession de Sainte-Lucie, on en étoit revenu à
l'ancienne convention, qui étoit d'user librement des avantages de
l'Ile, sans aucune préférence entre les deux Nations. M. Rytwood y avoit
jetté comme au hazard les fondemens d'une habitation; & ne pensant point
à troubler les François, qui avoient formé la même entreprise dans
plusieurs autres quartiers, il n'étoit point interrompu dans la sienne.
Il nous dit que de quelque manière que les affaires pussent tourner, il
avoit déjà tiré assez de profit de son travail pour ne pas regretter ses
premiers frais, ni même la perte de ce qu'il employoit actuellement à le
continuer. Il ne me fit pas pénetrer dans le fond de son commerce; mais
en considerant le petit nombre de ses Ouvriers, le peu d'espace qu'il
avoit défriché, & surtout l'etroite liaison qu'il avoit avec diverses
François de l'Ile, & même de la Martinique; je n'eûs pas de peine à
juger que ses principales affaires étoient secrettes, & qu'il tiroit
adroitement parti du voisinage des deux Nations.
Il nous reçut avec beaucoup de caresses. Entre diverses recits de ses
voïages il nous en fit un fort étendu de la fameuse navigation du Duc &
de la Duchesse, deux Vaisseaux de Bristol, qui firent le tour du monde
dans le cours des années 1708, 1709, 1710 & 1711. Il étoit Contremaître
du Duc. Mais la relation de cette grande entreprise ayant été publiée à
Londres en 1712, par le Capitaine Édouard Cooke, je n'en donnerai place
ici qu'à ce qui peut eclaircir un fait assez interessant, dont on a
négligé les circonstances dans le premier volume. Le Capitaine Cooke
parle d'un William Selkirk, qui ayant été abandonné dans l'Ile de
Fernandez y passa quatre ans & quatre mois sans aucune societé humaine.
M. Rytwood nous apprit d'abord que ce malheureux solitaire se nommoit
Selcrag, ce qu'il nous prouva aussi-tôt par la lecture même de son
Journal, où il avoit eu soin de lui faire signer de sa propre main la
vérité de son avanture; ensuite il nous lut ce qu'il me permit de
transcrire dans le peu de tems que nous passâmes à Sainte Lucie.
»Le Duc & la Duchesse s'étant approchés de l'Ile de Fernandez, qui
passoit alors pour deserte, depuis que les Habitans Espagnols avoient
trouvé plus d'avantage à se retirer au continent; quelques gens de
l'Équipage découvrirent sur la côte un homme qui faisoit voltiger une
sorte de Pavillon blanc. On depêcha aussi-tôt l'Esquif du Duc, & j'en
pris moi-même la conduite. À mesure que nous approchâmes du rivage, nous
entendîmes clairement que l'Étranger imploroit notre secours en langue
Anglose. Je lui criai de me montrer un endroit où nous pussions aborder
sans peril. Il me donna de fort bonnes explications; & tandis, que nous
remontions à force de rames vers le lieu qu'il m'avoit marqué, nous le
vîmes courir au long de la côte avec autant de vitesse que l'animal le
plus leger. Lorsque nous eûmes pris terre, il nous embrassa tous
successivement avec des transports de joie, qui lui ôterent pendant
quelque tems le pouvoir de parler. Enfin s'étant assuré par ma promesse
que nous le prendrions à bord, il nous offrit de nous conduire à son
habitation. Le chemin, n'en étoit pas long, mais il me parut fort
difficile. Cependant le désir de voir un spectacle si extraordinaire, me
fit hazarder l'entreprise avec deux de mes Matelots. Il fallut grimper
sur plusieurs Rochers escarpés, pour arriver par cette voie sur un
terrain fort agréable, couvert de verdure & planté de plusieurs arbres.
Il y avoit deux petites cabanes, composées de terre & de branches, dont
l'une servoit de logement à Selcrag & l'autre de cuisine: l'ameublement
étoit conforme à la nature de l'édifice. Il consistoit en plusieurs
peaux de chevres ou de boucs, étendues au long des murs, & sur des
pierres assez unies qui servoient de planches. Une marmite de fer, une
broche à rotir, & un grand couteau composoient tout le reste des
meubles. À quelques pas de l'habitation étoit un petit troupeau de
chevres que Selcrag avoit trouvé le moyen de prendre toutes jeunes, &
qu'il avoit apprivoisées. Il en tua, sur le champ, une des plus grasses,
dont il nous fit rotir les meilleurs parties; & pour des gens qui
étoient depuis plus de trois mois en mer, ce repas grossier fut un
festin delicieux. Nous le pressâmes de quitter promptement son désert,
pour dissiper l'inquietude où l'on pouvoit être de notre rétardement. Il
nous suivit volontiers: nous emportâmes une partie de ses chevres dans
la Chaloupe.
»L'explication qu'il nous donna de son avanture se réduisit aux
circonstances suivantes. Il étoit Matelot de la Frégate les Cinq-ports,
qui avoit touché à l'Ile de Fernandez il y avoit quatre ans & quatre
mois. Une querelle sanglante qu'il avoit euë avec un de ses compagnons
lui avoit fait prendre le parti de s'échapper, pour se mettre à couvert
du châtiment. Dans l'incertitude des ressources nécessaires à la vie, il
s'étoit muni du petit nombre d'instrumens que nous lui avions trouvés, &
toute son étude avoit été de se cacher jusqu'au départ de son Vaisseau.
Se trouvant seul dans un lieu où les anciens Espagnols n'avoient laissé
aucune trace de culture, il avoit été forcé dabord de vivre de
coquillages & des autres poissons qu'il pouvoit prendre sur le rivage.
Mais ensuite il avoit cherché les moyens de mettre un peu plus de
varieté dans ses alimens. L'Ile ne manquoit pas de chevres; la
difficulté étoit de les prendre, au milieu des Rocs & des Montagnes, où
les blessures qu'il leur faisoit quelquefois à coups de pierres, ne les
empechoient pas de se refugier. La faim lui servit de maître; il
s'accoutuma si bien à grimper & à courir lui-même sur les rochers,
qu'il se saisit de plusieurs jeunes chevres; & se perfectionnant tous
les jours dans cette exercice, il y acquit tant d'habileté, qu'il n'y
avoit plus aucun de ces animaux qu'il ne fût sûr de prendre quand il
s'étoit mis à le poursuivre. Sa vie devint ainsi beaucoup plus douce; il
ne manquoit ni de chair ni de poisson; differens arbres lui
fournissoient du fruit, & l'eau d'une riviere assez fraiche servoit à le
préserver de la soif. Quelques Vaisseaux Espagnols avoient touché dans
cet intervalle à l'Isle de Fernandez: mais les ayant reconnus, sans
s'être laissé découvrir, il avoit mieux aimé demeurer avec ses chevres
que d'être obligé de sa liberté à cette Nation. Un jour s'étant approché
trop près du rivage, il avoit été poursuivi, & même atteint d'un coup de
feu; mais l'agilité de ses jambes l'avoit sauvé du peril. Le plus grand
mal qui lui fût arrivé pendant plus de quatre ans, étoit une chûte
violente, qui l'avoit précipité du sommet d'un roc dans une vallée. Il
n'avoit pû se traîner sans une peine mortelle jusqu'à son habitation, &
n'ayant ni Chirurgiens ni remedes, il avoit été obligé d'attendre sa
guerison de la nature, qui l'avoit rétabli par degrès. Cet homme
extraordinaire étoit né à la Jamaïque, d'un pere Écossois & d'une mere
Mosquite.»
Le Journal de M. Rytwood, étoit celui d'un homme de mer, qui s'attache
plûtôt à la position des lieux, à la description des Côtes, des Ports,
des Bayes, & des Parages, qu'à l'Histoire physique ou morale des païs
qu'il visite. Cependant je tombai sur divers traits curieux, dont il
m'accorda la communication. Je n'en rapporterai qu'un, dont l'exemple
m'a paru singulier pour l'utilité du commerce. Après avoir passé quelque
tems dans un Port de Californie, les deux Vaisseaux remirent à la voile,
fortifiés de deux autres Bâtimens Anglois qui s'étoient joints à eux.
Deux mois de navigation continuelle leur firent trouver la fin de leurs
vivres, jusqu'à forcer les Capitaines de réduire leurs gens au quart de
leur nourriture ordinaire. Ils étoient dans cet embarras, lorsqu'ils
découvrirent les Isles des Larrons. L'Angleterre étant en guerre avec
l'Espagne, ils prirent des Pavillons François & Espagnols pour
s'approcher de l'Isle de Guam, où la nécessité les forçoit de prendre
des rafraîchissemens à toutes sortes de prix. Entre plusieurs Chaloupes
qui vinrent au-devant d'eux, & qui se nomment _Param_ dans ce quartier
du monde, il en parut une qui étoit envoyée par le Gouverneur Espagnol,
pour sçavoir d'eux qui ils étoient & ce qu'ils désiroient; ils retinrent
les deux principaux Officiers de cette Députation, & firent partir dans
le Param leur interprete, avec cette Lettre au Gouverneur.
»M. nous sommes des Sujets du Roi d'Angleterre, que la disette d'eau &
de vivres oblige de s'arrêter dans votre Isle en allant aux Indes
Orientales. Quoique la guerre soit allumée dans l'Europe entre nos
Maîtres, notre intention n'est pas de vous nuire, parce que nous n'avons
point d'autres vûës que celles du commerce, & que notre situation,
d'ailleurs, nous ôte l'envie de nous battre. Nous payerons argent
comptant, ou par des équivalens de marchandise à votre choix, toutes les
provisions dont nous avons besoin. Cependant, si vous abusez de
l'embarras où nous sommes, & qu'après une demande si polie vous nous
refusiez ce qui nous est nécessaire, notre désespoir nous fera trouver
les moyens de nous en ressentir. Nous nous recommandons à votre humanité
& à votre honneur, en vous assurant que vous pouvez vous fier
entiérement à vos très-humbles Serviteurs, &c.»
Le Gouverneur, qui se nommoit Dom Juan Antonio Pimentel, ne demanda
qu'un moment pour faire cette réponse:
»Messieurs, je reçois de vous une Lettre fort civile, dont le Porteur
m'apprend l'extrêmité où vous êtes réduits. Je vous réponds avec la même
civilité; & je vous offre tout ce que je puis pour votre secours. Mais
je dois vous avertir que nous avons ici une maladie fort violente, qui a
mis au tombeau une partie de nos Habitans. Quoique vous soyiez nos
ennemis, je crois que dans l'état où nous sommes de part & d'autre,
nous ne devons nous considerer que sous la qualité d'hommes, & que les
devoirs que nous avons à remplir sont ceux de l'humanité. Si vous avez
des Prisonniers Espagnols, vous trouverez bon seulement de me les
remettre, & je vous accorderai tous les rafraîchissemens que vous
désirez de votre très-humble, &c.»
Sur ces assurances les quatre Anglois ne firent pas difficulté de jetter
l'ancre, & d'envoyer plusieurs de leurs Officiers au Port d'Umatta. On
les y traita si honnêtement, que la confiance étant absolument établie,
ils employerent huit jours à se procurer toutes sortes de
rafraîchissemens. Mais ce qu'il y eut de plus extraordinaire, c'est que
dans la satisfaction mutuelle des deux partis, le Gouverneur, & les
principaux de ses Espagnols, s'étant assemblés, de concert avec les
Officiers de l'Escadre Angloise, ils convinrent de se donner
mutuellement un Certificat de politesse & d'humanité. Voici les termes
de celui des Anglois:
»Nous Commandans, & principaux Officiers de quatre Vaisseaux
d'Angleterre, reconnoissons ici qu'en arrivant à l'Isle de Guam, dans la
nécessité d'un prompt secours de vivres, nous avons trouvé le plus
honnête & le plus généreux accueil dans la bonté de l'honorable Dom Juan
Antonio Pimentel, Gouverneur & Capitaine Général des Isles Marianes, qui
nous a fourni, avec diligence, tout ce que nous avons désiré; & pendant
le séjour que nous avons fait dans son Port, nous a traité avec beaucoup
d'amitié. En reconnoissance, nous lui avons donné toute la satisfaction,
& fait tous les présens que nous avons crû lui devoir; de quoi il a paru
si content qu'il nous en a donné une attestation signée de sa main;
comme celle-ci l'est aussi de la nôtre. William, Dampier, Robert-Fry,
William-Stretton, Thomas-Dover, Woodes-Rogers, Stephen-Courtney,
Edward-Cooke, Elias-Rytwood.»
De la part des Espagnols:»Nous, &c. certifions que quatre Vaisseaux
Anglois, commandés par les Capitaines Rogers, Courtney, Dover, & Cooke
s'étant presentés à l'Isle de Guam dans un grand besoin de provisions,
& nous ayant demandé, avec beaucoup de civilité, de leur en accorder
autant qu'il nous seroit possible; ils en ont reçu de nous comme ils le
désiroient, les ont payées plus du double de leur valeur, & se sont
conduits avec tant d'honnêteté que nous leur en donnons volontiers cette
attestation signée de notre main. Dom Juan Antonio Pimentel, Gouverneur
& Capitaine Général, Dom Juan Antonio Prettana, Dom Sebastian Luiz
Romez, Dom Nicolas de la Vega, Dom Juan Nunez.»
Toutes les Cartes se trompent, suivant le Journal de M. Rytwood, sur la
position des Isles Marianes, ou des Larrons; il place l'Isle de Guam au
13 degré 30 minutes de latitude du Nord, & au 100 degré 20 minutes de
longitude depuis le Cap Saint Luce en Californie. On ne compte pas moins
de 2300 lieues de la nouvelle Espagne aux Isles des Larrons; mais les
vents de commerce durent si constamment entre les Tropiques, que cette
longue course est aisée, & se fait ordinairement dans l'espace
d'environ 60 jours.
Les Espagnols de Guam raconterent à M. Rytwood, qu'un de leurs
vaisseaux, faisant voile de Manille à la nouvelle Espagne, découvrit
plusieurs Isles extrêmement agréables, & fort abondantes en or, en
ambre-gris, &c. Ils les nommérent _Isles de Salomon_. Dans la suite ils
ne manquerent pas d'envoyer plusieurs Vaisseaux pour les retrouver; mais
toutes leurs recherches ont toujours été sans fruit; & plusieurs
Chaloupes, ou _Params_, qui ont crû pouvoir tenter la même entreprise,
ont disparu, sans qu'on en ait jamais entendu parler. On a placé ces
Isles, dans les Cartes Espagnoles, au 15 degré 20 minutes de latitude du
Nord, trois cens lieues à l'Est des Isles Marianes.
Le même Vaisseau qui les avoit découvertes, ayant besoin de se lester,
prit, dans une de ces Isles, de la terre & des pierres pour s'en servir
à cet usage. Lorsque le Vaisseau fut arrivé au Port d'Acapulco, & qu'on
voulut le mettre en meilleur ordre, on découvrit que les pierres s'étant
brisées dans plusieurs endroits, par l'agitation de la Mer, il y
paroissoit des veines d'or très-pur. Mais l'étonnement fut bien plus
vif pour ceux qui, visitant le foyer de la cuisine, qu'on avoit été
obligé de réparer avec de la terre du même lieu, ils trouvérent un
lingot d'or qui s'étoit fondu & réduit en masse par la chaleur
continuelle du feu. C'est au Lecteur à juger de la vraisemblance de ces
deux faits sur le témoignage des Espagnols. M. Rindekly & moi, qui nous
étions familiarisés en Afrique avec les événemens de cette nature, nous
comprîmes du moins que le récit qu'on avoit fait à M. Ritwood n'étoit
pas impossible.
Mais ce que je tirai de plus utile & de plus remarquable du Journal de
M. Ritwood fut une Table de la latitude & de la longitude des principaux
Ports, Isles, Rivières, Bayes, Caps, & autres lieux remarquables de la
Côte Occidentale de l'Amérique dans la Mer du Sud, depuis la Californie
au Nord jusqu'au détroit de Magellan au Sud. Je le donnerai ici d'autant
plus volontiers, que la mort de M. Rytwood semble m'en laisser la
liberté; & qu'en joignant ces importantes observations à la _Description
des Côtes de la Mer du Sud_, qui fut publiée à Londres il y a vingt
ans, il ne manquera rien aux Géographes pour faire une Carte exacte de
toutes ces Côtes. On place à l'ordinaire le premier Méridien à la pointe
la plus Occidentale de la grande Canarie.
/*[3]
Latit. Longit.
D. M. D. M.
La Californie, 24 40 255 15
Sa Pointe Orientale, 24 4 258 15
Cap Saint-Luc, 25 30 259 50
Derniere Pointe du Continent, 24 40 260 55
Rivière de la Salle, 23 30 262 16
Las Chamitas, 22 55 262 48
Rivière de Saint-André, 22 30 264 8
Isles des Trois Maries, 22 7 264 14
Rivière de San-Milpa, 22 5 264 23
Boca de las Higueras, 21 32 264 38
Punta de la Cruz, 21 26 264 16
Isle de Calisto, 20 10 264 22
Cap Corrientes, 20 20 265 20
Juan Ballegas, 20 28 265 50
Cabo de los Angelos, 20 20 266
Nouvelle Gallice, 20 25 266 26
Puerto de la Navidad, 20 10 266 40
Baye de Santiago, 20 4 266 8
Rivière de S. Pierre, 19 52 267 30
Rivière d'Aculima, 19 30 267 50
Rivière de Sacatula, 18 40 269 16
Isle de Ladrillos, 17 52 270 5
Rivière de Gariotas, 17 40 270 24
Pointe de Siguantanejo, 17 20 270 4
Rivière de Piticalla, 17 15 270 55
Rivière de Mitala, 17 8 271 28
Rivière de Sitala, 17 40 272 4
Port d'Acapulco, 17 272 4
Rio de Pescadores, 17 272 45
Rio de Dom Garcia, 15 45 273
Punta de la Galera, 16 8 273 42
Rio Verde, 16 8 273 45
Mont de Talcamanca, 16 273 55
Puerto Escondido, 15 50 274 32
Isle de la Brea, 15 40 274 45
Rivière de Milcas, 15 38 275
Rivière de la Galera, 15 36 276 6
Porto Angeles, 15 26 276 6
Rivière de Carasco, 15 18 276 18
Rivière Dicilo, 15 20 276 40
Porto Aguatulco, 15 36 276 25
Pointe de Masatetlan, 15 30 277 46
Isle d'Hata, 15 30 277 26
Las Salinas, 15 42 278 26
Baye de Teguantepeque, 15 50 278 46
Barra de Macias, 15 20 278 46
Morro, 14 56 279 47
Cerro de la Encomienda, 14 58 280
Montbrulant de Soconusco, 14 51 280 36
Baye de Milpas, 14 51 281 7
Rivière d'Anabasos, 14 29 202 20
Rivière de Sapotitlan, 14 40 281 49
Bar d'Istapa, 14 24 282 56
Rio Grande, 14 20 283 40
Rivière de Motualpe, 14 7 284
Port de Sonsonate, 14 284 53
Côte de Tonela, 13 50 285 22
Rivière de Lampa, 13 10 286 30
Rivière de S. Michel, 12 45 287 46
Baye de Candadilla, 12 38 287 46
Golphe d'Amapala, 12 20 288 8
Porto Realejo, 12 30 288 48
Punta del l'Esto, 11 40 289
Baye de Tosta, 11 30 290 10
Golphe del Papayot, 11 10 290 37
Pointe Sainte Catherine, 10 34 288 48
Port Delas, 10 30 289
Morro Hermoso, 9 17 290 10
Capo Blanco, 9 20 290 17
Morro de la Ensenada, 10 10 291 20
Baye de Nicoya, 9 18 291 49
Port de Caldera, 9 43 292 27
Rio de la Estrella, 9 8 292 47
Puerto del Bigles, 9 293
Isle de Cano, 8 45 293 30
Golfo Dolce, 8 47 293 5
Port Limones, 8 17 294 10
Rivière de Chiriqui, 8 37 295
Pueblo Nuevo, 7 22 295 40
Isle de Quicara, 7 41 295
Baye de Philippinas, 7 12 296 40
Pointe de Higuera, 7 21 297 44
Rivière de Mensave, 8 47 297 40
Rivière de Covita, 8 1 298 35
Rivière de Parita, 8 11 298 36
Rivière de Nata, 8 26 298 37
Port de Villa, 8 28 299 58
Rivière de Caymito, 9 9 299 30
Isle d'Otoque, 8 30 299 37
Isle de Tabuga, 8 40 299 40
Anson, 8 55 299 50
Panama, 9 300 36
Chepillo, 9 301 1
Pointe des Manglares, 8 53 300 23
Isle de Contadora, 8 46 300 32
Isle del Rey, 8 10 300 5
Cap S. Laurence, 8 10 300 58
Rivor Congo, 7 53 301 43
Baye de S. Michel, 8 18 301 20
Morro Quemado, 6 45 301 19
Puerto Claro, 6 46 301 37
Baye de S. François, 5 50 301 50
Baye de S. Antoine, 6 20 302
Port des Indiens, 6 14 302 2
Côte d'Anegabas, 6 55 302 3
Rivière de Sandi, 5 35 302 5
Isle de Coco, 5 9 299 8
Rivière de Noamas, 4 38 302 23
Buena Ventura, 4 302 50
Isle de Malpelo, 4 299 46
Rivière de Pisco, 3 45 302 39
Isle Gorgona, 3 15 301 36
Isle del Gallo, 2 17 300 40
Baye & Rivière de Mìra, 1 57 300 26
Isle de Gorgonìlla, 1 58 300 25
Rivière de Santiago, 1 14 299 30
Cap S. François, 50 299 57
Rivière Juma, 5 298 44
Cap Passado au Sud, 8 298 32
Baye de Carascas, 28 298 43
Baye de Manta, 50 298 31
Isle de Plata, 1 15 298 15
Isle de Salango, 1 40 298 25
Rivière de Coloncha, 2 298 18
Boca Chica, 2 40 299
Baye de Chanduy, 2 26 299
Isle de Puna, 2 54 299 10
Isle de Santa Clara, 3 23 298 50
Isle Verde, 2 26 299 48
Rivière del Bucy, 3 40 299 20
Mancora, 4 10 298 17
Isle Lobos de Paita, 5 25 298 40
Rivière de Sana, 6 40 299 37
Port Cheripe, 7 299 50
Malabrigo, 7 30 300 18
Guanchaco, 8 300 50
Port & Isle Santa, 9 301 2
Guambacho, 9 20 301 20
Casma, 9 28 301 30
Bermejo, 9 40 301 38
Isle de Sangalla, 14 5 302 35
S. Nicolas, 15 6 304 40
S. Jean, 17 15 304 15
Isle de Guana, 16 40 308 9
Port Arica, 18 311 8
Algodovales, 21 30 311 15
Port Betas, 24 45 311 42
Port Guasco, 28 30 311 3
Isle de Paxaros, 29 46 310 10
Coquimbo, 30 310 46
Isle de S Felix, 26 15 303 15
Rivière de Conchali, 21 26 310 50
Port Guillermo, 31 41 311
Papudo, 32 25 311 29
Port S. Antoine, 33 29 311 8
Topocalma, 34 310 57
Rivière de Maule, 35 311 30
Port de la Conception, 36 30 311 20
Isle de Quiriquina, 36 42 311 10
Isle de Jean Fernandez, 33 50 305 17
Isle de Sainte Marie, 37 14 311
Isle de Mocha, 38 28 310 46
Rivière de Tolten, 39 12 311 21
Valdinia, 40 311 10
Rio Bueno, 40 20 311 17
Pointe Cilan, 42 311
Isle de Guafo, 44 20 310 46
Corcobado, 43 30 313
Cap Corzo, 46 35 312 22
*/
Les deux Couronnes jouissant d'une paix bien cimentée durant la Régence,
nos Vaisseaux & nos Marchands étoient aussi libres à la Martinique que
dans nos Isles; M. Rytwood ne faisoit pas moins de commerce avec les
François qu'avec la Jamaïque & la Barbade: & c'étoit précisement cette
raison qui nous avoit fait penser à lui confier une partie de nos
perles, dans l'esperance qu'il lui seroit aisé de les faire passer en
France, où notre dessein étoit de faire valoir cette partie, comme nous
destinions l'autre pour l'Angleterre. La probité de cette honnête
Négociant étoit aussi bien établie que sa fortune. Aussi avions nous
conçu qu'il me suffiroit de lui expliquer nos intentions: mais il y
trouva des difficultés. Comme il ne pouvoit embarquer nos richesses à la
Martinique sans la participation des Officiers de la Douanne, il me fit
craindre que des Effets si peu ordinaires dans le commerce des deux
Nations, ne fissent naître quelques obstacles qui entraîneroient des
explications dangereuses. Nous n'étions pas bien avec l'Espagne: on
pouvoit soupçonner naturellement que nos perles étoient la dépoüille de
quelque Vaisseau Espagnol; & la France qui s'étoit reconciliée depuis
peu de tems avec cette Couronne évitoit toutes les occasions de se mêler
dans notre querelle. Enfin M. Rytwood me déclara qu'il ne répondoit
point du sort de nos perles lorsqu'elles seroient sorties de ses mains.
Je fus effraié de cette déclaration, & je pris le parti de remporter mes
perles à la Barbade.
M. Rindekly me reprocha beaucoup d'avoir été trop timide, & nos
Correspondans de Bridgetown nous prouverent par quantité d'exemples que
les François étoient fort éloignés d'avoir des complaisances excessives
pour les Espagnols. Nos trois caisses n'en demeurerent pas moins à la
Barbade, comme si le Ciel qui ne vouloit pas que ce Trésor arrivât
jamais en Europe nous eût coupé la voie la plus sûre pour l'y faire
transporter.
Il y avoit trois semaines que nous étions à Bridgetown, & la crainte que
nous avions eûë d'être recherchés par les Espagnols ne pouvant plus nous
causer d'inquietude, nous remîmes à la voile pour nous rapprocher du
continent. M. Rindekly m'avoit fait l'ouverture de ses nouveaux
desseins; il vouloit gagner le Rio de la Hacha, sous les mêmes prétextes
qui nous avoient heureusement reussi dans l'Isle de Cube, & remonter
s'il étoit possible jusqu'à Rancherias, où il y avoit peu d'apparence
que dans la saison où nous étions, nous pussions rencontrer beaucoup
d'obstacles de la part des Espagnols. La Marguerite n'étoit rien en
comparaison des esperances qu'il se formoit à Rancherias, non seulement
pour les perles dont on prétend que la pêche y est fort abondante, mais
pour l'or même qui s'y rassemble de diverses parties de ces riches
Provinces. Nous rentrâmes dans la Mer du Nord, & nous avions déjà passé
les petites Antilles, lorsqu'en doublant le Cap de Vela nous apperçumes
trois Gardes-Côtes qui nous avoient decouverts avant que nous les
eussions observés, & qui vinrent à notre rencontre avec toutes leurs
Voiles. Il ne falloit rien esperer de la force contre trois Vaisseaux si
bien armés. M. Rindekly recommanda soigneusement à tout l'Équipage de
s'observer dans les discours, & d'éviter particulierement les détails
qui auroient rapport à la Marguerite. Ensuite loin de faire voir de la
défiance ou de la crainte, il se mit dans la Chaloupe avec quatre hommes
seulement, pour aller au devant de nos Ennemis. Ils le reçurent à bord.
Pendant plus d'une heure nous fûmes incertains de la manière dont il y
étoit traité; mais les trois Gardes-Côtes s'étant approchés de nous à la
portée du Canon, nous vîmes descendre plusieurs Espagnols dans leurs
propres Chaloupes avec lesquels ils arriverent promptement à nous. Nous
ne leur disputâmes rien. Ils monterent dans notre Vaisseau au nombre de
douze, & s'arrêtant peu aux politesses avec lesquelles je les reçus, ils
examinerent avec soin l'état de nos forces & la nature de nos
provisions. Dans quelques discours qui leur échapperent j'entrevis
autant de chagrin que de soupçons. Cependant après avoir fini leurs
recherches, ils dépêcherent deux de leurs hommes dans une Chaloupe pour
aller rendre compte apparemment de leurs observations à leurs Chefs.
Tout notre Équipage murmuroit interieurement de cet air d'autorité, &
mon principal soin étoit de le contenir: mais ne pouvant douter que M.
Rindekly n'eût donné le tour le plus favorable à notre Commission, je
supportois tranquillement des hauteurs qui pouvoient n'être que l'effet
ordinaire du caractere Espagnol. M. Rindekly m'envoya aussi-tôt par un
de ses gens l'ordre de le suivre. J'appris de son Messager qu'on ne lui
avoit fait aucune violence. Mais les Capitaines Gardes-Côtes affectant
de ne se pas fier à ses Passeports & à fa commission lui avoient déclaré
qu'il falloit demeurer dans leur bord jusqu'à Carthagène, & M. Rindekly
loin d'en marquer du chagrin leur avoit témoigné que dans le dessein où
il étoit d'y aller volontairement, il acceptoit volontiers leur
compagnie & leur escorte.