de Henri IV; on a même plusieurs fois publié le résultat de quelques
recherches à cet égard; mais on est bien éloigné d'avoir donné à ce
sujet curieux tous les développements dont il est susceptible; c'est
ce qui nous a engagé à lui consacrer un article plus ample que tout ce
qui a paru jusqu'à ce jour. Nous y avons ajouté quelques accessoires de
famille qui, nous l'espérons, n'y paraîtront point déplacés. Commençons
par le nom du Héros:
14 Lettres composent le nom de HENRI-DE-BOURBON.
Le 14 décemb. 1553, naissance de Henri de Bourbon (depuis Henri IV),
14 siècles, 14 décades, et 14 ans après la naissance de J.-C. Notez
que les quatre chiffres de ce milliaire 1553, additionnés entre eux,
présentent le nombre 14.
Le 14 mai 1554, ordonnance de Henri II qui prescrit d'élargir la rue
de la Féronnerie; l'inexécution de cette ordonnance cause le trépas de
Henri IV, quatre fois 14 ans (56) après qu'elle est rendue.
Le 14 mai 1582, naissance de Marguerite de France, sœur de Charles IX
et de Henri III, première femme de Henri IV.
Le 14 mai 1588, révolte de Paris contre Henri III, à l'instigation du
duc de Guise.
Le 14 mars 1590, Henri IV gagne la bataille d'Ivry.
Le 14 mai 1590, la Ligue fait la fameuse procession racontée d'une
manière si burlesque dans la satyre Ménippée.
Le même jour, Henri IV est repoussé des faubourgs de Paris.
Le 14 nov. 1590, le clergé de Paris et la Ligue prêtent serment de
mourir plutôt que d'obéir au Béarnais (Henri IV).
Le 14 nov. 1591, le grand conseil de la Ligue s'assemble chez le curé
de Saint-Jacques, pour aviser aux moyens de se défaire des politiques.
Le lendemain vendredi 15, le président Brisson, Larcher, conseiller en
la grand'chambre, et Tardif, conseiller au Châtelet, furent constitués
prisonniers le matin et de suite pendus et étranglés.
Le 14 nov. 1592, le Parlement (la portion restée à Paris et attachée à
la Ligue) enregistre la bulle par laquelle le pape (Clément VIII) donne
pouvoir à son légat d'élire un roi en place de Charles X (le cardinal
de Bourbon, mort le 9 mai précédent dans sa prison à Fontenai-le-Comte)
et d'exclure du trône Henri de Bourbon.
Le 14 déc. 1592, la ville de Dun est remise sous la puissance du Roi.
Le 14 juillet 1593, le duc de Féria, ambassadeur d'Espagne,
déclare que le Roi son maître (Philippe II) destinait sa fille
Isabelle-Claire-Eugénie au duc de Guise. Le Conseil des seize l'avait
demandée l'année précédente; ce qui avait mis en fureur le duc de
Mayenne, qui, à son retour à Paris, fit pendre trois des seize sans
forme de procès, et exila Bussi-le-Clerc, leur chef.
Le 14 janv. 1594, le Parlement de Paris proteste contre tout ce qui
s'était fait antérieurement. Le Roi fait son entrée à Paris le 22 mars
de la même année.
Le 14 avril 1594, les membres du Parlement de Paris qui, retirés
à Tours, étaient restés fidèles au Roi, font leur entrée dans la
capitale.
Le 14 avril 1599, le duc de Savoie (Charles-Emmanuel Ier),
jusqu'alors ennemi de Henri IV, vient se réconcilier avec lui, et fait
son entrée à Fontainebleau.
Le 14 octobre 1602, les députés des cantons Suisses entrent à Paris, et
font un traité d'alliance avec la France.
Le 14 mars 1606, Henri IV allant faire la guerre au duc de Bouillon,
recommande son fils au Parlement.
Le 14 sept. 1606, furent faites à Fontainebleau les cérémonies du
baptême du Dauphin et de ses sœurs. Le Dauphin fut nommé Loys, (Louis),
et ses deux sœurs, Christine et Elisabeth. C'est le cardinal de Joyeuse
qui fut délégué par le Pape Paul V pour cette cérémonie et qui tint sur
les fonts le Dauphin au nom de S. S.
Le 14 mai 1610, Henri IV, qui faisait l'admiration de l'Europe et le
bonheur de la France, est poignardé dans son carrosse, sur les quatre
heures du soir, par Ravaillac, à l'entrée de la rue de la Féronnerie.
Ce prince était âgé de 56 ans et cinq mois, c'est-à-dire qu'il a vécu
quatre fois 14 ans, 14 semaines, et quatre fois 14 jours.
Le 14 janv. 1611, Sully demande son congé à la Reine régente (Marie de
Médicis) et quitte la Cour.
Le 14 mai 1643, mort de Louis XIII, fils de Henri IV; l'addition
des quatre chiffres de ce milliaire (1643) donne 14. Nous avons vu
précédemment que le milliaire de la naissance de Henri IV offrait la
même singularité. Voilà donc la date de la naissance du père et celle
de la mort du fils soumises également au nombre 14.
Nous permettra-t-on ici un petit épisode relatif à Louis XIII, et qui
offre quelques rapprochements assez singuliers sur son titre numéral
XIII? ce n'est qu'une unité de moins dans le nombre 14.
Lorsque Louis XIII a épousé l'infante d'Espagne, Anne d'Autriche, le 25
octobre 1615, on a remarqué
Que LOYS[146] DE BOURBON contient Et qu'ANNE D'AUTRICHE contient
treize lettres; treize lettres;
[Note 146: Tous les rois du nom de Louis, qui ont précédé Louis
XIII, se nommaient Loys, ou du moins ce nom s'écrivait ainsi. C'est à
Malherbe que l'on doit le changement de Loys en Louis. Un jour Henri
IV lui montrait une petite lettre que le Dauphin (Louis XIII encore
enfant), venait de lui écrire; elle était signée Loys. Malherbe dit
qu'il était assez content de la lettre, mais non de la signature qui
était gothique, et qu'il fallait écrire d'une manière plus moderne et
plus conforme à la prononciation. Dès-lors tous nos rois de ce nom ont
signé Louis, et Loys est resté rélégué dans les vieilles chartes.]
Que ce prince avait treize ans Que cette princesse avait treize
lorsque le mariage fut résolu; ans à la même époque;
Qu'il était le treizième roi de Que treize infantes du nom
France du nom de Loys[147]; d'Anne d'Autriche se trouvaient
dans la maison d'Espagne;
[Note 147: Ce rang (le treizième) me rappelle que Hugues
Picardet, procureur général au parlement de Bourgogne, a publié des
_Remontrances_ en cette Cour, _Paris_, 1618, _in-8º_,
et que, dans la huitième de ces remontrances, il dit au jeune Louis
XIII, en caractérisant ses douze prédécesseurs homonymes: «Plaise à
Dieu de réunir en vous toutes les vertus de vos aïeux: la débonnaireté
de Louys _premier_, la justice de Louys _second_, le courage
de Louys _troisième_, la continence de Louys _quatriesme_,
la libéralité de Louys _cinquiesme_, la piété de Louys
_sixiesme_, la courtoisie de Louys _septiesme_, le bonheur
de Louys _huictiesme_, la sainteté de Louys _neuviesme_,
la constance de Louys _dixiesme_, la prudence de Louys
_unziesme_, la bonté paternelle de Louys _douziesme_, et la
valeur et clémence du grand Henri vostre père!»
La dédicace de ce recueil de _Remontrances_, adressée AU GRAND ROY
DES ROYS, c'est-à-dire à Dieu, est fort singulière.]
Que Loys était de la taille Et Anne d'Autriche de la taille
d'Anne d'Autriche. de Loys.
Encore un mot sur nos 14.
Le 14 mai 1643, Louis XIV, petit-fils de Henri IV, monte sur le trône.
Nous avons déjà vu que les chiffres additionnés de ce milliaire donnent
14.
Ce prince est mort en 1715, milliaire qui offre également 14, et il a
vécu 77 ans, nombre qui, dans son addition, forme encore 14. De sorte
que le chiffre numéral de son titre, l'année de son avénement au trône,
celle de sa mort, et la totalité des années qu'il a vécu présentent
quatre fois le nombre 14.
On ne trouvera guère de nombres qui, dans l'histoire de France, aient
autant de droits à la singularité des rapprochements.
IV.
QUELQUES SINGULARITÉS EXTRAITES D'ANCIENS REGISTRES DE L'ÉTAT CIVIL.
La première pièce légale relative à la tenue des registres de l'état
civil, en France, est l'ordonnance de Villers-Cotterets, du 10 août
1539, qui enjoint de tenir en chaque paroisse un registre en forme de
_preuves de baptesme_. Cependant il existait auparavant, mais en
très-petit nombre, des espèces de registres de baptêmes, de mariages
et de décès. Il faut dire qu'en général ces registres, avant et depuis
l'ordonnance de 1539 jusqu'au XVIIIe siècle, ont été tenus
de la manière la plus défectueuse et quelquefois la plus singulière.
C'est ce que nous allons prouver par deux ou trois exemples puisés dans
les anciens registres de quelques paroisses de Paris au XVIe
et XVIIe siècles; par exemple, dans l'un de ceux de la
paroisse de Saint-André-des-Arts, on trouve:
«Le xxije d'_aoust_ 1574, furent baptizées deux filles gemelles
et de la mesme _ventrée_.» Charmante expression, très-délicate!
mais aucun détail, aucune signature; on apprend seulement que l'une
de ces deux petites eut pour marraine l'épouse du célèbre Ambroise
Paré, (m. à Paris le 20 déc. 1590).
Dans un registre de Clignancourt, le curé de cette paroisse a ainsi
enregistré un baptême:
«Le xxe _de décembre_ 1661, fut baptizée la fille d'Estienne
Lemire, laboureur. C'est la dixième de suite sans aucun masle, et
toutes les autres sont vivantes.» Rien de plus.
L'article suivant est puisé dans un des registres du curé de la Villète:
«Le xxxe _juing_ 1644, j'ai célébré un service pour le repos
de l'âme de François Caignet, mon bon ami, lequel a donné plusieurs
choses à mon église. _Signé_ COTTEREAU _et ami_.»
Le successeur de ce M. Cottereau s'exprime ainsi dans un autre acte:
«Le xxje _décembre_ 1675, a esté enterré Jean Tessier,
laboureur, homme très-doulx, très-paisible, fort respectueux et
très-déférent envers ses pasteurs.»
Il est présumable que le registre de la paroisse Saint-Landry servait
de mémorial au vicaire. Ce bon prêtre y détaille naïvement les
étrennes qu'il a reçues au commencement de l'année 1630 pendant quatre
jours; voici le résumé de ces étrennes:
«Onze bouteilles de vin, dont deux de blanc;
»Quatre boistes de conserve;
»Trois chapons, dont un prêt à mettre à la broche;
»Trois livres de bougie;
»Deux fort bons fromages;
»Deux grands pots de beurre;
»Une bouteille d'hipocras[148];
»Un lapin de garenne, une langue fumée, un gâteau et une talmouse;
»Une douzaine de serviettes;
»Une pistole d'Espagne, trois escus d'or.»
[Note 148: L'hypocras était un breuvage agréable, une espèce de
vin de liqueur composé de divers ingrédients dont un vin léger et
délicat était la base. Il y en avait plusieurs espèces; l'une des plus
anciennes recettes est celle que donne le vieux Taillevent, célèbre
cuisinier du roi Charles VII. «Pour une pinte, dit-il, prenez trois
treseaux (3 gros) de cinnamome fine et parce, ung treseau de mesche,
ou deux qui veult; demi-treseau de girofle, et de sucre fin six onces,
et mettez en pouldre; et la fault toute mettre en ung coulouoir avec
le vin, et le pot dessoubs, et le passez tant qu'il soit coulé, et
tant plus est passé et mieux vault, mais qu'il ne soit esventé.» Cette
recette de Taillevent est, comme son style, un peu surannée.
«Pour préparer l'hypocras des grands seigneurs, dit le docteur Pegge,
prenez du gingembre, de l'anis et du sucre. Quant à l'hypocras du
peuple, il se fait avec de la canelle, du poivre et du miel clarifié.»
Mais de toutes ces anciennes liqueurs, la seule qui mérite un souvenir,
est l'infusion de suc d'oranges de Séville avec le sucre dans un
vin léger. En général, l'hypocras se faisait et se fait encore avec
du vin, du sucre, de la canelle, du girofle, du gingembre et autres
ingrédients. On en fait du blanc, du rouge, du clairet, du framboisé,
de l'ambré, etc., etc.]
A la suite d'un acte d'inhumation du 29 octobre 1650, M. le vicaire
nous fait part de l'anecdote suivante:
«M. de Saint-Paul (_son curé_) me commanda d'aller dîner
avec lui, où de sa grâce, je fis bonne chère: _vivat ad multos
annos!_»
C'est fort bien; mais peut-être cette bonne chère, prise un peu
copieusement, occasionna-t-elle à M. le vicaire quelques remords
d'estomach ou d'entrailles, car le lendemain, à la suite d'un acte de
convoi funèbre, il écrivit ces mots:
«J'ai pris un lavement pour apaiser une colique.»
On ne conçoit pas en vérité comment on pouvait consigner de pareilles
niaiseries dans des registres destinés à conserver le souvenir d'actes
aussi importants que les naissances et les décès.
Quelquefois aussi MM. les curés relataient sur ces mêmes registres,
entre un acte de baptême et un acte de mort, quelque événement récent
qui tenait aux troubles du moment; et, comme on le pense bien,
l'esprit de parti s'y manifestait clairement. Par exemple, le curé de
Saint-André-des-Arts (Christophe Aubry), après avoir enregistré la
naissance d'un enfant né le 23 décembre 1588, raconte ainsi le meurtre
du duc de Guise; nous rendons littéralement ses expressions copiées sur
le registre:
«En ce mesme jour du sabmedi XXIVe décembre 1588, est venu
un courrier de la ville de Blois, qui a apporté nouvelles comme M.
le duc de Guise avoit esté tué et massacré le vendredi précédent
(23 _déc._) au cabinet du Roy, luy estant présent, lequel
sieur estoit allé à son service à l'assemblée des estats; faict trop
exécrable et qui ne demeurera pas impuny; _anima ejus requiescat in
pace, amen!_
»Et encore non content, comme estant possédé du diable, comme il est
vraisemblable, a depuys faict massacrer le cardinal de Guyse, et non
pour autre cause sinon qu'ilz s'oposoyent aux entreprises du Biarnoys
qui se dict roy de Navarre, héréticque, excommunié, que ledict roy,
jadis[149] roy de France, nommé Henry de Valoys, vouloit instaler
après luy à la couronne de France contre la volonté de nostre sainct
Père le Pape Sixte cinquiesme qui l'en avoit jugé indigne pour sa
mauldicte hérésie et pour avoir esté relaps[150].»
[Note 149: Ce mot _jadis_ prouve que le curé de
Saint-André-des-Arts et les autres ecclésiastiques ligueurs regardaient
Henri III comme déchu de la couronne par ce seul fait.]
[Note 150: Cela prouve qu'alors on attribuait encore au Pape
le droit de priver un souverain de sa couronne.--Par la suite, on
a tellement rougi de pareils actes et de pareilles opinions, qu'on
a biffé sur le registre en question, la note que nous venons de
transcrire. Mais l'écriture n'a pas été tellement effacée qu'on ne
puisse très-bien la lire.]
Sur le même registre, à la suite d'un acte de mariage du 31 juillet
1589, on lit:
«Le 1er jour d'aoust 1588, Henry de Valoys jadis roy de France,
s'estant armé avec ses héréticques, et le roy de Navarre et ses
consorts estant à Saint-Cloud pour assiéger Paris, ayant donné le
pillage à toutes sortes de larrons desquels il estoit accompaigné,
ayant practiqué beaucoup de traistres dans ladicte ville, et ayant
juré la mort de toutes sortes de gens de bien, permectant seulement
de saulver les héréticques et leurs adhérents pour puys après ruiner
l'église de Nostre Seigneur et planter l'hérésie au beau milieu
de la France. Par un juste jugement de Dieu qui ne permet regner
longuement, un si pervers tiran et hipocrite[151] a esté tué par un
religieux à l'ordre des Jacobins, nommé frère Jacques Clément, lequel
religieux a esté tué à l'heure mesme par les satellites dudict Henry.
_Anima ejus requiescat in pace!_[152]»
[Note 151: Nous sommes bien éloigné de prendre la défense du
caractère faible et de la conduite légère, vacillante et blâmable
de Henri III; mais méritait-il les infames calomnies répandues
dans cette note, sur ses principes religieux? Non; ce prince était
très-catholique, et jamais il n'a eu l'intention de favoriser
l'hérésie; au contraire, il était dévot jusqu'à la superstition. Mais
on voulait un bouleversement dans l'Etat pour favoriser l'ambition des
Guises, et il fallait bien ameuter le peuple contre la Cour. C'est donc
par d'atroces calomnies semées à profusion contre les Valois qu'on en
est venu à bout.]
[Note 152: On a vu des écrivains assurer que Jacques Clément
n'avait point été l'assassin du Roi, mais que c'était un homme sûr
que le gouverneur de Vincennes lui adressait. On fit entrer cet homme
à Surennes dans un cabaret où on le tua. On lui prit ses papiers que
l'on remit au véritable assassin du Roi, qu'on avait revêtu d'une robe
de feuillant. Ces écrivains s'appuient sur ce que l'assassin ayant été
massacré dans l'appartement du Roi, on ne put le reconnaître parce
qu'on l'avait défiguré. Cette anecdote est hors de toute vraisemblance.
Le culte insensé que l'on a rendu au vil assassin après son crime et
sa mort, en fait foi; il devait être très-connu dans son couvent, et
peut-être chez la duchesse de Montpensier.]
Voici encore une autre pièce; mais celle-ci n'est pas, comme les
précédentes, superflue dans un registre de l'état civil; c'est l'acte
de décès du président de Thou:
«Le lundy huictiesme jour de may 1617, fut inhumé en l'église de
Sainct-André, à neuf heures du matin, en la cour de sa chapelle,
messire Jacques-Auguste de Thou, conseiller du Roi en ses conseils
d'estat et privé, et président en la Cour, qui estoit décédé le jour
précédent en sa maison, environ une heure après midy, en présence de
plusieurs notables personnes, comme le révérend père Domogier, prieur
des Chartreux de ceste ville; M. Perrot, conseiller en la Cour; M.
de Bonœil, M. Rigaut, avocat, et plusieurs autres devant lesquels il
déclara que tout ce qu'il avait escrit, il le remettait au jugement
et à la censure de l'église catholique, apostolique et romaine, et
suivant le discours qu'il m'avoit tenu à moy soubsigné vicaire,
parlant à luy le sixiesme jour de ce dict moys, après lui avoir
donné et administré les sacrements le jeudy de l'Ascension, infirme
de corps, mais fervent et vigoureux d'esprit et d'entendement.
_Ego vidi, ego audivi, et ut testis omnibus significavi_; et ce
mesme jour huictiesme, fut rapporté le corps de madame sa femme de
sa maison de Villeroy, où il fut transporté le jour de feste de la
Magdeleine de l'année dernière pour y estre inhumée selon le dessein
du deffunct. _Animæ eorum requiescant in pace!_»
Nous ne prolongerons pas ces notes et actes copiés sur les anciens
registres de l'état civil à Paris. Le peu que nous en avons
rapporté suffit pour prouver l'exactitude, le soin et l'attention
que l'on mettait à tenir ces registres dans les XVIe et
XVIIe siècles. Nous n'avons parlé que des naissances et des
décès; nous ajouterons que les actes de mariage étaient enregistrés
avec le même soin. On trouve par exemple:
«Le lundy viije _juing_ 1545, furent espousés Romain Langlois
et Germaine Carre, serviteurs.» Point d'autres détails.
»Le xxive _octob._ 1568, Henry et Jehanne Jacquin ont esté
espousés en l'église.» _Idem._
»Le xvje _juing_ 1597, ont été mariés Olivier Darve, de
la paroisse Saint-Eustache, et Magdelaine de Lacroix, de cette
paroisse.» Rien de plus, point de mention de publication de bancs,
point d'assistance de témoins; parfois on ne mettait que les prénoms
et on laissait en blanc les noms.
On conviendra que voilà de singuliers registres d'état civil; et au
bout de deux ou trois générations, il devait être facile de reconnaître
les filiations, les degrés de parenté, les droits en résultant, etc.!
(VOY. sur l'origine des registres en question, _Mélanges
littéraires, philologiques_, etc., par Gabriel Peignot; Paris, 1818,
_in-8º_, mais surtout les _Recherches sur la législation et
la tenue des actes de l'état civil_, par M. Berriat-Saint-Prix,
pp. 245-293 du tome IX des _Mémoires sur les Antiquités nationales
et étrangères_; Paris, 1832, _in-8º_. Ces recherches sont
très-curieuses; nous y avons puisé les principales citations de cet
article.)
V.
D'UN CERTAIN USAGE DANS L'INDE.
Nous commençons par déclarer que nous nous serions abstenu de parler
de cet usage, si les particularités qu'il renferme n'étaient pas
vraiment singulières, et si elles ne nous avaient pas été révélées par
le savant et respectable auteur d'un curieux ouvrage sur l'Inde[153].
Il est certain que cet usage, quant à son objet, n'est point propre...
à flatter le goût et les sens des personnes délicates, habituées aux
suaves odeurs de la rose et du jasmin; mais, ainsi que le dit l'auteur,
«pour l'observateur judicieux et éclairé, les actions les plus communes
de la vie d'un peuple ne sont point inutiles à connaître.... Et
tous ces préceptes minutieux de propreté qui, dans l'Inde, tiennent
à cet usage, se rattachent à un système hygiénique qui n'a rien de
futile dans les pays chauds. D'ailleurs le législateur des Hébreux
n'oublia point d'insérer quelque chose d'analogue dans les réglements
qu'il donna au peuple de Dieu: _Habebis locum extra castra ad quem
egrediaris ad requisita naturæ, gerens paxillum in balteo; cumque
sederis, fodies per circuitum, et egestâ humo operies quo relevatus
es_.» (DEUTER. XXIII, vv. 12 et 13.) D'après ces
considérations, nous croyons donc pouvoir amuser nos lecteurs en les
initiant aux détails relatifs à l'usage en question; ce qui pourra
aussi leur être utile si jamais ils voyagent dans l'Inde, comme on
le verra par la suite. Sans tourner davantage autour de la question,
abordons-la, et exposons le réglement légal auquel tout Brahme, ayant à
satisfaire aux besoins naturels, doit se conformer avec une religieuse
attention. Ce réglement consiste dans les vingt-trois articles suivants
extraits avec la plus scrupuleuse exactitude des livres sacrés de
l'Inde, par M. l'abbé Dubois:
[Note 153: Il est intitulé: MŒURS, _institutions et
cérémonies des peuples de l'Inde_; par M. l'abbé J.-A. Dubois,
ci-devant missionnaire dans le Meissour, membre de la Société royale
asiatique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, de la Société
asiatique de Paris, et de la Société littéraire de Madras. _Paris,
Merlin_, 1825, _2 vol. in-8º_. Cet ouvrage a été imprimé
par autorisation du Roi à l'imprimerie royale.--On doit encore à M.
l'abbé Dubois l'ouvrage suivant: EXPOSÉ _de quelques-uns des
principaux articles de la théogonie des Brahmes, extrait et traduit
des meilleurs auteurs originaux_. Paris, Dondey-Duprey fils, 1825,
_in-8º_.
M. l'abbé Dubois a passé trente années dans les diverses provinces de
l'Inde.]
«1º Prenant à la main un grand chimbou[154], il ira au lieu destiné
à cet usage et qui doit être au moins à un jet de flèche de son
domicile.
[Note 154: C'est le nom d'un vase d'airain chez les Indiens.]
»2º Arrivé là, il commencera par ôter sa chaussure, qu'il déposera à
une certaine distance, et choisira pour se soulager une place propre
sur un terrain uni.
»3º Les endroits où l'on ne peut, sans pécher, vaquer à cela, et
qu'on doit par conséquent avoir grand soin d'éviter, sont ceux-ci:
l'enceinte d'un temple; le bord d'une rivière, d'un puits ou d'un
étang; un chemin public, et tout lieu fréquenté; un sol blanchâtre;
une terre labourée; un terrain où croît, à peu de distance, l'arbre
_Assouata_ ou tout autre arbre sacré.
»4º Le Brahme ne doit point avoir alors sur le corps de toile pure
ou nouvellement lavée.
»5º Il aura soin de se suspendre son triple cordon[155] à l'oreille
gauche, et de s'entourer la tête de la toile qu'il avait autour des
reins.
[Note 155: Ce cordon est une marque distinctive que tous les
Brahmes portent en bandoulière, qui descend de l'épaule gauche à la
hanche droite, et qui se compose de trois petites ficelles formées
chacune de neuf fils. Le coton dont ce cordon est fait doit être
cueilli sur la plante, de la propre main d'un Brahme, être cardé
et filé par des personnes de cette tribu; afin qu'il ne puisse pas
contracter de souillure en passant par des mains impures. Lorsque les
Brahmes sont mariés, leur cordon a neuf ficelles au lieu de trois. (A
ce nombre trois se rattache sans doute un sens allégorique, et qui
peut avoir rapport aux trois principales divinités de l'Inde, Brahma,
Vichnou et Siva.) Les Brahmes et tous les autres personnages qui ont
droit de porter ce cordon, y attachent plus de prix et s'en montrent
certainement plus fiers que ne le font en Europe les Grands que leur
naissance ou leurs services autorisent à porter des décorations
analogues à celle-là, quant au nom générique. (Voyez sur l'investiture
du cordon, l'ouvrage de M. Dubois, _tom._ I, pp. 218-219.)]
»6º Il s'accroupira le plus bas possible. Ce serait un grand péché
que de se soulager debout ou seulement à demi incliné; c'en serait
un plus grand encore de le faire étant monté sur un arbre ou sur une
muraille.
»7º Dans cette posture, il doit avoir une attention particulière,
et sous peine de péché capital, à ne fixer ses regards sur aucun
des objets que voici: le soleil ou la lune, les étoiles, le feu, un
brahme, un temple, une statue, quelques-uns des arbres sacrés.
»8º Il gardera un profond silence.
»9º Il ne doit rien mâcher, rien avoir dans la bouche, ni avoir
aucun fardeau sur la tête.
»10º Il doit terminer le plus promptement qu'il lui est possible, et
se lever aussitôt.
»11º Après s'être redressé, il ne doit pas jeter les yeux derrière
ses talons, sous peine de péché.