Charles-Quint qui apprécia son talent; il fabriqua des moulins en fer
si petits, qu'un moine pouvait en cacher un dans sa manche, et l'on
prétend que chacun de ces moulins broyait, dans un jour, assez de grain
pour fournir à la consommation de huit hommes.
Adrien Junius, savant médecin du XVIe siècle, a vu à
Mechelen, en Brabant, un noyau de cerise taillé en forme de vase, et
dans lequel il compta quatorze paires de dés sur chacun desquels les
points des six faces étaient très-distinctement marqués.
Sous le règne d'Elisabeth, reine d'Angleterre, un orfèvre de Londres,
nommé Mark Scaliot, fabriqua une serrure en fer, en acier et en cuivre,
composée de onze pièces avec la clef forée, et le tout ne pesait qu'un
grain. Le même Scaliot fit une chaîne de quarante-trois anneaux pour
suspendre la serrure et la clef au cou d'une mouche qui portait le tout
sans peine. Et ce tout, y compris la mouche, ne pesait qu'un grain et
demi.
Jos. Descamus, mathématicien et mécanicien, décrit dans son _Traité
des forces mouvantes_, Paris, 1722, _in-8º_, une petite
mécanique fort ingénieuse qu'il avait composée pour le Dauphin, fils
de Louis XIV[140]; c'était un petit carrosse qui allait seul sur une
table. Maintenant rien n'est plus commun que cette petite mécanique;
mais celle de Descamus, outre qu'elle devait être surprenante pour le
temps où elle a paru, offrait dans ses mouvements, des particularités
assez curieuses et qui méritent que nous rapportions ici la propre
description qu'il a faite lui-même de son petit chef-d'œuvre.
[Note 140: Et non pour Louis XIV, comme le dit Savérien dans son
_Histoire_ (très-négligée) _des progrès de l'esprit humain_,
1766, in-8º, p. 312, puisque Descamus (qu'il appelle Camus) est né en
Lorraine en 1672; il y avait déjà long-temps que Louis XIV régnait.]
«L'espace, ou le chemin donné, que le carrosse devait parcourir, était,
dit-il, la table du conseil du Roi, à Versailles, longue de 7 pi. 4
po., et large de 3 pi. 6 po.; on plaça le carrosse à l'extrémité de
la table opposée à celle où était le fauteuil du Roi. Dans l'instant
le carrosse partit; les chevaux plièrent les jambes, les levèrent et
marchèrent comme des chevaux vivants. Arrivé au bout de la table,
le cocher qui tenait les rênes des chevaux, les tira pour les faire
retourner. Le carrosse parcourut ainsi la longueur de la table une
seconde fois; mais ayant encore retourné, le cocher fit passer le
carrosse entre l'écritoire du Roi et le papier qui était sur la table.
Il se trouva là placé précisément devant le Roi, et il s'y arrêta.
Alors un laquais qui était derrière le carrosse sauta en bas. Un petit
page habillé en hussard, se leva, courut à la portière et l'ouvrit.
Une petite dame qui était dans le carrosse descendit, s'avança vers
le Roi, lui fit une profonde révérence, et présenta un placet d'une
manière également naturelle et gracieuse. Elle attendit un peu, comme
pour savoir la réponse. Pendant ce temps, le petit page badinait avec
la portière, en la fermant et l'ouvrant alternativement. Cependant la
dame fit une seconde révérence au Roi, rentra dans son carrosse, en se
tournant un peu de côté pour ne pas perdre le Roi de vue, et s'assit
sur le coussin. Le petit hussard referma aussitôt la portière, remonta
sur sa soupente et se coucha comme auparavant. Il était à peine couché
que le cocher donna un coup de fouet, et les chevaux reprirent leur
train. Le laquais courut après le carrosse et sauta derrière avec
beaucoup d'agilité. Les chevaux se détournèrent une troisième fois au
coin de la table, en firent encore le tour, toujours guidés par le
cocher qui les fouettait de temps en temps. Enfin le carrosse s'arrêta
de lui-même au même endroit d'où il était parti, comme s'il entrait
dans sa cour ou dans sa remise, après avoir fait sa course.»
Savérien ajoute que ces mouvements sont produits par des ressorts, des
rouages, des volants, des détentes, etc., fort délicats, et qui exigent
beaucoup de dextérité et de soins. Mais, en s'y exerçant, des ouvriers,
malgré cette difficulté, sont parvenus à faire des ouvrages d'une
délicatesse infinie et presque inconcevable. En voici encore quelques
exemples.
Un horloger d'Angleterre, nommé Boverick, avait fait une chaise
d'ivoire à quatre roues, dans laquelle un homme était assis. Sa
petitesse et sa légèreté étaient telles qu'une mouche la traînait
aisément; la chaise et la mouche ne pesaient qu'un grain.
Le même ouvrier construisit une table à quadrille avec son tiroir, une
table à manger, un buffet, un miroir, douze chaises à dossier, six
plats, une douzaine de couteaux, autant de fourchettes et de cuillers,
deux salières, avec un cavalier, une dame et un laquais, et tout cela
était si petit qu'il entrait dans un noyau de cerise; et encore il n'en
occupait que la moitié. La chose, continue Savérien, ne paraît pas
croyable; mais Baker, savant très-respectable, dit l'avoir vu[141].
Malgré cet honorable témoignage, _credat judæus Apella_!
[Note 141: Voyez _le Microscope à la portée de tout le
monde_, trad. de l'anglais de Henri Baker, par le P. Pezenas, 1754,
_in-8º_, pag. 328.]
Maximilien Misson raconte, dans son _Nouveau Voyage en Italie_ (et
ailleurs), La Haye, 1702, _4 vol. in-12_, tom. III, p. 110, qu'il
a vu dans le palais électoral de Munich, salle des antiques, beaucoup
de curiosités, et, entre autres, un noyau de cerise, sur lequel on
distinguait cent quarante têtes humaines très-bien sculptées.
Dans le musée royal de Copenhague, on voit un autre noyau de cerise sur
lequel sont gravées deux cent vingt têtes.
A Halston, dans le Shropshire, on conserve un noyau de pêche sculpté,
où est représenté Charles Ier, la tête couronnée et le visage et les
habits peints. Au revers est un aigle percé d'une flèche avec cette
légende: «J'ai fourni moi-même les plumes de cette flèche.» Toute cette
sculpture est exécutée avec beaucoup de goût. Elle est montée en or
et porte un cristal de chaque côté. On attribue cette curiosité à un
célèbre sculpteur du temps, nommé Nicolas Briot.
«Les journaux d'Allemagne ont annoncé jadis qu'un ouvrier, nommé Oswald
Nerlinger, a fait d'un grain de poivre une coupe qui en contenait
_douze cents_ autres, toutes tournées en ivoire, chacune dorée
au bord et se tenant sur son pied.» Voilà une exagération germanique
contre laquelle se révolterait même la crédulité du juif _Apella_.
Nous aurons déjà bien de la peine à croire ce que nous rapporte dans
ce genre Max. Misson, cité plus haut, voy. tom. III, p. 103. Parlant
de petits ouvrages d'une délicatesse extrême qui se font à Ausbourg
aussi bien qu'à Nuremberg, il dit: «Ce sont des verres (à pied) bien
évidés, bien formés, avec un anneau de même matière, ménagé par le
tourneur entre le corps du verre et son pied. Il y a cent de ces verres
avec chacun leur anneau, dans un grain de poivre de médiocre grosseur.
Ces verres sont entre mes mains. J'ai plusieurs fois examiné cette
petite merveille avec de bons microscopes, et j'ai remarqué fort
distinctement les rayures et les traces de l'outil dont on s'est servi
pour les tourner.
»On trouve encore ici une assez plaisante babiole; ce sont des puces
enchaînées par le cou avec une chaîne d'acier. Cette chaîne est si
délicate, quoique de la longueur de la main, que la puce l'enlève en
sautant: l'animal tout enchaîné ne se vend que 10 sols.»
Ceci est devenu très-commun de nos jours: j'ai vu (en 1802) à la
fantasmagorie de Robertson, des puces traîner des petits carrosses
chargés de monde, des batteries de canons très-bien faites, montées
sur leurs affûts, etc., etc. Et maintenant mille petites merveilles de
ce genre alimentent la curiosité des promeneurs sur les boulevards de
Paris.
On a encore parlé récemment de petits automates curieux, exécutés
depuis le XIXe siècle. En 1817, on montrait à Londres un
colibri en or émaillé, placé dans le médaillon d'une tabatière; en
touchant un ressort, on le faisait sortir; aussitôt il ouvrait le bec,
agitait ses ailes brillantes et gazouillait un air mélodieux.
Quelques années auparavant, on exposait à la curiosité du public dans
la même ville, une araignée noire, de grosseur ordinaire, qui courait
sur une table en différentes directions et agitait ses pattes quand
on la prenait; elle exécutait ces mouvements et plusieurs autres tout
aussi naturels, au moyen de cent quinze roues dont quelques-unes
n'étaient distinctes qu'au microscope.
Un cygne attirait les regards en même temps que cette araignée; il
nageait dans un bassin au milieu de poissons dorés, étendait ses ailes,
épluchait son plumage, finissait par saisir un poisson et l'avalait.
Vers 1827, nous avons vu à Dijon, chez M. de St...-M.....,
Directeur du musée de cette ville, membre de l'Académie de Dijon,
correspondant de l'Institut, etc., nous avons vu, disons-nous, une
maquette[142] mécanique, qui, pour n'être pas tout-à-fait dans le genre
microscopique, n'en est pas moins infiniment curieuse. C'est un petit
cheval en bois, d'environ 12 pouces de hauteur au garrot, dont tous les
membres, toutes les parties, depuis le sabot, les jambes et les cuisses
jusques à la tête, au cou et à la colonne vertébrale, sont établis sur
des proportions si exactes et si artistement disposées, que l'on peut
faire prendre à ce petit animal, toutes sortes de positions, même les
plus difficiles et les plus étendues, et il y reste. C'est un petit
mannequin dont l'exécution a causé au plus haut degré, l'étonnement
et l'admiration des plus grands artistes et entre autres de M. Carle
Vernet, le peintre par excellence de toutes les races de chevaux. On
regrette que cette mécanique exige des frais de construction et une
habileté qui la rendront toujours rare, soit à raison de la difficulté
de son exécution, soit à raison de son haut prix[143].
[Note 142: Petit mannequin à l'usage des peintres.]
[Note 143: Cet ouvrage a coûté à son auteur 150 fr. de fabrication.]
Mais il est temps de fermer notre petite galerie, laissant à chacun de
ceux qui l'ont parcourue, la liberté de croire ou de ne pas croire à la
possibilité d'exécution de quelques-uns des articles qui la composent.
Ce que nous pouvons assurer, c'est que, fidèle et scrupuleux historien,
nous n'avons en rien altéré la pureté des sources où nous avons puisé.
II.
SINGULARITÉS ANNULAIRES.
DES BAGUES HIÉROGLYPHIQUES.
Ces bagues se composent avec des pierres plus ou moins précieuses; mais
avant d'aborder ce sujet, disons un mot sur ces sortes de pierres, sur
le cas que certains peuples en font et sur les propriétés qu'ils y
attachent.
L'usage de faire servir les pierres précieuses à l'expression de
quelques pensées ou à la représentation de quelque sujet, remonte à
la plus haute antiquité. Nous trouvons dans la Bible, que, dès le
temps de Moyse, le grand-prêtre des Hébreux portait sur sa poitrine,
le _Rational_, c'est-à-dire les noms des douze tribus d'Israël,
tracés sur autant de pierres[144].
[Note 144: Voici la description que Fl. Josephe donne du
RATIONAL: «Sur cette pièce étaient attachées douze pierres
précieuses d'une si grande beauté qu'on les regardait comme
inappréciables. Elles étaient placées sur quatre rangs de trois chacun,
et séparées par de petites couronnes d'or, afin de les tenir si fermes
qu'elles ne pussent tomber; dans le premier rang étaient la sardoine,
la topaze et l'émeraude; dans le second, le rubis, le jaspe et le
saphir; dans le troisième, le lincure, l'améthiste et l'agate; et
dans le quatrième, la chrysolithe, l'onyx et le béryl. Sur chacune de
ces pierres était gravé le nom d'un des douze fils de Jacob, que nous
considérons comme chefs de nos tribus; et ces noms étaient écrits selon
l'ordre de leur naissance.»]
Celles que les Musulmans emploient de préférence sont le jaspe,
l'agate, l'onyx, la sardoine, l'hyalintée, la cornaline, l'améthiste,
l'hématite, le jade. Ils font quelquefois usage du corail, du verre et
de toutes les autres substances assez compactes pour être taillées.
En se livrant à leur goût immodéré pour les pierreries, les Musulmans
croient satisfaire à un devoir religieux; cependant ils disent qu'on
ne saurait se présenter devant Dieu dans un extérieur trop humble.
L'or, suivant eux, fait le lustre et la noblesse: d'un autre côté,
ils regardent le fer comme source d'impureté et de souillure. Mais la
puissance et la bonté du Créateur se manifestent au contraire dans
les pierres précieuses. Ces bons et pieux Musulmans nous assurent
positivement que chaque pierre a les vertus suivantes; vertus, n'en
déplaise à Mahomet, qui sont marquées au coin de l'absurdité:
Le RUBIS, par exemple, fortifie le cœur; il garantit de la
peste et de la foudre; placé sur la langue, il apaise la soif; enfin
il défend l'homme contre les tentations qu'il pourrait avoir de se
noyer.
L'ÉMERAUDE est un excellent spécifique contre les piqûres
des vipères. Il suffit même de la présenter à cette espèce de
serpents, pour lui crever les yeux. Elle guérit des maux d'estomach,
de l'épilepsie, et fortifie la vue.
La TURQUOISE possède à peu près les mêmes propriétés; mais
elle s'emploie plus particulièrement contre les scorpions.
Quant à la CORNALINE, ses vertus varient suivant ses
teintes: celle qui est d'un rouge foncé, prévient les fâcheux effets
de la colère; celle qui est couleur de chair, à raies blanches,
arrête les hémorragies; enfin la cornaline blanche guérit des maux de
dents.
L'HÉMATITE est un excellent contre-poison; le JADE,
le meilleur des paratonnères, et de plus il écarte les mauvais rêves.
Quelques pierres peu estimées en Europe, ont cependant des vertus
divines: l'OEIL-DE-CHAT, par exemple, rend invisible; ce qui
est très-commode en amour et en guerre.
En voilà bien suffisamment sur les admirables propriétés des pierres
précieuses, que nous devons aux observations et à la sagacité de
Messieurs les philosophes et esprits-forts de Turquie, dignes marabouts
du grand prophète.
Encore un mot, en passant, sur les anneaux constellés qui se gravent
sur divers métaux et qui sont enrichis de pierres précieuses. Il est
bon de savoir que ces anneaux se nomment constellés, parce qu'ils sont
sous l'influence directe des planètes, à raison des métaux ou des
pierres qui les composent. Ainsi chaque planète a pour elle son métal
et sa pierre précieuse dans l'ordre suivant:
_Planètes._ _Métaux._ _Pierres précieuses._
Le SOLEIL, roi du jour. L'or. L'escarboucle.
La LUNE, reine de la nuit. L'argent. Le saphir.
JUPITER, roi des astres. L'étain. La topaze.
MARS, dieu de la guerre. Le fer. Le rubis.
VÉNUS, déesse de la beauté. Le cuivre. L'émeraude.
MERCURE, ministre des dieux. Le vif-argent. Le cristal.
SATURNE, dieu du temps. Le plomb. Le grenat.
Mais il est temps d'arriver à nos bagues hiéroglyphiques; ces bagues
sont composées de pierres précieuses, qui, par la première lettre de
leur nom, étant réunies et incrustées autour d'un anneau, forment le
nom d'une personne, ou désignent un objet quelconque.
M. Brard, parlant dans sa _Minéralogie appliquée aux arts_, tom.
III, p. 355, du NATROLITHE, pierre opaque et d'un jaune
brillant nuancé de zones blanches et brunes concentriques, dit:
«Cette pierre qu'on trouve au pic volcanique de Hochen-Twiell près
Signen, sur les bords du lac de Constance, n'est point éclatante;
mais à l'époque où l'on composait des bagues hiéroglyphiques, on
était fort embarrassé de trouver une pierre dont le nom commençât par
N. J'arrivais d'un voyage en Allemagne, d'où je rapportais beaucoup
d'échantillons de NATROLITHE; j'en fis tailler quelques
morceaux, et on introduisit cette pierre dans les anneaux symboliques
dont on faisait alors un très-grand cas. Les premières bagues de
ce genre parurent à la suite de la victoire d'Austerlitz, que les
soldats français nommèrent la bataille des trois empereurs (Napoléon,
Alexandre, François), en 1805. Trois anneaux, portant chacun une
pierre de couleur différente, étaient réunis par un lien d'or, et
prirent le nom d'anneaux à triple alliance.» M. Brard ne nous dit point
quelles sortes de pierres entrèrent dans la structure de ces anneaux
symboliques. Mais il continue ainsi:
«Vinrent ensuite les bagues hiéroglyphiques, qui portaient un nom
écrit par les lettres initiales de chacune des pierres dont elles
étaient entourées. Ainsi les mots CHARLES, SOPHIE
et CAROLINE se composaient de la manière suivante:
=C=YMOPHANE. =S=APHIR. =C=HRYSOLITHE.
=H=YACINTHE. =O=PALE. =A=MÉTHISTE.
=A=MÉTHISTE. =P=ERIDOT. =R=UBIS.
=R=UBIS. =H=YACINTHE. =O=PALE.
=L=APIS. =I=RIS. =L=EPIDOLITHE.
=E=MERAUDE. =E=MERAUDE. =I=RIS.
=S=APHIR. =N=ATROLITHE.
=E=SCARBOUCLE.
»Moyennant ces acrostiches, on ne perdra point la clef de ces
singuliers anneaux, et l'on sera toujours dans le cas de trouver le
sens caché de ces réunions de pierres qui pourraient paraître un jour
le fruit d'un goût bizarre, dénué de tout intérêt.»
Malheureusement tous les noms de la liturgie ne se prêtent pas à ces
compositions, attendu que l'alphabet des pierres n'est pas complet. Si
jamais les bagues hiéroglyphiques redevenaient à la mode, nous allons,
pour épargner des recherches aux amateurs, donner la liste alphabétique
des principales pierres précieuses que l'on pourrait employer dans la
fabrication de ces bagues.
Agate.
Améthiste.
Aventurine.
Beryl.
Calcédoine.
Chrysolithe.
Cornaline.
Cristal de roche.
Cymophane.
Diallage.
Diamant.
Dichroïte.
Disthène.
Eléolithe.
Emeraude.
Enhydre.
Escarboucle.
Essonite.
Felspath opalin.
Grenat.
Hématite.
Hyacinthe.
Hydrophane.
Hypersthène.
Idocrase.
Iris.
Iu, pier. chinoise.
Jade.
Jargon.
Jaspe.
Jayet.
Enhydre. Lapis-Lazuli.
Lépidolithe.
Malachite.
Marcassite ou Pyrite.
Natrolithe.
Obsidienne.
Onyx.
Opale.
Péridot.
Quarz-Girasol.
Rubis.
Saphir.
Sardonyx.
Topaze.
Tourmaline.
Turquoise.
Vermeil oriental.
Zircon.
Les quatre lettres qui manquent sont le K, l'U, l'X et l'Y.
On a parlé récemment d'un ingénieux acrostiche fait sur le nom de
Mlle Rachel, jeune tragédienne d'une haute réputation à Paris. Cet
acrostiche doit être mentionné ici, puisqu'il est du genre de ceux qui
viennent de nous occuper, c'est-à-dire exprimé en pierres précieuses.
Voici le fait:
On a fait présent à la célèbre actrice, d'un bandeau royal antique,
tout en or, d'un dessin très-pur, très-élégant, et incrusté de six
pierres fines. Ces six pierres sont tellement disposées que les
initiales de leur nom réunies forment non seulement celui de la jeune
tragédienne, mais elles désignent encore les noms des personnages dans
les rôles où elle excelle, ainsi que le démontre ce petit tableau:
=R=UBIS =R=oxane.
=A=MÉTHISTE =A=ménaïde.
=C=ORNALINE =C=amille.
=H=ÉMATITE =H=ermione.
=E=MERAUDE =E=milie.
=L=APIS-LAZULI =L=aodice.
La manière dont ce bandeau royal est parvenu à la jeune actrice offre
une singularité qui mérite aussi d'être rapportée. Mlle Rachel avait
envoyé chercher pour sa table une carpe du Rhin, chez Chevet dont le
magasin est si riche en comestibles de toute espèce; le beau poisson
arrive, on le sert, on l'ouvre, et le magnifique bandeau sort de ses
entrailles. Galanterie imprévue qui a dû autant surprendre et flatter
l'aimable actrice que celle d'une couronne d'or qu'elle avait déjà
reçue précédemment d'un de ses admirateurs, qui ne s'était point fait
connaître; il en est de même de celui-ci.
DES BAGUES ARCANIQUES.
Il existait, au XVIe siècle, un habile homme, prophète de son
métier et par conséquent très-versé dans le grand art de l'astrologie
judiciaire. C'était un Italien, nommé Luc Gauric, né à Gifoni, dans le
royaume de Naples, en 1477, et qui est mort à Rome en 1559. Ce grand
homme, très au courant de toutes les rêveries talismaniques, magiques,
talmudiques, cabalistiques, voire même hiéroglyphiques, lisait dans les
astres _ad aperturam libri_, et déroulait l'avenir _currente
calamo_; mais il ne rencontrait pas toujours juste[145], et même
il était fort heureux quand, sur cent de ses prédictions, le hasard
en réalisait deux ou trois, ce qui, malgré cela, lui donnait haute
réputation parmi le peuple, et même parmi les grands qui, dans ces
temps déjà reculés, étaient bien un peu peuple à cet égard; témoins les
papes Jules II, Léon X, Clément VII et Paul III, qui eurent des égards
pour ce charlatan, et la fameuse Catherine de Médicis qui lui dut sa
ceinture talismanique, et l'infortunée Marie Stuart pour laquelle il
fabriqua des bracelets hiéroglyphiques. Enfin c'est à ce Gauric que
l'on doit l'idée des bagues arcaniques qui font l'objet de cette notice.
[Note 145: Par exemple, il avait prédit à Henri II, roi de
France, qu'il serait empereur, et qu'il parviendrait à une vieillesse
très-heureuse; Henri II a régné douze ans sans éclat, et est mort
d'accident à quarante ans, le 10 juillet 1559, la même année que le
prophète.]
Ces bagues sont composées d'un anneau d'or sur lequel est enchâssée
une pierre de couleur significative, c'est-à-dire une pierre dont la
couleur emblématique ait rapport à l'objet que l'on a en vue; puis sur
cette pierre doit être gravé un signe du zodiaque indiquant le mois où
s'est passé l'événement dont on aime à conserver le souvenir.
Les pierres coloriées qu'on emploie dans ces sortes de bagues sont au
nombre de douze et représentent les douze mois de l'année. Les voici
rangées, avec leurs couleurs, selon l'ordre des mois; nous y ajoutons
les couleurs qu'on assigne à chaque mois.
NOMS COULEURS NOMS COULEURS
DES PIERRES. DES PIERRES. DES MOIS. DES MOIS.
Le GRENAT rouge foncé. JANVIER blanc.
L'AMÉTHISTE violet. FÉVRIER arbitraire.
Le JASPE varié. MARS rouge noirâtre.
Le SAPHIR blanc. AVRIL vert.
l'ÉMERAUDE vert. MAI vert.
l'ONYX blanc et brun. JUIN vert jaunâtre.
La CORNALINE rouge. JUILLET jaune.
La SARDOINE fauve. AOUT couleur de feu.
La CHRYSOLITHE vert léger SEPTEMBRE pourpre.
l'AIGUE-MARINE vert bleuâtre. OCTOBRE incarnat.
La TOPAZE jaune. NOVEMBRE feuille morte.
La TURQUOISE bleu. DÉCEMBRE noir.
Passons maintenant aux signes du zodiaque, et voyons quel espace de
temps le soleil semble employer à les parcourir dans chaque mois:
Le VERSEAU du 20 janvier au 19 février.
Les POISSONS du 19 février au 21 mars.
Le BÉLIER du 21 mars au 20 avril.
Le TAUREAU du 20 avril au 21 mai.
Les GÉMEAUX du 21 mai au 21 juin.
Le CANCER du 21 juin au 23 juillet.
Le LION du 23 juillet au 23 août.
La VIERGE du 23 août au 23 septembre.
La BALANCE du 23 septembre au 23 octobre.
Le SCORPION du 23 octobre au 22 novembre.
Le SAGITTAIRE du 22 novembre au 22 décemb..
Le CAPRICORNE du 22 décembre au 20 janvier.
Nous avons dit précédemment que la couleur des pierres employées dans
les bagues arcaniques était significative; le tableau suivant va nous
indiquer l'emblême de chaque couleur.
Le BLANC signifie pureté, joie, candeur, innocence.
Le BLANC mêlé de rose louange.
Le BLEU amour et trahison.
Le BRUN humilité.
La FEUILLE-MORTE vieillesse.
Le GRIS DE FER courage.
Le GRIS DE LIN amour constant.
Le JAUNE impudicité.
Le NOIR deuil, tristesse, mélancolie.
L'OR (couleur de) magnificence, puissance.
Le POURPRE dignité impériale, haute magistrature.
Le ROSE tendresse, amour changeant.
Le ROUGE cruauté, colère, feu, zèle, pudeur.
Le SOUCI ET ORANGE chagrin.
Le VERT espérance.
Le VIOLET jalousie.
Nous pensons que ces trois petits tableaux, réunis à ce que nous
avons dit précédemment sur ce qui compose les bagues hiéroglyphiques,
pourront être de quelque utilité aux personnes qui désireraient en
faire fabriquer. Il y a quelques années que ces sortes de bagues, dont
l'anneau et le chaton sont dans le goût du XVIe siècle,
étaient revenues à la mode; on a même cité la duchesse de Berry qui en
a fait faire une dont la pierre est une chrysolithe, et le signe du
zodiaque une balance.
III.
DU NOMBRE QUATORZE, RELATIVEMENT A HENRI QUATRE.