Parthenius_, «Protée né d'une vierge;» et Henri Dupuy (_Erycius
Puteanus_) le publia sous le titre suivant: _Pietatis thaumata
in Proteum Parthenium unius libri versum et unius versûs librum,
stellarum numeris sive formis 1022 variatum_. Antwerpiæ, ex officina
Plantiniana, anno 1617, _in-4º_ de 48 p. Dupuy a donc retourné
ce vers, c'est-à-dire changé la disposition des mots qui le composent,
de 1022 manières différentes. Il a adopté ce nombre, non point selon
l'exactitude mathématique, mais à cause du mot _sidera_, qui
se trouve dans le vers, et il s'est borné au nombre 1022, qui est
celui des étoiles portées dans les catalogues des astronomes de son
temps[78]. Mais Jacques Bernoulli, dans son ouvrage posthume, _Ars
conjectandi_, Basileæ, 1713, _in-4º_, a prouvé que le vers en
question peut se retourner de 3,312 manières différentes.
[Note 78: Ce nombre a été bien augmenté depuis; l'Académie de
Berlin a fait publier en 1776 un catalogue de 4,535 étoiles observées
par Hevelius, Flamsteed, Lacaille et Bradeley.]
Un amateur a publié à Louvain, en 1833, un petit volume sous ce
titre: _Proteus Parthenius, id est, Bernardi Bauhusii Hexameter
Marianus millies bis et vicies, sensu et metro servatis, variatus.
Accedunt vita et acta Beatæ Mariæ Virginis latinè et italicè, auctore
Jac. Facciolato, nec non Oratio dominica viginti quatuor modis
concinnata_. Lovanii, excudebant Vanlinthout et Vandenzande; 1833,
_in-16_ de 74 p. Le vers du P. Bauhuys, imprimé de 1022 manières,
occupe les pag. 1-38 de ce petit volume; on lit en tête de cette série
singulière du même vers: _Proteus Parthenius divæ Matri Virgini
sacer, tot ora gerens, quot cœlum sidera_.--Les _Vita et acta B.
Mariæ Virginis ex Evangeliorum libris excerpta_, vont en latin de
la p. 39 à la 52e, et en italien de la 53e à la 63e.--L'_Oratio
dominica_, rendue de 24 manières différentes, finit le vol., pp.
64-74.--Cette petite curiosité typographique pourra un jour devenir
rare. J'en possède un exemplaire que je tiens de la libéralité de mon
ami M. Chalon, de Mons, président de la Société des Bibliophiles de
cette ville.
II.
Le second vers, dû à un nommé Thomas Lansius, ne présente pas des
objets fort attrayants; il est composé des douze mots suivants:
Crux, fæx, fraus, lis, Mars, mors, nox, pus, sors mala, Styx, vis.
Ce qu'il offre de plus curieux, c'est que le déplacement de ses douze
mots peut former trente-un millions neuf cent seize mille huit cents
combinaisons différentes; et l'éditeur du petit livre de Louvain, cité
plus haut, ajoute: _tot itaque vicibus quot ferè florenis argenteis
ad universum regnum belgicum gubernandum opus est, queat immutari_.
III.
Le troisième vers que nous avons à rapporter et dont nous ignorons
l'auteur, est emprunté à l'ENCYCLOPÉDIE MÉTHODIQUE,
_Amusements des sciences mathématiques et physiques_. Paris, 1792,
in-4º, p. 375; il est composé des onze mots suivants:
Rex, lux, dux, pax, sol, spes, fons, vas, flos, via, Jesus.
«On voit, est-il dit dans l'article encyclopédique, que ces mots
forment ensemble un hexamètre qui, à la vérité, n'est pas élégant:
mais il a la propriété singulière d'exprimer les principales épithètes
données au Messie, tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament, et
de pouvoir se combiner de 3,265,920 manières, sans qu'il soit possible
d'en altérer le sens ou la mesure. On sent que le mot _via_
doit toujours rester à la même place pour former dans toutes les
combinaisons possibles le dactyle du cinquième pied....»
Nous avons textuellement rapporté ce passage; et nous croyons qu'il
y a erreur dans l'énoncé du total des combinaisons que comporte ce
vers; car si le précédent, composé de douze mots, offre 31,916,800
combinaisons, il est certain que celui-ci, composé de onze mots, doit
en présenter plus de 3,265,920. Nous nous en rapportons à la sagacité
du lecteur, s'il a la patience de faire cette vérification.
Un résultat bien autrement considérable est celui de toutes les
combinaisons que peuvent offrir les vingt-cinq lettres de l'alphabet.
Nous nous rappelons d'avoir lu dans le _Panorama_ de Londres,
journal anglais, nº de novembre 1834, le petit passage suivant qui
nous paraît marqué au coin de l'hyperbole: «Tous les habitants du
globe, d'après un calcul brut, ne pourraient, dans l'espace de mille
millions d'années, écrire toutes les transpositions des vingt-cinq
lettres de l'alphabet, même en supposant que chaque individu écrivît
par jour quarante pages dont chacune contînt quarante différentes
transpositions de lettres.»
Cependant nous avons lu quelque part que le mathématicien Taquet n'a
pas craint de s'engager dans cet immense labyrinthe, et qu'il a trouvé
que le nombre des combinaisons des vingt-cinq lettres de l'alphabet
montait à
620,448,401,733,239,439,360,000
C'est-à-dire à six-cent-vingt sextillions, quatre-cent-quarante-huit
quintillions, quatre-cent-un quatrillions, sept-cent-trente-trois
trillions, deux-cent-trente-neuf billions, quatre-cent-trente-neuf
millions, trois-cent-soixante mille combinaisons, sauf vérification, ce
dont nous prions le lecteur de nous dispenser.
MOT D'ARCHIMÈDE.
C'était un fameux géomètre que cet Archimède tué si malheureusement à
la prise de Syracuse, l'an 212 av. J.-C. Il était âgé de 75 ans. Voici
de lui un mot qui a traversé les siècles: «Donnez-moi, disait-il, un
point d'appui, et je soulèverai le globe,» (qui a 9000 lieues de tour.)
En partant du principe connu que les vitesses sont aux deux extrémités
d'un levier réciproquement comme les poids de deux puissances, et les
longueurs des bras directement comme ces mêmes vitesses, Fergusson
s'est amusé à calculer que si, au moment où Archimède s'exprima ainsi,
Dieu l'avait pris au mot en lui fournissant, avec ce point d'appui
donné à trois mille lieues du centre de la terre, des matériaux d'une
force suffisante et un contrepoids de deux cents livres, il aurait
fallu à ce grand géomètre un levier de douze quatrillions de milles et
une vitesse à l'extrémité du long bras égale à celle d'un boulet de
canon, pour élever la terre d'un pouce en vingt-sept billions d'années.
V. FERGUSSON'S _Astronomy explained_. London, 1803,
_in-8º_, ch. VII, p. 83.
SINGULARITÉ
SUR LA DATE DE LA MORT DE LL. SS. LES PAPES PIE VII, LÉON XII ET PIE
VIII.
On a fait une remarque singulière relativement à la mort des trois
derniers Souverains Pontifes, Pie VII, Léon XII, et Pie VIII: prenez
le nº d'ordre du Pape précédent, celui du Pape dont il est question,
ajoutez 10 aux deux chiffres qu'indiquent ces nos, puis additionnez
ces trois nombres; le total de chacune des trois opérations vous
donnera exactement l'année de la mort de chacun des trois Pontifes,
en faisant précéder ce total des centaines du milliaire qui est 18,
puisque nous sommes au XIXe siècle. Démonstration:
PIE VI -- 6 PIE VII -- 7 LÉON XII -- 12
PIE VII -- 7 LÉON XII -- 12 PIE VIII -- 8
10 10 10
-- -- --
23 29 30
Le 20 août 1823, Le 10 févr. 1829, Le 30 novemb. 1830,
mort de Pie VII. mort de Léon XII. mort de Pie VIII.
Cette singularité était dans mes papiers depuis deux ou trois ans,
quand j'ai trouvé dans le _Musée des familles_, nº de mai 1837,
p. 237-240, un article intitulé ELECTION D'UN PAPE, dans
lequel se lit le passage suivant:
«... Quand la mort de Léon XII vint réunir sur Pie VIII les suffrages
des Cardinaux, l'opinion commune fut qu'il n'occuperait pas longtemps
le Saint-Siège; et ce qui vint donner à cette opinion un certain poids
parmi le peuple romain, très superstitieux de sa nature, c'est le
calcul soit disant cabalistique qu'on faisait courir dans le public et
qui fixait la mort du nouveau Pape à l'année 1830, (ce qui arriva).
»Voici ce calcul:
»On additionnait le chiffre placé après le nom du Pape régnant avec
celui qui suivait le nom de son prédécesseur; puis en ajoutant le
signe de mort équivalant pour eux à X, on arrivait à connaître l'année
présumée du décès.
«Exemples:
»Pie (VI) et Pie (VII) + X = 23.
»Pie (VII) et Léon (XII) + X = 29.
»Léon (XII) et Pie (VII) + X = 30.
»Bien que le hasard ait vérifié, comme on le voit, plusieurs fois cette
espèce de prophétie, l'existence du pape actuel (Grégoire XVI), qui
aurait dû, d'après ce calcul, mourir en 1834, démontre qu'il n'est pas
infaillible, (je parle du calcul); en effet, la combinaison pour ce
Saint Père, était celle-ci:
»Pie (VIII) et Grégoire (XVI) + X = 34.»
Ceci est écrit en 1837.
* * * * *
A la suite de ces rapprochements assez singuliers, disons un mot sur
chacun des quatre Pontifes mentionnés ci-dessus et sur leur successeur
actuel, le Pape régnant. Cette notice est simplement chronologique.
* * * * *
PIE VI (Jean-Ange Braschi), élu Pape (le 253e) à Rome le
14 février 1775, est amené en France en 1798 par suite de malheureux
événements arrivés à Rome[79]; sa résidence était fixée à Valence; il
y meurt le 29 août de la même année 1798, âgé de 80 ans. Son Pontificat
a duré 23 ans.
[Note 79: Le jeune Duphot, militaire français, fut tué à Rome
dans une émeute le 28 décembre 1797. Aussitôt les troupes françaises
qui étaient aux portes de la ville, s'en emparèrent. On se saisit
de la personne de Pie VI; on le conduit d'abord à Sienne, puis
dans une Chartreuse près de Florence; enfin on le transfère dans
l'intérieur de la France. Ce vénérable vieillard traversa les Alpes
et le Mont Genèvre, porté par quatre hommes, sans paraître ému des
dangers d'une route escarpée et où il fut souvent presque suspendu
sur les précipices. Ses cheveux aussi blancs que les neiges qui
l'environnaient, étaient agités par un vent froid et piquant. Des
hussards piémontais voulurent lui faire accepter leurs pelisses; Pie
VI les remercia avec affection, mais il ne voulut jamais consentir à
les en priver. Il n'y avait que quelques heures qu'il était arrivé
à Briançon, lorsqu'un peuple immense rassemblé sous ses fenêtres,
demanda à le voir. Les cris qui s'élevaient de la foule annonçaient
souvent des intentions hostiles, et les menaces, les injures des uns se
mêlaient aux expressions de respect et d'amour des autres. Dans cette
circonstance, le Pontife hésita quelques instants à paraître; puis
prenant son parti, et s'avançant lentement, appuyé sur deux Prêtres,
et le corps affaissé sous les douleurs, il se montra à la multitude en
s'écriant: _Ecce Homo_. Quel spectacle! ces paroles pénétrèrent
tous les cœurs d'attendrissement, et ceux même qui étaient venus pour
outrager le vénérable Pontife, se prosternèrent à ses pieds. A Gap,
à Grenoble, à Voiron, il reçut les honneurs dûs à son rang. Quoique
octogénaire, il déployait encore un courage supérieur à son infortune
et à la fatigue d'un si long et si pénible voyage; mais à peine arrivé
à Valence, où le Gouvernement avait fixé sa résidence, il y tomba
malade; et après onze jours de souffrances, il y succomba le 29 août
1798. Son corps transporté à Rome, y fut reçu avec pompe le 17 février
1802, par Pie VII, assisté de dix-huit Cardinaux. Son cœur, renfermé
dans une urne d'or, est à Valence où Napoléon a ordonné qu'on lui
élevât un tombeau.]
PIE VII (Grégoire-Barnabé Chiaramonti) est élu Pape (le 254e)
à Venise, le 14 mars 1800; il est couronné le 21 mars, fait son entrée
solennelle à Rome le 3 juillet de la même année 1800; il y est mort le
20 août 1823, âgé de 83 ans. Son Pontificat a été de 23 ans comme celui
de son prédécesseur; et comme lui, il a fait un voyage forcé en France,
(nous parlons du dernier.)
LÉON XII (Annibal della Genga) est élu Pape (le 255e) à Rome,
le 27 septembre 1823, et couronné le 6 octobre suivant; il est mort le
10 février 1829, âgé de 68 ans 5 mois et 2 jours. Son Pontificat a duré
cinq ans et demi environ.
PIE VIII (François-Xavier Castiglioni) est élu Pape (le 256e)
à Rome, le 21 mars 1829; il est mort le 30 novembre 1830, âgé de 69
ans; son Pontificat n'a duré que 21 mois.
GRÉGOIRE XVI (Maur Capellari) élu Pape (le 257e) à Rome le 2
février 1831, après 64 jours de vacance du siége, règne en ce moment.
(Il est né à Bellune le 18 septembre 1765.)
AUTRES SINGULARITÉS SUR TROIS SOUVERAINS PONTIFES, SUR TROIS ROIS ET
SUR TROIS REINES DE FRANCE.
1º Le Pape SERGIUS IV (_Petrus Os Porci_), élu en 1009,
meurt le 29 mai 1012. Additionnez dans cette dernière date, les trois
chiffres significatifs, vous y trouverez le nombre IV ou 4, désignant
le rang qu'a occupé ce Pape parmi les Sergius. Il est le dernier qui a
porté ce nom.
2º Le Pape BENOIT IX (Théophylacte, fils d'Albéric, comte
de Tusculum), est élu en 1033; il est expulsé du Saint-Siège en 1044.
Additionnez les chiffres de cette date, ils vous offriront IX ou 9,
qui est celui du titre de ce Pape, parmi les quatorze Pontifes qui ont
porté le nom de BENOIT.
3º Le Pape CLÉMENT XII, (Laurent Corsini) élu le 12 juillet
1730, meurt le 6 février 1740. Les chiffres de cette date offrent dans
leur addition le nombre XII ou 12 attaché au nom de ce Pontife. Il y a
eu quatorze Papes du nom de Clément.
Notez qu'il se trouve un 0 dans la date de la mort de chacun de ces
Pontifes.
ROIS ET REINES DE FRANCE.
1º LOUIS IX est né à la Neuville en Beauvoisis (et non à
Poissy), le 25 avril 1215. Additionnez les chiffres de cette date, 1,
2, 1, 5, vous trouverez 9 ou IX, nombre attaché au nom de ce prince.
* * * * *
2º CHARLES VII, né à Paris le 22 février 1402 (V. St.).
L'addition des chiffres de ce milliaire 1, 4 et 2, donne 7 ou VII.
* * * * *
3º LOUIS XVIII, né le 17 novembre 1755; ces quatre derniers
chiffres additionnés, 1, 7, 5, 5, donnent le nombre 18 ou XVIII,
qui indique le rang que tient ce Prince parmi les Rois appelés
LOUIS.
* * * * *
Quant aux Reines de France, nous en trouvons aussi trois dont les noms
offrent cette particularité: le nombre de lettres qui composent leurs
noms est égal au nombre titulaire de leurs maris; ainsi,
* * * * *
1º MARGUERITE de Bourgogne, mariée en 1305 à Louis X, compte
10 ou X lettres dans son nom; bien plus, par suite de sa mauvaise
conduite, elle est étranglée avec une serviette au mois d'août 1315;
l'addition des quatre chiffres offre également 10 ou X.
* * * * *
2º ELIZABETH d'Autriche, mariée en 1570 à Charles IX, compte
dans son nom 9 ou IX lettres.
* * * * *
3º ANNE D'AUTRICHE, mariée en 1615 à Louis XIII, compte
13 ou XIII lettres dans son nom; et les quatre chiffres formant
l'_année_ de son mariage (1615) donnent également 13 ou XIII.
* * * * *
Nous ajouterons ici une petite particularité d'un autre genre, qui
regarde les rois d'Angleterre qui ont occupé le trône pendant le
XVIIIe siècle et au commencement du XIXe. Elle ne
se rapporte ni à leur nom, ni à leur titre numéral, mais au jour de
leur mort; tous ont fini un samedi, à l'exception de Guillaume IV qui
est mort le 20 juin 1837. Voici la date précise de la mort des autres:
GUILLAUME III est mort le samedi 18 mars 1702.
La reine ANNE, le samedi 1er août 1704.
GEORGES Ier, le samedi 10 juin 1727.
GEORGES II, le samedi 25 octobre 1760.
GEORGES III, le samedi 30 janvier 1820.
GEORGES IV, le samedi 26 juin 1830.
Nous n'avons aucune particularité de ce genre pour les reines
d'Angleterre; mais nous observerons que, parmi les 35 Souverains qui
ont régné dans ce pays depuis Guillaume le Conquérant, mort en 1087, on
ne compte que 5 femmes qui ont porté la couronne, savoir:
MARIE, fille de Henri VIII, qui a régné du 6 juillet 1553, au
7 novembre 1558.
ELIZABETH, fille du même roi, du 7 novembre 1558, au 27 murs
1603.
MARIE, fille de Jacques II (avec son mari Guillaume III), du
12 février 1689, morte le 7 janvier 1695.
ANNE, fille de Jacques II, du 19 mars 1702 au 12 août 1714.
VICTORIA, fille du duc de Kent, du 20 juin 1837 au........
SINGULARITÉ NUMÉRIQUE EXTRAORDINAIRE.
Une chose vraiment déplorable en révolution (et cependant chose sans
laquelle aucune révolution n'existerait), c'est la division des
citoyens en partis, et surtout les dénominations injurieuses sous
lesquelles chaque parti désigne ses adversaires. J'avoue franchement
que, sincère ami de la paix, de la tranquillité, et totalement étranger
à la politique, il m'a toujours répugné d'aborder un pareil sujet;
et, certes, ce ne serait pas dans un livre consacré à de simples
amusements littéraires, que je m'essaierais dans ce triste genre. Mais
en 1831, il m'est tombé sous la main une plaisanterie numérique si
extraordinaire, que, tout en blâmant le fond, je crois pouvoir la faire
figurer parmi des singularités. Voici ce dont il est question.
L'ancienne Chambre des Députés, telle qu'elle existait en 1830
(composée alors de 402 membres), était divisée, comme l'ont été, le
sont et le seront toutes les Chambres possibles, en deux partis.
L'un, le plus nombreux (221 membres), se déclara fortement pour la
révolution de juillet; l'autre, moins nombreux (181 membres), voyait
cette révolution d'un œil beaucoup moins favorable. Il résulta de
tout cela la charte et le trône constitutionnels qui rétablirent
l'ordre fortement compromis dans les trois journées de juillet, et qui
furent l'ouvrage de la majorité. Un anonyme, croyant trouver dans ces
circonstances une espèce d'à-propos, s'avisa de désigner la portion
la plus nombreuse de la Chambre (les 221) sous cette dénomination:
_la queue de Robespierre_, et le plus petit nombre (les 181) sous
celle-ci: _les honnêtes gens_. Jusqu'ici nous ne voyons dans la
première dénomination qu'une injure, qui, pareille à toutes celles dont
on a été si prodigue en révolutions, ne tire nullement à conséquence.
Mais voici la singularité.
L'anonyme a donné aux vingt-cinq lettres de l'alphabet leur numéro
d'ordre, c'est-à-dire, A 1, B 2, C 3, D 4, E 5, etc., jusqu'à Z 25;
et ensuite écrivant verticalement à gauche, les mots _la queue
de Robespierre_, avec le numéro d'ordre à chaque lettre, et de
l'autre côté _les honnêtes gens_ avec le même numéro d'ordre
aussi à chaque lettre, il a additionné les nombres de chaque colonne,
et qu'a-t-il trouvé pour résultat? le nombre très-exact de 221 sous
la colonne à gauche, et le nombre 181 sous la colonne à droite. Le
tableau suivant offre la démonstration palpable de cette singularité:
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14.
A B C D E F G H I J K L M N
15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25.
O P Q R S T U V X Y Z
L 12 L 12
A 1 E 5
S 19
Q 17
U 21 H 8
E 5 O 15
U 21 N 14
E 5 N 14
Ê 5
D 4 T 20
E 5 E 5
S 19
R 18
O 15 G 7
B 2 E 5
E 5 N 14
S 19 S 19
P 16 -----
I 9 181
E 5 =====
R 18 { 221
R 18 Résumé {
E 5 { 181
---- -----
221 Total 402
On avouera que rien n'est plus extraordinaire que le singulier
rapprochement de ces lettres, de leurs nombres et du résultat total que
l'addition présente pour chaque colonne. Il est difficile de concevoir
comment le hasard a pu produire une pareille combinaison. La note
qui m'en a été remise provenait de Lyon; d'autres prétendent que ce
_rébus_ a pris naissance en Picardie.
QUESTION SUR L'ORIGINE D'UN USAGE SINGULIER.
Il a existé jadis certains usages qui paraissent bizarres, et dont
l'origine obscure est bien digne d'exercer la sagacité de tous les
savants. Du nombre de ces usages est celui que mettait en pratique
autrefois le sonneur et carillonneur de l'église Saint-Gervais à Paris,
homme dont la scrupuleuse exactitude a toujours été digne d'éloge.
Voici le fait: tous les matins, il sonnait à cinq heures la première
messe par CINQUANTE coups de cloche, ni plus ni moins; à cinq
heures et demie, il sonnait la seconde messe par QUARANTE
Coups; enfin à six heures, il sonnait la troisième par TRENTE
coups.
D'où provenait cet antique usage aboli depuis la révolution? A-t-il
été autorisé par concession des Papes ou des Rois? Est-il dû à quelque
délibération des marguilliers ou des paroissiens? Est-ce la fondation
de quelque ame pieuse? Ne doit-on l'attribuer qu'à l'esprit d'ordre
du carillonneur? Pourquoi ces trois nombres 50, 40, 30? ils sont en
proportion arithmétique; n'y aurait-il pas là quelque mystère? Les
nombres cinq heures, cinq heures et demie et six heures, sont aussi en
proportion arithmétique, mais en sens inverse; les coups de cloche vont
en diminuant, et les heures en augmentant. On comprend facilement le
rapport de 5 heures à 50 coups de cloche, c'est dix coups pour chaque
heure qui s'est écoulée depuis minuit. Mais suivant la même proportion,
il faudrait cinquante-cinq coups à cinq heures et demie, et soixante
à six heures. Si à cinq heures et demie il sonnait 45 coups, et à six
heures 40, ce serait la même proportion renversée. Mais encore une
fois, pourquoi ces nombres 50, 40, 30?
Toutes nos recherches sur un sujet aussi élevé, aussi grave, aussi
important, ayant été infructueuses, nous invitons toutes les Sociétés
savantes des cinq ou six parties du Monde à s'occuper de la solution de
ce problême.
MÉLANGES.
LE BAPTÊME, LE MARIAGE, LA MORT.
AMPHIGOURI ENIGMATIQUE.
Ces énigmes pourront donner quelques tortures Aux lecteurs
d'aujourd'hui, même aux races futures.
1º BAPTÊME.
Il s'est fait à Birmingham, en mars 1825, un baptême où l'on a vu
figurer deux pères, deux grands-pères, deux beaux-pères;--deux
mères, deux grands-mères, deux belles-mères;--deux beaux-frères,
deux belles-sœurs;--deux maris, deux femmes;--deux oncles, deux
tantes.--Maintenant comptez bien sur vos doigts, vous trouverez-là
VINGT-QUATRE personnes; et cependant il est très-certain qu'il
n'y avait que QUATRE individus présents, et que le calcul n'en
est pas moins très-exact et très-juste. Devinez!
2º MARIAGE.
Dans le comté de Lancaster, on a célébré en décembre 1818, deux
mariages qui ont produit une singulière alliance: un gentleman s'est
marié avec une dame; peu après, le frère de cette dame a épousé la
fille de son mari née d'un premier lit. Les deux couples ont eu chacun
un enfant; le premier une fille, et le second un garçon.--On demande
maintenant quels sont les degrés de parenté qui ont existé entre ces
six personnes, et combien il y en a? Pour faciliter la solution,
nous dirons qu'il y en a seize bien comptés, bien exacts, et fort
singuliers. Devinez!
3º LA MORT.
_Epitaphe._
Ci gît l'enfant, ci gît le père,
Ci gît la sœur, ci gît le frère,
Ci gît la femme et le mari,
Et ne sont que deux corps ici!
On lisait cette célèbre épitaphe dans la collégiale d'Ecouis. Nous
l'avons trouvée rapportée dans les _Observations sur la peinture
sur verre et sur ses différents procédés_, par M. Alexandre Le
Noir; _broch. in-8º de_ 27 p., _fig._ Ce n'est point la
même que celle que nous avons donnée dans la seconde édition de nos
_Amusements philologiques_, Dijon, 1824, _fort vol. in-8º_,
p. 171. Celle-ci offrait trois personnes renfermées dans le même
tombeau; celle que nous donnons aujourd'hui n'en offre que deux.
Devinez!
AUTRES ANECDOTES SUR LE MARIAGE.
Nous avons trouvé dans un _Choix de curiosités_, trad. de
l'anglais, 1822, _in-12_, une anecdote matrimoniale qui, par sa
singularité, peut en quelque sorte rentrer dans celle dont nous venons
de parler: nous allons d'abord la présenter sous la forme énigmatique:
Une dame anglaise a pu dire en toute vérité: «Mon père est mon fils,
et moi je suis mère de ma mère; ma sœur est ma fille, et je suis la
grand'mère de mon frère.»
Plus d'un lecteur sera sans doute embarrassé pour deviner cette
énigme; il faut dire que sa solution tient à l'extrême bizarrerie
des alliances qui en font le nœud, alliances qu'on ne trouverait
guère qu'en Angleterre. Voici l'explication qu'en donne l'auteur du
_Choix_, p. 83:
«Un certain M. Hardwood avait de sa première femme deux filles dont
l'aînée fut mariée à Jean Coshick. Ce Jean Coshick avait de sa première
femme une fille qu'épousa le vieil Hardwood, qui en eut un fils. Alors
la seconde femme de Jean Coshick pouvait tenir le propos énigmatique
que nous venons de citer.»
AUTRE MARIAGE.
Les journaux anglais du mois de juin 1836 rapportent l'anecdote
suivante:
«Il y a quelque temps, un fait probablement unique dans son genre s'est
passé à Cambden.
»Un homme veuf et déjà d'un certain âge devient amoureux d'une
très-jeune fille et l'épouse.
»Peu après, le fils que ce veuf avait eu de son premier mariage devint
amoureux de la mère de la nouvelle femme de son père, femme du reste à
la fleur de l'âge; il lui offre sa main et l'épouse.