Roi comme sellier, poignarde le duc de Berry, âgé de 42 ans, à dix
heures du soir, le 13 février, à la porte de l'opéra, à Paris. Le
prince ne survit que quelques heures à sa blessure, malgré les soins
empressés du célèbre Dupuytren. Le misérable assassin est condamné à
mort par arrêt de la Cour des pairs du 6 juin de la même année 1820, et
il est exécuté le lendemain 7, à l'âge de 37 ans.
* * * * *
En 1821, NAPOLÉON Bonaparte, empereur des Français, après un
règne des plus éclatants, qui a duré dix ans (du 18 mai 1804 au 11
avril 1814), meurt en exil à l'île Sainte-Hélène, le 5 mai. Il a vécu
51 ans 8 mois et 20 jours.
* * * * *
En 1832, NAPOLÉON Bonaparte (François-Charles-Joseph), né de
l'empereur Napoléon, et de l'archiduchesse Marie-Louise, le 20 mars
1810, meurt à Schœnbrun le 22 juillet 1832.
VIII.
DE QUELQUES MOTS ASSEZ SINGULIERS DANS LEUR DÉCOMPOSITION SUCCESSIVE.
Nous ignorons si toutes les langues pourraient offrir de ces sortes
de mots; nous nous contenterons pour le moment d'en exposer trois,
puisés l'un dans la langue latine, le second dans la langue française,
et le troisième dans la langue grecque. Tous les trois présentent une
particularité assez remarquable.
Par exemple, le mot latin _AMORE_, (ablatif du substantif
_AMOR_, qui signifie _amour_[55], _amitié_), si vous le
privez successivement d'une lettre à gauche, vous donnera quatre mots
différents exprimant tous les caractères du véritable attachement:
[Note 55: Les Anciens connaissaient ou plutôt désignaient cinq
degrés par lesquels passe ordinairement l'amour depuis sa naissance
jusqu'à l'accomplissement de ses vœux, qu'on pourrait peut-être
appeler son tombeau. Ces cinq degrés sont: 1º _visus_, 2º
_colloquium_, 3º _tactus_, 4º _connubium_, 5º
_concubitus_.
Un poète les a compris dans ces deux vers léonins qui renferment de
plus un petit avertissement.
Visus et alloquium, tactus, post oscula factum.
Ni fugias tactus, vix evitabitur actus.
Il a fallu trois vers à un autre poète pour rendre la même pensée, en
changeant quelques mots:
Post visum risus, post risum venit ad usum:
Post usum tactus, post tactum venit ad actum:
Post actum fructus; post fructum pœnitet acti.
]
AMORE
MORE
ORE
RE
En effet, l'amour, l'amitié, l'attachement se prouvent
1º _AMORE_, par l'union des sentiments;
2º _MORE_, par la conformité des habitudes, le plaisir
d'être ensemble;
3º _ORE_, par des protestations d'attachement, des
discours agréables;
4º _RE_, par les effets, c'est-à-dire par les services
que l'on se rend mutuellement.
* * * * *
Le mot français SAVOIR, décomposé de la même manière que le précédent,
renferme ce qui caractérise l'ambitieux dans ses désirs:
SAVOIR
AVOIR
VOIR
OIR
OR
N'est-il pas reconnu que l'ambitieux voudrait tout SAVOIR,
tout AVOIR, tout VOIR, tout OIR (vieux
mot français qui signifie _entendre_), et posséder la richesse
désignée par l'or.
* * * * *
Le troisième mot emprunté du grec est NAPOLEON. M. de Roquefort
me le fournit dans son _Dictionnaire étymologique de la langue
française_. Paris, 1829, 2 vol. _in-8º_, tom. II, p. 121.
«Un tireur d'horoscopes, dit-il, a fait le calcul suivant sur le mot
NAPOLÉON. Ce nom-propre est composé de deux mots grecs qui signifient
_Lion du désert_[56]. Ce même mot, ingénieusement combiné,
présente une phrase qui offre une singulière analogie avec le
caractère de cet homme extraordinaire:
[Note 56: Nous avons trouvé dans un journal du 25 juin 1838, un
article qui coïncide avec ces mots _le Lion du désert_: cet
article est ainsi conçu: «Bonaparte disait que le désert avait toujours
eu pour lui un attrait particulier, et qu'il ne l'avait jamais traversé
sans une certaine émotion. On n'en voyait point les bornes, il n'avait
ni commencement ni fin; c'était l'image de l'immensité, un océan de
pied ferme. Ce spectacle plaisait à son imagination, et il aimait à
faire observer que _Napoléon_ veut dire _le lion du désert_.»]
1 NAPOLÉON
6 APOLÉON
7 POLÉON
3 OLÉON
4 LÉON
5 ÉON
2 ON
»En enlevant successivement la première lettre de ce mot et ensuite
celle de chaque mot restant, on forme six mots grecs dont la traduction
littérale, dans l'ordre des Nos désignés, est:
»_Napoléon_, _ôn o leôn leôn eon_, _apoleôn poleon_;
Ναπολεον, ων ο λεων λεων εον, απολεων πολεων, ce qui signifie:
Napoléon, étant le lion des peuples, allait détruisant les cités.»
IX.
DES SIGLES.
On entend par sigles des lettres initiales qui, suivies d'un point,
et disposées soit isolément, soit avec d'autres, présentent un sens
lorsqu'on sait ou que l'on devine les mots dont elles sont les
initiales. Nous allons donner différents exemples de sigles dont la
signification n'est pas familière à tout le monde.
CROIX DE SAINT BENOIT,
VULGAIREMENT APPELÉE LA CROIX DES SORCIERS.
[Illustration]
Cette croix, entièrement composée, comme on le voit, de sigles ou
lettres initiales indiquant chacune un mot, a souvent embarrassé les
amateurs curieux de deviner la signification de ces mots et le sens
attaché à leur série si bizarrement disposée. C'est ce qui a fait
appeler très-improprement cette espèce de médaille, la CROIX
DES SORCIERS, par des gens qui ne l'étaient guère, par ces
esprits faibles et superstitieux qui, dans les siècles précédents,
trouvaient de la sorcellerie dans tout ce qu'ils ne comprenaient pas.
L'explication que nous allons donner de ces lettres, prouvera combien
on était dans l'erreur en attribuant à l'esprit malin ce qui lui était
diamétralement opposé.
Commençons par la légende, c'est-à-dire par les lettres insérées dans
la partie circulaire de cette pièce; chaque groupe de lettres doit être
interprété ainsi qu'il suit:
IHS.--JESUS HOMINUM SALVATOR.;
VRS.--VADE RETRÒ SATANA;
NSMV.--NUNQUAM SUADEAS MIHI VANA;
SMQL.--SUNT MALA QUÆ LIBAS;
IVB.--IPSE VENENA BIBAS[57].
[Note 57: Ces deux espèces de vers léonins, ou plutôt ces quatre
dernières lignes se retrouvent dans une vieille légende ou histoire
superstitieuse de la construction du Pont-au-Diable à Sens, au
commencement du XIIIe siècle. Le Diable avait fourni des
fonds à l'architecte nommé Guinefort, moyennant la cession de son ame,
marchés assez communs dans ces siècles de lumières. Cependant, ce
Guinefort, longtemps après, éprouva des remords, et il demanda pardon à
Dieu et aux Saints. M. le curé de Sens, touché de son repentir, survint
en étole, avec l'eau bénite; puis chassa le Diable et l'exorcisa en
prononçant ces paroles qu'il fit répéter au pénitent:
_Vade retrò, Satana, nunquam suade mihi vana,
Sunt mala quæ libas, ipse venena bibas._
Retire-toi, Satan, cesse de me tenter,
Garde bien ton poison, je n'y veux pas goûter.
Cette anecdote nous est communiquée par l'estimable et savant M. Théod.
Tarbé, de Sens, qui l'a insérée dans l'un de ses curieux almanachs de
Sens, année 1837, p. 184-188.]
Voilà pour la légende; passons à la croix dont les lettres placées
verticalement sur la tige présentent le sens suivant.
CSSML.--CRUX SACRA SIS MIHI LUX.
Celles qui sont sur les croisillons signifient:
NDSMD.--NUNQUAM DÆMON SIS MIHI DUX.
Enfin les lettres qui sont dans le champ de la pièce se rendent ainsi:
CSPB.--CHRISTUS SIT PERPETUÒ BENEDICTUS!
Telle est l'interprétation des lettres composant la croix de
Saint-Benoît, qui, comme on vient de le voir, n'a rien ni de sorcier,
ni de diabolique, pas même de poétique, quoiqu'on y trouve la forme de
quelques mauvais vers léonins.[58]
[Note 58: Cette croix a été dessinée et gravée, mais sans
explication, dans les _Epistolæ itinerariæ_, de Bruckman,
_Wolfenbutel_, 1742, 1749 et 1756, 3 parties en 1 vol. in-4º,
avec beaucoup de fig. dont quelques-unes sont singulières. Deux
autres croix plus riches et plus grandes y sont encore gravées. Voy.
CENTURIA III. _Epist. itin._ 47, p. 548, _tab._ XIV,
_tab._ XVI et _tab._ XV.]
Les trois premières lettres dont nous avons parlé, IHS, qui sont
rendues par JESUS HOMINUM SALVATOR, ont encore une autre
interprétation, mais c'est lorsqu'elles forment le monogramme suivant:
†
IHS
V
Alors elles expriment l'inscription portée sur le labarum de
Constantin, et qui signifiait IN HOC SIGNO VINCES. «Vous
vaincrez par ce signe.» Mais ce n'est qu'une traduction latine de la
véritable inscription du labarum; car dans le prodige qui arriva sous
Constantin allant combattre Maxence l'an 311, ce prince vit dans les
airs une croix avec ces mots grecs: ΕΝ ΤΟΥΤΩ ΝΙΚΑ, c'est-à-dire, sois
vainqueur par ce signe.
DU MOT _SALIGIA_,
OU
SIGLES SUR LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX.
Ce mot créé dans le XVIe siècle, est composé des initiales
des sept péchés capitaux, exprimés en latin; sur quoi Antoine,
archevêque de Florence, a fait ce vers léonin:
Ut tibi sit vita, semper SALIGIA vita.
Le P. Crespet, religieux célestin de Paris, dans son _Jardin de
plaisir et récréation spirituelle_, Paris, 1602, in-8º, dit, p.
401, que «sept diables sont députés pour présider à chacun péché
mortel.» On en va voir le nom dans le petit tableau suivant, où chaque
lettre du mot SALIGIA se trouve être l'initiale d'un péché
capital:
S UPERBIA L'orgueil, présidé par LIVIATHAM.
A VARITIA L'avarice par MAMMON.
L UXURIA La luxure par ASMODÉE.
I RA La colère par ABEDEDON.
G ULA La gourmandise par BEHEMOTH.
I NVIDIA L'envie par SATHAN.
A CEDIA La paresse par LUCIFER.
Dans un vieux bouquin sans date, intitulé _Articuli fidei_, et
imprimé chez Michel Lenoir, en goth., nous trouvons les mêmes sept
péchés mortels, comparés aux sept animaux avec lesquels on leur croit
de l'affinité, et ensuite les sept vertus qui leur sont opposées. Voici
le tableau, copié textuellement, à part l'ordre des péchés que nous
changeons pour les faire rapporter au mot SALIGIA.
_Quibus comparantur._ _Quibus contrariantur._
S UPERBIA leoni. S UPERBIA humilitati.
A VARITIA camelo. A VARITIA largitati.
L UXURIA hirco. L UXURIA castitati.
I RA. lupo. I RA patientie. (_Sic_).
G ULA urso vel porco. G ULA sobrietati.
I NVIDIA cani. I NVIDIA pietati.
A CEDIA asino. A CEDIA diligentie. (_Sic_).
On trouve aussi dans les vieux _livres d'Heures_, imprimés vers le
commencement du XVIe siècle, des vignettes au nombre de sept,
où sont représentées sous la figure de femmes les vertus combattant les
vices. Chaque vertu, armée de toutes pièces, montée sur un très-beau
cheval, terrasse chaque péché capital, représenté aussi par une
femme et monté sur l'animal dont il est l'emblême. Ainsi, dans des
_Heures_, imprimées chez Sim. Vostre, en 1518, gr. _in-8º_,
on voit les légendes suivantes inscrites dans chaque vignette,
au-dessus de la tête des deux femmes combattant:
1º «HUMILITÉ TRÉBUCHE ORGUEIL, montée sur un lion.
2º »CHASTETÉ TRÉBUCHE PAILLARDISE (_sic_), montée sur un
bouc.
3º »CHARITÉ TRÉBUCHE ENVYE, montée sur un chien.
4º »PATIENSE (_sic_) TRÉBUCHE YRE
(_colère_), montée sur un ours.
5º »DILIGENSE TRÉBUCHE PARESSE, montée sur un âne.
6º »LARGESSE TRÉBUCHE AVARICE, montée sur un singe.
7º »SOBRIÉTÉ TRÉBUCHE GLOUTONIE, Montée sur un porc.
On voit qu'il y a différence dans l'ordre des péchés et dans la
nomenclature des animaux. Ici la colère est montée sur un ours au lieu
de l'être sur un loup; et l'avarice est sur un singe, au lieu d'être
sur un chameau, comme dans le précédent tableau.
* * * * *
Lorsque l'Oreste de Voltaire parut pour la première fois, le 12 février
1750, l'affluence fut grande à la représentation, et l'on mit sur les
contremarques des billets du parterre, les lettres suivantes:
O. T. P.
Q.
M. U. D.
Omne Tulit Punctum Qui Miscuit Utile Dulci.
Un mauvais plaisant interpréta ces sigles de la manière suivante:
Oreste, Tragédie Pitoyable, Que Monsieur Voltaire Donne.
Puisqu'il est ici question de l'une des tragédies de Voltaire, nous
en citerons une autre du même auteur; c'est _Zaïre_, dont il a
retranché quatre vers qui ont été retrouvés, en 1792, dans un manuscrit
qui était parmi les papiers déposés dans les bureaux de la police à
Paris. Ces quatre vers faisaient partie de la troisième scène du second
acte, vers le milieu, à l'endroit où le vieux Lusignan implore Dieu
après avoir reconnu sa fille:
Ne m'abandonnez pas, Dieu qui voyez mes larmes!
»Et toi, cher instrument du salut des mortels,
»Gage auguste du Dieu vivant sur nos autels,
»Bois rougi de son sang, relique incorruptible,
»Croix sur qui s'accomplit ce mystère terrible,
Dieu mort sur cette croix et qui revis pour nous,
Parle, achève, ô mon Dieu, ce sont là de tes coups.
Les quatre vers précédés de guillemets, sont ceux qui ont été
retranchés.
AFFICHE VÉNITIENNE.
Dans le siècle dernier, on placarda clandestinement à la porte du Sénat
de Venise une affiche qui ne contenait que ces neuf sigles:
P. P. P.
J. J. J.
R. R. R.
On conçoit aisément que l'inquisition d'état, toujours si susceptible,
et sans doute composée alors de jeunes sénateurs, prit l'éveil, et,
ne pouvant deviner le mot de l'énigme, promit ample récompense à
celui qui le donnerait et qui ferait connaître l'auteur de la pièce.
L'explication ne se fit pas attendre; le lendemain, une nouvelle
affiche porta:
PRUDENTIA PATRUM PERIIT,
JMPRUDENTIA JUVENUM JMPERAT,
RESPUBLICA RECENS RUIT.
_Gratis._
Les sénateurs ont-ils profité de cette leçon gratuite? c'est ce que
l'histoire ne dit pas.
Il existe dans un vieux recueil d'inscriptions, un distique qui
pourrait bien avoir quelque rapport avec l'affiche précédente; il est
ainsi conçu:
Defunctis patribus, successit prava juventus,
Cujus consilio quæ valuêre ruunt.
Ce distique est précédé d'un autre que l'on dit avoir été gravé sur les
portes de la cathédrale de Breslaw; le voici:
Quas sacras ædes pietas construxit avorum,
Has nunc hæredes invadunt more luporum.
Il paraît que les auteurs de ces méchants quolibets en voulaient à la
jeunesse de leur temps; c'était au XVIe siècle; et comme il
n'y a rien de nouveau sous le soleil, nous retrouvons au temps présent
des gens chagrins qui, le sourire ironique sur les lèvres, s'avisent
aussi de nous parler de la jeunesse avec une irrévérence à peu près
égale à celle de ces anciens. Nous sommes bien aise de profiter de
cette occasion pour dénoncer à nos lecteurs un pitoyable article
inséré, il y a quelque temps, dans la _Bibliothèque de Genève_,
sous le titre suivant: DES ADOLESCENS _de notre époque,
comme gros d'avenir_. Nous nous bornons à un petit extrait, car, en
fait de sottises, les plus courtes sont les meilleures.
«Dans l'heureux siècle où nous vivons, dit ce mauvais plaisant, il y a
des hommes de quinze ans, mais il n'y a plus d'adolescens. On passe
de plein saut de l'enfance à l'âge mur, de la toupie à la gazette, du
rudiment à la science infuse. Avant la première barbe, l'esprit est
fait, parfait, il n'hésite plus; il a son idée fixe sur les choses,
les hommes, les principes, les systêmes. Le cœur est froid, blasé, vu
qu'il se connoît et se domine. On en remontre aux autres, et surtout
à son père qui se fait vieux. Aussi il résulte de ce nouvel ordre de
choses des principes vrais, justes, invariables, dont on ne doit plus
s'écarter; les voici:
«L'expérience est une chose inutile.
»Le commerce des hommes et l'observation n'apprennent rien.
»Dans ce siècle de lumières, les lumières sont infuses à la jeunesse.
»L'âge où les passions sont dans toute leur effervescence, est
naturellement celui où la raison domine.
»Le point culminant du bon sens et du jugement se rencontre
nécessairement entre vingt et vingt-cinq ans, et rarement au-dessus.
Passé cet âge, la société n'est plus composée que d'hommes usés et
parfaitement désignés par ces judicieuses qualifications: à vingt ans,
homme fait;--à vingt-cinq ans, maturité complète;--à trente ans, faux
toupet;--à quarante ans, perruque;--à cinquante ans, ganache[59];--à
soixante ans, momie;--à soixante et dix ans, fossile, outre-tombe,
néant.»
[Note 59: Ce mot, dans son vrai sens, signifie mâchoire inférieure
du cheval. Et comme cette mâchoire est assez grosse, on a appliqué
familièrement ce mot à ceux qui ont l'esprit ou le parler pédant et
lourd. Borel dérive ganache de _gena_, joue; mais il vient de
l'italien _ganascia_, ou de l'espagnol _ganassa_.]
En 1835, un poète tourangeau ne s'est-il pas avisé d'exprimer la même
pensée et d'enchâsser les mêmes dénominations dans une pièce de vers
intitulée LE SEPTUAGÉNAIRE, _ou le chant du Cygne_! Nous
ne citerons que la tirade où ces dénominations se trouvent:
.......
«D'après nos grands faiseurs, on est homme à quinze ans;
A vingt, par son mérite et son expérience,
On appartient à cette jeune France
Qui seule fait autorité:
A vingt-cinq ans on est dans sa maturité,
A trente, faux-toupet; à quarante, perruque,
Et relégué dans la classe caduque;
A cinquante, momie, ou fossile, ou néant[60].»
.......
[Note 60: Extrait des ANNALES _de la Société
d'agriculture, des Sciences, Arts et Belles-Lettres
d'Indre-et-Loire_, tom. XV, 1835, _in-8º_, pp. 160-164.]
Les cinq P.
Toute jeune personne que l'on recherche en mariage sera suffisamment
dotée, si elle a ces cinq P en partage.
Sit Pia, sit Prudens, Pulchra, Pudica, Potens.
C'est-à-dire qu'elle soit pieuse, prudente, belle, pudique et riche.
N'en demandez pas davantage.
Les trois O de Théodore de Bèze.
Ces trois O signifient _Opus_, _Opes_, _Ops_, travail,
richesses et soins. Théodore de Bèze eut le bonheur de les rencontrer
successivement dans les trois femmes qu'il eut pendant le cours de sa
vie. Il s'en explique lui-même ainsi:
Tres mihi disparili sunt junctæ ætate puellæ;
Hæc juveni, illa viro, tertia deindè seni.
Propter Opus validis prima est mihi ducta sub annis,
Altera propter Opes, tertia propter Opem.
«J'ai eu trois femmes aux différents âges de ma vie, dans ma jeunesse,
dans la force de l'âge et dans ma vieillesse. La première m'a aidé dans
mes travaux; la seconde m'a apporté de la fortune, et la troisième a
pris soin de mes vieux jours.»
Les cinq mots latins de Louis XI.
On prétend que ce prince si doux, si franc, si humain, se faisait
gloire de son ignorance; et c'est au point qu'il voulait bannir de
sa Cour et de l'éducation de son fils (Charles VIII), la langue
latine, sauf cependant cinq mots qu'il réservait par privilège et
qu'il trouvait si admirables qu'il en fit toute sa vie la règle de
sa conduite. «Non, disait-il, le latin n'est nullement nécessaire à
un roi, ou du moins le lui est très peu, et il suffira que mon fils
en sache les cinq mots suivants: QUI NESCIT DISSIMULARE, NESCIT
REGNARE; là gît tout l'art de gouverner.» Aussi posait-il en
principe dans son _Rosier des guerres_[61], cette maxime: «Nuls
conseils ne sont meilleurs que ceulx que ton adversaire ne peut savoir
avant que tu les faces.» C'est-à-dire: dissimule toute résolution, de
sorte que ton adversaire ne puisse la connaître qu'après que tu l'auras
mise à exécution.--Autre maxime tirée du même ouvrage: «De tant que
fust vault mieulx que escorce, autant vault mieux soustilleté que
force.» ce qui signifie:
[Note 61: Cet ouvrage est un recueil d'instructions et de maximes
que ce roi n'a pas fait lui-même, quoiqu'on l'ait imprimé vers 1521,
sous le titre de _Rozier des guerres, compilé par le feu roi Louis,
onzième de ce nom_, Paris, in-4º goth., mais qu'il a fait rédiger
pour son fils. On peut consulter sur ce livre le journal littéraire,
_Le Conservateur_, mars 1760, p. 67-88;--Naudé, _Additions_
à l'histoire de Louis XI, ch. 3;--La Croix du Maine, in-4º, tom. II,
p. 39;--_Bibliothèque historique de France_, in-folº, tom. II, p.
771, nº 27, 182.--Brunet, _Manuel_, tom. III, p. 253, etc., etc.]
Sachez qu'autant le bois l'emporte sur l'écorce,
Autant subtilité l'emporte sur la force.
MAXIMES TIRÉES DU BRÉVIAIRE DES POLITIQUES.
Ces maximes sont dans le genre de celles dont nous venons de parler;
mais elles ont une autre source, et sont un peu plus étendues. On
prétend qu'elles ont été enseignées par Mazarin à Louis XIV, comme
la règle de conduite la plus sûre dans l'administration des affaires
publiques et privées; en voici l'énoncé:
SIMULA, DISSIMULA; NULLI CREDE; OMNIA LAUDA;
NOSCE TE IPSUM; NOSCE ALIOS.
Comme ces principes sont extraits d'une diatribe forcenée,
publiée contre Mazarin, il est tout naturel de penser que la
conscience de ce doucereux ministre n'est point chargée de ce
délit machiavélique. Le livre d'où sont tirées ces belles maximes
est intitulé BREVIARIUM _politicorum secundum rubricas
mazarinicas_. Colon. Agrip., Joan. Selliba, 1684, pet. _in-12_.
La _Bibliothèque historique de France_, Nº 32,564, en annonce
une édition, _Parisiis_, J. Le Petit, 1695, _in-24_, et
ajoute que «ce livre est assez curieux, et n'est pas mal fait dans
son espèce diabolique.» On en connaît encore une édition, _Vesaliæ,
et Amstelodami, Joh. Wolters_, 1700, pet. _in-12_. Il ne faut
pas confondre cet ouvrage avec _Le grand Bréviaire de Mazarin_,
_in-4º_, pièce badine sur les mœurs du Cardinal et sur la manière
dont il passe la journée.
QUATRIÈME OBJET.
RÊVERIES RENOUVELÉES DES GRECS, OU SYMBOLES ET PRÉCEPTES DE PYTHAGORE.
Si la vénérable antiquité nous présente souvent d'une manière claire
et précise, des objets graves, des objets dignes de nos hommages et de
notre admiration, sous le rapport moral, philosophique et scientifique,
il faut convenir que parfois elle nous en offre aussi qui, par
l'expression, sont d'une singularité et d'une bizarrerie vraiment
inconcevables. Peut-être ces objets ne sont-ils devenus tels que par
le long laps de temps, ou par le changement de mœurs? cela se peut;
mais leur tour grotesque et obscur ne les rend pas moins d'autant plus
surprenants pour nous, qu'ils proviennent, dit-on, d'anciens sages,
d'illustres personnages qui ont tenu les premiers rangs parmi cette
foule de philosophes à la longue barbe, au bâton noueux, au costume
sévère, et de plus fondateurs de tant d'écoles, d'académies et de
sectes qui ont illustré la Grèce et l'Italie[62].
[Note 62: On en énumère dix-sept de bon compte chez les Anciens,
depuis Thalès jusqu'à Sextus-Empiricus, savoir:
1º L'ÉCOLE IONIQUE, fondée par Thalès, mort vers 548 av.
J.-C., puis renouvelée par Anaxagore, mort 428 av. J.-C.
2º L'ÉCOLE D'ITALIE, fondée par l'auteur des
SYMBOLES, notre Pythagore, m. vers 490 av. J.-C.
3º L'ÉCOLE ÉLÉATIQUE ou d'Élée, fondée par Xénophanes de
Colophon, m. vers 517 av. J.-C.
4º L'ACADÉMIE, fondée par Platon, m. vers 348 av. J.-C.
5º LE LYCÉE, ou Péripatétisme, fondé par Aristote, m. 322 av.
J-C.
6º L'ÉCOLE CYNIQUE, fondée par Antisthènes, m. vers l'an 363,
et Diogène, m. l'an 323 av. J.-C.
7º L'ÉCOLE DE CYRÈNE, fondée par Aristippe, m. l'an 399 av.
J.-C.
8º L'ÉCOLE DE MÉGARE, fondée par Euclide, m. vers 390 av.
J.-C.
9º L'ÉCOLE ERÉTRIAQUE ou d'Elis, fondée par Phédon, m. vers
391 av. J.-C.
10º L'ÉCOLE D'EPICURE, fondée par ce philosophe, m. l'an 271
av. J.-C.
11º L'ÉCOLE SCEPTIQUE, fondée par Pyrrhon qui florissait vers
366 av. J.-C.
12º L'ÉCOLE STOÏQUE, fondée par Zénon, m. vers l'an 309 av.
J.-C.
13º LA NOUVELLE ACADÉMIE, fondée par Arcésilas, m. l'an 241
av. J.-C.
14º L'ÉCOLE ECLECTIQUE et Synerétique, fondée par Potamon, m.
vers 279 av. J.-C.
15º L'ÉCOLE THÉOSOPHIQUE ou Mystique, fondée par Aristobule,
m. 184 ans av. J.-C.
16º L'EMPIRISME, ou Néo-Scepticisme, fondé par
Sextus-Empiricus, vers 170 dep. J.-C.
17º LE NÉO-PLATONISME, ou nouvel Eclectisme, fondé par
Ammonius-Saccas, vers 195 dep. J.-C., suivi et développé par Plotin,
m. en 270; par Porphyre, m. vers 305; par Jamblique, m. vers 333; par
Proclus, m. en 435; par etc., etc., etc.]