Quand le fort est à bas, je sors de la cour: vient à moi un grand,

brun, sec, à l'œil vif, du nom de Roch le Franc. Il me fait part d'un

fait qui lui tient au cœur, et que je vous rends tel qu'il me l'a dit:

«Un jour, je vis sous un tas de vieux fers, me dit-il, un grand dard

de bois d'if, à six rangs de clous d'or, et dont le fer est très fin.

Je le vois, je le tiens, il me plaît, on m'en fait don, je le prends,

et puis je m'en sers quand je vais seul soit au bois, soit aux champs,

mon cor au cou, et mon pain dans mon sac. Bien m'en a pris deux ou

trois fois. Un jour, il m'a fait grand bien, car sans lui un gros loup,

les yeux en feu, le nez en l'air, eût pu.... Oui, il m'eût mis tout en

sang, et qui sait si, plus fort que moi, il ne m'eût pas mis à mort.

»Tel est le fait tout au long:

»Le jour que j'ai dit, je fus au bout du pont qui est fort long;

c'est, on le sait, ce grand pont qui est peu loin du bourg de Saint...

Saint... oui, de Saint Cloud. Par le temps sec et le grand chaud qu'il

a fait tout le jour, je me suis mis nu dans l'eau et j'ai pris un bain

tout près d'un pré plus plein de joncs verds que de bon foin. Je n'y

fus pas le temps d'un clin d'œil, que je vois non loin de moi, un grand

loup tout gris, vers le bord du bois. Il ne me fait pas peur. Je sors

de l'eau, et, crac, d'un tour de main, je me vêts, et je cours à lui à

grands pas, mon dard à la main et mon cor au cou. Je n'eus pas dit d'un

ton de voix, clair et très haut: Au loup, au loup! et joint le son de

mon cor à ces mots, que mon loup me voit, fuit et se met dans les blés.

La peur qu'il a fait qu'il ne voit pas un gros tronc, à fleur du sol,

qui le fait choir au fond d'un grand trou. Quand je le vois à bas au

fond de ce trou: Tant mieux, dis-je à part moi, je le tiens. Je mets

mes gants à mes deux mains de peur de ses dents, puis je fonds sur lui,

et je le prends par le cou, par le poil, par les reins, par tous les

bouts; et, tout grand, tout gros, tout fort qu'il est, je le tiens sur

le sol, puis du bras droit, d'un seul coup de mon dard qui va droit au

cœur, je le mets sur le champ à mort.

»Quand je vois qu'il est mort et bien mort, je le prends, je sors du

trou, je le mets sur mon dos, je vais au bourg, et je le fais voir à

tous ceux qui sont là. Le bruit en court dans tous les lieux qui ne

sont pas loin du dit bourg, et l'on vient pour le voir: Tiens, dit-on,

c'est un loup qu'il a pris sans vert et mis à bas; oui, c'est bien un

loup! Puis tous en chœur: Bien, très-bien! et l'on me met dans la main

des sous, des dix sous, des vingt sous; et dans mon sac, du lard, du

bœuf, du veau, du sel, du pain bis, du pain blanc et un broc de vin. Ce

qui fait voir que j'ai fait un beau coup et de plus un bel et bon gain,

tant on est sûr qu'un loup de moins sur le sol d'un bourg fait plus de

bien, qu'un rat de plus dans un champ de bled n'y fait de mal.

»Mais les gens qui dans ces lieux, ont soin des bois, des daims et des

cerfs du Roi, m'ont fait un tour qui n'est pas bien, un vrai tour de

chien. Ils ont mis un des leurs au guet dans l'un des coins du bois,

pour voir si c'est bien un loup que j'ai pris, ou si ce n'est pas un

cerf ou un daim. L'un d'eux, un vrai gueux, qui ne voit pas trop clair,

car il n'a qu'un œil, ne croit-il pas que c'est un daim? et il me dit

d'un ton dur: Qu'as-tu-là? je crois que c'est un daim.--Un daim! es-tu

fou? Tu ne vois pas que c'est un loup?--Non, je te dis; c'est un daim;

rends-le, ou je te....--Mais, sot que tu es, vois donc ses yeux, son

nez, son poil; tout est d'un loup, et point du tout d'un daim.--Ça

n'est pas vrai; je te dis que c'est un daim: je n'ai qu'un œil, mais il

est bon.

»Moi, qui suis franc et de nom et de fait, et de plus fort doux, je

fais voir, sans bruit, à tous ceux qui sont près du bois, que ce qu'il

dit est faux; que c'est un loup et que ce n'est pas plus un daim qu'un

rat ou un cerf. Je le lui mets sous les yeux, sous la main; il le voit,

il le prend, il le tient, je crois qu'il se rend et que tout est à sa

fin. Point du tout, ce vrai gueux, plus sec, plus vif, plus prompt

qu'un vieux coq, me prend par le bras; puis, pan! d'un grand coup de

poing, il me rompt six dents et me met tout en sang. Moi, qui ne suis

pas mou, je prends mon cœur de lion, je mets à bas mon cor et mon dard,

puis à coups de pied, à coups de poing, je chois sur mon fou, je le

tiens par les mains, je lui tords les doigts, les bras, le cou, je lui

mords si fort le nez qu'il en sort plus de sang que d'un bœuf qu'on

met à mort. S'il ne sent pas ses torts, il sent fort bien les coups et

fait à son tour plus fort que n'a fui le loup. Dans sa peur, il fait

de grands cris, et se plaint à tous ceux qu'il voit, de ce qu'il a eu

plus de cent coups sur son bon œil, sur le dos, sur les reins, bref sur

tout le corps. On en rit, puis on lui dit: C'est bien fait, tant pis

pour toi; tu n'as que ce qui t'est bien dû. Tu prends un loup pour un

daim; mais, sot que tu es, ne sais-tu pas qu'un daim a un bois au front

et que le loup n'en a pas; puis pour çà, tu bats les gens! tu as eu ton

tour; oui, c'est bien fait et très bien fait.

«Quand ce fou voit que nul ne le plaint, et que tous les torts sont de

lui, il se rend au bourg, seul, d'un pas lent et peu sûr; il y prend

deux grands brocs d'un bon vin blanc, clair, vif et fort; il les boit

à longs traits, puis se met au lit et y dort en vrai porc. Est-il vif,

est-il mort? c'est ce que je ne sais pas; onc ne l'ai vu.»

J'en suis à la fin; bon soir, mon cher; j'ai mis sous tes yeux le fait

de mon duc, de mon loup, de mon fou; c'est, je crois, tout ce que tu

veux de moi.

Je suis tout à toi,

_Jean-Pic-Roch-Luc-Paul_

SYNALLAGMATIMONOSYLLABOBIOGRAPHUS.

VII.

DE LA FATALITÉ ATTACHÉE A CERTAINS PERSONNAGES

DONT LES NOMS COMMENCENT ET FINISSENT PAR LA MÊME LETTRE.

L'histoire offre quelquefois de singuliers rapprochements; celui qui

fait l'objet de cet article est du nombre. On a remarqué que la plupart

des personnages vraiment historiques, dont le nom commence et finit par

la même lettre, ont eu une existence malheureuse et souvent une fin

tragique. Voici une petite série chronologique de quelques-uns de ces

noms que nous avons réunis comme preuve de cette observation.

AVANT JÉSUS-CHRIST.

Vers l'an 1670, SÉMIRAMIS, Assyrienne, après un règne de

quarante-deux ans, rempli de merveilles plus fabuleuses qu'historiques,

est tuée, dit-on, par son fils Ninyas, dans le tombeau de Ninus son

mari. D'autres prétendent qu'un beau jour elle se déroba à la vue des

hommes dans l'espoir de jouir bientôt des honneurs divins; et qu'en

effet, après sa mort, elle fut honorée comme une divinité, sous la

forme d'une colombe. Dans ce dernier cas, elle aurait moins de droit à

figurer dans notre liste.

* * * * *

L'an 626, SARACUS, roi de Ninive, est tué au siége de cette

ville attaquée par les troupes réunies de Cyaxare, roi des Mèdes, et de

Nabopolassar, roi de Babylone. C'est ce même Nabopolassar qui, général

des armées de Saracus, alors roi d'Assyrie, en 648, s'était révolté

contre lui, et emparé de la partie de l'empire assyrien dont Babylone

était la capitale et sur laquelle il a régné 21 ans. Il faut dire que

Saracus, successeur de Saosduchin (le Nabuchodonosor de l'Ecriture

Sainte), s'était rendu méprisable aux yeux de ses sujets par sa

mollesse et le peu de soin qu'il prenait de son empire.

* * * * *

En 524, SMERDIS, fils cadet de Cyrus, roi de Perse, fut

tué par ordre de Cambyse, son frère aîné, qui occupait le trône

après Cyrus. Prexaspe, favori du Roi, fut chargé de cet assassinat.

Cambyse survécut très-peu de temps à ce crime, car il mourut en 523

d'une blessure qu'il se fit à la cuisse avec son épée en montant à

cheval[53]. Il laissa la réputation d'un tyran furieux; il avait tué,

d'un coup de pied dans le ventre, Méroé sa sœur, devenue sa femme et

qui était enceinte.

[Note 53: C'est lui qui, portant la guerre en Egypte, et ne pouvant

s'en ouvrir l'entrée qu'en se rendant maître de Peluse, plaça pendant

l'assaut, au premier rang, des chats, des chiens et d'autres animaux

que les Egyptiens révéraient comme sacrés. Les assiégés n'osant

tirer sur leurs dieux, ce stratagème ouvrit la porte de la ville aux

assiégeants. C'est encore ce prince qui, arrivant à Memphis, fit

massacrer tous les prêtres du dieu Apis, et tua lui-même d'un coup de

poignard le dieu, qui, comme on le sait, était un superbe bœuf, dont

sans doute l'excellent filet fut le régal de l'impie apiscide.]

Aussitôt après l'assassinat de SMERDIS, parut un faussaire,

qui, ressemblant au défunt, prit son nom, trompa le peuple, et

s'empara de l'autorité, pendant que Cambyse était encore en Egypte.

Celui-ci pressa son retour pour punir l'usurpateur, mais il mourut

dans l'intervalle. Le faux SMERDIS n'y gagna pas beaucoup;

car ayant été reconnu par Phédime, fille d'Otane, pour un mage (à ses

oreilles coupées), il fut massacré par sept seigneurs de sa Cour dans

le huitième mois de son usurpation.

* * * * *

Vers 479, SCOPAS, célèbre athlète grec, avait été vainqueur

au pugilat; il fit marché avec le poète Simonide pour que celui-ci

célébrât cette victoire dans une pièce de vers. La pièce terminée,

Scopas ne voulut plus payer que la moitié du prix convenu, et renvoya

pour l'autre moitié aux Tyndarides, c'est-à-dire à Castor et Pollux,

qui, ayant été mentionnés dans la pièce, devaient, selon lui, leur

portion du prix. Cette insigne mauvaise foi reçut, dit-on, bientôt sa

récompense. L'athlète donna un grand festin auquel assistait Simonide.

Comme on était à table, un esclave vint avertir le poète que deux

hommes couverts de poussière le demandaient à la porte. Simonide sort,

et à peine est-il hors de la chambre, que le plafond s'écroule, et

ensevelit sous ses décombres Scopas et tous les convives. On ne faisait

aucun doute en Grèce que les deux voyageurs ne fussent Castor et

Pollux. Aussi le surnom de favori des Dieux resta à Simonide.

* * * * *

L'an 285, SELEUCUS, l'un des successeurs d'Alexandre, et

premier roi de Séleucie, fut tué d'un coup de poignard que Ceraunus,

qui l'accompagnait, lui donna dans le dos. Il était âgé de 63 ans et en

avait régné 32.

* * * * *

En 225, SELEUCUS II, dit Callinicus, roi de Séleucie, mourut

prisonnier d'Arsace, par suite d'une chute de cheval, après 21 ans de

règne.

* * * * *

En 223, SELEUCUS III, dit Ceraunus, fils du précédent,

troisième roi de Séleucie, fut empoisonné par ses premiers officiers,

dans la troisième année de son règne.

* * * * *

En 196, SCOPAS, d'abord général des Etoliens, puis des troupes

de Ptolémée-Epiphane, roi d'Egypte, conspira contre ce prince et fut

condamné au dernier supplice avec tous ses complices.

* * * * *

En 176, SELEUCUS IV, dit Philopator, mourut aussi empoisonné

par Héliodore, après avoir régné onze ans.

* * * * *

En 93, SELEUCUS, dit Nicator, également roi de Séleucie, meurt

à Mopsueste, ville de Cilicie. Il fut brûlé dans sa maison par les

habitants soulevés contre lui. Son règne a été de peu de durée, sept

mois en tout.

* * * * *

En 71, SPARTACUS, gladiateur, puis célèbre par les victoires

qu'il remporta sur les Romains dans la guerre des esclaves révoltés

qu'il commandait, finit par succomber à la bataille du Silare où il

tomba percé de coups sur un monceau d'ennemis qu'il avait immolés.

Avant le combat, il avait tué son cheval à la tête de l'armée, disant

que s'il était vainqueur il ne manquerait pas de chevaux, et que s'il

était vaincu il n'en avait pas besoin. Il s'était rendu très-redoutable

aux Romains par les victoires qu'il avait d'abord remportées sur les

deux préteurs Vatinius Glaber et P. Valerius, et ensuite sur les deux

consuls Gellius et Lentulus; mais Crassus qui, dans le principe,

désespérait de le vaincre, parvint enfin à gagner sur les bords du

Silare une victoire qui mit fin aux jours de Spartacus et à la guerre

des esclaves. Ce chef de révoltés était doué d'un grand courage, mais à

l'héroïsme il joignait la férocité.

* * * * *

En 55, SELEUCUS, surnommé Cybiosactes, fils d'Antiochus

Eusèbe et de Cléopâtre-Séléné, fut le dernier prince de la race

des Séleucides; ayant accepté la couronne d'Egypte et la main de

Cléopâtre, il fut étranglé par ordre de cette princesse, à cause de

ses inclinations basses et de son excessive passion pour l'argent.

C'est lui qui s'empressa de faire mettre le corps d'Alexandre dans un

cercueil de verre, pour se saisir de celui d'or massif où il avait

reposé jusqu'alors.

* * * * *

En 52, Mort de SCAURUS, si connu par le luxe incroyable des

jeux qu'étant édile, il donna au peuple romain. Il a eu une vie assez

orageuse; accusé de concussion et de vexations, il fut défendu par

Cicéron dans une des causes les plus éclatantes qu'ait plaidées cet

orateur; aussi Scaurus fut-il absous quoiqu'il ne le méritât guère;

mais par la suite, accusé de brigues, il succomba et fut condamné, l'an

700 de R., sans que personne voulût s'intéresser pour lui. Il était

fils de M. Emilius Scaurus, prince du sénat.

* * * * *

En 43, SEIUS (_Cnæus_), sénateur romain, fut mis à mort

par l'ordre de Marc-Antoine.

Ce Romain laissa dans sa succession un superbe cheval qui était d'une

force et d'une beauté si extraordinaires qu'on le disait de la race

des fameux chevaux de Diomède, qui furent tués par Hercule; mais une

singulière fatalité fut attachée à sa possession: tous ceux à qui il

a appartenu, depuis Seius, sont morts également de mort tragique:

Dolabella, qui l'eut après Seius, fut tué dans les guerres civiles;

Cassius, à qui il passa ensuite, se fit ôter la vie par un esclave;

et Marc-Antoine, son dernier possesseur, se tua après la bataille

d'Actium; aussi par la suite le nom de ce cheval, _equus Seianus_,

passa en proverbe pour désigner ceux qui étaient en butte aux coups de

la fortune et qui finissaient malheureusement: «_Il a_, disait-on,

_le cheval de Seius._»

DEPUIS JÉSUS-CHRIST.

L'an 31, SEJANUS (Ælius), ministre et favori de Tibère, est

étranglé par ordre de son maître.

* * * * *

En 43, ABIA, roi d'Arabie, étant entré dans une conspiration

contre Izate, roi d'Adiabène, se tue au moment où l'on allait le faire

prisonnier.

* * * * *

En 68, NÉRON (L. Domitius), ce monstre couronné, souillé de

tous les vices et de tous les crimes, se poignarde pour échapper au

supplice de la roche Tarpéienne.

* * * * *

En 79, SABINUS, prince gaulois, caché si long-temps dans les

environs de Langres, nourri par les soins de sa digne Eponine, au fond

d'une caverne, est condamné à mort et exécuté par ordre de Vespasien,

pour s'être fait proclamer César par ses soldats, neuf ans auparavant,

dans le moment que Vespasien venait d'être salué empereur.

* * * * *

En 211, SEPTIMIUS SEVERUS, empereur, cruel persécuteur des

chrétiens, après avoir échappé aux poignards de Caracalla, est réduit

à se faire mourir. Une indigestion fut l'instrument de mort qu'il

préféra.

* * * * *

En 255, SEVERUS (_Alexander_), empereur, successeur

d'Héliogabale, l'an 222, fut massacré, à l'âge de vingt-six ans, par

ses soldats, que le barbare Maximin, comblé de ses faveurs, avait

excités à la révolte.

* * * * *

En 257, le pape ETIENNE (STEPHANUS), élu en mars 253,

reçut la couronne du martyre sous Valérien.

* * * * *

En 258, SEXTUS II, successeur d'Etienne, eut également la

palme du martyre sous le même empereur. Cette persécution est la

huitième; elle dura quarante-deux mois.

* * * * *

En 507, l'empereur SEVERUS (Flavius Valerius) périt de mort

violente par ordre de Maximin Hercule. Il fut étranglé selon les uns;

d'autres prétendent qu'on lui permit de s'ouvrir les veines.

* * * * *

En 453, ATTILA, surnommé le _fléau de Dieu_, mourut d'une

hémorragie à Strasbourg, en retournant dans ses états.

* * * * *

En 584, CHILPÉRIC, digne époux de la cruelle Frédégonde, est

assassiné à Chelles. Grégoire de Tours l'appelle l'Hérode, le Néron de

la France.

* * * * *

En 619, le patrice ELEUTHÈRE, exarque de Ravenne, ayant voulu

se faire couronner empereur, est massacré par son armée sur la route de

Ravenne à Rome.

* * * * *

En 673, CHILDÉRIC II, roi d'Austrasie, est assassiné, à l'âge

de 24 ans, par Bodilon, jeune seigneur qu'il avait fait fouetter. La

reine Blichilde, qui était enceinte, est également égorgée par ce

Bodilon.

* * * * *

En 708, le pape SISINNIUS, mourut subitement le 18 janvier,

après vingt jours de règne.

* * * * *

En 752, CHILDÉRIC III, est déposé, rasé et renfermé dans

le monastère de Saint-Bertin à Saint-Omer, où il mourut en 755. Il

eut pour successeur Pepin-le-Bref, maire du palais de Neustrie et de

Bourgogne depuis 741, de toute la monarchie en 747, et proclamé roi des

Français dans l'assemblée tenue à Soissons au mois de mars 742.

* * * * *

En 755, ABDALLA, le premier des Khalyfes Abbassides, fut

tué dans l'Irâc, par ordre de Mansour. C'était un prince d'un grand

courage, mais d'une cruauté plus grande encore. Ayant vaincu les

Ommiades, plusieurs princes de cette maison vinrent se soumettre; se

fiant à son serment, ils se rendent à un grand festin auquel il les

invite; mais à peine ont-ils pris place, qu'ils sont égorgés par des

assassins. Aussitôt des tapis sont étendus sur les cadavres qui servent

de tables aux meurtriers. ABDALLA ne respecta pas même l'asile

des morts; il fit ouvrir à Damas le tombeau des Ommiades, et le corps

du Khalyfe Héchâm ayant été trouvé intact, il le fit mettre en croix,

ensuite le fit brûler, et ses cendres furent jetées au vent.

* * * * *

En 824, EUGÈNE II, fut élu pape, mais son élection fut

troublée par l'ordination d'un antipape nommé Zizime, soutenu par la

noblesse. Cela causa du trouble; il fut apaisé par l'empereur Lothaire

qui vint à Rome. Pendant son séjour dans cette capitale, ce prince

réclama plusieurs terres injustement confisquées au profit de l'Eglise,

et en ordonna la restitution; Eugène y consentit. Ce pape n'a occupé le

trône pontifical que pendant trois ans; il est mort au mois d'août 827.

On lui attribue l'établissement de l'épreuve par l'eau froide, dont

le P. Mabillon a donné l'explication dans ses _Vet. Analect._,

Parisiis, 1723, _in-fol._

* * * * *

En 897, le pape ETIENNE VI, qui pendant son court pontificat

avait exercé de grandes violences, fut jeté dans une obscure prison,

chargé de fers, puis étranglé. Il a régné à peine 14 mois.

* * * * *

En 911, SERGIUS III, pape de 904 à 911, ne parvint au

Saint-Siége qu'après beaucoup de peines et de traverses. Dès 898, à la

mort de Théodore II, il avait eu une partie des suffrages des Romains;

mais il fut obligé de fuir en Toscane où il resta caché jusqu'en

904, qu'il revint à Rome. Il y fut nommé en place de Christophe

qu'il chassa, et ce Christophe avait lui-même chassé Léon V, son

prédécesseur. Sergius III a occupé le trône pontifical pendant sept

ans; Frodoard a fait l'éloge de son gouvernement; mais le satirique

Liutprand, suivi par Baronius, est le seul ancien qui l'accuse d'un

commerce coupable avec la fameuse Marozie. (V. l'_Art de vérifier les

Dates_, _in-8º_, tom. III, p. 315.)

* * * * *

En 981, OTTO II, dit le Sanguinaire, empereur d'Occident, se

rend à Rome et fait préparer au Vatican un festin somptueux auquel

il invite les grands seigneurs, les magistrats et les députés des

villes d'Italie. A peine est-on à table, qu'une troupe de gens armés

entre brusquement dans la salle, se jette sur ceux dont les noms

sont inscrits sur une liste de proscription, les traîne dehors et

les égorge. Deux ans après (le 7 décembre 983), Otto meurt à Rome,

empoisonné, dit-on, après avoir régné dix ans, et avoir commis beaucoup

d'autres cruautés[54].

[Note 54: OTTO, son père, dit le Grand, qui a régné de

936 à 973, était très-sévère, mais pas aussi cruel que son fils. Les

Romains ayant enfermé le pape Jean XIII au château Saint-Ange, puis

l'ayant chassé de Rome, Otto le fit réintégrer, et condamna à diverses

peines et supplices ceux qui avaient pris part à cette révolte. On

fit grâce de la vie au Préfet de Rome nommé Pierre; mais la punition

ignominieuse qu'on lui infligea ne fut-elle pas pire que la mort? On

commença par lui couper la barbe, objet de grande vénération dans ce

temps; puis on le pendit par les cheveux au cheval de la statue de

Constantin; ensuite on le mit à rebours sur un âne; on lui attacha une

outre sur la tête, puis deux autres aux cuisses; et, dans cet état, on

le promena par la ville, le frappant de verges et l'exposant à toutes

les railleries et à toutes les insultes de la populace; enfin on le

jeta dans une prison obscure d'où il ne sortit, après un long séjour,

que pour être banni loin de Rome.

Cet empereur Otto ne jurait que par sa barbe dont il prenait le plus

grand soin et qui lui descendait jusqu'à la ceinture.

C'est sous son règne que l'on infligeait différentes peines singulières

suivant la diversité des états. Le _Harnescar_ était la punition

de la haute noblesse; elle consistait à porter un chien sur les

épaules l'espace d'une ou deux lieues; la petite noblesse était

condamnée à porter une selle de cheval; le clergé, un gros missel; et

la bourgeoisie une charrue, mais toujours à pareille distance. Ces

détails ne me sont parvenus qu'après la publication de _La Selle

chevalière_, Dijon, 1836, _in-8º_.]

En 1071, EUDOXIE, impératrice d'Orient, fut réléguée par Jean

Ducas, dans un couvent où elle termina ses jours vers 1097. C'était une

femme savante; elle fit une espèce de dictionnaire intitulé _Ionia

seu Violarium_, que M. Dansse de Villoison a publié avec des

notes et des dissertations curieuses, dans le premier volume de ses

_Anecdota græca_, Venetiis, 1781, _2 vol. in-4º_. Ce traité

d'Eudoxie, relatif aux généalogies des Dieux, des héros et héroïnes,

renferme tout ce que l'on a dit de plus curieux sur le paganisme.

* * * * *

En 1147, le Pape EUGÈNE III, élève de S. Bernard, eut un

pontificat très-orageux. Trois fois, il fut obligé de quitter Rome;

il se retira en France, l'asile ordinaire des Papes et des Princes

persécutés. Il séjourna à Cluny, à Dijon, où le roi Louis-le-Jeune vint

au devant de lui; à Citeaux, à Paris, à Châlons-sur-Marne, à Verdun,

etc.; enfin il rentra à Rome en 1152, et y mourut le 8 juillet 1153.

* * * * *

En 1154, ROGER, premier roi de Sicile, mourut à l'âge de 58

ans, après un règne très-agité; il attira sur l'Italie le fléau des

guerres qu'y firent les empereurs d'Orient et d'Occident qu'il avait

provoqués.

* * * * *

En 1265, NAPOLÉON della Torre, se fit proclamer Seigneur de

Milan. Après s'être déclaré contre les nobles et en avoir fait périr

plusieurs, il fut fait prisonnier avec Mosca son fils, par l'archevêque

Otto Visconti, en 1276; puis, dépouillé de son titre, il mourut en

prison en 1283.

* * * * *

En 1439, EUGÈNE IV, élu pape le 3 mars 1431, fut déposé par le

concile de Bâle, qui nomma en sa place Amédée, Duc de Savoie. Eugène ne

vit point la fin de ce schisme et mourut le 23 février 1447, après un

pontificat fort orageux.

* * * * *

Vers 1570, mourut SARTORIUS, savant Hollandais, né à

Amsterdam vers le commencement du XVIe siècle; il possédait

et enseignait les langues latine, grecque et hébraïque. Ses opinions

religieuses lui attirèrent des persécutions; il embrassa la Réforme

vers 1558 et devint ministre évangélique à Delft et à Noordwick: il

passe pour un des premiers restaurateurs de la langue hollandaise. Il

s'est fait à lui-même cette épitaphe:

Hac ego sum tumulatus humo Sartorius, ortum

Cui primum tellus Amsterodama dedit.

Ingenium colui variè, docuique juventam

Omnigenas artes, quippe triglottos eram.

Sed postquam virtus, duris exercita fatis,

Destituit corpus, spiritus astra tenet.

Ce savant n'est connu que sous le nom de Sartorius; mais son nom de

famille était Jean Schneider. Hadrien Junius a dit de lui qu'il était

sorti plus de savants de son école que de héros du cheval de Troie.

* * * * *

En 1590, le Pape SIXTUS V (Sixte-Quint) mourut très-peu

regretté des Romains à cause de son excessive sévérité qui allait

parfois jusqu'à la cruauté, et des grands impôts dont il accablait le

peuple. Aussi, après sa mort, le peuple se vengea en brisant la statue

qu'on lui avait érigée de son vivant; et le sénat décréta qu'il ne

serait plus érigé de statues à aucun pape durant sa vie.

* * * * *

En 1704, STANISLAS Leczinski est élu roi de Pologne, en

place de Frédéric-Auguste déposé; mais par suite des troubles qui

agitèrent le royaume, et du rétablissement de Frédéric-Auguste,

STANISLAS fut obligé de fuir et de quitter ses Etats en

1710. Elu une seconde fois en 1733, il abdiqua trois ans après, en

1736, et se retira en France au mois de juin de la même année. Il

fut reconnu duc de Lorraine et de Bar en 1737. Sa fille unique,

Marie-Charlotte-Sophie-Félicité Leczinska avait été mariée à Louis XV

le 15 août 1725. STANISLAS périt à Nancy par accident, (le feu

ayant pris à sa robe de chambre), le 23 février 1766. Il était âgé de

83 ans.

* * * * *

Le livre des singularités · 第 6 / 31 段