214. Ces cas exceptés, il vaut mieux avancer pied à pied, ne faire un
pas qu'autant que l'on s'est bien établi en arrière; gagner le long des
murailles et maisons pour se soustraire à l'effet des feux; au besoin
cheminer par l'intérieur des bâtiments, et même par les toits.
Rassurée par le nombre surabondant des regrettables moyens de défense
qui vont être extraits de l'_Officier d'infanterie en campagne_, la
répression n'oubliera pas un seul instant quels sont les hommes égarés à
combattre; elle règlera, avec le calme et toute la modération possible,
l'énergie de son action sur l'impérieuse nécessité ou sur le plus ou
moins de violence de la révolte; choisissant toujours, de préférence,
les voies les moins calamiteuses, elle n'adoptera les mesures extrêmes
que dans les cas les plus désespérés.
215. Ne pas marcher à une enceinte ultérieure que tous les postes
voisins de droite et de gauche, en avant, à hauteur, et en arrière de la
précédente, ne soient enlevés, occupés; les passages en travers élargis;
on ouvre des communications latérales; les coupures dominées sont
enlevées ou masquées à l'aide de troupes et de contre-barricades; les
masses d'ennemis éloignées à coups du fusil.
On établit de larges communications en arrière, et entre les attaques, à
mesure que l'on avance on s'assure des voies transversales, pour que les
colonnes constamment liées puissent s'entre-secourir dans les grandes
rues.
La cavalerie ne doit dépasser l'infanterie, et poursuivre les ennemis en
retraite, qu'autant que cette infanterie s'est emparée de toutes les
maisons dominantes ou occupées par l'émeute.
216. Chaque attaque, précédée à 50 pas de deux rangs de 5 à 6
tirailleurs, marchera par petites colonnes du front d'une section ou
d'une demi-section, de la force d'une à deux compagnies espacées de 50 à
100 mètres, les tambours dans les intervalles.
Cette formation a plusieurs avantages;
La troupe n'est pas entassée inutilement; ses diverses fractions peuvent
agir, selon les circonstances, sous la direction d'officiers vigoureux.
On augmente ainsi les réserves, qui ne sont pas toutes sous le feu de
l'ennemi; ces petites colonnes se protègent les unes les autres,
empêchant que, des croisées ou des rues en arrière, on ne puisse prendre
à dos les subdivisions les plus avancées.
Les dernières colonnes soutiennent les premières, prennent à droite ou à
gauche pour tourner les obstacles qui arrêtent la tête.
Cette tactique fut employée par le général de division Roguet, d'après
les ordres de Napoléon, pour enlever le village de Ligny, le 16 juin
1815, avec 2 bataillons de vieille garde, marchant par division à 100
mètres de distance.
Elle convient d'autant plus, quand la solidité déjà éprouvée d'une
troupe permet de multiplier ainsi les commandements particuliers, et les
détachements si important, si délicats en pareilles circonstances.
217. On borde, aussi près et aussi à couvert que possible, un obstacle
intérieur défendu; on occupe surtout les maisons extérieures qui le
dominent; on le fait évacuer à coups de fusil, avant d'essayer de le
franchir; et toujours on passe sur plusieurs points à la fois.
On s'établit solidement au delà; on y ouvre des brèches larges et
nombreuses, sous le commandement des positions occupées.
Si l'obstacle n'est pas défendu, il faut le franchir et s'établir
lestement de l'autre côté.
* * * * *
218. Se pas s'aventurer en trop grand nombre dans une place ou enceinte
battue de feux; établir des tirailleurs dans les premières maisons ou
lieux élevés voisins; occuper les deux bâtiments d'angle de la place.
S'étendre successivement pour protéger le débouché de la colonne, sous
leur appui, soit par l'intérieur des maisons; soit extérieurement, en
faisant contre-battre les tirailleurs opposés.
La tête de la colonne s'établit dans les bâtiments qui enfilent, barrent
ou commandent les défilés voisins.
219. Il sera possible quelquefois d'exciter la présomption d'ennemis peu
habiles, de les engager par une fuite simulée, mais lente, à déboucher
en force de la place: on fera volte-face, auprès d'obstacles à l'abri
desquels des réserves masquées déboucheront.
L'infanterie chargera dans le milieu, la cavalerie coupera la retraite
sur les flancs; n'ayant plus à craindre le feu des maisons, on y entrera
pêle mêle avec l'ennemi, avant qu'il puisse s'y mettre en état de
défense.
* * * * *
220. Les barricades et maisons attenantes sont les clefs de toutes les
positions:
Leur attaque sera d'autant plus lente et meurtrière qu'on négligera
davantage les moyens tournants.
Il faut éviter de trop disséminer, sous le feu de ces positions, des
troupes fatiguées.
221. Si la coupure est mal établie ou mal défendue, un seul peloton
précédé de la 1re section de tirailleurs, l'enlèvera sans aucune
opération préliminaire.
222. Deux divisions suffisent pour prendre la plus forte barricade;
l'attaque est conduite pied à pied sur les flancs de la position, de
manière à assurer le succès sans effusion inutile de sang.
Elles arriveront par une rue latérale et s'arrêteront, en arrière du
retour de rue le plus voisin, à l'abri des feux de la coupure.
Une compagnie prendra position dans les maisons du 1er carrefour; elle
dirigera son feu, des étages élevés, contre la barricade et les
bâtiments qui la protègent; au besoin, une section, sous l'appui de ce
feu, occupera un bâtiment plus rapproché, d'où elle remplira mieux ce
but.
Deux autres compagnies ou sections s'établiront de même, aux deux
carrefours voisins, dans les rues latérales de droite et de gauche pour
menacer par des feux, ou par une attaque, soit le long des maisons, soit
dans la rue, les flancs ou les derrières du la coupure.
Il suffira, dès-lors, de marcher à celle-ci, avec quelques hommes, pour
l'enlever.
223. Si l'on ne peut tourner ainsi la traverse, les deux sections d'une
même compagnie, munies de pétards, de mantelets, de leviers ou de
haches, s'en rapprocheront alternativement de 50 à 100 mètres; chaque
section, sous la protection de celle restée en position dans un étage
supérieur en arrière, avancera pour occuper chaque fois un bâtiment
plus rapproché.
Après un ou deux mouvements pareils, on plongera de près sur la
barricade et sur les fenêtres qui la flanquent: l'attaque sera facile;
deux pelotons suffiront pour cette opération.
Les colonnes latérales détachent quelques hommes résolus vers celle du
centre, et celle-ci vers les autres, par les jardins ou maisons, pour
prendre ou plonger à dos les barricades.