Souvent on tire, contre une pareille position, 400 à 800 coups de fusil.
1/20 des insurgés qui la défendent sont frappés; ils ont 4 à 8 morts; 15
à 30 blessés.
225. Si l'on préférait atteindre le but moins vite, sans grande effusion
de sang, on arriverait par l'intérieur des cours ou des maisons, en
escaladant les murs de clôture, en perçant ceux de refend au-dessus et
derrière la position à enlever: on occuperait les toits.
226. On ne doit pas dépasser une barricade avant de s'être rendu maître
des maisons attenantes; il faut exécuter avec prudence le passage du
défilé en avant, et faire élargir aussitôt le chemin pour la cavalerie
qui ne viendra qu'ensuite.
227. Alors cette arme, soit contre les retours offensifs mal appuyés,
soit contre les groupes qui tentent de se reformer, agit par petites
troupes dans les rues, sous la protection de l'infanterie logée aux
fenêtres: Elle se replie au besoin en arrière de ces maisons occupées;
elle charge, en tête et en flanc, les ennemis déjà repoussés par le feu
des bâtiments garnis de fusiliers: mais elle doit éviter de gêner
l'action de ces derniers comme le fit, le 13 mai 1839, un escadron de
cavalerie qui obstrua longtemps la rue Saint-Merry dont les fenêtres
étaient garnies de fantassins.
* * * * *
228. Les longues rues seront déblayées à coups de canon, en
s'établissant toujours un peu en arrière de leurs coudes, si tout autre
moyen est insuffisant; les maisons qui flanquent les barricades seront
battues en brèche ou incendiées avec des obus, ce qui ne les fera
peut-être pas évacuer.
229. On attaque ces maisons à dos, en se glissant derrière, et les
enveloppant si elles sont isolées.
On occupera les bâtiments les plus voisins dans le cas contraire, afin
de l'emporter par un plus grand feu.
Les meilleurs tireurs seront embusqués dans les greniers, sur les toits,
derrière les cheminées; ils tireront à tout homme armé qui se montrera,
et contraindront l'ennemi à laisser le champ libre.
230. On pénètre, d'une maison dans une autre attenante, par tous les
étages à la fois, par la cave, le grenier, le toit ou la terrasse.
À chacun de ces étages, on perce des créneaux dans le mur de refend, on
les garnit de fusiliers; sous la protection de ceux-ci, on fait ensuite
des trous plus gros pour le passage des hommes.
231. Si l'on ne peut ainsi s'emparer d'une maison contiguë, et si
l'importance de la position, les circonstances les plus impérieuses, les
plus désespérées, l'exigent, on y met le feu, ou on brûle le bâtiment
qui est à côté.
Dos soldats délogent les tireurs qui sont aux fenêtres ou sur les toits,
et ceux qui veulent éteindre un incendie, dernier et regrettable moyen
de salut.
232. Chaque bâtiment principal enlevé sera gardé et fortifié sans perdre
de temps.
On occupera, par autant d'escouades, une maison en face de chacune de
ses portes.
Si la position est nuisible à la troupe, elle sera ouverte et démolie du
côté opposé.
233. Le pétard, pour faire sauter les portes, est une boîte en tôle, ou
un sac goudronné, rempli de 4 à 5 livres de poudre; au marteau de la
porte il y a un oeil à mèche.
L'homme qui a mis le feu, sous la protection de quelques tirailleurs, ou
en se glissant de nuit et le long des maisons, s'abrite dans une allée
voisine, du même côté, pendant l'explosion.
* * * * *
234. L'attaque du réduit, ordinairement la dernière et la plus sérieuse
des opérations successives contre une cité étrangère, a beaucoup moins
d'importance et présente peu de difficultés dans le cas qui doit plus
nous occuper.
Car une insurrection cernée et resserrée dans son dernier réduit, à
l'intérieur d'une ville, se disperse bientôt, lors même que l'on
voudrait l'en empêcher, ce que l'on se garde bien de faire; alors
chaque insurgé s'échappe le plus souvent inconnu et insaisissable, à
travers les positions de la troupe dont le cercle, nonobstant toutes les
précautions prises, a toujours quelques solutions de continuité.
Bienheureux la ville et le Gouvernement qui voient ainsi, après de
lugubres journées, l'ordre renaître et l'effusion du sang s'arrêter.
En récapitulant toutes les cruelles nécessités de la répression, les
malheurs, les victimes, les ruines que cause immédiatement l'émeute,
alors même qu'elle est réprimée, on ne saurait trop flétrir les
coupables excès d'une anarchie fratricide, et désirer la prompte
guérison de cette monomanie furieuse du temps actuel.
L'humanité lasse d'une civilisation si féconde en chefs-d'oeuvres divers,
en inventions puissantes et utiles, en hommes illustres, voudrait-t-elle
rétrograder vers des époques d'une barbarie telle, qu'à peine les
annales des temps les plus calamiteux en donnent l'idée.
Quelle époque que celle où il faut s'occuper de pareilles théories: où
la défense sanglante du foyer domestique, lui-même, par les moyens les
plus désespérés, peut devenir le sujet d'étude journalier et trop
souvent applicable du citoyen, menacé dans le produit de ses labeurs,
dans sa sûreté, et dans ses affections les plus douces, les plus
sacrées.
Félicitons-nous d'avoir pu échapper à de tels malheurs, et plaignons les
peuples qui auraient encore à traverser d'aussi dures épreuves;
plaignons-les surtout de n'avoir pas su les conjurer.