OPÉRATIONS ULTÉRIEURES.

204. De deux on trois centres de bataillon, on marche au foyer même de

l'insurrection, s'il est extérieur, avec des troupes de la réserve; on

le cerne, on s'emparant au fur et à mesure des bâtiments convenables,

surtout des édifices publics; on y rallie la garde nationale des

environs.

On avance toujours ainsi, en resserrant et isolant les rebelles de

l'intérieur et de l'extérieur, mais de manière à pouvoir se rapprocher

du gros de la garnison, en cas d'échec.

205. Si, au centre même de l'insurrection, est un bâtiment ou groupe de

bâtiments important, facile à défendre, et bien approvisionné, il faut y

jeter quelques compagnies, même un bataillon bien commandé.

Ce détachement facilitera les attaques, en tournant une partie des

barricades et positions ennemies; il contiendra le quartier et en

ralliera les gardes nationales; on communiquera, avec ce centre

d'action, par quelques positions intermédiaires, par des patrouilles,

ou, au moins, par des signaux.

* * * * *

206. Si une grande rue, promenade ou place, est au milieu des parties

insurgées, on fera tous ses efforts pour y arriver par plusieurs

directions.

On occupera fortement tous les bâtiments qui les flanquent, et ceux aux

angles des rues aboutissantes; on délogera les rebelles de toutes les

maisons qui y ont vue, afin que l'artillerie soit libre d'agir.

Plusieurs attaques tentées de cette place d'armes et de ces rues

aboutissantes, dont deux fausses sur les ailes et les flancs de

l'ennemi, une ou deux véritables sur le centre, doivent, si elles ont

été bien préparées, forcer les positions des insurgés.

207. S'il y a difficulté de pénétrer dans les lieux rétrécis qu'occupent

les rebelles, on les attire par une retraite simulée sur un terrain

ouvert, battu de feux croisés d'artillerie et d'infanterie; on les

cerne, on les attaque.

208. Partout où l'on s'étend, il faut s'emparer des défiles qui divisent

l'insurrection ou qui l'isolent de l'extérieur et des autres quartiers.

Si on ne peut garder ces passages, et s'ils sont inutiles à l'attaque,

on les coupe, on les barricade.

Il faut aussi s'assurer des défilés ou positions qui commandent les

communications des différentes colonnes entre elles, ou avec les points

occupés en arrière.

* * * * *

209. On marche, dans toutes ces opérations, par divisions à grandes

distances, comme nous l'avons déjà expliqué, un peu de cavalerie

soutenant l'infanterie, les flancs éclairés.

Une réserve intermédiaire est laissée entre le réduit ou point de

départ.

Sur les flancs, des petits corps de garde bien établis empêchent qu'on

ne soit tourné.

Si l'on peut se glisser le long d'un obstacle, canal, rivière, muraille,

on n'aura qu'un flanc à couvrir.

210. Vu la difficulté du feu oblique à droite, surtout par une fenêtre

élevée et sans se découvrir, une colonne suivant une rue non tortueuse,

n'a guère à craindre que les feux à droite: elle évitera le plus souvent

la fusillade des maisons en longeant le pied des bâtiments du côté droit

de la rue.

Pour le même motif elle peut, en faisant occuper, par les derrières, les

maisons du rang gauche de la rue, ordinairement peu garnies, assurer sa

marche.

Ces principes résultent des observations faites, en juin 1848, par le

génie militaire, à l'attaque au delà du canal Saint-Martin.

* * * * *

211. On s'étend le plus possible aux environs des rues par lesquelles ou

près desquelles on a pénétré; ou occupe de distance en distance,

principalement aux carrefours, deux bâtiments solides, élevés et

vis-à-vis l'un de l'autre.

À mesure qu'on avance, il faut laisser à chaque attaque, de cent pas en

cent pas, dans des jardins, sur les places, en arrière des clôtures ou

barricades, des petites réserves de cavalerie, autant que possible

abritées contre le feu des positions non forcées, et ayant des

communications libres.

En dehors ou dans les parties enlevées, les lieux et bâtiments, d'où

l'on peut plonger à revers sur les défenseurs des enclos ou sur les

positions non encore prises, sont occupées.

212. On attaque chaque poste, sur plusieurs têtes de colonnes, par

différente rues, de côté, de front, en queue; la cavalerie est

échelonnée sur les flancs pour protéger ou pour prévenir les

contre-attaques en tête, en queue, de côté.

Les positions enlevées et utiles sont fortifiées; les autres démolies,

si elles peuvent favoriser les rebelles; on occupe les clochers, maisons

et points extérieurs dominants.

Les postes que l'on ne peut forcer sont bloqués, en garnissant les

bâtiments extérieurs qui les commandent.

213. Ce genre d'attaque suppose qu'il y ait peu d'obstacles matériels à

franchir; ou que l'on veuille finir vite, coûte que coûte, soit pour

disperser une insurrection naissante qui peut grossir; soit pour joindre

un corps bloqué et sur le point de faiblir.

Il est en effet des circonstances où, vu la fatigue et

l'affaiblissement des insurgés, la faiblesse de leurs positions, la

nécessité de hâter la conclusion ou, au moins de nettoyer un quartier,

et de parvenir, soit à une troupe bloquée qui n'a plus ni vivres, ni

munitions, soit à une position importante, où l'émeute, avec le temps,

pourrait solidement s'établir, il faut lancer une colonne d'attaque, à

travers le dédale des rues, et enlever plusieurs positions successives

de vive force.

§ III.

Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet · 第 46 / 60 题