186. Chaque détachement s'établira d'abord militairement.

1° Des feux de flancs plongeants, et des feux de revers renforceront

l'enceinte occupée, au point de la rendre inexpugnable, même par des

forces considérables, et de manière à ce que la majeure partie du

détachement puisse agir au dehors, selon les circonstances.

2° Des positions extérieures seront prises pour laisser, entre elles et

le poste principal de chaque détachement, les défilés d'où celui-ci

pourrait être plus facilement bloqué.

3° Les maisons, qui battent ou commandent la communication du poste

principal avec les avancées, seront occupées ainsi que celles qui

domineraient la porte.

4° Celui de ces détachements, qui sera au milieu d'un quartier populeux

et resserré, établira le gros de ses forces aussi à proximité que

possible d'un arrondissement ouvert et tranquille, se bornant à

soutenir, par des échelons plus ou moins forts, une avancée au centre

même de l'insurrection.

187. Un peloton de la réserve du bataillon, allant se faire reconnaître

aux différents postes occupés, ou lier communication avec les bataillons

voisins, sera constamment dehors; il arrêtera, désarmera les insurgés et

ralliera les gardes nationaux en retard.

La patrouille faite sera recommencée immédiatement par le même peloton

qui, après la seconde, tournée, devra être remplacé par un autre. Tous

les soldats au repos conserveront la giberne et le sabre.

188. De cette manière, et tant qu'il n'y aura pas de lutte sérieuse,

chaque homme pourra se reposer trois et quatre heures de suite; moins du

quart du bataillon veillera sous les armes.

La troupe, abritée et bien nourrie, résistera facilement à une émeute de

plusieurs jours; elle occupera, à portée des chefs, les positions

dominantes, sous la protection de la réserve; le bataillon entier pourra

être réuni facilement pour un mouvement quelconque.

189. Les 5 et 6 juin 1832, un bataillon occupa, conformément à ces

principes, la grande poste et le quartier environnant.

Les rebelles avaient intérêt à bloquer cet établissement, afin de

tromper la province par l'absence des courriers ou l'envoi de fausses

nouvelles; il leur suffisait, pour parvenir à ce but, de faire des

barricades tout autour, sans même qu'il fût nécessaire de les défendre.

De ce centre d'action, d'incessantes patrouilles rayonnèrent au delà des

petits postes extérieurs, jusqu'au Carrousel, les Halles, la Banque, les

Petits-Pères; elles rallièrent les gardes nationaux et empêchèrent

l'insurrection de s'établir dans ce quartier; elles assurèrent

l'approvisionnement régulier du bataillon en vivres pris chez les

fournisseurs voisins et en munitions: la soupe fut régulièrement faite

dans l'hôtel même de la poste.

190. Un bataillon, posté connue il a été dit plus haut, tiendra un

espace circulaire de 2 à 300m de diamètre, dans les lieux importants

duquel aucun homme armé ne pourra se montrer sans être fusillé de

plusieurs points.

Un second bataillon, dont la réserve sera à 5, ou 600m de celle du

précédent, maintiendra un autre quartier hostile; il sera impossible aux

insurgés de faire un établissement sérieux, et même de se grouper, entre

eus deux centres d'action constamment liés par des patrouilles.

191. Le 11 et le 12 mai 1839, deux bataillons occupèrent ainsi les

quartiers Saint-Méry, du marché des Innocents, du Châtelet et du

Quai-aux-Fleurs, de manière à y rendre impossible tout désordre,

nonobstant le nombre et la nature des masses de curieux ou autres

individus venus de tous les points de Paris.

Un bataillon eut sa réserve dans l'église Saint-Méry, l'autre sur la

place du Châtelet, à la chambre des notaires.

192. La partie de la ville à occuper sera maintenue par des bataillons

ainsi postés, dans les quartiers les plus difficiles et les plus

rétrécis, mais à portée des grandes communications et des lieux ouverts.

Ces bataillons feront réseau en avant de l'espace militaire qui renferme

le centre du Gouvernement, les Chambres, les ministères, les principales

administrations, la manutention des vivres, les télégraphes.

Liés entre eux et avec l'état-major général, ils agiront sur un rayon

proportionné à leur force, et offriront aux gardes nationaux ou aux

autorités, dans ces espèces de citadelles, des centres d'action et de

réunion. On triomphera bientôt, ainsi, d'une insurrection débordée de

toutes parts.

* * * * *

193. Les îles qui commandent les divers ponts, les débouchés des places,

les étranglements et passages, rampes, escaliers, en travers des

vieilles enceintes ou escarpements, seront gardés et défendus comme

postes détachés, de manière à ce qu'on puisse couper les communications

aux insurgés et conserver celles-ci pour la troupe.

D'autres bataillons, espacés comme il vient d'être dit, rattacheront les

faubourgs et quartiers à maintenir, les citadelles ou postes extérieurs

à conserver.

194. Les troupes de ligne seront à peu près réparties de la manière

suivante:

1° 6/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes pour former le réseau;

2° 2/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes à l'extérieur;

3° 2/10 de toutes les armes comme réserve générale au centre du quartier

militaire.

195. La garde nationale s'établira dans les mairies et places

environnantes; elle pourra garder des carrefours voisins de ceux occupés

par la ligne, détacher des compagnies auprès des réserves des

bataillons, et des bataillons entiers auprès de la réserve générale.

196. On interceptera, à l'aide des 2/10 de l'infanterie et des 4/10 des

autres armes, les communications de l'insurrection avec le dehors:

1° En occupant ou bouchant les différentes portes, si la ville a une

enceinte;

2° En plaçant des bataillons ou demi-bataillons dans trois ou quatre

positions extérieures commandant les principaux obstacles ou issues,

chemins, ponts, rivières, canaux, et communiquant directement avec le

quartier militaire;

3° Des piquets de cavalerie battent les environs, interceptent les

nouvelles, dispersent les rassemblements, gardent les défilés extérieurs

et rapprochés par lesquels on arriverait à la ville.

197. Les gardes de la manutention, des télégraphes, de l'arsenal, de la

banque, des postes et même des messageries ou autres administrations

rentreront, sur l'avis des agents de police, dans ces établissements;

elles s'y barricaderont et s'y défendront; la porte du corps-de-garde

sera fermée s'il est extérieur.

Si, nonobstant les concours de la garde nationale, la conservation de

ces postes exigeait un trop grand déploiement de forces, il faudrait,

autant que possible, avant de les évacuer, transporter dans le quartier

militaire, ou, au moins détruire, tout ce qui pourrait favoriser la

révolte: bateaux, voitures, poudres, moyens de transport et de

correspondance.

Les gardes qui, par leur faiblesse, ne pourraient résister, se

replieraient, à l'avertissement des agents de sûreté, sur d'autres

postes indiqués.

198. Suivant la force de la garnison et les dispositions de la milice

citoyenne, l'on occupera, sur quelques points, les dépôts de grains et

de farines, les maisons de boulangers, d'armuriers, d'artificiers, les

imprimeries, les caisses publiques et particulières, les églises ou

clochers d'où l'on pourrait sonner le tocsin ou faire des signaux, ainsi

que les bâtiments qui protégent le débouché sur les places et en dehors

des casernes.

Mais on évitera toujours de disséminer la troupe, de l'engager

légèrement sans les appuis et moyens nécessaires, sur des points trop

éloignés communiquant difficilement entre eux ou avec la réserve.

199. On fera provision, dans le réduit de chaque bataillon et dans les

mairies, de vivres, munitions, cordes, haches, leviers, échelles, petits

pétards de 5 à 6 livres de poudre, mantelets, pompes à incendie,

chariots légers à un cheval, béliers en bois, serpes, scies, pelles,

pioches, gros marteaux et tenailles de trois pieds de long.

200. Dans les principaux centres de résistance, existent des tonneaux à

lancer, soit des grenades jusqu'à 200m de distance; soit des carcasses

enflammées ou de mitraille.

Ces tonneaux portatifs sont traînés et établis sur de petits traîneaux

roulants: deux hommes suffisent pour les servir, soit contre une

barricade, soit contre un rassemblement à disperser.

201. Les mantelets avec canonnières auront deux ou trois petites roues,

deux manches et des montants de 4 à 5 pieds de haut, 3 à 4 de large:

ils seront surmontés d'une pareille construction en planches légères, à

l'épreuve de la balle.

Plusieurs soldats, marchant de front, en poussent chacun un devant eux;

ils le renversent contre la barricade et escaladent celle-ci.

202. Chaque bataillon fera cuire du pain chez les boulangers voisins; on

fera la soupe dans plusieurs des locaux occupés.

Des escortes régulières iront chercher les vivres, soit à la

manutention, soit au quartier, si ceux-ci sont peu éloignés.

Dans le dernier cas, chaque compagnie, avec armes et bagages, pourra, à

son tour, aller prendre ses repas à la caserne: elle servira de

patrouille à l'aller et au retour.

On profitera des patrouilles, dirigées vers les dépôts les plus voisins,

pour augmenter l'approvisionnement en cartouches.

203. Toutes ces dispositions prises, et autant que possible de manière à

ce que les commandements militaires, le casernement des troupes, qui en

dépendent, aient les mêmes circonscriptions que les mairies et que les

légions de garde nationale, ainsi que nous l'avons expliqué dans le

chapitre 3, les opérations ultérieures auront lieu conformément aux

principes suivants.

§ II.

Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet · 第 45 / 60 题