1° Des feux de flancs plongeants, et des feux de revers renforceront
l'enceinte occupée, au point de la rendre inexpugnable, même par des
forces considérables, et de manière à ce que la majeure partie du
détachement puisse agir au dehors, selon les circonstances.
2° Des positions extérieures seront prises pour laisser, entre elles et
le poste principal de chaque détachement, les défilés d'où celui-ci
pourrait être plus facilement bloqué.
3° Les maisons, qui battent ou commandent la communication du poste
principal avec les avancées, seront occupées ainsi que celles qui
domineraient la porte.
4° Celui de ces détachements, qui sera au milieu d'un quartier populeux
et resserré, établira le gros de ses forces aussi à proximité que
possible d'un arrondissement ouvert et tranquille, se bornant à
soutenir, par des échelons plus ou moins forts, une avancée au centre
même de l'insurrection.
187. Un peloton de la réserve du bataillon, allant se faire reconnaître
aux différents postes occupés, ou lier communication avec les bataillons
voisins, sera constamment dehors; il arrêtera, désarmera les insurgés et
ralliera les gardes nationaux en retard.
La patrouille faite sera recommencée immédiatement par le même peloton
qui, après la seconde, tournée, devra être remplacé par un autre. Tous
les soldats au repos conserveront la giberne et le sabre.
188. De cette manière, et tant qu'il n'y aura pas de lutte sérieuse,
chaque homme pourra se reposer trois et quatre heures de suite; moins du
quart du bataillon veillera sous les armes.
La troupe, abritée et bien nourrie, résistera facilement à une émeute de
plusieurs jours; elle occupera, à portée des chefs, les positions
dominantes, sous la protection de la réserve; le bataillon entier pourra
être réuni facilement pour un mouvement quelconque.
189. Les 5 et 6 juin 1832, un bataillon occupa, conformément à ces
principes, la grande poste et le quartier environnant.
Les rebelles avaient intérêt à bloquer cet établissement, afin de
tromper la province par l'absence des courriers ou l'envoi de fausses
nouvelles; il leur suffisait, pour parvenir à ce but, de faire des
barricades tout autour, sans même qu'il fût nécessaire de les défendre.
De ce centre d'action, d'incessantes patrouilles rayonnèrent au delà des
petits postes extérieurs, jusqu'au Carrousel, les Halles, la Banque, les
Petits-Pères; elles rallièrent les gardes nationaux et empêchèrent
l'insurrection de s'établir dans ce quartier; elles assurèrent
l'approvisionnement régulier du bataillon en vivres pris chez les
fournisseurs voisins et en munitions: la soupe fut régulièrement faite
dans l'hôtel même de la poste.
190. Un bataillon, posté connue il a été dit plus haut, tiendra un
espace circulaire de 2 à 300m de diamètre, dans les lieux importants
duquel aucun homme armé ne pourra se montrer sans être fusillé de
plusieurs points.
Un second bataillon, dont la réserve sera à 5, ou 600m de celle du
précédent, maintiendra un autre quartier hostile; il sera impossible aux
insurgés de faire un établissement sérieux, et même de se grouper, entre
eus deux centres d'action constamment liés par des patrouilles.
191. Le 11 et le 12 mai 1839, deux bataillons occupèrent ainsi les
quartiers Saint-Méry, du marché des Innocents, du Châtelet et du
Quai-aux-Fleurs, de manière à y rendre impossible tout désordre,
nonobstant le nombre et la nature des masses de curieux ou autres
individus venus de tous les points de Paris.
Un bataillon eut sa réserve dans l'église Saint-Méry, l'autre sur la
place du Châtelet, à la chambre des notaires.
192. La partie de la ville à occuper sera maintenue par des bataillons
ainsi postés, dans les quartiers les plus difficiles et les plus
rétrécis, mais à portée des grandes communications et des lieux ouverts.
Ces bataillons feront réseau en avant de l'espace militaire qui renferme
le centre du Gouvernement, les Chambres, les ministères, les principales
administrations, la manutention des vivres, les télégraphes.
Liés entre eux et avec l'état-major général, ils agiront sur un rayon
proportionné à leur force, et offriront aux gardes nationaux ou aux
autorités, dans ces espèces de citadelles, des centres d'action et de
réunion. On triomphera bientôt, ainsi, d'une insurrection débordée de
toutes parts.
* * * * *
193. Les îles qui commandent les divers ponts, les débouchés des places,
les étranglements et passages, rampes, escaliers, en travers des
vieilles enceintes ou escarpements, seront gardés et défendus comme
postes détachés, de manière à ce qu'on puisse couper les communications
aux insurgés et conserver celles-ci pour la troupe.
D'autres bataillons, espacés comme il vient d'être dit, rattacheront les
faubourgs et quartiers à maintenir, les citadelles ou postes extérieurs
à conserver.
194. Les troupes de ligne seront à peu près réparties de la manière
suivante:
1° 6/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes pour former le réseau;
2° 2/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes à l'extérieur;
3° 2/10 de toutes les armes comme réserve générale au centre du quartier
militaire.
195. La garde nationale s'établira dans les mairies et places
environnantes; elle pourra garder des carrefours voisins de ceux occupés
par la ligne, détacher des compagnies auprès des réserves des
bataillons, et des bataillons entiers auprès de la réserve générale.
196. On interceptera, à l'aide des 2/10 de l'infanterie et des 4/10 des
autres armes, les communications de l'insurrection avec le dehors:
1° En occupant ou bouchant les différentes portes, si la ville a une
enceinte;
2° En plaçant des bataillons ou demi-bataillons dans trois ou quatre
positions extérieures commandant les principaux obstacles ou issues,
chemins, ponts, rivières, canaux, et communiquant directement avec le
quartier militaire;
3° Des piquets de cavalerie battent les environs, interceptent les
nouvelles, dispersent les rassemblements, gardent les défilés extérieurs
et rapprochés par lesquels on arriverait à la ville.
197. Les gardes de la manutention, des télégraphes, de l'arsenal, de la
banque, des postes et même des messageries ou autres administrations
rentreront, sur l'avis des agents de police, dans ces établissements;
elles s'y barricaderont et s'y défendront; la porte du corps-de-garde
sera fermée s'il est extérieur.
Si, nonobstant les concours de la garde nationale, la conservation de
ces postes exigeait un trop grand déploiement de forces, il faudrait,
autant que possible, avant de les évacuer, transporter dans le quartier
militaire, ou, au moins détruire, tout ce qui pourrait favoriser la
révolte: bateaux, voitures, poudres, moyens de transport et de
correspondance.
Les gardes qui, par leur faiblesse, ne pourraient résister, se
replieraient, à l'avertissement des agents de sûreté, sur d'autres
postes indiqués.
198. Suivant la force de la garnison et les dispositions de la milice
citoyenne, l'on occupera, sur quelques points, les dépôts de grains et
de farines, les maisons de boulangers, d'armuriers, d'artificiers, les
imprimeries, les caisses publiques et particulières, les églises ou
clochers d'où l'on pourrait sonner le tocsin ou faire des signaux, ainsi
que les bâtiments qui protégent le débouché sur les places et en dehors
des casernes.
Mais on évitera toujours de disséminer la troupe, de l'engager
légèrement sans les appuis et moyens nécessaires, sur des points trop
éloignés communiquant difficilement entre eux ou avec la réserve.
199. On fera provision, dans le réduit de chaque bataillon et dans les
mairies, de vivres, munitions, cordes, haches, leviers, échelles, petits
pétards de 5 à 6 livres de poudre, mantelets, pompes à incendie,
chariots légers à un cheval, béliers en bois, serpes, scies, pelles,
pioches, gros marteaux et tenailles de trois pieds de long.
200. Dans les principaux centres de résistance, existent des tonneaux à
lancer, soit des grenades jusqu'à 200m de distance; soit des carcasses
enflammées ou de mitraille.
Ces tonneaux portatifs sont traînés et établis sur de petits traîneaux
roulants: deux hommes suffisent pour les servir, soit contre une
barricade, soit contre un rassemblement à disperser.
201. Les mantelets avec canonnières auront deux ou trois petites roues,
deux manches et des montants de 4 à 5 pieds de haut, 3 à 4 de large:
ils seront surmontés d'une pareille construction en planches légères, à
l'épreuve de la balle.
Plusieurs soldats, marchant de front, en poussent chacun un devant eux;
ils le renversent contre la barricade et escaladent celle-ci.
202. Chaque bataillon fera cuire du pain chez les boulangers voisins; on
fera la soupe dans plusieurs des locaux occupés.
Des escortes régulières iront chercher les vivres, soit à la
manutention, soit au quartier, si ceux-ci sont peu éloignés.
Dans le dernier cas, chaque compagnie, avec armes et bagages, pourra, à
son tour, aller prendre ses repas à la caserne: elle servira de
patrouille à l'aller et au retour.
On profitera des patrouilles, dirigées vers les dépôts les plus voisins,
pour augmenter l'approvisionnement en cartouches.
203. Toutes ces dispositions prises, et autant que possible de manière à
ce que les commandements militaires, le casernement des troupes, qui en
dépendent, aient les mêmes circonscriptions que les mairies et que les
légions de garde nationale, ainsi que nous l'avons expliqué dans le
chapitre 3, les opérations ultérieures auront lieu conformément aux
principes suivants.
§ II.